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Dimanche 12 Octobre 2008
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société
Peut on être laïc et croyant ?L’opposition classique entre laïc (séculier) et clerc (religieux) est née bien longtemps avant les premiers frémissements d’une laïcité en marche vers une non violence sociale. Si la loi sur la laïcité de 1905 a donné lieu à de virulents étripages politico religieux entre partisans et détracteurs (avant pendant et après), laïcité et anticléricalisme ne sont pas synonymes.Bref historique de la laïcité française - Laïcité et République un mariage de raison
Fin 2005, la laïcité en France aura 100 ans. Le processus débute avec l’affirmation de la liberté de conscience dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (articles 4 et 10). L’exigence de liberté individuelle en matière religieuse est à la fois la condition et le fondement de la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Toutefois, à l'époque, les libertés de conscience et de culte n’entraînent nullement la séparation entre l’église et l’Etat, même dans les premières décennies de la 3ème république. En effet, le Concordat conclu entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII en 1801, resté en vigueur jusqu’en 1905, reconnaît que le catholicisme est la religion de la majorité des citoyens français. Les cultes protestants et israélites font aussi l’objet de dispositions spécifiques (création des consistoires). L’affirmation du système républicain des les années 1875 -1880, l’hostilité de l’Eglise à la République, et la sécularisation des conduites individuelles, font évoluer la société française qui s’organise sur un ordre légal rationnel.
Cette évolution doit beaucoup à l’éducation et aux profondes mutations du système scolaire au XIXème siècle. En 1850 la célèbre loi Falloux qui place les écoles publiques sous la tutelle confessionnelle suscite une véritable levée de bouclier anticlérical. La Commune de Paris de 1871 va jouer un rôle indeniable bien que souvent occulté dans la propulsion de cette revendication laique tant sur le fait politique qu'en matiere de scolarité. Cette querelle sur le fait scolaire trouve temporairement une issue lors de la promulgation des lois scolaires de la IIIème République: loi Jules Ferry sur l’instruction publique gratuite et obligatoire 1882, loi Goblet sur l’organisation de l’école primaire 1886. Ainsi donc l’enseignement primaire devient gratuit et obligatoire, un programme d’instruction civique y est introduit, et une procédure de sécularisation des personnels enseignants se met en place. République et laïcité s'épousent; un mariage de raison. La Loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État consacre l’union entre la laïcité et la République " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. (art. 1)." Selon René Capitant (1936), la laïcité peut se définir comme une "conception politique impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’Etat n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Eglises aucun pouvoir politique". Le fait religieux cesse d’être un fait public et passe dans la sphère du privé, et dans les espaces publics institutionnels de la République c’est la neutralité qui prévaut (pas de signe religieux) Cette union sera renforcée au fil des ans. Ainsi le mot "laïque" apparaît dans le préambule de la Constitution de la 4e République : " l’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat ". Plus tard, le principe de laïcité est de nouveau affirmé dans le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et repris par le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958. L’article 1 de la Constitution consacre la laïcité comme principe constitutionnel : " La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances… ". La laïcité fait aussi pleinement partie des droits de l’homme en assurant le respect de la liberté religieuse. Il est clair que la laïcité est un principe fondamental de la République réaffirmé par la loi du 17 mars 2004, à propos du port des signes religieux à l'école. Ne pas confondre laïcité et anticléricalisme
L’opposition classique entre laïc (séculier) et clerc (religieux) est née bien longtemps avant les premiers frémissements d’une laïcité en marche. Si La loi sur la laïcité a donné lieu à de virulents combats entre partisans et détracteurs (avant pendant et après), laïcité et anticléricalisme ne doivent pas être confondus. En tant que principe de concorde incluant le respect de la liberté religieuse dans toutes ses formes, il est inexact de tenter d’assimiler la laïcité à l’anticléricalisme militant du début du XXème siècle.
Mais pour comprendre celui-ci, il faut le replacer dans le contexte d’une main mise du religieux sur le politique et l’éducatif qui a longtemps prévalu et que les anticléricaux dénonçaient, voulant en finir avec ce qu’ils considéraient comme une manipulation des consciences par le bais de l’enseignement notamment. L’anticléricalisme s’est construit comme un moyen de lutter contre l’emprise de dogmes, de mythes sur les esprits, et la volonté de développer une citoyenneté libre responsable et raisonnée. En cela l’anticléricalisme s’inscrit dans le processus de laïcisation de la société française et à l’échelon politique de son organisation en une République démocratique. La virulence de certaines attitudes anticléricales trouvaient généralement en face une animosité des plus agressive à défendre des privilèges (suprématie de la religion catholique et main mise sur la nation). Laïcité, école, et croyances : des relations turbulentes en devenir fraternel ?
Actuellement, menacée par l’émergence de "nouveaux cléricalismes " dans la sphère du religieux et de replis identitaires communautaristes dans celle du politique, qui tendent à se constituer comme groupes de pression (lobby) qui nient les principes constitutionnels d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français, la laïcité se doit d’être réaffirmée dans son sens étymologique qui nous renvoie à l’unité du peuple (gr. laos). En cela elle se présente comme garante du principe de la République : " gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" (art. 2 C). Comme la République s’est construite par "le bas ", c’est aussi par le "bas " que s’est enraciné le principe de laïcité, au sein d’une éducation qui se voulait éducation populaire.
La laïcité dans l’enseignement est absolument fondamentale car elle éduque l’esprit critique du futur citoyen, le responsabilise. Elle vise ainsi à élever les enfants au-dessus de leurs différences, les protéger des crispations particularistes, leur apprendre le respect mutuel des différences, à ne pas chercher à imposer ses valeurs aux autres, et ainsi développer l’esprit de tolérance républicain. La laïcité crée du lien social, elle bâtit la fraternité sociale en maintenant le principe d ‘unité du peuple. Ainsi donc dans la République laïque on peut être laïc et athée, comme laïc et catholique, protestant, juif, musulman, bouddhiste, agnostique ect. A à chacun ses croyances privées, qu’il convient de protéger ce que fait justement la laïcité. La laicité protège la liberté de conscience, la liberté de croyance (ou non croyance), en assure le respect, en delimitant la sphère du public et du privé. La laïcité se présente comme la clef de voûte de la République et son triptyque " liberté, égalité, fraternité " peut dans cette perspective laïque se comprendre comme liberté religieuse, égalité des cultes devant la loi, respect des croyances. A la question : peut-on être laïc et croyant ? On peut répondre OUI sans ambiguïté, puisque l’essence même de la laïcité c’est de garantir à TOUS la liberté de croyance quelle qu’elle soit ou de non croyance. A lire aussi Notre article sur la tolérance Notre article : laicité et démocratie Mardi 11 Janvier 2005
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