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Plantes médicinales, ces « éternelles » amies de l'homme : phytothérapie, une médecine ancienne toujours attrayante

Alliée de l'homme depuis des temps immémoriaux, qualifiée de médecine douce, la phytothérapie agit de façon non violente, en profondeur sans agresser l'organisme, en stimulant ses défenses plutôt que de se substituer à elles, utilisant les principes actifs des plantes, révelant leurs bienfaits thérapeutiques.



Une longue et vieille histoire d'alliances homme plantes quelquefois redoutable et redoutée

Plantes médicinales, ces  «  éternelles »  amies de l'homme : phytothérapie, une médecine ancienne toujours attrayante
Bien avant les Sumériens, au moins 6000 ans avant notre ère, l'homme a utilisé les plantes pour se soigner. L''utilisation des plantes n'était pas sans danger pour lui car non seulement il n'avait pas la notion des dosages efficaces pour traiter telle ou telle affection mais il ne distinguait pas encore les plantes toxiques des plantes thérapeutiques. L'utilisation des plantes était souvent liée à des croyances religieuses ou à la magie et de ce fait on leur attribuait des pouvoirs surnaturels. La maladie était ainsi une punition divine pour des actes répréhensibles ou encore une possession par des êtres malfaisants. Exorciser le mal revenait à avoir recours à la sorcellerie utilisant certaines plantes, des plantes qui guérissaient !

L'évolution de la connaissance des plantes médicinales par l'expérimentation, et probablement par l'observation des animaux dans leur sélection des plantes pour se nourrir, s'est concrétisée chez les herboristes et guérisseurs de l'antiquité par l'établissement de listes d'espèces et de formules de remèdes à base de plantes comme en témoignent les premiers textes rédigés par les Sumériens sur des tablettes en argile datant de 3000 ans avant J.-C. gravées en caractères cunéiformes. Ces listes regroupaient déjà une centaine de plantes médicinales.

En Chine, il y a environ 5000 ans, l'empereur Chen Nong passionné par la phytothérapie répertorie plus de 365 plantes médicinales On lui attribue également les premiers traitements
par l'acupuncture. Aux Chinois revient également le mérite de la découverte des vertus thérapeutiques de l'opium. Dans l'Egypte ancienne, près de 2400 ans av. J.-C., les papyrus révèlent que la phytothérapie était pratiquée par des médecins spécialisés dans le traitement des différentes maladies. Ils possédaient des jardins particuliers dans lesquels on retrouvait genévrier, grenadier, ail, cumin, lin etc. Ainsi, toutes les civilisations antiques chinoise,
mésopotamienne, grecque, égyptienne, indienne, perse, sud-américaine et européenne avaient appris à discerner les plantes à effet thérapeutique des autres plantes et surtout des plantes toxiques. Résultat : l'inventaire des plantes médicinales propres à chaque région et toute une panoplie de remèdes. Les plantes toxiques ont été également répertoriées pour la
prévention mais parfois pour un usage criminel telle la ciguë connue déjà comme poison en 399 av. J.-C. Socrate fut condamné à en boire accusé d'avoir corrompu la jeunesse d'Athènes.


Grecs et romains consolident l'essor de la phytothérapie, les arabes synthétisent les connaissances gréco-romaines et y ajoutent leurs propres découvertes.

