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Trève de Noêl 1914 seule et unique Trève de la Der des Der

Cette Trève est tres certainement l’un des évènements les plus marquants de la grande boucherie de 14-18, bien que souvent ignorée et à l’époque censurée. Dans certains endroits elle a débuté le soir de Noêl et dans d’autres le jour même de la fête. Elle s’est étendue sur 2/3 du front germano britannique, et plusieurs milliers de soldats y ont pris part. Plus extraordinaire encore, c’est que, totalement inorganisée, cette Trève s’est propagée de manière spontanée et indépendante, à la suite d’initiatives sur le terrain. Bref compte rendu des évènements suivi d’un texte éducatif, une lettre d’un soldat à sa sœur relatant la Trève.




Trève de Noêl 1914 seule et unique Trève de la Der des Der

Trève de Noêl 1914

Des millions d’hommes conscripts, réservistes et volontaires s’étaient précipités avec enthousiasme dans ce qui devaient être "la dernière guerre pour en finir avec les guerres" (la Der des Der) comme le martelait la propagande nationaliste et militariste savamment camouflée des marchands de canons et autres profiteurs de guerre. L’enthousiasme du début s’est vite transformée en inquiétude profonde et en désarroi, face aux milliers et milliers de morts et blessés fauchés par les nouvelles armes de l’époque : fusils à répétition, mitrailleuses, et pièces d’artillerie.

Pour se protéger de cet énorme puissance de feu, des deux côtés on a commencé à creuser des tranchées pour préparer les vastes offensives futures. C’est dans ces tranchées, souvent inondées par les pluies, que les soldats des deux camps devaient survivre dans le froid et l’humidité, mal équipés, embourbés et devant souvent supporter pendant des jours la compagnie des cadavres de leurs camarades victimes des tirs d’obus ou de mitraillettes ou d’une balle de fusil ayant fait mouche alors qu’ils sortaient imprudemment la tête de la tranchée.

En Flandre, cet hiver 1914 n’était pas particulièrement clément, pour les uns et les autres chacun dans son trou, dans un paysage qui n’était pas encore devenu lunaire. Des villages bien qu’endommagés étaient encore debout, les champs gardaient encore la trace du travail de l’homme, même s’ils étaient parcemés de gros trous d’obus. Les tranchées n’étaient parfois séparées que de quelques mètres et il n’était pas rare que les soldats s’échangent des insultes mais aussi des souhaits et des arrangements de cessez le feu de courte durée certes. On était encore prêt à se parler et s’arranger avec "l’ennemi". Alors que Noêl approchait, des colis avaient été distribués des deux côtés, envoyés par les familles, les villes et villages, les associations de soutien, remplis de nourriture, de vêtements chauds, de cigarettes et de courriers.

C’est dans cette atmosphère qu’eut lieu la Trève de Noêl 1914 entre les soldats britanniques et les soldats allemands, ainsi que sur certaines lignes de front tenues par des français et des belges. Selon un correspondant de guerre du Daily Telegraph, un journal britannique, des soldats allemands réussirent à faire passer un gâteau au chocolat à des soldats britanniques en face avec un message demandant qu’il y ait un cessez le feu plus tard dans la soirée pour qu’ils puissent célébrer Noêl et l’anniversaire de leur capitaine. Ils proposèrent un concert à 19h30, le signal serait donné par des bougies allumées et placées sur les parapets de leurs tranchées. Les britanniques acceptèrent la proposition et en retour envoyèrent du tabac. A l’heure prévue, les têtes des allemands émergèrent de leurs tranchées et commencèrent à chanter des chants de Noêl, applaudis par les britanniques qui à leur tour entonnèrent leurs traditionnels chants de Noêl, applaudis par les allemands. Dans certaines tranchées, ce sont des sapins de Noêl miniatures plantés sur les parapets et décorés de bougies allumées qui donnèrent le signal des célébrations de part et d’autre. A l’arrière, des deux côtés, les commandants et autres gros bonnets fronçaient les sourcils mais adoptèrent une attitude ambivalente mi complaisante mi sévère.

