information critique contre l'islam conquerant supremaciste le terrorisme
archives Droit International ONU

Non-violence action citoyenne - Tribunal Mondial pour l’Irak - Bush et Blair doivent être jugés pour crimes de guerre

Initiative citoyenne, présentée comme un acte de non-violence et de résistance à la guerre, les objectifs du Tribunal sont de briser le silence sur les agressions perpétrées contre l’Irak et le peuple irakien et d’enquêter sur la vérité concernant la guerre menée par les américains les britanniques et leurs alliés. Le Tribunal siégeant à Istambul a rendu son verdict dans un communiqué le 27 juin 2005. Suit des témoignages de torture. Les crimes commis ne doivent pas restés impunis, les coupables traduits en justice. L'occupation doit cesser immédiatement.



Présentation et missions

copyright Ali Oz
copyright Ali Oz
Dans la tradition du Tribunal Russell sur la guerre du Vietnam créé en 1967, et des travaux du Tribunal permanent des peuples et d’autres tribunaux similaires le Tribunal Mondial pour l’Irak a été crée en 2003 par des ong, des intellectuels et des écrivains opposés à la guerre, impliqués dans le respect du droit international et celui des droits de l’homme, suite aux manifestations de protestations de millions de citoyens de par le monde. Présenté comme un acte de non-violence et de résistance à la guerre, ses objectifs sont de briser le silence sur les agressions perpétrées contre l’Irak et le peuple irakien et d’enquêter sur la vérité concernant la guerre menée par les américains les britanniques et leurs alliés.

Ce tribunal fonctionnant sous forme de commissions d’enquêtes qui se sont réunies plusieurs fois déjà dans différentes villes du monde, s’est penché sur la légalité de la guerre contre l’Irak, le rôle des Nations Unis, le processus qui a permis l’agression contre ce pays, les crimes de guerre, et autres atrocités commises, pendant l’occupation qui perdure à ce jour, ainsi que le rôle joué par les médias. Il vise également à montrer les effets dévastateurs que cette guerre a sur l’environnement social politique culturel écologique irakien et à établir un document historique pour briser le mur de mensonges érigés par la coalition et les médias serviles. Ce document est destiné à servir de preuves pour que justice soit rendue un jour.

La présente cession d’Istambul du 24 au 27 juin 2005 a pour but de résumer et présenter des témoignages complémentaires sur l’illégalité de cette guerre et les violations américaines pour la mener. Des opinions d’experts, des témoignages de victimes, des preuves vidéos et en images sont rassemblées pour montrer l’impact sur les civils, les tortures, l’emprisonnement illégal d’irakiens sans charge ni preuve ni possibilité d'avoir acces à un avocat, l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri, la destruction des infrastructures du pays, ainsi que celle des institutions culturelles irakiennes, et l’incapacité des occupants à protéger des biens culturels appartenant au patrimoine de l’humanité ce dont ils seront tenus pour responsables selon le droit international.

Le 17 mai 2005, le Tribunal Mondial pour l’Irak avait présenté par le biais de ses differentes déléguations locales aux ambassades américaines et britanniques dans plusieurs pays du monde (Bruxelles, Istambul, Lisbonne, Tokyo), une invitation à se rendre à la présente session à Istambul pour le président G.W Bush et le premier ministre Tony Blair, afin de comparaître devant le Tribunal. Les principaux concernés n’ont pas répondu.

Apres trois jours d’écoute et d’examen minutieux, le Tribunal, dont le Jury de Conscience est présidé par l’écrivain pacifiste indoue Mme Arundathi Roy et 15 personnes issues de differents champs d’expertise venues du monde entier, doit rendre son verdict. Selon Mme Arundhati Roy, les preuves accumulées par le Tribunal Mondial pour l’Irak sont suffisantes et devraient être utilisées par le Tribunal Penal International pour poursuivre comme criminels de guerre, G.W. Bush, Tony Blair, le premier ministre australien John Howard, le premier ministre italien Silvio Berlusconi, ainsi que les généraux et les administrateurs de sociétés qui tirent profit de cette guerre.



