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Non-violence rebellion – 'Sir, No sir '(Mon commandant, NON mon commandant) - Histoire méconnue de la rebellion des GIs au sein de l’armée américaine contre la guerre du Vietnam.

Interview de David Zeiger producteur du film documentaire "Sir, NO, Sir !" qui retrace le combat au sein de l’armée américaine du Mouvement GI pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Ce combat est méconnu, le Pentagon a tout fait pour qu’il soit occulté, Hollywood l'y a aidé. Le fait que ce documentaire sorte maintenant est pour tous ces vétérans dont certains sont devenus des militants anti-guerre une opportunité pour contrer les vas -en guerre du Pentagon et de l’Administration Bush.

Ce qui s’est fait pour le Vietnam peut se faire pour l’Irak



Présentation du documentaire de David Zeiger et du Mouvement GI contre la guerre au Vietnam

Non-violence rebellion – 'Sir, No sir '(Mon commandant, NON mon commandant) -  Histoire méconnue de la rebellion des GIs au sein de l’armée américaine contre la guerre du Vietnam.
Présentation

Le Oleo Strut était un café de Killeen Texas. Il a fonctionné de 1968 à 1972. Et comme son nom l’indique c’était une base d’atterrissage en douceur pour les GIs en état de choc de retour du Vietnam.

De retour à la base de Fort Hood, Texas, les GIs sonnés par les bombardements au Vietnam y ont trouvé une aide parmi les clients réguliers de ce café, la plupart d’anciens soldats, et certains civils compatissants. Ils ne restèrent pas longtemps sonnés et passérent rapidement de l’état de choc à la colère et à l’action.

Les GIs transformèrent le Oleo Strut en quartier général anti-guerre, l’un de ceux qui fleurirent au Texas, publiant un journal clandestin anti-guerre, organisant des boycotts, conduisant des marches pacifiques. Ils y ouvrirent également un bureau officiel.

David Zeiger était l’un de ces civils s’occupant du café Oleo Strut. Il s’est ensuite construit une carrière d’activiste politique et aujourd’hui à 55 ans il est producteur de films et le directeur de "Sir,NO, sir" ("Mon commandant, NON mon commandant !") un documentaire sur les activités anti guerre des GIs de Fort Hood à Saigon, activités complètement oubliées.

Le Mouvement GI comme il était alors appelé, comprenait à la fois des vétérans rentrés depuis peu du Vietnam et des soldats d’active. Ils se sont battus pour la paix menant de petites et de grandes actions, allant de l’organisation de mouvements anti-guerre dominants au port d’insignes de paix à la place de leurs insignes militaires.

Des le début des années 70, l’opposition à la guerre parmi les vétérans et dans les rangs même de l’armée s’était étendue d’une telle façon que personne ne pouvait prétendre que s’opposer à la guerre voulait dire s’opposer aux troupes. Les vétérans demandaient la fin de la guerre et leurs frères soldats au Vietnam était d’accord avec eux.

Zeiger a repoussé pendant des années la production de son film car le public ne voulait plus entendre parler des années 60. Ce qui a finalement fait ressortir le projet de ses cartons, c’est la guerre en Irak et le rôle que certains vétérans du Vietnam jouent pour éviter que de jeunes américains, femmes et hommes, ne voient les horreurs qu’eux ont vu au Vietnam.

Quand des GIs engagés dans cette guerre d’Irak sont rentrés et ont commencé à se poser des questions sur ce pourquoi ils se battaient, l’histoire de ce que Zeiger avait vécu au café Oleo Strut est redevenue d’actualité.

Son film est un remarquable montage d’histoires de vétérans racontant l’intensification de leur résistance à la guerre en commançant par celle des objecteurs isolés de la fin des années 60, et culminant avec la désobéissance ouverte dans les rangs de l’armée dans les années 70.