Le jour de Noêl, certains soldats des deux côtés commencèrent à s’aventurer dans le "no man's land" qui séparaient les tranchées ennemies, et s’échangèrent des cigarettes et autres cadeaux qu’ils avaient reçus dans leurs colis. Certains allèrent même jusqu’à organiser des parties de "foot" improvisées avec des ballons de fortune. En dehors de ces gestes de fraternisation, les soldats mirent a profit cette trève pour aller ramasser les cadavres de leurs camarades tombés, et leur donner une sépulture décente, ce qu’ils n’osaient faire en temps d’hostilité de peur de se faire tuer.

La Trêve a duré toute la journée et à certains endroits même plusieurs jours. Les soldats, des gens du peuple, avaient fraternisé, et avaient ainsi montré qu’il était possible de se parler , et d’arrêter de s’entretuer. Cette Trève ne fut pas répétée l’année d’apres, le commandement repris vite les choses en main pour orchestrer cette terrible boucherie qui fit au total 8 millions de morts.

Source : firstworldwar.com.

Lettre d’un soldat britannique à sa sœur relatant la Trève de 1914.

Genre : Histoire fictive

Les évènements décrits dans cette histoire sont tirés de lettres et notes de l’époque. Cette lettre a été publiée dans le "school magazine" en Australie en avril 2001. Elle peut être utilisée à des fins non commerciales comme texte de base d’éducation à la paix pour des élèves de 9 ans et plus.

Auteur et copyright Aaron Shepard site www.aaronshep.com


Jour de Noêl 1914

Ma chère sœur Janet,

Il est 2 heures du matin et la plupart de nos hommes dorment dans leurs abris – mais moi je ne peux pas dormir avant de t’avoir raconté les merveilleux évènements qui se sont passés cette veille de Noêl. A vrai dire, ce qui est arrivé semble être un conte de fées, et, si je ne l’avais pas vécu moi-même, j’aurais du mal à y croire. Imagines simplement qu’alors que toi et la famille vous chantiez des chants de Noêl devant la cheminée à Londres, ici j’ai fait la même chose sur le champ de bataille en France avec des soldats ennemis.

Comme j’ai écrit précedemment, ces derniers temps il n’y a pas eu de combats sérieux. Les premiers combats de cette guerre ont fait tant de morts que des deux côtés on se restraint jusqu’à ce qu’arrive la relève. Nous avons passé la plupart du temps à attendre dans nos tranchées.

Mais quelle terrible attente cela a été ! Sachant qu’à tout moment un obus pouvait exploser à côté de nous dans la tranchée, tuant ou blessant plusieurs d’entre nous. Dans la journée on osait pas lever la tête de peur de se prendre une balle d’un tireur d’élite d’en face.

Et la pluie, elle, est tombée presque tous les jours et s’est accumulée dans la tranchée. Nous avons du l’évacuer avec nos gamelles. Et avec la pluie la boue s’est installée, une bonne couche de boue qui couvre et éclabousse tout et qui se colle à nos bottes. Notre nouvelle recru s’est embourbé non seulement les pieds mais les mains lorsqu’il a essayé de s’extirper de la boue.

Mis à part cela, nous n’avons pas pu nous empêché de manifester une certaine curiosité pour les soldats allemands de l’autre côté. Apres tout, ils doivent affronter les mêmes dangers que nous, et sont aussi dans le même bourbier. De plus leur première tranchée n’est qu’à quelques mètres de la notre. Entre eux et nous c’est le "no man’s land" bordé de chaque côté par des barbelés. Mais ils sont suffisamment proches pour qu’on entende leurs voix.

Bien sûr, nous les haissons quand ils tuent nos camarades. Mais à d’autres moments nous plaisantons sur leur compte et on a presque l’impression de partager quelque chose en commun. En fait, il semble qu’ils ressentent la même chose.

Justement, hier matin, la veille de Noêl, nous avons eu droit à notre premiere gelée. Nous avions froid mais nous l’avons bien accueillie car au moins comme cela la boue a durci. Tout était recouvert de gelée blanche, et le soleil brillait sur tout. Un vrai temps de Noêl !