Communiqué de presse du 27 juin 2005 sur les attendus du Tribunal International pour l'Irak

Istanbul 27 juin 2005 - Communiqué de presse du Tribunal International pour l’Irak portant sur la déclaration du Jury

L’attaque perpétrée contre l’Irak est une attaque contre la justice, contre la liberté, contre notre sécurité et notre futur à tous – Le Jury de Conscience

Le Jury de Conscience regroupant des comités de 10 différents pays a entendu les témoignages de 54 membres de groupes d’experts venus des quatre coins du monde dont l’Irak, les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Cette initiative civile mondiale s’est achevée par une conférence de presse tenue à l’hôtel Armada au cours de laquelle la présidente du jury de conscience Mme Arundathi Roy en a transmis les conclusions.

Le Jury définit cette guerre comme l’une des plus injuste de l’histoire : les administrations Bush et Blair ont sciemment ignoré l’opposition massive exprimée par des millions de personnes partout dans le monde. Ils se sont embarqués dans l’une des guerres les plus injuste, immorale et lâche de l’histoire.

L’occupation anglo-américaine de ces 27 derniers mois a mené à la destruction et la dévastation de l’état et de la société irakienne. La loi et l’ordre ont été complètement anéantis avec pour conséquence une absence de sécurité grandissante pour les personnes; les infrastructures matérielles sont en lambeaux; le système de santé est dévasté; le système éducatif a cessé de fonctionner; c’est une catastrophe écologique et environnementale énorme; et l’héritage culturel et archéologique du peuple irakien ont été profanés.

Se basant sur les conclusions précédentes et se référant à la Charte des Nations Unies ainsi qu’à d’autres documents légaux, le Jury a établi les charges suivantes contre les gouvernements des Etats-Unis et de la Grande Bretagne :

  • Planification préparation et execution du crime d’agression suprème en contradiction avec la Charte des Nations Unies et des principes de Nuremberg
  • Prise pour cible de la population civile israkienne et des infrastructures civiles
  • Utilisation de la force de manière disproportionnée et utilisation inconsidérée de différents types d’armements
  • Non protection des civils pendants les opérations militaires et pendant la période d’occupation qui a suivi
  • Utilisation contre des manifestants pacifiques de moyens violents ayant entraîné la mort
  • Imposition de punitions sans charge ni jugement, y compris des punitions collectives
  • Utilisation de la torture et de traitements cruels dégradants inhumains contre des soldats et des civils irakiens
  • Réecriture des lois du pays qui a été illégalement envahi et occupé
  • Devastation volontaire de l’environnement
  • Création de conditions favorables à la dégradation du statut de la femme irakienne
  • Non protection des richesses du patrimoine mondial de l’archéologie et de la culture en Irak
  • Obstruction au droit à l’information inclus la censure des medias irakiens
  • Redéfinition de la torture en violation du droit international, autorisation donnée à l’usage de la torture et à la détention illégale

    Le jury a également établi des charges contre :
  • le Conseil de sécurité et des Nations Unies pour avoir échouer, en autres, à faire cesser les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité
  • les gouvernements de la coalition des volontaires pour avoir collaborer à l’invasion et l’occupation de l’Irak
  • les gouvernements d’autres pays ayant autorisé l’utilisation de bases militaires et de leur espace aérien et ayant fourni une aide logistique
  • les entreprises privées pour avoir tirer profit de la guerre
  • les principaux medias pour avoir colporter volontairement de fausses informations et pour n’avoir pas rendu compte des atrocités commises.

    Le jury a également fourni un certain nombre de recommandations incluant la reconnaissance du peuple irakien à résister à l’occupation illégale de leur pays et à développer des institutions indépendantes. En affirmant que le droit de resister à l’occupation est un droit pour la lutte pour l’auto détermination, la liberté, et l’indépendance comme inscrits dans la Charte des Nations Unies, Nous le Jury de Conscience déclarons notre solidarité avec le peuple d’Irak et demandons le retrait immédiat et inconditionnel des forces de la coalition d’Irak.

