Le meurtre de Taysir Karaki de Beit Hanina, * 35 ans et père de 5 enfants, a été commis par un seul individu, mais le terreau sur lequel le terroriste juif français s’est épanoui requiert néanmoins un examen collectif.
Un grand nombre de juifs français ont expliqué lors de la récente campagne pour l’élection présidentielle qu’ils étaient pour Sarkozy à cause de la poigne de fer qu’il a utilisé contre la première génération d’immigrants musulmans lors des émeutes dans la banlieue de Paris en 2005. Son soutien sans équivoque pour la communauté juive après le meurtre d’Ilan Halimi en 2006 et le fait qu’il l’ait attribué à des motifs antisémites a également aidé Sarkozy à se rallier beaucoup de juifs français. Des remarques telles que
« les arabes sont entrain de prendre le pouvoir en France » et
« nous avons besoin d’un véritable homme pour mettre les choses en ordre ici » ont été prononcées par un bon nombre de juifs pendant la campagne.
Il y a 600 000 juifs vivant en France actuellement. Beaucoup de juifs français ont obtenu des positions de haut niveau s’attirant le respect et la protection du gouvernement, contrairement aux enfants d’immigrants musulmans. Dans un état qui prône l’oblitération de l’identité religieuse en faveur d’une identité universelle en tant que membres de la République, les juifs ont joué des deux côtés du terrain. D’un côté, ils se sont intégrés dans la société française tandis que de l’autre ils ont continué à manifester une grande loyauté à l’égard d’Israël et en particulier à des gouvernements de droite qui l’ont dirigé ces dernières décennies.
La militance de beaucoup de juifs français et le racisme que certains d’entre eux montrent envers les musulmans n’est pas un nouveau phénomène. Je peux me rappeler un matin de shabbat dans une synagogue de Paris. J’avais 12 ans. C’était pendant la guerre du Liban en 1982, et le rabbin récitait la prière pour l’état d’Israël et ses soldats. La congrégation a répondu par des interruptions telles que
« Sharon montres leur » et
« tuez les «. Le rabbin n’a fait aucun effort pour les faire taire. Déjà à cette époque c’était clair que la communauté qui pendant des années avait fait des dons généreux à Israël, utilisait l’état comme outil de vengeance.
Aucun juif français n’oserait faire du mal à un musulman en France. Le meurtrier juif Soufir a immigré en Israël avant d’avoir assassiné un arabe – et non pas par manque de musulmans en France. Plutôt, c’était parce qu’en France beaucoup de juifs préfèrent s’envelopper dans le tallit (châle de prière ndlt) de la victimisation – et les incidents antijuifs là bas leur ont donné suffisamment de munition pour cela. L’image de victime fait que le gouvernement, principalement à cause de ses propres sentiments de culpabilité pour la période de Vichy, leur offre un large soutien.
Le temps est venu pour l’état d’Israël de mettre un miroir devant les juifs de France, qui dansent à deux noces à la fois. Le premier ministre Ehud Olmert et la présidente par intérim Dalia Itzik, devraient rendre visite à la famille de la victime assassinée et demander pardon au nom de l’état et du peuple juif, comme le roi de Jordanie Hussein l’a fait après l’assassinat de 7 jeunes filles de Beit Shemesh lors de l’attaque terroriste de Naharayim, comme le président français et sa femme, Jacques et Bernadette Chirac, et le premier ministre Dominique de Villepin l’ont fait après le meurtre d’Halimi quand ils ont participé au service en sa mémoire dans une synagogue à Paris.
C’est aussi le moment approprié pour les responsables de la communauté juive de France, dirigée par le Grand Rabbin Joseph Sitruk, de visiter la Grande Mosquée de Paris et demander pardon. Pardon pour le meurtre, mais aussi pour le racisme antimusulman qui est enraciné dans leur communauté, qui est l’une des principales causes de la détérioration des relations entre juifs et musulmans en France.
Goel Pinto 16 mai 2007 – Haaretz – www.haaretz.com
*Sur le meurtre de Taysir Karaki lire notre article
Affaire Bishara: Affaire Dreyfus à l'israélienne