L’un des vétérans rappelle un épisode de 1972 au cours duquel des membres de la police militaire rejoignirent les conscrits pour brûler l’effigie de leur commandant. Les images qui accompagnent les récits sont toutes aussi puissantes. Alors qu’un jeune docteur est escorté jusqu’au tribunal militaire pour avoir refusé d’entrainer des GIs, des centaines de conscripts se penchent sur les bords de fenêtres avoisinantes et font le signe de la victoire pour le soutenir.

C’est une image que l’Armée ne voulaient pas que le peuple américain voit à ce moment là, et probablement ne le veut pas non plus maintenant.

Le documentaire "Sir, No Sir" (Mon commandant, NON mon commandant) a reçu le documentary audience Reward au festival de Los Angeles et sortira sur les écrans avant la fin de l’année.

Interview par Mother Jones (Magazine politique américain) de David Zeiger

MJ : Parlez nous de votre participation au Mouvement GI

DZ : A la fin des années 60 j’ai conclu qu’il n’y avait vraiment pas d’autre alternative pour moi que de participer au mouvement anti-guerre. Mon opposition à la guerre s’était approfondie, mais je ne m’étais jusqu’alors pas directement impliqué. J’ai commencé à regarder autour de moi pour voir quel était le meilleur endroit pour aider.

Je suis rentré en contact avec ce petit groupe du Mouvement GI, quelques vétérans et quelques civils de Fort Hood à Killeen Texas.

Cela devint rapidement tres clair pour moi que c’était là la manière la plus directe et la plus solide de combattre la guerre. On avait une situation ou les gens s’opposaient à la guerre là où on ne s’attendait pas à ce qu’ils s’y opposent. Pas seulement parce que c’était des GIs. C’était principalement des types issus des classes ouvrières, des types qui s’étaient retrouvés à l’armée pour des motifs patriotiques ou parce que c’était ce que l’on faisait. Et ils étaient entrain de devenir l’une des forces les plus opposée à la guerre.

MJ : Qu’est ce qui vous a ramené vers ce projet ?

DZ : J’ai commencé à faire des films au début des années 90. Je savais que c’était une de ces histoires qui devait être racontée et qui ne l’avait jamais été. Mais j’ai toujours pensé que c’était un film qui devait être tourné mais pas par moi. A l’époque ce n’était pas un film qui aurait pu avoir un impact sur les gens. Cela aurait été percu comme une histoire de plus sur les années 60. Ce qui m’a poussé à faire le film se sont les évènements du 11 septembre, et la guerre contre le terrorisme se transformant en guerre en Irak. J’ai compris que c’était brusquement une histoire qui était en résonance avec ce qui se passait maintenant, que s’était lié à la situation actuelle.

MJ : Comment avez vous trouvé les vétérans qui apparaissent dans le film ?

DZ : Pour plusieurs d’entre eux, je les connaissais déjà de Fort Hood. D’autres faisaient partie d’organisations de vétérans comme Vétérans du Vietnam Contre la Guerre et les Vétérans pour la Paix . J’ai utilisé leurs réseaux pour passer des appels à témoignages.

J’ai également rencontré des personnes dont personne n’avait jamais entendu parler. Leur mission était si secrète qu’ils étaient menacés d’être poursuivis par la Justice Fédérale s’ils dévoilaient leurs histoires au grand jour. Ils sont venus me voir et m’ont dit : "Nous voulons finalement raconter notre histoire. Nous n’avons pu la raconter pendant 35 ans". Nous ne savons toujours pas ce qui peut leur arriver. Nous le saurons quand les projections commenceront.

MJ : Est ce que cela a demandé des efforts pour faire parler les vétérans ? le public voit toujours le vétéran du Vietnam comme quelqu’un ayant trop souffert pour parler de ses expériences en public.

DZ : Yeah, c’est un grand mythe. Dans ce cas cela n’a pas été trop difficile. Il y a des personnes dont les histoires ont été supprimées et ignorées depuis la guerre. Ils savaient que leurs histoires étaient des histoires de la guerre du Vietnam qui devaient être racontées. Pour la plupart des vétérans ily avait une nécessité de raconter leurs histoires, histoires que la majorité des gens ne voulaient pas entendre. Ce n’est pas un problème de réticence.