    Le Tribunal International pour l’Irak s’est tenu pendant trois jours du 24 au 27 juin 2005 à Istambul et a présenté des preuves sur l’illégalité et les violations commises par les Etats-Unis pour mener cette guerre. Des opinions d’experts, des témoignages de victimes, des vidéos et des photos sont les preuves apportées pour montrer l’impact sur les civils, les tortures, l’emprisonnement illégal d’irakiens sans charge ni preuve ni possibilité d'avoir acces à un avocat, l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri, la destruction des infrastructures du pays, ainsi que celle des institutions culturelles irakiennes, et l’incapacité des occupants à protéger des biens culturels appartenant au patrimoine de l’humanité ce dont ils seront tenus pour responsables selon le droit international

    La cession finale d’Istambul a été précédée pendant deux ans de cessions menées par des commissions d’enquêtes et d’auditions à travers le monde. Des cessions en lien avec la guerre en Irak et portant sur différents sujets ont eu lieu à Londres, Mombai, Bruxelle, Copenhague, New York, au Japon, Londres, Stockolm, Corée du Sud, Frankfort, Rome, Genève, Lisbonne et en Espagne.

    Ces cessions ont permis de rassembler un ensemble de preuves historiques sur l’illégalité de l’invasion et de l’occupation qui seront compilée dans un prochain livre.

    Pour tout contact s’adresser à :

    Tolga Temuge,
    International Media Coordinator
    +(90) 533 644 4687
    email

    note

    Un palestinien membre du Centre d'Information Alternatif de Jerusalem (AIC centre regroupant des israéliens et palestiniens) Ahmad Jarad a été empêché par les autorités israéliennes de se rendre à la session d'Istambul. Ahamd Jarad devait intervenir dans le cadre du travail d'une commission du Tribunal international de l'Irak "environnement sécuritaire planétaire et alternatives futures" et y présenter un document intitulé "relations entre la situation en Irak en Palestine et en Israel"

    Sources anglaises du World Tribunal for Irak

    Photo publiée sur le site du Tribunal

    Notre traduction du communiqué peut être reproduite à des fins non commerciales en en citant explicitement ( lien vers notre site) les sources








Témoignages d’Abou Ghraieb et d’ailleurs : meurtres, viols, tortures, humiliations…L'enfer des camps de prisonniers irakiens

copyright AFI
copyright AFI
Extrait du bulletin n° 47 du 4 juillet 2005 de l'association AFI Amitiés Franco-Irakiennes

«AFI – Flash» a rencontré dernièrement des prisonniers d’Abou Ghraieb et a recueilli leurs témoignages. Témoignages douloureux par ce qui est remémoré, par les non-dits de l’humiliation, de l’horreur, de l’indescriptible. Témoignages véhéments qui traduisent la vulnérabilité des victimes effrayées par les menaces que les Américains font toujours peser sur eux et leur famille restée en Irak.

Comme l’armée US a sur chaque détenu - d’après ce que ces prisonniers ont constaté - un fichier complet de données biométriques, biographiques ou sociologiques, « AFI – Flash » ne donne ni le nom des personnes rencontrées, ni les informations permettant de les reconnaître. Nous affirmons cependant que ces récits sont authentiques. Les détails qui nous ont été fournis, l’émotion transmise par leurs récits et, enfin, les originaux de documents US que nous avons consultés - notamment les bracelets portant leur nom, n° d’écrou, code barre et photo- en sont les preuves irréfutables.

Oum « Mim » (Kirkouk)

J’ai été arrêtée le 13 janvier 2001 à Kirkouk à une heure du matin avec ma fille, son amie et mon neveu. Mon mari était absent. Nous dormions quand nous avons entendu des tanks, des chars, 13 au total autour de la maison. Ils ont fait exploser la porte de la maison en bourrant d’explosifs la serrure. Il faisait très froid car il pleuvait. Les soldats américains nous ont tiré par les cheveux, traînés dans la boue sans chaussures et ils ont détruit la maison. Ils ont cherché dans tous les recoins des armes ou de l’argent parce qu’ils prétendaient que je finançais la résistance. Ils nous ont mis un sac sur la tête, que nous avions chaque fois qu’ils nous emmenaient d’un endroit à un autre. Ils nous ont emmenés dans un endroit inconnu, j’ai entendu le bruit d’une porte en fer et ils nous ont fait entrer dans une pièce. Il faisait très froid. Ils nous ont attaché les poignets avec du fil de nylon qu’ils serraient si fort que nos bras étaient ensanglantés. Une demi-heure plus tard, c’était l’interrogatoire qui a duré trois heures: « Où est l’argent de la résistance. Nous ne vous relâcherons pas tant que vous n’aurez pas dit la vérité. Où est votre mari ? » L’interprète nous a insulté. C’était un chrétien irakien, je l’ai reconnu à son accent mais il ne devait pas vivre en Irak.

