sciences écologie

Solidarité chez les plantes

Evolution des espèces par la lutte et la concurrence, ou bien entraide comme base d'évolution progressive ? Violence "naturelle" ou non-violence structurelle et fonctionnelle? Deux approches qui s'opposent jusqu'à aujourd'hui. Qu'en est-il sur le terrain des observations directes et notamment de celles des plantes ?



Lutte reciproque, ou bien entraide reciproque ?

Solidarité chez les plantes
Le 24 novembre 1859 Darwin publiait son livre « L'origine des espèces « qui allait marquer profondemment l'histoire des sciences biologiques mais aussi avoir des repercussions sur la pensée religieuse philosophique et politique. Cette théorie de l'évolution des espèces par la lutte et la concurrence s'est étendue à la sphère economique et sociale et de nos jours on parle fréquemment de darwinisme socio-économique. Pourtant, Darwin lui-même avait mis en garde contre l'utilisation de sa théorie dans un sens restreint*. D'autres scientifiques, dés la sortie de son livre, se sont aussi élevés contre cette focalisation sur la lutte acharnée pour la survie de l'espèce notamment Kessler, Kropotkine, et ils se sont attachés à démontrer que cette opinion et surtout sa généralisation et son élévation au rang de dogme scientifique s'appuyait sur des observations directes parfois erronnées et/ou incomplètes. Même s'ils reconnaissaient l'existence d'une lutte réciproque, ils ont mis en avant qu'il existe dans la nature une loi d'entraide réciproque beaucoup plus importante pour le succes de la lutte pour la vie et pour l'évolution progressive des espèces. Kropotkine va passer sept ans à en accumuler les preuves notamment chez les espèces animales et publie « l'entraide un facteur de l'évolution » qui fait référence sur le sujet en tenant compte des connaissances de l'époque.
Mais, la coopération à l'intérieur des espèces et ou entre espèces n'ai pas exclusive au règne animal. L'entraide, la solidarité s'observe aussi fréquemment chez les plantes.


Introduction à la solidarité chez les plantes - La vie sur la Terre, les végétaux verts

poumon vert
poumon vert
La biosphère «est la couche, très mince à l'échelle du globe, dans laquelle est localisée la vie et qui se situe à la limite de la croûte terrestre (sol ou eau) et de l'atmosphère». L'hétérogénéité des milieux depuis les pôles à l'équateur, qu'ils soient marins ou terrestres, engendre une inégale répartition des animaux et des végétaux. Ce sont les conditions nécessaires au développement des êtres vivants qui conditionnent leur répartition sur le globe ainsi dans les régions tropicales se trouvent les forêts les plus denses et les plus diversifiées s'opposant aux régions polaires et aux déserts, où la vie des plantes et des animaux est limitée par le froid et l'eau et où seules peu d'espèces arrivent à survivre.

Dans cette masse vivante constituant la biosphère ce sont les végétaux qui jouent le rôle prédominant par leur fonction essentielle à la vie sur la Terre à savoir la photosynthèse ou la production de substances carbonées à partir du carbone atmosphérique que seules les plantes chlorophylliennes sont capables de fixer grâce à la chlorophylle et à la lumière du jour. En effet, la masse végétale verte échange annuellement environ le dixième du volume de l'atmosphère, capte le centième de l'énergie solaire qui parvient sur la Terre et effectue ainsi la photosynthèse de trois cents milliards de tonnes de matière organique soit mille fois plus que la masse de fer produite par toute la sidérurgie du monde. Et c'est de cette matière organique que se nourrissent tous les êtres vivants constituant avec les plantes la chaîne alimentaire.

La vie en communauté, adaptation au partage des ressources et des conditions de cohabitation

