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Responsabilité des Journalistes en Temps de Guerre – Analyse de Robert Fisk

Robert Fisk, l’un des rares correspondants de guerre honnête et percutant, donne son opinion sur le rôle négatif joué par les journalistes, notamment dans les guerres en Afghanistan, en Irak, en Palestine, dans une interview accordée à Dan Glazebrook pour le site d’information alternative Counterpunch.



Responsabilité des Journalistes en Temps de Guerre – Analyse de Robert Fisk

« Tout comme le mur est appelé une barrière, les mercenaires sont appelés des contractuels ».

D.G : Robert Fisk a une réputation bien méritée comme étant l’un des plus honnêtes et des plus percutants correspondants étrangers des médias britanniques. Il a travaillé en Irlande du Nord - où il a exposé la présence du SAS (Special Air Services, branche de l'armée britannique en Irlande du Nord ndlt) dans le milieu des années 70 - de même qu’en Bosnie, en Palestine, en Irak, au Liban. Il y était en tant que témoin, juste après le massacre de 2000 réfugiés palestiniens organisé par Israël à Sabra et Shatila, et c’est de là que son journalisme a pris sa forme actuelle : colère, passion, et comme il le dit lui-même « partial du côté des victimes » - - un style de journalisme qui, malheureusement aujourd’hui, n’est pas partagé par beaucoup de ses collègues dans la profession. Au milieu d’un torrent de mensonges et de propagande émanant des médias sur la politique britannique et des US au Moyen Orient, les écrits de Fisk sont une bouffée d’air frais - - bien que la réalité infernale qu’il décrit n’en rende pas toujours la lecture agréable.

Quand j’ai rencontré Fisk au Collège Christchurch, un rendez vous pris en sandwich entre un engagement précédent à Bristol et une conférence au Festival Littéraire d’Oxford - - semble-t-il sans un moment de repos- - nous avons commencé à parler du rôle du journalisme en temps de guerre. Premièrement, je voulais savoir si en aseptisant ou en justifiant la guerre, le journalisme jouait aussi un rôle dans sa perpétuation ?

R. Fisk : Il y a plusieurs choses. D’abord, il y a l’incapacité de beaucoup de journalistes des Etats-Unis (mais aussi en France ndlt) de ne pas dire la vérité sur la situation en Israël-Palestine - - ainsi des territoires occupés sont appelés des territoires disputés, le mur est appelé une barrière de sécurité, une colonie ou une implantation est appelé un quartier ou un avant poste. Ce qui veut dire que si vous voyez un Palestinien lançant une pierre, s’il s’agit d’une occupation vous pouvez le comprendre, mais s’il s’agit d’une dispute, qu’on peut arranger, on présume, au dessus d’une tasse de thé, alors c’est évident que les Palestiniens sont généralement violents. Ainsi vous humiliez un côté dans cet horrible conflit.

Et puis vous avez ce problème de la télévision qui ne montre pas ce que nous voyons, pour de soit disantes raisons de « mauvais goût ». Je me souviens une fois avoir été en ligne avec un éditorialiste de Londres alors qu’on demandait à Al Jazeera de fournir une vidéo d’enfants tués et blessés par un obus britannique à Basra, et le type a commencé à dire « pas besoin de nous envoyer cela, nous ne pouvons pas montrer cela », sa première excuse était «les gens seront entrain de prendre leur thé, donc on ne peut pas le passer », et puis c’était « c’est une sorte de pornographie, nous ne montrons pas cela ». Et cela ne c’est pas arrêté là - - c’est à vous couper le souffre d’entendre cela - - la dernière chose c’était « nous devons faire preuve de respect pour les morts ». Donc nous ne les respectons pas quand ils sont vivants, nous les réduisons en morceaux, et puis, nous leur témoignons du respect parce qu’ils sont morts – et ces ex généraux pontifiants - - cela devient un jeu ; vous commencez à répandre l’idée que la guerre c’est principalement une question de victoire ou de défaite – quand en fait cela porte sur la mort, et sur le fait d’infliger d’énormes souffrances.

J’étais en Irak en 1981, quand les Britanniques et les Américains avaient bombardé l’une des autoroutes. Il y avait des femmes et des enfants en morceaux, morts, et tous ces chiens qui sont arrivés du désert et qui ont commencé à les manger. Si vous avez vu ce que j’ai vu, vous ne penserez jamais plus à soutenir la guerre de quelque nature que ce soit, contre quiconque.

