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Dimanche 14 Mars 2010
18:35
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Paradise now - Ce qu'en pense Luisa Morgantini députée européenneC'est un film vrai, intense, plein de compréhension et de compassion, sans jugement même si son choix est clair ; il ne donne pas de solutions, exprime des contradictions...
Paradise now - Ce qu'en pense Luisa Morgantini députée européenne
Paradise Now
Est un film vrai, intense, plein de compréhension et de compassion, sans jugement même si son choix est clair ; il ne donne pas de solutions, exprime des contradictions et parle de la profondeur des personnages, au prix de dialogues, quelquefois, nécessairement, didactiques. C’est l’histoire de deux jeunes amis d’enfance palestiniens, nés dans le camp de réfugiés de Naplouse, au nord de la Palestine, dans les territoires occupés en 1967 par l’armée israélienne, qui sont choisis pour exécuter un attentat suicide en Israël. Le réalisateur Hani Abou Assad, palestinien, vit à Amsterdam, a tourné le film à Naplouse et à Nazareth, ville habitée par des palestiniens en Israël, avec une difficulté extrême : à Naplouse, les soldats ne les lâchaient pas. Dans une interview, il nous dit : « Mon film n’est pas politique, je fais du cinéma et je raconte des histoires, dans ce cas, celle de deux jeunes qui décident de sacrifier leur vie pour la cause palestinienne. Ma présence aux Oscars est aussi une façon de représenter la cause, parce que la Palestine reste une cause, puisqu’elle n’est pas encore une nation reconnue au niveau international ». Pour moi qui, depuis 1986, fréquente régulièrement, la Palestine et Israël, ce film a été une émotion continue, du début à la fin, la vue du check point de Huwara, situé juste avant l’entrée de la ville de Naplouse et du camp de réfugiés de Balata, jusqu’au bout, l’image de la ville de Tel Aviv, dans le contraste de ses gratte-ciels et femmes en bikini au bord de mer ; les images de Naplouse, où les rues de la vieille ville sont étroites et s’entrelacent avec les cours et les maisons de pierre, et les rues principales pullulant de voitures et de gens qui essaient d’arriver jusqu’aux bancs de fruits et légumes ; où, de temps en temps, on voit les maisons bombardées, et la vieille prison, complètement détruite aux premières incursions israéliennes au début de la deuxième Intifada. Au check point de Huwara, j’ai été arrêtée des heures et des heures pour essayer d’entrer à Naplouse et j’ai vu les scènes les plus terribles, des dizaines de jeunes poussés brutalement par les soldats, tabassés et laissés pendant des heures au soleil à attendre que les soldats fassent le contrôle de leurs papiers d’identité ou donnent l’autorisation d’entrer ou de quitter la ville, des vieux et des malades obligés de passer à pied et quelquefois repoussés malgré leurs certificats médicaux et des signes évidents d’infirmité. On ne voit pas ça dans le film, mais le spectateur peut l’imaginer sans doute. Il n’y a pas de violence physique dans ce film, on ne voit pas les corps des blessés ou des morts, l’occupation est dans les regards, dans les vies, dans la quotidienneté, dans les coups de mortier à côté des check points et les personnes qui se penchent et marchent sur les sentiers accidentés parce que la rue principale, une autre, est fermée par les blocs de ciment et par les soldats. Dans le film, le check point, le vrai, se voit d’abord de loin, puis recréé artificiellement dans la scène suivante pour faire passer la protagoniste principale du film, Suha, la fille d’un héros de la résistance palestinienne assassiné par le Mossad. Suha a vécu en France puis au Maroc, sa prononciation arabe n’a pas l’accent palestinien, comme beaucoup de palestiniens(ennes) de la diaspora, qui ont pu revenir dans les territoires après l’accord d’Oslo. Suha vient chercher sa vieille voiture dans le garage où deux jeunes, Saïd et Khaled, travaillent. Entre Suha et Saïd, il y a quelque chose, on le voit à leurs gestes, à leurs conversations embarrassées. Le patron Abou Salim a de l’estime pour Saïd, mais déteste Khaled et il le licencie après que le jeune homme- irrité par un client têtu qui voulait parler avec le patron, parce que le pare-brise de la voiture penchait à gauche – casse le pare-brise avec une barre de fer. Les deux jeunes gens passent le reste de la journée sur une des montagnes autour de Naplouse, qui s’étend à leurs pieds avec ses immeubles construits sans plan d’urbanisme, à fumer le narghilé et à boire un thé désormais froid, apporté par un garçonnet avec lequel Khaled a un échange de regards hilarant. Ils parlent. Khaled espère trouver un nouveau travail, il plaisante sur la sympathie de Suha pour