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Ce sont les Grecs qui ont donné son essor à la médecine par les plantes grâce à Hippocrate (460-377av. J.-C.) lequel fonda l'observation clinique et parmi les écrits qu'on lui attribue, le Corpus Hippocratum. Hippocrate mentionnait près de 400 remèdes simples à base de plantes. Il établissait une relation entre la forme ou la couleur de la plante et la maladie qu'elle pouvait guérir, ainsi le grenadier, fruits et fleurs, guérissaient les hémorragies. Les remèdes qu'il utilisait étaient pour la plupart d'origine végétale. Selon lui, Asclépios dieu grec lui avait fait don de sa science. Les écrits de Théophraste (371-287 av. J.-C.) «Histoire des Plantes» et ceux de Dioscoride (I siècle de notre ère) «De Materia Medica» résument tout ce que les Grecs savaient sur les plantes médicinales. Contemporain de Dioscoride, à Rome, Pline l'Ancien réunissait ses connaissances en botanique médicale dans plusieurs volumes de «Histoire Naturelle». Galien (131-200) médecin grec dont les théories serviront de fondement à toute la médecine du Moyen Âge marqua de son influence au moins 15 siècles de l'histoire de la médecine et de la pharmacie en Europe.

Dans le monde arabe, à partir des ouvrages traduits, grecs, perses et indiens, les savants musulmans ont synthétisé et assimilé la somme des traditions thérapeutiques gréco-romaines. Ils étaient encouragés en cela par les princes et Califes arabes dont Haroun Erras Hid. Ils ont alors développé leurs propres recherches, observations cliniques et expérimentations, dans les domaines de la médecine et de la pharmacie. Des savants célèbres dans le monde entier témoignent de cet âge d'or de la médecine chez les Musulmans. El Razi (Razès) (864-932) est l'un de ces grands savants célèbres. Médecin et chimiste, il laisse de nombreux ouvrages dont El Haoui (Le contenant) et le Livre des pauvres considéré comme un dictionnaire de la médecine populaire. Ibn Sinâ (Avicenne) (980-1036) nommé Le prince de la médecine rédige un traité de médecine «Le code de la médecine = El Kanoun fi-tib» dans lequel il décrit plus de 760 remèdes végétaux et minéraux. Ibn El Baitar (1197-1248), ou l'Imam des botanistes et des herboristes, parti d'Andalousie, il a étudié les plantes dans toute l'Afrique du Nord et en Egypte où il devint le maître des herboristes. Parmi ses ouvrages le «Condensé des remèdes et des aliments simples». Salah Eddine El Ayyubi (Saladin) (1138-1193) pratiquait la phytothérapie et l'histoire rapporte un fait qui confirme l'opinion des Chrétiens sur Saladin, «un modèle des vertus chevaleresques». Durant les 3emes croisades, Richard Coeur de Lion fut très malade terrassé par la fièvre. Saladin mis au courant se rendit la nuit, déguisé, au chevet du malade royal et lui administra un remède qui fit baisser la fièvre. Il ne quitta le chevet du malade qu'après s'être assuré que son ennemi était hors de danger. La grande Ecole de Salerne a été la première à réunir les connaissances musulmanes et grecques en phytothérapie. Elle publie en 1066 Le Régime de santé. Et de Salerne à Montpellier, la médecine par les plantes a fait son chemin et connaît son apogée du XIII au XIV siècle. C'est durant le XIV siècle qu'apparaissent les premières boutiques d'apothicaires qui obtiennent un statut pour la préparation et la vente de médicaments.

Au XVI siècle l'idée d'extraire des plantes les principes actifs fut émise par Paracelse (1493-1541) médecin et alchimiste suisse. Il propagea aussi la théorie selon laquelle, en raison d'une correspondance entre le monde extérieur et l'organisme, la plante médicinale était désignée par sa ressemblance avec un organe ou une partie du corps. Ainsi, la tête du pavot par sa forme doit avoir une action sur la tête de l'homme , la ficaire, par les renflements de certaines racines en forme de figue, soignerait les hémorroïdes dont ils rappellent un peu l'aspect. Le saule poussait dans des endroits humides les pieds dans l'eau et devait donc guérir les rhumatismes.




La phytothérapie aujourd'hui

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Le XIX siècle voit l'essor de la médecine classique basée sur la chimiothérapie. Botanistes, herboristes et chimistes ont réussi à percer le secret des plantes et de nombreux principes actifs sont isolés des végétaux tels des alcaloïdes : la morphine, la quinine, la codéine, colchicine, cocaïne etc. Au début du XX siècle la reproduction par synthèse de remèdes et la découverte de nouveaux médicaments a déclenché l'ère de la chimiothérapie aux dépends de la phytothérapie.

