Le rapport de 2007 du NIE suggère que la construction était une réponse aux menaces de Bush contre les installations nucléaires de l’Iran.
L’Administration d’Obama affirme que la construction d’un deuxième centre iranien d’enrichissement d’uranium à Qom a commencé avant que Téhéran ne prenne la décision de se retirer d’un accord passé stipulant que l’Iran devait informer l’AIEA à l’avance d’une telle construction. Mais l’estimation faite en novembre 2007 par les services secrets US sur le programme nucléaire iranien raconte une autre histoire.
A l’origine de la décision iranienne de se retirer de l’accord passé avec l’AIEA, les menaces contre les installations nucléaires lancées par l’Administration Bush début 2007, comme le montre la reconstruction séquentielle des évènements.
Dans un entretien accordé à des reporters le 25 Septembre, un haut responsable de l’Administration a dit : « nous savons que la construction du centre a commencé bien avant que les Iraniens aient dit unilatéralement qu’ils n’étaient plus tenus par l’obligation de l’AIEA. »
Pourtant, selon l’estimation des services secrets US portant sur cette période, il est clair que l’Iran a construit le centre d’enrichissement de Qom bien après avoir fait connaître publiquement son changement de politique concernant l’information transmise à l’AIEA.
Les analyses clés rendues publiques de cette estimation de Novembre 2007 du NIE (National Intelligence Estimate) sur le programme nucléaire iranien contenaient une déclaration ayant peu attiré l’attention selon laquelle la communauté du renseignement estimait que la conversion «clandestine» par l’Iran d’uranium et l’activité d’enrichissement avaient « probablement été suspendues en réponse à la suspension de l’automne 2003 et n’avaient pas été redémarrées au moins avant mi 2007. «
Cela veut clairement dire que les services secrets US n’avaient trouvé aucune preuve d’un centre d’enrichissement non déclaré caché.
Une source des renseignements ayant eu accès au texte de la version entière non rendue publique du NIE a confirmé à IPS que l’estimation ne fait nullement référence à une preuve de l’existence d’un second site, bien qu’il discute l’importance centrale d’enrichissement clandestin dans tout scénario d’avancée nucléaire iranienne.
L’estimation ne mentionne pas l’existence d’une telle preuve malgré le fait largement mentionné que le site de Qom était l’un des nombreux endroits sous surveillance constante par les services secrets US à cause du système de tunnel déjà creusé dans la montagne.
Malgré l’affirmation que la construction du site de Qom avait commencé avant avril 2007, le haut responsable de l’Administration a concédé lors de sa déclaration à la presse du 25 Septembre que c’est seulement début 2009 que les services de renseignements US avaient vu une activité de construction compatible avec une installation d’enrichissement. (caractères gras dlt)
Cela corrobore la déclaration faite par le vice président iranien et chef de l’Organisation à l’Energie Atomique d’Iran, Al Akbar Salehi, que son agence avait pris possession d’une décharge militaire de munitions en 2008 et avait alors seulement ensuite commencé la construction d’un centre d’enrichissement.
La décision iranienne de se retirer de « l’accord subsidiaire » qu’il avait accepté en Février 2003 demandant que l’Iran informe l’AIEA de toute nouvelle construction d’installation nucléaire dés la prise de décision de la construction s’est passée dans le contexte de toutes une série d’actions de l’Administration Bush visant à convaincre l’Iran qu’une attaque sur ses installations nucléaires étaient une possibilité sérieuse.
En Décembre 2006, les principaux médias US ont rapporté qu’un second groupe d’intervention de porte avion US avait été positionné dans le Golfe Persique pour envoyer un message à l’Iran.
La campagne de menaces US s’est intensifiée en Janvier, quand Bush a accusé l’Iran et la Syrie d»’autoriser des terroristes et des insurgés à utiliser leurs territoires pour entrer et sortir de l’Irak« et accusé l’Iran de « fournir du matériel de soutien pour des attaques contre des troupes américaines «. Cette formulation semblait avoir pour but d’établir une base légale pour une attaque éventuelle US sur le territoire iranien.
The Guardian a rapporté que le 31 Janvier 2007, de « haut responsables politiques européens craignaient de plus en plus que l’Administration Bush n’ait recours à des attaques aériennes contre l’Iran pour essayer de détruire son programme nucléaire suspect.»
Puis, le Washington Post a rapporte le 11 Février que le conseiller à la sécurité du vice président Dick Cheney, John Hannah, avait dit à un diplomate étranger qu’une attaque US contre l’Iran était une «réelle possibilité » en 2007.