Saïd, ils ont des silences, écoutent de la musique et rentrent ensuite chez eux ; où ils trouvent deux dirigeants – oui, du Hamas- qui leur disent que leur requête a été entendue, que le moment de leur grand geste est arrivé : accomplir un attentat suicide en Israël. On n’aurait pas dit en les voyant qu’ils étaient fanatiques du Coran : leur façon de se référer continuellement à Dieu, « si Dieu veut », « grâce à Dieu », « que Dieu te bénisse », a plus l’allure d’intercalaires, dans tout le film, que d’une véritable foi. Et pourtant ils sont prêts à accomplir ce geste cruel envers eux-mêmes et envers les autres, pour la « volonté de Dieu », mais leurs motivations sont la rage, l’humiliation, le fait de se sentir vivre, ou plutôt mourir, dans une prison, sous une occupation militaire qui dure depuis plus de 38 ans. C’est l’humiliation qu’a subi le père de Khaled, resté boiteux d’une jambe après que les soldats israéliens lui aient demandé s’il préférait qu’ils lui cassent la droite ou la gauche, il avait répondu la gauche, alors que Khaled dit qu’à l’humiliation il aurait préféré perdre les deux. C’est l’humiliation de Saïd dont le père a été tué dans la première Intifada, quand il avait dix ans, parce que c’était un collaborateur : ce que lui rappellent les voisins chaque jour, ceux qui savent, et tout le monde sait. Suha, par contre, ne le sait pas, elle qui est la fille d’un héros, à qui, de ce fait, sont tolérées ou pardonnées des choses qui peut-être ne seraient pas permises à d’autres. Saïd et Khaled passent leur dernière nuit avec leur famille. Les deux dirigeants –celui qui est avec Saïd, Jamal, est un professeur (j’avoue, je l’ai haï) - restent dormir chez eux, accueillis avec la courtoisie habituelle par leur hôtes, bien que les familles aient eu peut-être l’intuition de quelque chose ; sous prétexte que les routes sont fermées par les soldats israéliens. Saïd trouve une excuse : le lendemain il ira chercher du travail en Israël ; sa mère lui demande comment il a fait pour avoir un permis, il répond que c’est Jamal qui le lui a fait avoir. Et la mère remercie. Ils dînent ensemble, un pauvre repas, salade de tomates et cornichons et un plat de full, des fèves bouillies. Le dirigeant fait des compliments à la mère, femme qui parle peu et pleine d’affection pour ses enfants, le tout petit est intelligent et très impertinent. Saïd semble avoir des doutes, il n’arrive pas à dormir et à quatre heures du matin il va ramener la clé de la voiture à Suha ; il essaie de la mettre sous la porte mais elle ouvre et l’invite à entrer. Suha demande ce qu’il fait pendant son temps libre, s’il lit, s’il va au cinéma, mais il n’y a plus de cinéma à Naplouse, et la seule fois qu’il a vu un cinéma, le « Rivoli », il y était allé avec d’autres pour protester contre l’interdiction aux palestiniens de travailler en Israël et ils l’ont incendié. Mais pourquoi incendier un cinéma, insiste Suha, sans avoir de réponse. Au matin, ils partent, la mère de Khaled remplit une pita de houmous, cornichons et tomate, dans une autre elle met le fromage salé et le za’atar ( poudre d’un mélange d’herbes, on trempe du pain dans l’huile d’olive puis dans le za’atar, c’est délicieux, ndt). Détails d’une vie quotidienne faite de misère et de dignité. Détails qui ont une histoire, comme quand on voit les deux enfants qui lancent un cerf volant aux couleurs du drapeau palestinien. Combien de fois, pendant la première Intifada, ai-je vu, à cinq heures du soir, du camp de Balata et de tout Naplouse, une centaine de cerfs volants aux couleurs du drapeau palestinien qui se découpaient dans le ciel et, immédiatement, les soldats couraient chez les enfants qui les avaient lancés pour les frapper, tirer, lancer des gaz lacrymogènes, les disperser ou les arrêter. Pour Khaled et Saïd, commence la cérémonie, ils sont rasés, on leur coupe les cheveux, ils revêtent un habit de fête, celui des mariages, on leur met les ceintures d’explosifs qui ne pourront être enlevées que par celui qui les leur a mises, cruauté dans la cruauté. Le chef arrive, pour les saluer. Ils doivent enregistrer la vidéo de leur action, mais la caméra ne fonctionne pas. Khaled doit répéter la proclamation et quand il voit les deux dirigeants manger la pita préparée par sa mère, il s’arrête et s’adresse à sa mère pour lui dire d’aller acheter un filtre pour l’eau dans un magasin pas cher. Ils partent. Ils doivent traverser la barrière des barbelés. Tout est organisé : cartes d’identité, un israélien les accompagnera à Tel Aviv, il est payé, probablement ne sait-il pas ce que vont faire les kamikazes, mais il vit en se faisant bien payer par les palestiniens qui ont besoin d’aller en Israël. Quelque chose, cependant, va mal : sur