Pourtant, depuis quelques décennies, la médecine par les plantes connaît de nouveau un engouement extraordinaire à travers le monde dans une société profondément marquée par la recherche d'une vie saine, d'un retour à la nature, aux valeurs essentielles. Qualifiée de médecine douce la phytothérapie agit en douceur et en profondeur sans agresser l'organisme, en stimulant ses défenses plutôt que de se substituer à elles. Son action est ainsi plus efficace, durable et surtout dépourvue d'effets secondaires.

Au XX siècle la médecine par les médicaments produits au laboratoire à partir des principes actifs extraits des plantes ou reproduit artificiellement par synthèse a relégué au dernier rang la phytothérapie parce qu'elle apparaissait plus efficace et plus rapide. En effet les médicaments chimiques ont permis de sauver des millions de vies humaines durant ce siècle mais cette efficacité s'est accompagnée de nombreux incidents parfois dramatiques qui incitent aujourd'hui à la prudence. Selon l'OMS 60% des maladies actuelles seraient dues aux médicaments chimiques. Cela a entraîné une prise de conscience et un retour à la phytothérapie dont le succès s'explique avant tout par le niveau de maîtrise technique et scientifique atteint dans ce domaine. Meilleure connaissance des principes actifs des plantes, découvertes de nouvelles propriétés, nouvelles présentations plus simples d'utilisation et conçues pour s'adapter aux besoins de la vie actuelle. L'agronomie, la chimie et la
pharmacologie ont permis en progressant de mettre au point des formes thérapeutiques et galéniques plus sûres, plus adaptées et plus efficaces.

La phytothérapie aujourd'hui propose des remèdes à base de plantes (graines, feuilles, racines, tiges etc) adaptées au mal à traiter, prescrits sous forme de tisane, ou de sirop ou d'onguent ou d'inhalation, de gélules etc, les officines, certaines spécialisées, sont très sollicitées. En effet, lorsque les malades désespèrent de la médecine classique, et très souvent pour soigner des maladies chroniques telles les allergies, l'arthrose, les maladies respiratoires telles l'asthme, les rhinites, les sinusites ou les maladies digestives tels les ulcères, les colites, la constipation etc. ils y ont recours. Néanmoins, Il faut également noter que devant des cas de médecine «classique» qui nécessitent une prise en charge hospitalière par exemple, le phytothérapeute oriente le patient vers le médecin ou le chirurgien montrant ainsi les limites de la phytothérapie. Elle peut aussi être dans certains cas, un accompagnement à la médecine classique, et agir en complémentarité sans que soient reniées ses spécificités.

Il faut par ailleurs rappeler que les recettes de «grand-mère» telles celles à base d'huile d'olive, cumin, cannelle, ail rouge, henné, écorce de grenade, origan, menthe, marjolaine, Eucalyptus, feuille d'olivier, d'amandier, orge, carotte,queues de cerises, figues sèches,
romarin, clous de girofles, armoise blanche, verveine, alaterne, miel pur d'abeille etc. ont toujours leur place dans certaines traditions familiales partout dans le monde, transmises de génération en génération, notamment à la campagne, pour traiter certaines affections telles que l'eczéma, les aphtes et le muguet ou l'érythème des bébés, la chute de cheveux, la cicatrisation des petites plaies, les diarrhées, les coliques etc.

La phytothérapie, médecine douce, a toujours su rebondir d'une époque à l'autre, preuve que l'homme et les plantes médicinales ont non seulement un passé mais un présent et un avenir commun, si on ne néglige pas de les préserver et de préserver ces savoirs ancestraux fruits d'un longue coopération transfrontalière sur notre terre patrie.





Dimanche 26 Décembre 2004

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