Quelques jours plus tard, Newsweek a rapporté que c’était « probable » qu’un troisième groupe d’intervention de porte avions se joindrait pendant plusieurs mois aux deux forces d’intervention existantes. L’article rappelait que la présence de trois groupes d’intervention de porte avions dans le Golfe Persique simultanément était militairement du même niveau que la force de frappe des US mis en place par l’Administration lors de la campagne aérienne contre l’Irak en 2003.
Finalement, le 27 Mars, les Etats Unis ont commencé un exercice naval dans le Golfe impliquant à la fois les porte avions et plus de navires de guerre se trouvant déjà dans le Golfe, de même qu’environ 100 avions de combat. L’exercice, qui s’est déroulé sur plusieurs jours était le premier exercice conjoint aérien et naval mené depuis la campagne contre le régime de Saddam Hussein.
Un article sur la page de couverture dans le New York Times le qualifiait de « démonstration calculée de force » faisant partie «d’une stratégie plus large pour contenir la puissance de l’Iran dans la région ».
Tout juste deux jours plus tard, le 29 Mars, l’Iran a notifié l’AIEA qu’il suspendait l’application de l’ancienne version modifiée de « l’arrangement subsidiaire » signé en Février 2003, qui demandait que l’Iran fournisse une « information préliminaire de conception » à l’agence dés que la décision de construire un site nucléaire était prise.
Au lieu de cela, l’Iran a dit qu’il revenait à son engagement de l’ancienne version de l’arrangement subsidiaire. Ce dernier demandait à l’Iran d’informer l’agence de tout nouveau site nucléaire pas moins de 180 jours avant l’introduction de matériau nucléaire dans le site.
L’Iran était évidement déterminé à ne laisser aucune ambiguïté sur la raison de son changement de position. Le 3 Avril, le chef d’état major des forces armées iraniennes, le maj gl Hassan Firoozabadi, a prédit publiquement que les US et Israël lanceraient une attaque massive dans la région pendant l’été.
Et le même jour, Hamidreza Taragji, le chef des affaires internationales du parti de la Coalition Islamique, qui faisait partie de la coalition des partis conservateurs pro gouvernementaux, a explicitement lié le changement de politique de l’Iran concernant son accord avec l’AIEA avec la menace croissante d’un frappe militaire US.
Les déploiements militaires US dans le Golfe Persique étaient «très similaires à ceux existant avant l’invasion de l’Irak » a dit Taraghi, et par conséquent, «nous ne devons pas fournir volontairement des informations concernant nos sites nucléaires, car elles pourraient être mal utilisées par les Américains ».
Taraghi se référait au fait que toute information fournie sur les installations nucléaires iraniennes aideraient les forces aériennes US et Israéliennes à se préparer pour une attaque sur ces cibles.
Le 13 Avril, l’Iran a envoyé une autre lettre à l’AIEA rejetant le droit de l’agence à vérifier les informations de conception fournies auparavant sur le réacteur à l’eau lourde IR-40 d’Arak.
L’enchaînement des événements entourant le changement de politique iranien et la construction qui a suivi d’un deuxième site d’enrichissement suggèrent que l’Iran tendait à croire qu’il y aurait une attaque aérienne US, tout en conservant l’obligation de fournir une information détaillée 6 mois avant l’introduction de matériau nucléaire – si la menace d’une attaque devait se maintenir.
La décision de l’Iran d’informer l’AIEA de l’existence du site de Qom en Septembre semble refléter une perception moins grande d’une menace d’attaque US comparé avec la perception du début 2007.
La couverture médiatique du site de Qom a été dominée par ce qu’a dit le haut responsable US lors de sa conférence de presse du 25 Septembre que l’Iran avait décidé d’informer l’AIEA de l’existence du site de Qom le 21 Septembre seulement parce qu’il savait que le site avait été découvert par les services de renseignements US.
Cependant, En fait, les services secrets US étaient dans le noir quant à la raison pour laquelle l’Iran avait fait cela.
Une suite de questions réponses non classée secret défense sur le site d’enrichissement de Qom publié par le gouvernement US le même jour que la conférence de presse, et plus tard publié sur le site de l’Institute for Science and International Security comprenait ce qui suit :
Q : Pourquoi les Iraniens ont-ils révélé l’existence du site à ce moment là ?
R : Nous ne savons pas.
Gareth Porter Edition du Weekend 23-25 2009 de www.counterpunch.org
Gareth Porter est un historien d’investigation et journaliste à Inter Press Service spécialisé dans la politique de sécurité nationale des US. L’édition papier de son dernier livre "Perils of Dominance: Imbalance of Power and the Road to War in Vietnam", a été publié en 2006.