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Violence au quotidien - garder ses distances savoir se positionner ?
Lorsque la confrontation dégénère parce que l’une des personnes en présence manifeste les premiers signes avant coureurs d’une crise de violence, il est important de bien savoir se positionner dans l’espace conflictuel, connaître les distances à respecter et leur signification, que ce soit dans les phases primaires ou secondaires (se reporter à la fiche d'introduction pour les définitions)
Rappel
Ces fiches ont pour but d’aider dans le quotidien à affronter des actes de violence. Elles ne proposent pas de solutions « clés en main ». Ce sont des pistes non-violentes à explorer, sur lesquelles réfléchir, à titre individuel, ou dans le cadre d’un travail sur la violence au sein d’un atelier de groupe. Elles peuvent être mises en pratique sur le lieu de travail, dans l’espace éducatif, à la maison. Elles sont à considérer comme des ressources ouvertes d’auto apprentissage à utiliser, modifier, ajuster, améliorer selon les situations.
Quelques ressources et réflexions sur la notion et le besoin d’espace dans les relations humaines
Chaque individu a besoin d’un minimum d’espace pour se poser et se construire à la fois comme individu et comme être social en relation et ou communication avec autrui, que ce soit chez lui, au travail ou dans l’espace public. Il a besoin d’espace physique, d’espace émotionnel, d’espace mental.
On fait souvent référence à ce que l’on appelle «l’espace vital» d’une personne, pris dans le sens physique, c'est-à-dire le «territoire» qui lui est nécessaire pour évoluer dans un milieu donné. Mais celui-ci acquiert chez l’homme vivant au milieu de ses congénères, une dimension sociale et culturelle qui varie selon les origines géographiques et ethniques. Ainsi selon une étude devenue classique sur l’importance de l’espace dans les relations humaines (proxémique) E. Hall («La dimension cachée») propose deux types de différenciations qui obligent à penser le système d’interaction humain spacial dans toute sa relativité, avec les conséquences que cela impliquent selon les populations en jeu.
D'apres Hall les relations spaciales des américains et européens du nord passent par le visuel alors que celles des populations arabes passent par l’olfactif, les odeurs faisant chez ces dernières partie intégrante des contacts avec les autres, d’où les répercussions sur les distances que mettent les personnes entre elles. Il note également la différence concernant la notion d’intimité, dans les pays arabes il n’existe pas de sphère d’isolement dans l’espace public, le fait d’occuper un point de l’espace ne confère aucun droit. Il est donc important de tenir compte de ces données notamment lorsqu’on doit gérer dans un espace donné une situation conflictuelle violente entre des personnes d’origines différentes, et de les intégrer sans à priori ni jugement dans les comportements à adopter face à la violence.
Hall fait également d’autres différentiations tirées de l’expérience de la vie privée et sociale, et établit des zones de distances caractéristiques des rapports entre personnes en communication:
- distance intime qui traduit une relation d’engagement avec un autre corps, la proximité déterminant le ton de la voix, le débit…
- distance personnelle représentant la zone de protection que l’organisme met autour de lui pour s’isoler
- distance sociale, qui correspond à la distance au travail souvent située aux alentours de 3m et qui est donc limitative de la communication
- distance publique celle des réunions politiques des spectacles avec ses règles de locution spécifiques (articulation soignée, syntaxe formelle, débit ralenti…)
- à cela vient également s’ajouter les différents positionnements : face à face, côte à côte, dos à dos et leur impact.
Il importe donc de tenir compte de ces données pour apprendre à réagir dans l’espace lorsqu’une situation conflictuelle est sur le point de dégénerer ou dégénère en affrontement violent.
Quelles distances et quels positionnements en cas de crise de violence ?
- Dans le cadre d’actions de prévention primaires il est important de garder à l’esprit que c’est la distance personnelle qui prévaut dans la majorité des situations et qu’elle est d’environ 50cm. En tenir compte aussi lorsqu’on organise des activités collectives pour éviter les montées en tension. Faire comprendre qu’il est important de respecter l’espace des autres que c’est une manière de leur montrer du respect et réciproquement.
L’apprentissage du respect de l’espace d'autrui n’est pas toujours bien intégré, surtout lorsque ce qui domine dans les comportments c’est le «pousses-toi de là que je m’y mette». Il importe donc de faire un travail de prise de conscience sur le sujet. Faire remarquer gentiment à quelqu’un qui ne respecte pas l’espace de l’autre ou des autres participe de cet éveil, et de l’apprentissage de la gestion de l’espace, le sien, celui d’autrui et l’espace dévolu à tous.
- Dans le cadre d’actions de préventions secondaires, c’est à dire pendant les manifestations de violence, il faut savoir que l’espace vital d’une personne en crise est plus important que celui des autres personnes au quotidien soit environ un mètre, une longueur de bras. Donc lorsque les manifestations de violence apparaissent cette distance doit être automatiquement respectée, mais pour y parvenir les mouvements faits doivent être contrôlés, lents non agressifs. Si l’interlocuteur de la personne en crise est assise juste à côté, il se lève doucement, sans gestes brusques, manifeste maîtrise de soi, calme modération et se positionne à bonne distance.
En début de crise et pour la désarmorcer, surveiller le langage non verbal de positionnement de l’agresseur, en reculant s’il recule ou s’il fait sentir que l’interlocuteur est trop prêt. Si possible il est préférable de se positionner debout de biais, et non pas de face comme en position de combat, éviter de tourner le dos comme une personne qui serait indifférente à l’agresseur et à son problème. Toujours montrer de l’attention et de l’empathie pour la personne en crise, le positionnement debout ne doit pas refléter une attitude quelconque de supériorité ( tenir compte des tailles et de leur rapport), les mains ne doivent être ni dans les poches ni sur les hanches, mais ouvertes, éviter de faire des gestes qui pourraient être interprétés par l’agresseur, qui lui souvent gesticule, comme une invitation à passer à l’acte violent.
Le positionnement à bonne distance donc doit être aussi neutre que possible (surtout ne pas donner l’impression qu’on est sur ses gardes) et pour se faire l’interlocuteur doit se dissocier de ses émotions, se concentrer sur la personne en crise pour l’aider et chercher à à comprendre ce qui lui arrive. Il importe de saisir que l’agresseur est une personne en recherche d’équilibre, que son attitude traduit d’abord son désarroi, et que le calmer c'est s'assurer une protection à la fois pour soi-même et pour celui qui traverse une mauvaise période.
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