J’étais inquiète pour ma fille, j’avais peur qu’ils la violent. Puis il y a eu l’interrogatoire de ma fille et de mon neveu qu’ils accusaient d’être baassiste, raison pour laquelle ils l’ont frappé. A 10 heures du matin, des femmes soldats US nous ont filmé. Puis de nouveau, interrogatoire jusqu’à 5 heures de l’après midi, sans manger et sans boire. Ensuite, ils nous ont jetés dans deux Apaches, avec les portes ouvertes, car ils avaient peur que la résistance les attaque. Ils disaient qu’ainsi les conséquences seraient moins terribles. Nous avons fait 5 heures de voyage pour arriver à l’aéroport international Saddam à Bagdad. On nous a mis dans une pièce très petite et sombre. Nous avions besoin de dormir : le garde qui ressemblait à un Mexicain était plus humain que les autres. Il nous a dit qu’il essayerait de nous aider. On nous a à nouveau interrogé sur la résistance et son financement. Le garde nous a donné un drap léger pour nous étendre par terre, mais nous l’a repris car un inspecteur devait venir. Nous devions rester debout. Une heure plus tard, autre interrogatoire. J’étais faible parce que nous n’avions rien mangé depuis trois jours. Deux officiers interrogeaient ; il y avait un interprète et une femme soldat noire. Les mêmes questions étaient posées et je lui ai dit que les musulmans avaient le Coran et les chrétiens l’Evangile pour jurer la vérité. Il m’a dit : « Je ne crois ni au Coran ni à l’Evangile ». J’ai pensé qu’il était israélien.

La première question était de savoir si j’étais sunnite ou chiite. Je suis chiite. Ma fille née en 1980 est très forte mais on m’a dit qu’on allait la tuer si je ne parlais pas : « Tu verras ce que tu n’as jamais vu de ta vie ». Ils m’ont ensuite fait entrer dans une salle longue, peinte en noir avec des points blancs, des jeux de lumière se sont déclenchés et des bruits insupportables. La femme noire m’a prise par les cheveux et m’a lancé contre des photos de Saddam aux yeux crevés, fixées aux murs opposés. Cela a duré pendant deux à trois heures. Elle me faisait marcher à quatre pattes et me fouettait. Je me suis évanouie et on m’a réveillée à l’eau froide. Puis, de nouveau : interrogatoire. Ils avaient soi-disant la preuve de mon soutien financier à la résistance. Ils avaient trouvé mon nom dans la serviette de Saddam. Je leur ai dit que, puisque Saddam était sur le même lieu que moi, qu’il le fasse venir et s’il me reconnaissait alors qu’ils me fusillent. Je suis innocente. Ils ont torturé mon neveu, dévêtu, devant moi. La femme noire m’a arraché une poignée de cheveux avec la peau du crâne. Ses coups sur ma tête m’ont fait perdre connaissance. Elle a ensuite concentré ses coups sur le côté droit de mon corps qui est maintenant défaillant, puis m’a cassé dessus une chaise en plastique. Un morceau est resté planté dans ma jambe. Le docteur de la prison a dû m’opérer pour le retirer. Je souffrais trop et la couleur de ma jambe était noire. Il m’a conseillé de le garder… Mon dossier médical de trente pages est chez les Américains. Je ne peux pas le récupérer.

