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Stress social et détresse des corps - Quoi faire pour se destresser

Le stress, comme syndrome d'adaptation (décrit par Selye dès 1936) se caractérise par une réaction d'alarme (signal) suivie d'une période de résistance jusqu'au stade d'épuisement qui n'est plus de l'ordre du signal mais de l'atteinte des fonctions régulatrices (découragement, dépression, allergies, dégénérescence). Ainsi, lorsque la réaction de fuite (exit) n'est pas possible, ni la protestation (voice), il semble bien qu'après une période d'inhibition, on passe de la fonction stimulante du stress à l'état de distress, c'est-à-dire un état de perte de contrôle et d'affaiblissement, qui nous livre à la merci de toutes sortes de maladies.



Stress social et détresse des corps - Quoi faire pour se destresser

Signes de détresse

Les progrès de la médecine et l'augmentation du niveau de vie ont permis un allongement considérable de l'espérance de vie, pourtant cette médecine de pointe semble butter sur toute une série de maladies chroniques, inflammatoires et auto-immunes, voire neuro-dégénératives, qui impliquent à l'évidence l'environnement (on dit qu'elles sont multifactorielles, tout comme le cancer). Si ces maladies "aux mille noms" progressent de façon inquiétante, avec les caractéristiques d'une véritable épidémie, ce n'est pas seulement que la médecine ne sait pas y répondre encore, mais c'est aussi que le niveau de stress a considérablement augmenté dans nos sociétés développés, dans le travail en particulier, alors que la qualité de l'environnement et de la nourriture s'est fortement dégradée (hausse des pollutions et des pesticides, baisse des anti-oxydants, des oméga-3 et des vitamines).

On assiste donc à la conjonction des limites de la techno-science, qui s'avoue incapable de soigner le mal-être ou les déséquilibres biologiques, en même temps qu'à l'emballement d'un productivisme de plus en plus insoutenable pour l'être humain comme pour la biosphère. A ce stade il semble que la médecine soit conduite à une révision complète de ses présupposés et de sa pratique pour revenir à une véritable "médecine générale", c'est-à-dire à des approches plus globales, qu'elle abandonne pour l'instant aux "médecines alternatives".

La réduction des thérapeutiques médicales aux analyses de laboratoire, à la spécialisation, à une symptomatologie statistique (DSM) et aux traitements normalisés, c'est-à-dire à une simple technique où le malade disparaît, découpé en petits morceaux, rencontre désormais sa limite au moins en terme d'efficacité et d'explosion des coûts. Il faut se rendre à l'évidence, la plupart des maladies ont une dimension psychologique et sociale et, comme les médecines traditionnelles, il faudrait considérer la maladie comme un signal de détresse du corps pour soigner le malade pas seulement le symptôme. Au-delà, c'est la société qu'il faudrait soigner et qui devrait mieux prendre en compte ces enjeux de santé, y compris de santé mentale, accorder un peu plus d'importance aux conditions de travail et d'épanouissement de chacun. Il n'y a pas de question plus politique.

Le caractère déterminant du milieu et de l'humeur dans le déclenchement des maladies n'est certes pas une découverte même si cela mène trop souvent à des solutions purement imaginaires. Sans remonter à la médecine chinoise, Alexander par exemple a voulu fonder une nouvelle discipline sur ce juste principe que "théoriquement toute maladie est psychosomatique". Encore faudrait-il s'entendre sur le sens à donner à ce mot, et pour sortir de la confusion dans laquelle les théories psychosomatiques s'enlisent, il faut revenir d'abord à Pasteur qui avait déjà compris que "le microbe n'est rien, le terrain est tout". En effet le même bacille du charbon qui a pu foudroyer une poule exposée au froid extérieur, s'est révélé inoffensif lorsqu'il a été inoculé à une poule maintenue bien au chaud. Pas de psychologie apparemment à ce niveau mais seulement la faiblesse de l'organisme. Toute maladie s'introduit dans les blessures du corps, corps fatigué, usé, vieilli, brisé. Simplement, la psychologie et les relations sociales y participent largement.

Le corps peut être affaibli de bien des façons, par le froid, par l'effort, par l'effroi ou par remords, mais le fait est que le stress du corps a le plus souvent une origine sociale. De sorte qu'on devrait plutôt parler de maladies socio-somatiques (ou socio-psychosomatiques). Le danger serait ici de vouloir trop généraliser, chaque cas est particulier (il y a d'autres sortes de maladies, génétiques par exemple, il y a des symptômes "hystériques", des conflits psychologiques, et toutes sortes de folies), mais c'est un fait massif qu'on refuse de regarder en face : il existe indubitablement un stress social qui se répercute en stress des relations et en stress au travail avant de se répercuter au niveau individuel en fonction de l'histoire de chacun et de ses capacités de résistance, jusqu'à atteindre le corps dans sa chair. Bien peu ont rendu compte de l'étendue du phénomène, comme Christophe Dejours dans son livre "Souffrance en France". Il ne s'agit évidemment pas de rêver supprimer tout stress. Il y a un bon stress qui nous stimule et les relations sociales ne seront jamais faciles (l'enfer c'est les autres dont on ne peut se passer). C'est juste qu'il ne faudrait pas trop en rajouter mais tenir compte de nos limites psychiques et corporelles.


Le sens du stress (épuisement et détresse)

On peut dire que le rapport au stress constitue un des fondements de l'écologie, du rapport de l'individu à son environnement ainsi que de l'articulation du biologique et du social. Mais qu'est-ce que le stress ?