Pendant la journée il y a eu peu des bombardements et d’échanges de tir à l’arme légère. Et comme le soir tombait pour la veillée de Noêl, les tirs ont cessé complètement. Un silence total, le premier depuis des mois ! Nous espérions une journée de fête calme sans trop y compter. On nous avait mis en garde sur la possibilité d’une attaque allemande visant à nous prendre par surprise.

Je suis allé à l’abri pour me reposer et couché sur mon paleteau j’ai dû m’endormir. Brusquement, mon ami John m’a réveillé en me secouant, me disant : "viens voir ce que les allemands sont entrain de faire !". J’ai pris mon fusil, suis sorti dans la tranchée et j’ai passé ma tête avec précaution par dessus des sacs de sable.

Je n’avais jamais espéré voir une telle vue, étrange et agréable à la fois. Des tas de petites lumières brillaient tout le long de la ligne allemande, de gauche à droite aussi loin que les yeux pouvaient voir.

"Qu’est ce que c’est" ai-je demandé tout étonné ? John m’a répondu : "des sapins de Noêl !" Et oui c’était bien des sapins de Noêl que les allemands avaient placés devant leurs tranchées, avec des bougies ou lanternes qui éclairaient. Et puis nous avons entendu leur voix chantant : "Stille nacht, heilige nacht … "

Ce chant de Noêl ne nous était pas trop connu en Angleterre, mais John nous a traduit "douce nuit, sainte nuit…" Je n’ai jamais entendu rien de plus agréable, plus sensé dans cette nuit calme et claire, légèrement éclairée par un quartier de lune. Une fois les chants terminés, les hommes dans nos tranchées ont applaudi. Oui, des soldats britanniques ont applaudi des allemands !

Puis l’un des notres s’est mis à chanter et nous l’avons tous accompagné. " the first Nowell the angel did say…"

A vrai dire, nous n’étions pas si performants que les allemands mais ils ont répondu en aplaudissant avec enthousiasme et ils ont entonné un autre chant : " O Tannenbaum, O Tannenbaum…"

Puis nous avons répondu " O venez vous tous croyants "…

Mais cette fois ils ont repris en cœur en chantant la même chose en latin "Adeste fideles …"

Des britanniques et des allemands qui chantaient à l’unisson au dessus du "no man’s land" ! Rien de plus surprenant , et pourtant la suite allait l’être encore plus.

"Anglais venez ici"! nous avons entendu l’un d’entre eux dire. "Vous ne tirez pas, nous ne tirons pas"!

Dans la tranchée nous nous sommes tous regardés avec surprise. Puis l’un d’entre nous a crié en blaguant : "vous venez ici". A notre grande surprise, on a vu deux silhouettes au dessus de leur tranchée, puis enjamber les barbelés et s’avancer sans protection dans le no man’s land. L’un des deux a dit "envoyer un officier pour parler". J’ai vu l’un de nos hommes preparer son fusil et d’autres faire de même mais notre capitaine a crié "ne tire pas". Puis il a grimpé par-dessus le bord de notre tranchée pour rejoindre les allemands à mis chemin. Nous les avons entendu parler et quelques minutes plus tard le capitaine est revenu avec un cigare allemand à la bouche.

"Nous nous sommes mis d’accord pour qu’il n’y ait pas de tir avant minuit demain" a – t- il annoncé. "Mais les gardes restent en poste et les autres restent vigilants."

De l’autre côté on pouvait voir des groupes de deux ou trois sortant des tranchées et venant vers nous. Puis certains d’entre nous sont également sortis et en quelques minutes des centaines de soldats et officiers de chaque côté se serraient la main dans le no man’s land alors qu’ils avaient essayé de se tuer quelques heures auparavant.