MJ : Le film a attiré beaucoup d’attention en Europe. Pensez vous qu’il en sera de même ici aux Etats Unis ?

DZ : Yeah, comment puis je dire ? j’avais prévu ce type d’interêt mais ce n’est qu’une fois que le film a été réalisé que la TV américaine a compris le lien avec la situation actuelle. Avant c’était dur de leur faire comprendre....

MJ : Vous avez mentionné que vous étiez un organisateur civil à Fort Hood pendant la guerre du Vietnam. A cette époque là le public civil avait- il largement conscience du Mouvement GI ?

DZ : A l’évidence, oui. Comme vous le montre le film, il y avait sur CBS des infos de nuit portant sur le Mouvement GI. Le film fait mention d’un présentateur des infos parlant de la presse clandestine GI. Dans l’état du Texas, il y avait un important mouvement anti-guerre à Houston et Austin, il y avait aussi le centre du mouvement texan à Fort hood à une époque, là où se déroulaient des cérémonies militaires importantes pour tout l’état. Je pense que les gens savaient qu’il y avait des mouvements d’opposition au sein de l’armée mais ils ne connaissaient pas les détails de leur ampleur. Mais c’était certainement plus important que ce dont les gens se souviennent. Cela a été minutieusement effacé de la mémoire des histoires liées à cette guerre.

MJ : Quelle visibilité avait le Mouvement GI parmi les soldats américains déployés dans le Sud Est Asiatique ? Est ce qu’ils savaient que leurs compagnons d’arme protestaient contre la guerre sur les bases militaires aux Etats Unis ?

DZ : Oui.On trouvait la presse GI anti-guerre partout. Pratiquement toutes les bases avaient un journal clandestin. GI Vietnam fut le premier journal. Il était envoyé directement au Vietnam des Etats Unis, tiré à 5000 exemplaires et distribué partout passant de main en main. Le Mouvement GI était connu à différents niveaux, il était largement répandu.

MJ : Comment les GIs réussirent-ils à écrire alors que leurs actions étaient probablement surveillées ?

DZ : C’est là qu’entre en jeu les cafés. Les GIs firent le travail la plupart du temps à l’extérieur des bases. Au café Oleo Strut on avait un bureau où ils travaillaient et un imprimeur qui imprimait pour nous.

Certains de ces papiers étaient polycopiés secrétement sur les bases militaires parce que les types qui travaillaient dessus étaient des administratifs qui avaient accés aux ressources adéquates pour le faire. Ainsi un papier que quelqu’un avait tapé pouvait être polycopié à 500 exemplaires, d’autres plus sophistiqués comme le Fatigue Press de Fort Hood ou nous avions une presse y était tiré à 10 000 copies. Elles étaient distribuées hors base mais aussi à l’intérieur de la base. Des types les introduisaient en cachette sur la base les distribuant dans les barraques où elles étaient cachées sous les lits ou dans les placards à chaussures.

L’une des histoires que nous n’avons pas inclue dans le film, c’est celle de types de Fort Lawis pres de Seattle. Ils voulaient emmener des GIs à une manifestation anti-guerre, mais ils n’avaient pas encore de journal clandestin. Ils prirent un paquet de prospectus sur la base tard dans la nuit et les balançèrent par les fenêtres. Dans l’armée s’il y a des saletés par terre les gradés ne les ramassent pas ils envoient les GIs le faire. Donc le lendemain matin ils envoyèrent plusieurs compagnies pour les ramasser, et avant qu’ils ne réalisent ce que c’était c’était déjà trop tard. C’est marrant : la répression nourrit l’innovation.

MJ : Le film parle beaucoup de ces cafés pour GIs et comment certains d’entre eux furent attaqués et fermés. Est ce que les GIs se battirent pour faire respecter leurs droits à la libre expression ?