Mais bien sûr, les politiciens - - nos dirigeants – sont très contents qu’on ne montre pas ces photos, parce que cela rend la guerre plus attrayante, moins douloureuse.

D.C : Est-ce que le public britannique n’a jamais accès à une image plus réaliste de la guerre ?

R.F : Tenez, si un soldat irakien est suffisamment correct pour mourir sur le bas côté de la route dans une position romantique, et que vous pouvez le prendre avec, en arrière plan, le ciel, et sans qu’il y ait de chair bouillie – vous aurez en une : « le prix de la guerre : un soldat irakien étendu mort », ce type de gros titre, cela vous pouvez l’éditer. Mais c’est à peu près tout.

Les normes journalistiques sont entrain de dégénérer rapidement, dans d’autres domaines aussi. En regardant les informations il y a deux semaines j’ai été choqué de voir que Yassin Nassari et Abdul Patel était catalogué par la BBC comme des « terroristes » - - non pas « suspectés » ou supposés » mais directement qualifiés de « terroristes » - alors que les seules accusations portées contre eux sont en relation avec la « possession de matériels » (littérature islamique et vidéo), et qu’ils n’ont même pas été accusés de planifier des attaques terroristes,encore moins d’en exécuter. Est-ce que le mot « terrorisme » est devenu une expression passe partout ?

J’ai vu des cas aux Etats-Unis où la preuve de terrorisme c’est une copie d’un journal libanais.

Je viens juste d’avoir un exemple intéressant de ce qui se passe. Je faisais une conférence à Ottawa devant 600 canadiens musulmans, et je leur est dit «vous avez tout à fait raison d’exercer votre droit à la liberté d’expression pour attaquer les Etats-Unis et Israël quand ils tuent des personnes, commettent des actes de torture, occupent les terres d’autres peuples – mais pourquoi je ne vous entends jamais condamner les régimes en Egypte, à Damas, en Libye et ainsi de suite ?" Silence. Je ne pouvais pas tirer quoi que ce soit.

D.C : Et alors, que se passait-il ?

R.F : Plus tard, alors que je voyageais en voiture avec deux musulmans, ils me l’ont dit. Au Canada, s’ils parlent contre leurs régimes - - le régime syrien, ou égyptien - - ce qui se passe c’est que ces différents pays ont leur muhabarat ( police secrète) au Canada - - des agents de sécurité - - qui feront alors passer le message au pays que certaines personnes parlent contre Mubarak, Assad, ou autre. Puis, étant donné les nouveaux liens d’amitiés entre les services de renseignements, le régime syrien ou égyptien disent aux Canadiens qu’il est un terroriste potentiel - - anti-régime, d’accord ? - - et le CSIS, la version canadienne du FBI, commence à les mettre sur écoutes. Ainsi, en exerçant leur droit à la liberté d’expression contre des dictatures, ils finissent par être suspectés de terrorisme par leur nouveau pays dont ils sont devenus des citoyens. Donc le résultat c’est qu’au bout du compte ils sont silencieux. Comme je le serais si j’étais à leur place.

D.C : Qu’en est-il de notre silence, qui n’est pas, lui, si facilement excusable ? Les manifestations anti- guerre disparaissant, a-t-on oublié ce qui se passe vraiment dans ces pays qui souffrent de la « libération » occidentale ?

R.F : vous devez continuer de dire aux gens à Londres, « mais c’est réel » - - parce que les gens en Occident n’ont plus aucune expérience de la guerre. Il n’y a pas un seul de nos dirigeants politiques ayant une expérience de la guerre. Bush s’est fait réformé, Cheney s’est fait réformé, Powell était au Vietnam, mais il est parti. Leur expérience de la guerre c’est Hollywood. Cela peut être un peu choquant quand ils commencent à mourir. Au final, pour eux, ce n’est pas réel.