Rapidement un feu de camp a été allumé, et nous nous sommes assis ensemble autour – les britanniques en kaki et les allemands en gris. Je dois reconnaître que les allemands étaient mieux habillés avec des uniformes rafraîchis pour la fête. Seuls quelques hommes connaissaient l’allemand, mais plus d’allemands connaissaient l’anglais. J’ai demandé à l’un d’entre eux pourquoi. "Parce que beaucoup ont travaillé en Angleterre ! avant la guerre j’étais serveur à l’hotel Cecil. Peut être que je vous ai servi !" "Peut être" ai-je répondu en riant ! Il m’a dit qu’il avait une petite amie à Londres et que la guerre avait interrompu leur projet de mariage. Je lui ait dit "ne t’en fais pas nous vous aurons battu pour Pâques et tu pourras revenir et épouser ta copine." il a ri. Il m’a demandé si je pouvais lui envoyer de sa part une carte postale qu’il me donnerait plus tard et je lui est promis que je le ferai.

Un autre allemand avait été porteur à la gare de Victoria. Il m’a montré une photo de sa famille à Munich. Sa sœur aînée était si belle, je lui est dit que j’aimerai bien la rencontrer un jour. Il rayonnait et ma dit qu’il aimerait beaucoup et il m’a donné l’adresse de sa famille.

Même ceux qui ne pouvaient pas discuter pouvaient néanmoins échanger des cadeaux – nos cigarettes pour leur cigares, notre thé pour leur café, notre bœuf en daube pour leur saucisses. Des décorations et des boutons ont changé d’uniformes et l’un des notres s’est promené avec l’un de ces horribles casques à pic ! j’ai moi-même échanger un couteau de poche pour une ceinture en cuir. Un beau souvenir à montrer quand je rentrerai à la maison.

Les journaux aussi ont changé de mains et les allemands se sont tordus de rire en lisant les notres. Ils nous ont assuré que les français été finis et les russes presque vaincus. Nous leur avons dit que c’était des bêtises et l’un d’entre eux a dit "vous croyez vos journaux et nous nous croirons les notres".

Vraiment on leur ment ! – Mais apres ces rencontres, je me demande jusqu’à quel point nos journaux nous disent la vérité. Ils ne sont pas les "barbares sauvages" sur lesquels on a tant lu. Ce sont des hommes avec des familles, des espoirs et des peurs, des principes et aussi l’amour de leur pays. En d’autres termes, des hommes comme nous. Pourquoi on veut nous faire croire autrement ?

Alors qu’il se faisait tard, quelques chants supplémentaires ont été entonnés autour du feu, et puis tous se sont joints pour un dernier chant. Nous nous sommes ensuite séparés en nous promettant d’autres conversations et peut être même un match de foot demain.

Alors que je me dirigeais vers nos tranchées, un vieil allemand m’a dit me serrant le bras: "mon dieu pourquoi nous ne pouvons pas avoir la paix et rentrer chez nous ?" Je lui ai répondu gentillement : " il faut poser la question à votre empereur." Il m’a regardé et apres avoir réflechi, il m’a répondu "peut être bien mon ami, mais, nous devons aussi nous posez la question dans nos cœurs".

Ainsi ma chère sœur, il y a t-il déjà eu un tel Noêl dans l’histoire ? Et qu’est ce que cela veut dire cette impossibilité de devenir ami avec nos enemis ?

En ce qui concerne le combat ici, cela ne veut pas dire grand-chose. Ces soldats sont des types décents mais ils suivent des ordres et nous faisons la même chose. En plus nous sommes là pour stopper leur armée et les renvoyer chez eux et nous ne pouvons pas échapper à ce devoir.

Mais, quand même, on peut toujours se demander ce qui se passerait si l’état d’esprit qui régnait ici imprégnait les nations. Bien sûr il y a toujours des disputes, mais que se passerait –il si nos gouvernants s’échangeaient des vœux au lieu de menaces. S’ils chantaient au lieu de s’injurier ? S’ils échangeaient des cadeaux à la place d’actes de vengeance ? Est-ce que les guerres ne se termineraient pas toutes d’un coup ?

Toutes les nations disent qu’elles veulent la paix. Mais ce matin de Noêl je me demande si nous la voulons suffisamment ?

Ton frère qui t’aime

Tom


Maudite soit la guerre: des monuments aux morts par comme les autres

Vendredi 22 Décembre 2006
Mireille Delamarre

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