société

Réconciliation - Sur les chemins de la non-violence active

Par delà le ressentiment et le désir de vengeance chercher et dire la vérité pour que justice soit rendue aux victimes, pour qu’elles retrouvent leur dignité. Ecouter avec empathie ce qu'elles ont à dire, pour que chacun enfin en paix avec soi-même puisse se reconstruire.



 Réconciliation - Sur les chemins de  la non-violence active

Les violences subies au cours de conflits armés, de sanglantes épopées colonialistes, de guerres d’occupation sont parfois telles que ce qui reste d’une existence en lambeaux, dernier sursaut avant de sombrer dans le monde des morts-vivants, ce sont les ressentiments, le profond désir de vengeance. Dans ces situations de violence extrème, faire subir à l’autre ce qu’il a fait subir, peut aller jusqu’au sacrifice suprême, celui de sa propre vie. La vengeance peut aussi nourrir des générations entières qui s’abreuvent au puits de l’amertume et du désespoir.

Sans un travail profond sérieux, intègre de réconciliation, c’est la spirale infernale de la violence que l’on alimente. La réconciliation c’est cet espace quelque part à mis chemin entre le pardon et la vengeance, qui n’est effectivement ni l’un ni l’autre, et qui nécessite beaucoup de temps, énormément de temps. Temps pour dire sa peine, sa douleur, ses blessures, car beaucoup de victimes ne demandent souvent qu’à être entendues, écoutées avec empathie, qu’on reconnaisse ce qu’elles ont subies, leurs histoires comme parties intégrantes et à part entière de l’histoire séche faite de décomptes macabres, statistiques discutées, politiques évaluées, parfois même justifications éhontées.

Les chemins de la réconciliation passent obligatoirement par le souci constant honnête de rechercher la vérité sur ce qui s’est passé, de la dire l'écrire la documenter. Travail d’historien mais pas que, travail de mémoire, de collecte de témoignages d’êtres humains qui ont vécu ce qui pour beaucoup reste souvent indicible. C’est ce puzzle de profondes déchirures, d’incommensurables blessures, toutes personnelles, qu’il faut reconstituer pour comprendre les évènements tragiques subis. C’est aussi pour cela qu’il importe de joindre aux témoignages oraux, écrits ceux, parfois plus parlants d’images muettes, de silences qui hurlent, de regards qui disent les profondeurs de l’âbime dans lequel certains ont été précipités. Il n’existe pas de hierarchie dans la souffrance humaine, vouloir en instaurer une est absolument immoral, injuste. La mémoire sélective n’est plus mémoire mais devient alors discrimination mémorielle. L’histoire est aussi histoire des personnes, de leur vécu, qui fait partie intrasèque de la trame des évènements qui bouleversent le monde, et tant que cette histoire là ne s’est pas exprimée, n’a pas été entendue, il est vain de vouloir construire un monde de non violence et de paix. Il est donc primordial de développer parallèlement à une oeuvre de réconciliation politique celle d’une réconciliation personnelle entre peuples mais aussi entre individus. Parce que le vrai c’est l’humain, la vie, ce qui est fait pour y attenter doit être traqué sans relâche, condamné, combattu et défait. Enfin on ne peut en aucun cas mettre sur le même niveau l'oppresseur et l'oppressé, les victimes et les bourreaux, l'occupant et l'occupé, le colonisateur et le colonisé. C'est faire affront aux victimes et perpétuer leurs souffrances, c'est un déni de vérité.

Les chemins de la réconcilation passent aussi par celui de la justice rendue aux victimes, car les victimes ne peuvent se sentir apaisées, faire le deuil de leurs souffrances sans cela. Pour certaines, il est primordial que leurs tortionnaires soient jugés et condamnés pour les crimes commis devant des tribunaux réputés justes. Même si cette justice intervient après coup, elle reste néanmoins garante d’un non déterminisme dans l’accomplissement d’actes infames, d’un possible échappatoire à l’enfer que des humains peuvent infliger à d’autres humains. En servant d’exemple, elle a aussi pour mission de dissuader ceux qui seraient tentés de reproduire de tels actes. Ces actes de justice restent il faut le reconnaître minoritaires, parfois sélectifs, mais la création récente du CPI (Cour Pénale Internationale) est un pas vers ces possibles chemins de réconciliation.

Les chemins de la réconciliation passent par le dialogue qui peut ensuite s’instaurer lorsque les victimes sont sorties de ce trou noir d’impuissance face à l’abject subi, et ce grâce aux processus décrits précédemment. Le dialogue est le ciment qui va aider à construire un avenir ensemble, côte à côte, face à face, d’égal à égal, avec autrui, dans la dignité partagée et la solidarité matérialisée. Il est parfois nécessaire tant les peines sont profondes, qu’une tierce partie entreprenne de tisser des liens de chaque côté pour ensuite les rapprocher, petit à petit, sans précipitation aucune, toujours à l’écoute de ce qui bruisse au fond des âmes et de ce qui peut encore faire vasciller. Ce dévouement à la cause de la réconciliation peut et doit être porté et transmis par tous pour que vérité justice et paix puissent cohabiter et renforcer le socle de notre terre patrie.

lire aussi notre article sur les massacres de Setif le 8 mai 1945 en Algérie

Lundi 09 Mai 2005

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