Dans un bâtiment spacieux bien que fortifié de l'ONU à Rome, des membres du Comité Palestine de l'Assemblée Générale répétaient de vieux mantras : ils ont juré de soutenir les palestiniens, ont publié un communiqué de presse et sont allés déjeuner.
Le Comité comprend plusieurs ambassadeurs de l'ONU, tous bien intentionnés, sympathiques et concernés, néanmoins, ils savaient aussi trop bien que leurs efforts étaient plus ou moins futiles. L'un des ambassadeurs, d'un pays pas très amical, selon les normes américaines, s'est exclamé : « nous avons beau tout essayé, l'Amérique bloque nos efforts. »
Les choses se passaient plus ou moins bien, jusqu'à ce qu'un activiste israélien la barbe en désordre et les pensées diffuses, a partagé certaines de ces observations : il rêvait d'un Moyen Orient dans lequel les arabes et les israéliens étaient bien intégrés, vivant dans une harmonie sans faille, partageant et bénéficiant de leurs puissances économiques ; d'un jour ou Israël est accepté comme faisant partie intégrale de toute la région. Alors qu'il cherchait désespérément à reprendre son souffle, une autre ONG a opté pour rapprocher une telle fantaisie plus près de la réalité ; elle a suggéré le dialogue, entre les parlementaires israéliens et palestiniens. Je fulminais tout simplement.
Cela est devenu de plus en plus apparent pour moi que la crise palestinienne perd de son attraction sur la scène internationale : ce n'est ni urgent,ni défini selon ses propres paramètres, ceux comprenant une puissance coloniale – qui n'hésite pas à commettre les crimes les plus atroces pour réaliser son projet colonial planifié – et une nation opprimée et désintégrée nationalement, qui a combattu, plus ou moins, seule, utilisant tous les moyens , y compris terroriste, pour accomplir sa libération.
« Moi aussi je souhaite que le Moyen Orient devienne un oasis d'harmonie économique et d'intégration politique » ai-je dit aux ambassadeurs. « En fait, je souhaite que tous les conflits partout cessent en faveur d'un monde affirmant des principes d'égalité et de justice. Mais jusqu'à ce que cela arrive, nous devons continuer notre combat contre l'injustice partout, et avec tous les moyens à notre disposition. »
Avant que nous ne transformions la souffrance des palestiniens en une conversation anodine, et pouvant être facilement résolue par le dialogue – comme si à l'origine de 60 ans de massacres, de colonisation et de nettoyage ethnique il y avait un simple malentendu, - rappelons les faits, durs et pressants : une nation emprisonnée et persécutée dans les territoires occupés, une autre traitée comme des citoyens de seconde si ce n'est troisième classe à l'intérieur d'Israël, et des millions d'autres s'entassant dans des camps de réfugiés à travers le Moyen Orient.
On a rapporté récemment que le dirigeant libyen Muammar Qaddafi avait pris la décision d'expulser tous les palestiniens de Lybie disant qu'ils appartenaient à la Palestine. La sagesse notoire de Qaddafi a déjà était la cause de la déportation de milliers de palestiniens. Ils ont erré dans le désert, mon oncle et ma famille incluse, entre l'Egypte et la Lybie, avant d'être partagés entre différents pays. Le « frère » libyen connaît le destin qui attend ces palestiniens si sa décision se matérialise mais, autrefois révolutionnaire, toujours révolutionnaire, comme on dit.
En Irak, le sort des palestiniens se détériore; c'est comme une histoire d'horreur. Saddam, bien qu'il ait traité les palestiniens correctement, a bloqué leurs tentatives de devenir propriétaires, afin qu'ils ne s'installent pas et qu'ils ne renoncent à leur droit au retour dans leur patrie. Le résultat c'est qu'une fois sa statue tombée, les propriétaires irakiens ont commencé à expulser des milliers de familles palestiniennes. A ce jour, plus de 500 palestiniens ont été massacrés en Irak ; des milliers de plus ont été blessés ; et la plupart de ceux restants vivent sous des villages de tentes dans différentes parties de l'Irak et près de la frontière jordanienne. Ceux assez chanceux possédant suffisamment d'argent liquide ont échangé les vies de leurs familles pour 250$ par personne et puis ont été obligés de fuir. En fait il n'avait nulle part où aller sinon de tourner en rond.
Louise Morgantini du Parlement Européen m'a informé en Italie que la crise affrontée par les réfugiés palestiniens en Irak était actuellement discutée à huit clos à l'ONU ; l'une des solutions clés proposées jusqu'ici c'est de les transférer en Amérique du sud. En colère, elle a demandé à ce que quelque chose soit fait pour les amener en Cisjordanie. Je n'ai pu faire grand-chose si ce n'est écrire là-dessus. Les dirigeants palestiniens sont trop occupés à malheureusement se disputer entre factions et à diviser leur pouvoir politique imaginaire.
Tout cela n'est pas un simple problème symbolique dont on peut s'occuper par le biais d'une initiative arabe bien articulée, ou qui peut être résolu par le dialogue. Israël comprend bien qu'un état juif ne peut qu'être établi dans un espace libre de toute présence qui ne répond pas à ce critère. Joseph Weitz, qui a été nommé par l'Agence Juive pour diriger les comités de transfert en 1948 a compris l'essence sous jacente du projet israélien depuis le premier jour : « Entre nous cela doit être clair qu'il n'y a pas de place pour ces deux peuples dans ce pays… nous ne pourrons réaliser notre but d'être un peuple indépendant avec des arabes dans ce petit pays. La seule solution c'est une Palestine sans arabe. »
Des premiers jours de transfert sous Ben Gourion jusqu'au « mur de fer » de Vladimir Jabotinsky, et jusqu'au mur de séparation d'aujourd'hui et des colonies exclusivement juives, l'impulsion du projet israélien n'a jamais perdu de son élan. Pendant ce temps, les palestiniens sont dans un état permanent de transfert et de re-transfert. C'est absolument clair qu'Israël ne fera pas la paix de son plein gré, via un dialogue inconditionnel ; c'est seulement sous la pression qu'il peut le faire. Pour cela nul besoin d'initiatives arabes ou de rencontres parlementaires conjointes ou les incompréhensions sont aplanies. Nous devons commencer à réfléchir dans cette perspective, ou renoncer à perdre un temps précieux en conférences extravagantes, symposiums et rencontres d'ONG.
Ramzy Baroud 3/04/07
Ramzy Baroud est écrivain US d'origine palestinienne et journaliste. Son dernier livre : "The Second Palestinian Intifada: A Chronicle of a People's Struggle" (Pluto Press, London) ou Presse de l'Université du Michigan
Source : Article nr. 31866 www.uruknet.info?p=31866
Traduction bénévole Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org