Cette semaine, l’attaque suicide de Tel Aviv qui a fait 9 victimes israéliennes innocentes et 1 victime palestinienne innocente, a été un acte que le plus novice des observateurs aurait pu prévoir le plus de facilement, en étant au courant de ce qui se passe dans ce conflit en cours.
Un palestinien encore ado, début vingtaine, peut être le plus jeune des kamikazes à ce jour, originaire d’un petit village assiégé prés de la ville palestinienne de Jenin dans la partie nord sous autorité palestinienne, est entré dans un restaurant à Tel Aviv, Israël, a utilisé son corps, bardé d’explosifs, comme arme pour tuer autant de personnes que possible. Vraiment horrible, mais pas plus horrible que ce que ce à quoi ce palestinien était confronté depuis sa naissance, vivant sous occupation militaire chaque jour de sa vie.
Les attaques suicide nourrissent les médias modernes, alors qu’une occupation vieille de plusieurs décennies nourrit les occupants.
Le porte parole de la Maison Blanche n’a pas perdu de temps et a publié un communiqué, avec sa dureté habituelle. Le communiqué disait : "c’est de la responsabilité de l’autorité palestinienne d’empêcher de telle attaques terroristes". La condamnation a été répétée "verbatim" des douzaines de fois par le passé, chaque fois qu’un palestinien commet un acte de violence contre les israéliens. Aucun lien n’est fait entre cette demande irréalisable pour l’autorité palestinienne, et les sanctions internationales que les USA mènent et qui conduisent à l’effondrement de cette même autorité.
Etrange même, ou peut être n’est ce pas étrange, est le silence total de Washington ces derniers mois, ces dernières années, alors qu’Israël s’attaquait à la population civile palestinienne dans la bande de Gaza et à travers la Cisjordanie, dans des villes comme Bethléem, avec des armes et des actions allant de l’utilisation d’avions de combat F-16 à des bataillons de blindés saccageant les maisons palestiniennes. Ajouter à ces punitions collectives non-stop, les restrictions de mouvement, les démolitions de maisons, les emprisonnements arbitraires des mois durant , l’arrachage des oliveraies, le mur de l’apartheid, les confiscations de terres – la liste est sans fin.
Pour ceux qui veulent comprendre les causes des attaques suicide, ce n’est pas très difficile.
Les palestiniens ne sont-ils pas autorisés à demander pourquoi l’occupation militaire continuelle a été autorisée à se prolonger pendant 39 ans ?
Est-ce hors de question pour les palestiniens de considérer le siège militaire et les bombardements de leur ville comme de la terreur d’état ?
Quand, en moyenne, ces 24 derniers mois, une douzaine d’hommes palestiniens sont traînés hors de chez eux en plein milieu de la nuit, presque chaque nuit, jusqu’aux donjons des prisons israéliennes, sans preuve, sans jugement, sans avocat, les enfants palestiniens restés derrière sont ils supposés restés des enfants ?
Quand, depuis le 28 septembre 2000, au moins 67 femmes ont du accoucher aux check points israéliens, ce qui a eu pour effet de provoquer la mort de 39 nouveaux nés ou morts avant de naître, les palestiniens sont –ils supposés accepter leur sort sans pousser un cri ?
Quand en moins de 5 ans, plus de 740 enfants ont été tués par des tirs israéliens, beaucoup alors qu’ils étaient chez eux, plusieurs à bout portant, et la Maison Blanche balaie cela d’un revers de main comme si rien ne s’était passé, les palestiniens sont-ils supposés rester sain d’esprit ?!
Les questions sont sans fin, comme est sans fin l’absence d’indignation morale officielle face à ce terrorisme d’état, et la responsabilité du gouvernement israélien à le perpétuer.
Jusqu’ici, aucun media n’a lié la dernière attaque contre le restaurant avec la déclaration dans un journal israélien le Jérusalem Post (13 avril), quelques jours seulement avant dans laquelle le Général en chef Yitzhak "Haki" Harel, chef de la direction du planning de l’armée israélienne et un membre important des responsables de l’armée, disait : "nous sommes en guerre". Le Général en chef Harel a continué à pavoiser que, malgré cela, la situation sécuritaire d’Israël n’avait jamais été si bonne depuis ses bientôt 58 ans d’existence.
Quand on lui a demandé s’il fallait restreindre les contacts avec les palestiniens, Harel a dit selon le journal : "La totalité de la frontière avec eux doit être hermétiquement fermée… Nous devons rester de notre côté, eux du leur et voilà tout."
Un palestinien à l’intérieur de cette prison à ciel ouvert hermétiquement fermée devrait simplement accepter son sort, ce qui équivaut à un animal humain mis en cage par une armée étrangère. Il semble donc que c’est ce que veut ce Général en chef. Le peuple juif, devrait savoir mieux que quiconque, qu’une telle politique n’aboutira jamais à la soumission collective du peuple palestinien.
Dieu seul sait ce que le général en chef Harel a en tête pour le million de palestiniens qui vivent du côté israélien du mur d’apartheid et qui sont citoyens israéliens.
Les attaques suicide sont mauvaises point à la ligne. Elles ne servent aucun but et ne mettront pas fin au cauchemar palestinien du à l’occupation israélienne qui perdure. Mais pour faire en sorte qu’elles s’arrêtent nous devons nous occuper de leurs causes profondes et non des symptômes horribles dont elles sont le reflet.
La communauté internationale ne devrait pas rester observatrice et émettrice de communiqués face à l’innocence tuant l’innocence, mais il est temps que chaque pays, plus particulièrement les USA, utilise leur influence pour fixer une base légale et morale pour ce conflit. Celle-ci doit reposer sur les lois humanitaires et internationales, sinon, ce qui reste c’est la loi de la jungle, comme nous avons aujourd’hui, et alors, parmi nous qui doit fixer les règles ?
Sam Bahour 19/04/06
Texte transmis par New Profile organisation israélienne féministe pour la démilitarisation de la société israélienne.
Sam Bahour est un homme d’affaire palestino américain qui vit dans la ville palestinienne occupée par Israël d’El Bireh, sœur jumelle de Ramallah. Il est coauteur de "Patrie : histoires orales de la Palestine et des palestiniens" (1994).Il peut être joint à sbahour@palnet.com
Note
Du 1er au 16 avril 18 palestiniens ont été tués. Ceux qui émettent des communiqués n'ent ont pas émis pour ces 18 morts, dont une fillette tuée dans sa maison à Gaza par un obus israélien. A Gaza presque tous les jours il pleut des obus israéliens. Ceux qui émettent des communiqués savent et se taisent.
Et Vous ?
Terreur d'état israélienne en photos et vidéo