Ombre
Ombre
La répartition des espèces végétales, dépendante en grande partie des conditions du milieu dans lequel elles vivent et auxquelles elles s'adaptent, met en évidence une organisation en groupes d'espèces ou communautés, reconnaissables sur le terrain, et que réunissent ensemble leurs affinités écologiques mais également leur adaptation au partage des ressources. Ces ensembles structurés sont appelés phytocénoses pour les végétaux et zoocénoses pour les animaux. La composition d'une communauté résulte donc d'une combinaison d'espèces susceptibles de se développer conjointement dans un même biotope. L'existence d'un arbre ou d'un buisson détermine le développement d'espèces liées aux conditions crées par l'ombre de l'arbre. Les espèces de sous-bois qui accompagnent une formation forestière donnée sont déterminées par le couvert créé par les couronnes des arbres, conifères ou feuillus, ce couvert modifie par sa densité l'intensité de la lumière, le degré d'humidité et la nature de l'humus fourni par les feuilles mortes. L'engagement d'une espèce dans la communauté implique une adaptation aux conditions de cohabitation lesquelles s'expriment par une réduction de la concurrence pour l'eau, la lumière et l'espace. Cette adaptation aboutit à une organisation des plantes aussi bien spatiale que fonctionnelle que temporelle : stratification des parties aériennes en arbres, arbustes, arbrisseaux, herbacées et mousses ; stratification des parties souterraines dans les divers niveaux du sol pour une meilleure utilisation de l'eau ; périodicité annuelle qui permet à certaine plantes de fleurir avant que d'autres ne commencent à leur faire de l'ombre.

A cette communauté végétale est associée une communauté animale, des insectes, aux herbivores, aux carnivores, aux oiseaux, jusqu'à la microfaune du sol. Ces animaux sont soit adaptés aux mêmes conditions de milieu que les plantes et donc constituent avec elles
une communauté permanente ou biocénose, soit ils utilisent la végétation comme abri pour s'y réfugier ou se reproduire à certaines saisons. On note pour les oiseaux par exemple une adaptation au partage des ressources qui se fait par une occupation spatiale spécifique. Ainsi des espèces d'oiseaux vont habiter le haut de l'arbre alors que d'autres s'installent sur les basses branches chaque espèce ayant sélectionné sa nourriture dans les différentes
parties de l'arbre.

Solidarité et dépendance, solidarité et travail d'équipe

Lichens
Lichens
L'association peut être encore plus étroite lorsque la vie de l'un dépend de celle de l'autre. Tel est le cas des Lichens, histoire d'une algue chlorophyllienne et d'un champignon qui s'associent pour fabriquer de la matière organique grâce à la chlorophylle de l'une et aux mycélium de l'autre. De même, les Légumineuses, plantes à gousses, sont des espèces liées à des bactéries installées au niveau de leurs racines. Les bactéries fixent l'azote et enrichissent le sol en azote tout en bénéficiant de la matière organique fabriquée par les Légumineuses.

Une fonction plus évoluée est le travail de compensation ou de remplacement d'espèce disparue par d'autres permettant la stabilité d'un système végétal. Ces espèces sont organisées en groupes et assurent des fonctions similaires ou voisines pour «cicatriser» le vide laissé par l'espèce éliminée. Les groupes fonctionnels sont ainsi définis comme «un groupe d'espèces ayant un rôle similaire dans le fonctionnement d'un écosystème» et «dotées de stratégies adaptatives convergentes» de telle sorte que l'élimination d'une espèce du groupe déclenche une réaction de compensation de densité par les autres espèces. Ces espèces, dites redondantes, ou «équivalents écologiques» contribuent à augmenter la résistance d'un système à l'effet de perturbations et à maintenir sa structure et ses fonctions et par conséquent sa stabilité. Ce «travail d'équipe» chez les végétaux supérieurs est la preuve de l'existence de relations de coordination étroites entre les espèces qui montrent alors devant une agression externe une réponse «défensive» leur permettant d'assurer la continuité du système et sa persistance. La réponse peut être considérée comme une extension de leur champ d'action reflétant des capacités d'adaptation très grandes aux changements qui peuvent survenir dans le milieu de vie et des capacités de résistance qui augmentent avec l'intensité de l'agression. Il y'a bien sûr un seuil au-delà duquel les effets de l'agression sont trop destructeurs et alors commence la régression du système jusqu'à sa disparition.

Il faut rappeler que ces liens de solidarité sont détruits lorsque la communauté est appauvrie en espèces majeures par des agressions répétées ce qui mènera à sa disparition. Tout comme les Lichens si l'algue venait à disparaître ou le mycélium.
Les communautés d'êtres vivants végétaux (mais aussi animaux) sont douées d'une grande capacité de résistance et de régénération grâce à une complémentarité ou «solidarité» structurelle et fonctionnelle des espèces les constituant qui leur permettent de maintenir un niveau de stabilité favorisant leur évolution vers des états plus stables et leur persistance.

* " Les communautés qui forment la plus grande proportion de membres le plus sympathiques les uns aux autres, prospèrent mieux et élèvent le plus grand nombre de rejetons" Darwin in "The ascent of man" 2ème édition anglaise pge 163


Lundi 29 Novembre 2004

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