Le stress, comme syndrome d'adaptation (décrit par Selye dès 1936) se caractérise par une réaction d'alarme (signal) suivie d'une période de résistance jusqu'au stade d'épuisement qui n'est plus de l'ordre du signal mais de l'atteinte des fonctions régulatrices (découragement, dépression, allergies, dégénérescence). Ainsi, lorsque la réaction de fuite (exit) n'est pas possible, ni la protestation (voice), il semble bien qu'après une période d'inhibition, on passe de la fonction stimulante du stress à l'état de distress, c'est-à-dire un état de perte de contrôle et d'affaiblissement, qui nous livre à la merci de toutes sortes de maladies.

C'est l'état de faiblesse et d'abandon du perdant et du dominé qui va jusqu'aux obsessions suicidaires. Cependant, il faut souligner que, contrairement à ce que prétend Alexander cité plus haut, ce qui caractérise les maladies du stress c'est leur absence de spécificité, leur absence de signification symbolique la plupart du temps, la réaction de stress se caractérisant par le fait d'être indifférenciée et globale (contrairement aux symptômes psychologiques), pouvant même être provoquée par une trop bonne nouvelle !

Le stress est un phénomène universel qui est vital, indispensable à la stimulation et l'entretien des fonctions biologiques mais jusqu'à un seuil au-delà duquel il devient destructeur. C'est un peu comme l'effet de serre sans lequel il n'y aurait pas de vie mais qui nous menace à partir d'un certain point. Ce qu'il faut, dans la vie, c'est ne pas dépasser certaines limites. Le plus souvent ce n'est d'ailleurs pas tant le niveau de stress que sa durée et sa répétition quotidienne qui épuisent le corps. C'est bien le corps qui est touché et "accuse le coup" mais à cause d'un stress qu'on peut dire social, que ce soit un stress post-traumatique ou un stress dans nos relations. La détresse du corps est une maladie de l'adaptation à la société...

Le seuil de détresse fixe une limite corporelle, toujours singulière, aux exigences sociales. Ce signal d'alarme peut être entendu, servir de retour d'information, remplissant sa fonction de protestation auprès de l'entourage social comme de soi-même, sinon il ne reste que la voix du corps souffrant. En tant qu'être humain, nous sommes responsables des autres (Lévinas). S'il nous faut donc une protection sociale contre un stress excessif, cela ne saurait suffire. Il faudrait aussi que la valeur de témoignage des signes du stress et de la souffrance soit reconnue socialement, et pas seulement par des psychothérapeutes! Ce qu'il nous faudrait surtout, c'est construire une société plus humaine, une société où nos plaintes légitimes puissent être entendues sans qu'on soit obligé de se tuer à le dire! Il ne s'agit pas de vouloir l'impossible ni d'éradiquer toute maladie mais d'avoir une politique de santé et de qualité de la vie.....




Se déstresser

S'il faut éviter de tomber dans une gestion du stress de type militaire ou une pensée positive imbécile, on dispose de toute une série de stratégies pour essayer de remonter la pente (résilience, renaissance, régénération), à condition bien sûr de garder assez d'énergie pour cela... Le meilleur remède, il faut le répéter, c'est la reconnaissance sociale et le soutien des proches, la bonne ambiance, la joie de vivre. Cela ne dépend pas que de nous! On peut du moins tenter d'améliorer son humeur en se changeant les idées par la participation à un groupe, par des petits plaisirs, par la relaxation, l'exercice, le chant, le rire....

Ensuite plus on avance en âge et plus il faut soigner le corps en adoptant un mode de vie qui permette de retrouver un bon sommeil et une activité physique minimum (au moins 1/2 heure de marche par jour). Le manque de sommeil se fait très vite sentir alors que l'inactivité tue à petit feu. La nutrition est souvent cruciale (anti-oxydants, vitamines, omega-3) pour la reconstitution de nos réserves (poisson, légumes et fruits). Lorsqu'on est malade, il est utile d'y rajouter des anti-oxydants et des vitamines comme la vitamine C (d'autres vitamines comme les vitamines A, D et E deviennent nocives quand il y en a de trop). Enfin, les médecines traditionnelles nous apprennent à utiliser des panacées (ginseng, sauge, ginkgo biloba) dont l'effet est proche, pour partie au moins, d'un "énergisant" comme le Sargénor. Tout ceci peut sembler bien peu mais cela constitue malgré tout un coup de pouce qu'il ne faut pas négliger, sans en attendre des miracles pour autant....

Cela ne marche pas toujours, loin s'en faut. C'est du moins ce qu'on peut tenter si on en a encore la force. Beaucoup tombent, trop isolés, et ne s'en relèveront pas, sans jamais éveiller la compassion publique, on ne sait pourquoi. On sait par contre que le taux de mortalité et de maladie des chômeurs est beaucoup plus élevé que dans le reste de la population (Sartre disait qu'on choisit ses morts) et ce n'est pas parce que le soldat repart à la bataille que la bataille n'était pas meurtrière. Chaque maladie accuse non pas la victime mais bien le corps social qui l'a produite, qu'on le veuille ou non.

Au lieu de se replier encore plus dans l'isolement, tous les malades en colère pourraient peut-être un jour amplifier la protestation populaire au nom de cette injustice qu'ils ont dû subir dans leur chair. Utopie sans aucun doute, mais à protester du sort qui nous est fait, nous pourrions aider à naître un ordre plus juste et moins agressif, moins pathogène. C'est aussi au nom de tous les malades et des faibles que nous devons construire une société plus solidaire. En tout cas, considérer le stress comme un élément central d'un droit à la santé, c'est se mettre au niveau des corps dans leur universalité, point de vue écologiste qui suffit à remettre en cause radicalement l'organisation économique actuelle et son productivisme insoutenable. Mais comment faire entendre cette souffrance sans mots, cette douleur montante qui nous laisse sans voix et nous retire du jeu ?

Jean Zin - Extraits- 5.08.2005


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Samedi 20 Août 2005
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