DZ : Oui, et il y eut plusieurs cas qui allèrent jusqu’à la Cour Suprème. La Court Suprème décidait fréquemment que les considérations militaires prévalaient sur le droit à la libre expression. Mais il y eut un soutien fantastique de la part d’avocats pendant cette période du Mouvement GI qui aidaient contre ses décisions. Il y eut de nombreux cas de GIs qui enfreignaient les ordres militaires de ne pas distribuer les journaux clandestins sur les bases. Personne n’a gagné mais il y eut de nombreuses tentatives de changer les choses.

MJ : Pour quelle raison pensez-vous que le Mouvement GI s’est estompé de la mémoire du public en ce qui concerne le Vietnam ?

DZ : Il y a plusieurs facteurs. Il y eut ce fait qu’à la fin des années 70 les gens ont voulu oublier. Hollywood dans ses productions n’a jamais mentionné le Mouvement GI dans ses films sur la guerre du Vietnam dans les années 70....Puis dans les années 80, le climat politique sous l’administration Reagan alla dans le sens de réécrire l’histoire. Bien sûr si vous réécrivez l’histoire de la guerre du Vietnam en adoptant un point de vue de droite, le Mouvement GI n’y figure pas. Le Mouvement GI ne parut pas dans ces films de l’époque, il fut complètement sorti de l’histoire pour des raisons politiques et autres.

MJ : La réécriture de l’histoire que vous mentionnez fait apparaitre les troupes composées d’honorables boys américains soutenant la guerre, par opposition aux hippies la contestant. Votre film montre clairement que cette distinction est fausse, et que cela procéde de faux étiquetages. Quel impact pensez vous que votre film aura sur les jeunes générations dont la seule expérience du Vietnam c’est une histoire qui a été revisitée ?

DZ : J’espère que cela choquera vraiment les gens. Qu’ils sortiront du cinéma en pensant " Quelle M." On m’a menti de A jusqu’à Z, il faut que j’étudie tout cela de plus pres.

Et je pense que c’est important surtout par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Je veux que les gens se posent sérieusement des questions sur le fait que s’opposer à la guerre ce serait soi-disant s’opposer aux soldats. J’espère qu’ils aboutiront à la conclusion que ce n’est pas le cas. C’est une perspective politique, celle de la droite, une perspective pro-guerre.

C’est une perspective politique qui sappe la construction de tout mouvement sérieux contre la guerre à la fois parmi les civils et parmi les GIs. La façon dont on résume la guerre du Vietnam c’est qu’elle était "impopulaire" et que c’est ce qui perturbait les GIs. Et les gens disent aujourd’hui "si c’est vrai que la guerre en Irak est impopulaire alors cela va perturber les GIs".

La guerre du Vietnam n’était pas impopulaire elle était criminelle.

MJ : L’une des images les plus impressionnantes du film c’est celle où l’on voit l’entrée du bâtiment de stockage du Fort Dix à New Jersey où apparaît un signe disant "L’obéissance à la Loi c’est la Liberté". La guerre du Vietnam a été marquée par le fait qu’on ne pouvait plus croire aux Etats Unis à cette axiome. Quelles sont les ramifications à long terme de la guerre du Vietnam selon vous ?

DZ : Ce signe résume tout à fait le point de vue de l’armée sur la vie militaire.

Les ramifications sont qu’il est au moins possible de tenir tête et vaincre un Empire trés puissant.

L’un des types dans le film fait un constat que nous n’avons pas utilisé : les Etats Unis avait l’armée la plus puissante au monde, la mieux équipée, la mieux entraînée, la mieux nourrie.....et nous avons perdu. On s’est fait battre par une force indigène qui a complètement détruit la possibilité pour les Etats Unis de s’installer dans leur pays.

Et c’est une leçon universelle ,une leçon extrèmement dangereuse pour tout pays qui, malgré qu’il s’en défend, est en fait enclin à vouloir être un Empire mondial . C’est encourageant pour quiconque ne veut plus vivre ce type de situation.

Copyright Mother Jones - Traduction bénévole pour Planete Non Violence MD - pour information et education diffusion non commerciale.


Site du Magazine Moter Jones:http://www.motherjones.com/index.html

Lire notre article sur la collaboration Pentagon-Hollywood - propagande de guerre



Dimanche 18 Septembre 2005

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