L'une des conséquences surprenante dans le montage de la campagne à l'élection présidentielle américaine de 2004, cela a été la renaissance du CPD Comité pour l'Actuel Danger (Committee on the Present Danger). D'abord formé en 1950, puis de nouveau dans les années 1970, les adaptations passées du Comité se sont focalisées sur le fait de convaincre le public américain et les politiciens du grave danger représenté par l'Union Soviétique. Apres la fin de la Guerre Froide, le Comité est retourné dans l'ombre. Cependant, en juillet 2004, il s'est reformé pour faire face à ce qu'il considère être clairement un autre danger actuel pour les Etats-Unis : le terrorisme international islamique.
Le site internet de cette organisation, qui montre des photos d'attaques terroristes de New York, Madrid et Londres, explique que le CPD est consacré à « protéger et étendre la démocratie en gagnant la guerre mondiale contre le terrorisme et les mouvements et idéologies qui l'animent.» (1) Le Comité est co-présidé par l'ancien directeur de la CIA James Woolsey, qui est bien connu pour considérer le combat contre ce que le CPD appelle « les mouvements mondiaux des terroristes radicaux islamistes et fascistes » comme étant la 4ème Guerre Mondiale (la 3ème Guerre Mondiale ayant été la Guerre Froide).(2)
Eux, et d'autres comme eux, ont remplacé « les rouges sous le lit » par « les terroristes à la porte » - complété par la paranoia et un climat de peur associés avec un tel vue de l'esprit. Ce climat constitue le contexte dans lequel des déclarations sont faites telle celle du premier ministre Tony Blair pendant sa visite d'état au président Bush en novembre 2003, que «le terrorisme est la menace la plus grande du 21ème siècle ». (3) Cependant, est-ce que le terrorisme international est vraiment la seule plus grande menace à la sécurité mondiale ?
Les menaces contemporaines sont souvent interconnectées. La prise de conscience grandissante, menée pour une grande part par l'ONU, c'est qu'on ne peut s'occuper des problèmes tel que le terrorisme international ou les conflits armés en les isolant de ceux de l'extrème pauvreté et de la dégradation de l'environnement. (4) Tous ces problèmes sont des problèmes mondiaux, qui menacent la sécurité humaine comme celle de l'état, et ils dépassent les frontières.
Les menaces contemporaines sont souvent interconnectées… On ne peut s'occuper du terrorisme international ou des conflits armés en les isolant de l'extrème pauvreté et de la dégradation de l'environnement
Le 11 septembre a démontré de la manière la plus dramatique que les riches pays occidentaux ne peuvent s'isoler comme des insulaires des développements qui se passent ailleurs. La pauvreté n'est pas seulement un problème de développement ; Le SIDA, n'est pas seulement une maladie ; le changement climatique ne touche pas seulement des pays pauvres ; le terrorisme n'a pas seulement lieu dans des pays en état d'échec – ceci à des conséquences sécuritaires pour chaque pays. Les différentes sociétés qui constituent l'humanité sont interconnectées, et interdépendantes aujourd'hui encore plus qu'avant. Seulement en travaillant ensemble ces pays pourront-ils dépasser les menaces auxquelles ils sont confrontés.
En examinant ces problèmes, le rapport offre 4 groupes de facteurs qui devraient être considérés comme à la racine des causes des conflits et de l'insécurité dans le monde d'aujourd'hui, et les déterminants probables des futures conflits.
Changement climatique
Compétition pour les ressources
Marginalisation de la majorité du monde
Militarisation mondiale.
Il y a bien sûr d'autres menaces à considérer, mais ces facteurs sont les tendances que les auteurs ont identifiées comme conduisant probablement à une instabilité mondiale et régionale conséquente, et des pertes de vies humaines à grande échelle, d'une magnitude que les autres menaces ne pourront induire. Une autre tendance importante, la violence politique et le terrorisme international, est discutée tout le long de ce rapport parce que, bien que cela ne soit pas en soi le facteur principal qui conduise à l'insécurité mondiale, c'est le résultat probable de l'orthodoxie sécuritaire actuelle et des facteurs cités ci-dessus, et elle continuera à dominer les politiques sécuritaires occidentales, particulièrement celles des Etats-Unis et de ses principaux alliés. Comme ce rapport le montrera cependant, cette focalisation forme les prémisses d'une compréhension viciée de mouvements tel qu'al-Qaida, et par conséquent, les politiques qui sont actuellement mises en avant pour lutter contre le terrorisme international sont inadéquates et inappropriées.
les politiques qui sont actuellement mises en avant pour lutter contre le terrorisme international sont inadéquates et inappropriées.
Aujourd'hui, la tâche c'est de développer des réponses mondiales à ces menaces mondiales. La façon de penser de la Guerre Froide focalisait sur la sécurité comme « défense ». Ce paradigme a continué à dominer les attitudes de la sécurité internationale, alors même que la tendance mondiale de grands conflits armés et de guerres entre états, a continué à diminuer pendant la période post Guerre Froide et que de nouveaux défis ont émergé menaçant la paix et la sécurité. On a maintenant besoin d'une sécurité collective qui promeut une responsabilité durable et partagée pour gérer ces nouvelles menaces et au cœur même de celle-ci se tient le respect du droit international et des droits de l'homme fondamentaux. Ce qu'il faut pour remplacer l'actuel « paradigme du contrôle », c'est un système de « sécurité durable » qui s'occupe des inquiétudes sécuritaires de tous les peuples et s'attaque à la fois aux anciennes et aux nouvelles menaces.
Le rapport peut, par moment, sembler tres centré sur les Etats-Unis. On focalise parfois sur les politiques de l'actuelle administration américaine, mais seulement parce que son attitude en matière de politique étrangère et du multilatéralisme a affecté les relations internationales de telle façon que beaucoup des efforts pour s'occuper des problèmes dont il est question dans ce rapport, ont été sévérement entravés ces dernières années, et dans beaucoup de cas cela n'a fait que rajouter à ces problèmes. Les effets à long terme de ceci, à la fois aux Etats-Unis et ailleurs, ne sont pas encore bien clairs – bien que les impacts désastreux de certains traités internationaux sont déjà visibles. De plus, les Etats Unis sont maintenant les acteurs mondiaux les plus influents et le seul pays ayant une réelle portée militaire mondiale, et ceci a aussi des conséquences sur les problèmes sécuritaires et politiques discutés ici.
Le problème fondamental c'est que l'agenda sécuritaire est pris en otage par la «guerre contre le terrorisme» et les conflits qui y sont liés en Afghanistan, en Irak et probablement en Iran. Ceci, couplé à la poursuite d'interêts économiques et nationaux étroits, distrait les gouvernements des vraies menaces auxquelles l'humanité doit faire face, provoquant de leur part des réponses qui sont dans leur ensemble inadéquates. La société civile et les gouvernements doivent engager un débat constructif et travailler ensemble pour redresser la balance. Ce rapport est une contribution au débat.