D.G : Mais, c’est bien réel pour les habitants du Moyen Orient, qui ont subi la Blitzkrieg Occidentale et des massacres pendant des décennies – de la Nakba en cours contre les Palestiniens, jusqu’à l’invasion israélienne du Liban en 1982, les US qui ont armé l’Irak pendant les 8 années de guerre Irak Iran, la guerre du Golfe de 1991, et le génocide économique qui a suivi, un génocide du aux sanctions économiques de l’ONU contre l’Irak - - sans mentionner le soutien occidental aux dictatures en Egypte, en Arabie Saoudite et au Koweït. De tout ceci Fisk en a été un témoin de premier plan, et il pense que les musulmans ont fait preuve d’une incroyable retenue face à toutes ces oppressions :

R.F : Je suis surpris que le 11 septembre ne soit pas arrivé plus tôt, que cela ait pris si longtemps. Maintenant, est ce que c’est parce que cela a demandé une longue préparation, j’en sais rien, mais je suis étonné qu’on puisse frapper à la porte d’entrée d’une maison en Cisjordanie et qu’on ne vous la ferme pas en pleine figure - - au lieu de cela, ils vous offrent le café et un repas. Pouvez vous imaginer si cela se passait en sens inverse - - si vous étiez bombardés et occupés par des armées arabes et qu’un reporter arabe ami vienne discuter, je ne sais pas si j’ouvrirais ma porte ; le feriez vous ?

D.C : la véritable dimension de l’occupation en Irak et en Afghanistan a été masquée par l’utilisation massive de mercenaires - - qui n’apparaissent pas dans les chiffres des soldats tués. On estime à 1000 le nombre de mercenaires morts en Irak. Fisk est l’un des rares journalistes a les appeler par leur vrai nom, à l’opposé de ceux qui utilisent l’euphémisme de « contractuels » :

R.F : De même que le mur est appelé une barrière au lieu d’un mur, et que c’est un quartier et non une colonie, ceux là sont donc des contractuels plutôt que des mercenaires. Quand ils disent «deux contractuels» ont été tués, l’idée qu’ils se déplacent dans un véhicule blindé rempli d’armes ne vient pas à l’esprit immédiatement n’est ce pas ?

D.C : Quelle est votre expérience des mercenaires ?

J’ai remarqué qu’en 2003, ils surgissaient avec des ceintures remplies de cartouches de mitrailleuses dans l’hôtel où je me trouvais. C’était évident qu’ils allaient s’attirer des attaques, comme le miel attire. Alors je suis allé voir certains et je leur ai dit « écoutez, pour l’amour du ciel, ne pouvez vous pas garder vos armes dans vos chambres ? » - a cette époque là on ne vous attaquait pas dans la rue – « vous faites cela pour parader - - vous vous mettez en danger et vous nous mettez en danger. » Et ce type s’est avancé vers moi avec deux fusils - - il avait entendu la conversation - - « et bien quand vous aurez des problèmes camarade, ne venez pas me demander de l’aide ». Je lui ai dit : « je ne veux pas de votre foutue aide, je veux que vous partiez. ».

D.C ; Mais ils ne sont pas partis. Et la grande excuse pour rester c’est maintenant, bien sûr, le spectre de la guerre civile en gestation. Il y a-t-il alors, une justification à l’occupation à cause de cette « théorie de la guerre civile » ?

R.F : Le premier que j’ai entendu mentionner le danger d’une guerre civile en Irak c’était Dan Semor, le porte parole de la puissance occupante dans la zone Verte en 2003. Personne n’avait jamais entendu parler du danger d’une guerre civile avant, aucun irakien ne l’avait mentionnée. Je me rappelle avoir pensé, qu’est ce qu’ils essaient de faire, faire peur aux irakiens pour qu’ils obéissent ?

Je ne suggère pas que l’armée américaine essaie de provoquer des luttes sectaires, mais ce n’est pas impossible qu’il y ait certaines institutions qui agissent de loin - - avec ou non la complicité d’irakiens - - pour faire en sorte que les milices se combattent entre elles au lieu de combattre les américains. Les Français ont fait cela en Algérie- - c’est un fait. Je ne sais pas si la même chose est entrain de se passer en Irak, mais étant donné tout ce qui s’est passé - - meurtres, torture etc- - Qui sait ?