la route il y a une jeep de soldats. Ils reviennent en arrière, mais Saïd se perd et les autres, craignant d’être découverts, quittent le refuge et soupçonnent Saïd de les avoir trahi ; Khaled insiste, ce n’est pas un traître et il part à sa recherche. Saïd fait pareil, qui, cependant, avant de rentrer à Naplouse, essaie d’accomplir sa mission : il y a un arrêt d’autobus, ce sont des colons. L'autobus arrive, Saïd ne monte pas, il rentre au refuge et le trouve vide. Comme un fou, il rentre chez la mère de Khaled, puis chez sa mère sans se faire voir ; il va au magasin, et revoit Suha, dont la voiture est toujours en panne. Saïd la lui répare mais pendant qu’il referme le coffre, sa montre se casse, Suha insiste pour aller la faire réparer. Ils vont ensemble chercher des photos que Saïd s’était faites faire, il est trop sérieux dit Suha. A la télé du magasin, on est en train de passer une vidéo d’un auteur d'attentat suicide, Suha demande s’ils sont en vente, oui, même ceux des aveux des collaborateurs, qui « marchent » bien. Saïd l’entraîne dehors et lui dit dans la voiture que son père était un collaborateur et qu’il avait été tué. Ils se donnent un baiser furtif et il s’en va. Quand Suha arrive chez elle, Khaled l’attend. Il est habillé comme Saïd Elle lui saute dessus parce qu’elle comprend et dit qu’ils ne doivent pas le faire. Khaled pense que Saïd est allé sur la tombe de son père, ils courent à sa recherche, le trajet est un des moments les plus dramatiques et intenses du film. Suha – et là le réalisateur prend position- essaie de le convaincre qu’il y a d’autres voies pour se battre, que la voie des armes ou des attaques suicide sont erronées, que ce n’est pas moral et que ça donne un outil à Israël pour maintenir l’occupation militaire. Khaled soutient que eux n’ont rien fait, que cette façon de se servir de leur corps est la seule réponse à l’occupation et à l’oppression. Non, ça n’est que de la vengeance, dit Suha. Saïd est étendu sur la tombe. Coups entre tous les deux, ils se retrouvent chez les dirigeants. Jamal insiste avec Khaled qui doit décider seul s’il continue l’action ou pas, mais lui veut d’abord parler avec Saïd, qui est interrogé par le chef pour vérifier s’il est apte à cet acte ou pas. Il réussit l’épreuve, il parle de son père, de sa vie dans les camps de réfugiés, des israéliens qui utilisent la faiblesse de certains palestiniens pour les retourner en collaborateurs, il absout son père. Il dit qu’il n’a trouvé aucune autre voie que celle du « sacrifice » parce que sous occupation, ils sont déjà morts. Ils repartent, cette fois ci sans obstacle, ils arrivent à Jérusalem et pendant qu’ils se mettent en marche Khaled s’arrête, dit à Saïd qu’ils ne doivent pas le faire, qu'il a parlé avec Suha, et qu’elle a raison, on peut lutter d’une autre façon. Il rappelle l’israélien pour qu’il le ramène. Saïd est d’accord. Quand la voiture arrive, Saïd fait monter Khaled, ferme la portière et le fait partir. La voiture s’éloigne, Khaled pleure, Saïd est assis dans un autobus, il y a des soldats mais des civils aussi, le regard de Saïd est toujours fixe. Et ici il y a peut-être une faiblesse de la part du metteur en scène : les attaques en Israël ont aussi été faites dans des endroits où il n’y avait que des civils. La vengeance détruit tout. Ce n’est pas un film facile. Il sera contesté, certainement du côté des israéliens non pacifistes. Certaines critiques en France parlent de mensonges et de propagande, en exprimant évidemment un tas de préjugés en plus des tromperies. Mais ils ne seront pas seuls : il y aura aussi le refus de nombreux palestiniens. Les deux garçons ne sont pas vus comme des héros ; leur action, le résultat d’une condition de vie. On les voit dans leur humanité, avec leurs souffrances, rages, désirs, ce ne sont pas des monstres. C’est ce qui grandit le film. Et c’est à une femme, Suha, qu’est confiée la recherche d’une voie qui n’est pas militaire, c’est à elle qu’est confiée dans le film l’humanité que je trouve en Palestine, c’est elle qui rachète la douleur des mères et la résistance des millions de palestiniens qui ne se laissent pas détruire par l’humiliation, par la pauvreté, par l’occupation, mais continuent à vivre ou à survivre avec dignité. Un film courageux, merci Hani. Luisa Morgantini Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio, en mars 2006, à la demande de Luisa pour diffusion. Cet article a été publié par l’hebdomadaire Carta, à l’automne 2005. Paradise Now film réalisé par Hany Abu Assad - 2005 - Disponbile en DVD (location et vente) Checkpoint: une jeune palestinienne obligée d'y accoucher : photos témoignages Samedi 22 Avril 2006
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