Le président Bush a commencé un remaniement de la direction de ses équipes militaires, diplomatiques et des renseignements, alors qu'il se prépare à annoncer une augmentation très controversée de 20 000 soldats en Irak. Il
« purge » l'armée en s'apprêtant à remplacer deux principaux généraux en Irak, tous deux sceptiques quant à la nécessité d'augmenter le nombre de soldats déployés, et a aussi remanié ses équipes de politique étrangère et des renseignements. Ces remaniements font partie d'une vaste entreprise pour s'entourer, à la fois à Washington et sur le terrain en Irak, de responsables qui soutiennent cette augmentation des troupes, une initiative qui rencontre une certaine opposition au Congres et est très mal vue par le public américain qui, aux dernières élections, a condamné la politique guerrière de Bush.
Bush renforce également son équipe juridique à la Maison Blanche en prévision d'une vague d'assignations à comparaître en relation avec l'Irak, que le nouveau Congres contrôlé par les démocrates risque de voter. Il a accepté la démission d'Harriet Miers, sa conseillère à la Maison Blanche, après que certains de ses aides aient exprimé des doutes sur les capacités de celle-ci à contrer ce que les démocrates ont promis d'être un contrôle rigoureux de la gestion de la guerre. Bush a besoin de financer une guerre terriblement coûteuse, et c'est le Congres qui tient les cordons de la bourse (et les chinois, avec les bons du trésor américain amassés dans leurs coffres forts) Bush a également engagé ces dernières semaines, 4 assistants supplémentaires pour le conseiller à la Maison Blanche.
Alors que Bush se prépare à présenter au peuple américain sa stratégie pour l'Irak mercredi soir, il est sur le point de confirmer la nomination du Général David Petraeus, qui a déjà participé à l'invasion de l'Irak en 2003, à la tête du commandement terrestre en Irak, en remplacement du Général George Casey. Bush va aussi nommer à la tête du commandement central (CENTCOM) l'amiral William Fallon, en remplacement du général John Abizaid au poste de commandant en chef de l'armée US au Moyen Orient. Le choix de l'amiral Fallon a surpris certains au Pentagon, puisque que Bush nomme un officier de la marine ayant très peu d'expérience du Moyen Orient en charge de deux guerres au sol en Irak et en Afghanistan. En fait, cela signale aussi une focalisation grandissante sur l'Iran. Toute mission contre Téhéran devrait s'appuyer largement sur la flotte aérienne des porte avions et sur les missiles des navires de guerre croisant dans le Golfe Persique. Les généraux Casey et Abizaid sont tous deux très sceptiques sur la nécessité d'une augmentation du nombre de troupes, le général Petraeus, au contraire, est pour le renforcement de la présence militaire US en Irak.
Côté diplomatie, Bush va nommer Ryan Crocker, un diplomate expérimenté qui a débuté sa carrière en Irak dans les années 70, comme nouvel ambassadeur à Bagdad. Il remplacera Zalmay Khalidad qui quitte Bagdad pour aller occuper le poste d'ambassadeur US à l'ONU en remplacement de John Bolton.
Côté renseignement, Bush a nommé le vice amiral à la retraite Mike Mc Connell qui remplira les fonctions de directeur des renseignements nationaux en remplacement de John Negroponte, un ancien ambassadeur en Irak, qui va devenir vice secrétaire d'état au côté de Condoleezza Rice. L'amiral Mc Connell est un ancien responsable des renseignements, poste qu'il a occupé pendant la première guerre du Golfe, et il a aussi dirigé l'Agence Nationale à la Sécurité sous Bill Clinton.
L'armée américaine, engagée au maximum de ses capacités, Bush devra compter massivement sur l'extension des périodes de déploiement en Irak, et une nouvelle mobilisation des réservistes, pour concrétiser sa
« déferlante » de troupes. On s'attend à ce qu'il envoie deux brigades supplémentaires soit environ 7 000 soldats, à Bagdad, et deux bataillons de marines, soit 1500 soldats, dans la province d'Anbar à l'ouest, le cœur de la résistance sunnite.
L'interprétation donnée par certains à Washington de la nomination de Robert Gates à la tête de la CIA, une concession aux
« réalistes », qui prônent le désengagement de l'Irak, risque de s'avérer fausse. Donald Rumsfeld a été remplacé parce qu'il a présenté un mémo écrit en novembre dans lequel il soutenait la nécessité d'un redéploiement des troupes US vers des bases sécurisées hors agglomération (réduites de 55 bases à 5 bases dés juillet 2007), abandonnant les villes et les patrouilles aux forces irakiennes, et une réduction du nombre de soldats engagés au profit d'une force d'intervention rapide (Quick Intervention Force) stationnée à l'intérieur de l'Irak et du Koweït, et à disposition pour mener, à la demande, des opérations de soutien aux forces irakiennes. Rumsfeld, dans ce qui est apparu comme une critique de la rhétorique de Bush sur la transformation
«démocratique» de l'Irak et du Moyen Orient, a préconisé, un peu tard il est vrai, de
«recentrer la mission de l'armée américaine et les objectifs américains, dans un sens minimaliste« (NYT 3 décembre 2006).
Bush s'est moqué des recommandations du rapport du Groupe d'Etude sur l'Irak, à Amman en Jordanie lors d'une visite le 30 novembre 2006, déclarant que les forces américaines
«resteraient en Irak jusqu'à ce que le boulot soit fait » ajoutant que
« ce biseness d'une sortie honorable n'était tout simplement pas du tout réaliste ». Au cours d'une rencontre à huit clos au Pentagon en décembre, Bush a fait clairement comprendre aux militaires présents qu'il n'avait aucune intention de trouver une solution pour retirer les troupes d'Irak. Selon le Général James T. Conway, commandant des Marines, Bush a dit :
«ce que je veux entendre de vous c'est comment nous allons gagner et pas comment nous allons partir (d'Irak)»
La
« purge » au sein de l'armée (Abizaid et Casey), avec la nomination de militaires soutenant un renforcement des troupes, et le jeu de chaises musicales au niveau diplomatique et du renseignement, ont lieu dans ce contexte de
« déferlante « à venir, orchestrée par Bush et son gang de néo conservateurs qui semblent reprendre le contrôle personnel des opérations en Irak. Dés mars, tout sera fin près pour une escalade de la guerre au Moyen Orient, qui pourrait s'étendre à l'Iran, tant la pression venant des sionistes de Tel Aviv et de Washington est grande.
Pourtant, le message délivré par le peuple américain lors des élections de novembre était clair. Les électeurs ont rejeté les politiciens pro guerre et élu une majorité démocrate au Congrès en demandant la fin de la guerre en Irak. Depuis, leur position n'a pas changé, bien au contraire. Si, ces élections, en forme de referendum contre la guerre, ne sont pas suffisantes pour contraindre l'Administration Bush et les nouveaux élus au Congres dont cette majorité démocrate, a un changement de politique allant dans le sens d'un retrait d'Irak, alors on est en droit de se poser la question :
Où est la démocratie aux Etats Unis ?
Sources de certaines informations : timesonline.co.uk et aljazeera.com
Irak : Pendaison Spectacle