Mais en fait vous n’avez pas besoin de faire exploser des voitures pour le faire. Regardez comment nous, journalistes, publions toutes ces cartes, vous savez - -les Shi’ites en bas, les Sunnites au milieu et les Kurdes en haut. Les britanniques ont fait la même chose à Belfast - -vert pour les catholiques, orange pour les protestants, et pour les zones mixtes, rouge cerise moyen, ceci pour les gens qui, irresponsables, se mariaient sans tenir compte des divisions religieuses. Mais nous n’établissons pas bien sûr de telles cartes ethniques pour Birmingham ou Bradford ou Washington. Je pourrais vous dessiner une carte ethnique de Toronto, avec la banlieue de Mississauga verte pour les musulmans. Mais ils ne les imprimeraient pas. Parce que dans notre société occidentale civilisée supérieure, nous ne le faisons pas remarquer. Dans leur société, nous passons notre temps à le leur faire remarquer. J’étais à New York il y a quelques mois, et sur la page de couverture du Time on lisait : « comment faire la différence entre un Sunnite et un Shi’ite « ? Pouvez vous imaginer cela ? Et une des façons de le savoir c’était de regarder la plaque d’immatriculation de leur voiture. Ainsi donc nous contribuons au conflit ethnique en disant constamment « regardes le type dans l’autre village ». donc pas besoin de voitures qui explosent pour diviser les gens, vous pouvez le faire avec un certain succès juste en répétant constamment – guerre civile, Shi’ites, milices, Sunnites, pouvoir. Vous créer le récit. Et alors, au moment voulu, les gens se rangent dans ces catégories parce que ce sont les seules qui existent.

Une fois j’ai demandé au frère d’un dentiste sunnite qui avait été tué, « y aura-t-il donc une guerre civile ? » Sa réponse : « pourquoi vous voulez qu’il y est une guerre civile ? Je suis marié avec une Shi’ite - - est ce que vous voulez que je tue ma femme ?« Il a dit : « Nous ne sommes pas une société sectaire, nous sommes une société tribale - - les Duleimis comprennent parmi eux un grand nombre de Sunnites et de Shi’ites. » Et c’était la réponse vous voyez à une idée qui a été lancée par Dan Senor, le porte parole officiel pour la puissance occupante.

D.C : Malheureusement, les lignes sectaires deviennent de plus en plus claires en Irak, de jour en jour, avec l’armée US qui construit des murs pour créer des ghettos séparés dans Bagdad, et avec au nord les Kurdes qui négocient leurs propres accords pétroliers. L’Occident a imposé sa propre solution pour la Bosnie, une partition ethnique totale. Est-ce cela le futur de l’Irak ?

R.F : La Bosnie se trouvait en Europe, et donc, nous voulions arrêter la guerre. L’Irak est une affaire différente - - nous sommes en Irak pour le pétrole. Si le produit national de l’Irak c’était les asperges, nous ne serions pas là, je vous le promets. Il y a des parallèles avec la Bosnie, la même indifférence à la souffrance des musulmans – nous n’avons rien fait pour eux jusqu’à ce que la guerre en ait tués 250 000 mille - - et nous nous en foutons des Irakiens. Mais je pense qu’il y a de grandes différences avec la Bosnie. Il y a plus de parallèles je pense avec la guerre OTAN – Serbie Kosovo, parce que c’est là que les gens se sont habitués à l’idée que bombarder des trains de civils sur des ponts, bombarder des hôpitaux, bombarder des stations TV c’était OK. Donc quand nous frappions de nombreux civils en Irak c’était « ben quoi on le faisait aussi en Serbie, non ? » Nous avons bombardé Al Jazeera à Kabul, ils ont bombardé Al Jazeera à Bagdad, qui n’était même pas une station irakienne. Donc je pense que c’est à partir de la guerre du Kosovo qu’on a commencé à accepter ces choses là.

D.C : Quelque soit les plans de l’occupant en Irak, et quelque soit les barbaries qu’il fait subir, une chose est sûre - - le futur de ce pays n’est pas totalement dans ses mains. Même avec leur promotion à grande échelle des violences sectaires en Algérie dans les années 50, les Français ont néanmoins été obligés de partir. Le dilemme pour les US et l’Irak, comme le dit Fisk, c’est « ils doivent partir, ils partiront, mais ils ne peuvent pas partir - - c’est l’équation qui transforme le sable en sang ». Pour ceux qui veulent comprendre le processus, et ce que cela veut dire en termes humains, plutôt que de croire des mensonges, commencer par lire les reportages de Robert Fisk, c’est ce qu’il faut faire.

Dan Glazebrook 18/04/08 www.counterpunch.org

Robert Fisk est correspondant du quotidien britannique The Independent on peut y lire ses reportages.

Dan Glazebrook écrit pour le journal le Morning Star et est l’un des coordinateurs pour la branche britannique de l’Union Internationale pour les Parlementaires pour la Palestine. Contact : danglazebrook2000@yahoo.co.uk

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

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Jeudi 24 Avril 2008
Mireille Delamarre



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