Ma fille a été torturée, ils lui ont cassé une jambe et coupé les cheveux. Le 4ème jour, le « mexicain » a dit que lorsque les soldats US venaient dans ma cellule, je devais me lever. Il y avait une caméra dans la cellule. Dès que je m’endormais, ils le savaient et ouvraient la porte : « Tu dois rester toujours debout » disait le gardien. Je ne savais plus si on était le jour ou la nuit. Nous sommes restés tout ce temps sans nous laver, avec la même déchdaché (robe que porte les femmes chez elles) avec le sang séché sur nos poignets. C’est un homme qui m’a donné un bout de tissu pour me couvrir les cheveux et le « mexicain » nous a aidé pour notre toilette.

Le 5ème jour, ils ont enfermé avec moi un Yéménite, au corps lacéré, enchaîné soupçonné d’appartenir à Al-Qaeda. Il lui semblait impensable qu’il y ait des femmes torturées. Il avait été violé par les soldats. L’interprète m’a alors dit que je serai comme lui si je ne parlais pas. Puis, ils l’ont changé pour un garçon nommé Ahmed, de Samarra, accusé d’être de la famille d’Izzat Al-Douri. Ils l’avaient suspendu à l’hélicoptère qui l’amenait au camp. Il était resté douze jours sans manger ni boire. Je suis restée cinq jours comme ça jusqu’à un nouvel interrogatoire tout à fait différent. Cette fois, ils me promettaient de m’emmener aux Etats-Unis, que mon fils serait « ministre » si je les renseignais sur la résistance…

Dans la nuit, ils ont jeté dans ma cellule, une femme Oum Omar d’une vingtaine d’années, dont le mari avait été tué. Ses petits enfants avaient été laissés seuls dans la rue à trois heures du matin, lors de son arrestation. Elle a eu une crise de diabète et était toute gonflée mais ils ne s’en sont pas occupés. Puis, ils m’ont donné un gel pour effacer mes ecchymoses. Je ne pouvais plus dormir à cause de douleurs dans tout le corps et surtout à la tête. Je suis restée 17 jours à l’aéroport et ils m’ont transféré, sac sur la tête, dans un autre endroit.

Là, j’ai entendu des voix crier : « Vive l’héroïne ! Avant Abou Ghraieb était pour les criminels, maintenant elle est pour les héros ». J’ai su où j’étais. Ils m’ont emmenée dans un bureau pour être fichée. C’est à partir de ce moment seulement que les prisonniers existent. Autrement, ils font partie des disparus. Je ne suis restée 7 jours à Abou Ghraieb. Ils m’ont libérée en raison de mon état de santé : ils avaient peur que je meurs en prison. C’était sans doute mauvais pour leurs statistiques…

Aujourd’’hui, j’ai besoin de soins particuliers, mais je ne sais pas où aller. Les pays étrangers ne veulent pas de nous, les Irakiens.

Abou S. (Falloujah)

J’ai été détenu à Abou Ghraieb du 16 janvier au 26 novembre 2004. Les soldats américains ont fait intrusion chez nous à minuit alors qu’il n’y avait pas d’électricité. Tout y était : tanks, chars, hélicoptères. Les enfants étaient couchés et ils ont été terrorisés à la vue de tous ces soldats armés jusqu’aux dents. Je suis resté deux jours à Al Almaryiah dans une cage où étaient entassées 13 personnes. Puis ils m’ont transféré dans un ancien centre de renseignements sous Saddam Hussein et là, nous sommes restés dans l’obscurité toute la journée. On sortait une fois par jour pour se laver. On n’avait rien à manger. J’y suis resté 14 jours. Le 29 janvier, j’ai été interrogé par des militaires américains assistés de traducteurs, et transféré à Abou Ghraieb. J’y étais lorsque les tortures infligées aux prisonniers ont été connues du monde entier. Le 26 avril, ils m’ont emmené à Oum Qasr, au camp Bucca où sont enfermées 10 000 personnes.

Les premières questions posées sont : « Es-tu Chiite ou Sunnite ? Où fais-tu la prière ? Dans quelle mosquée ? Quels sont les oulémas que tu connais ? » J’ai été arrêté par délation : la Brigade Badr (NDLR : milice pro-iranienne dépendant du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak d’Abdel Aziz Al- Hakim) offre des récompenses à des paysans pour déposer des marqueurs électroniques près des maisons de personnes soupçonnées d’appartenir à la résistance. Quelqu’un a ainsi « donné » 70 personnes. Démasqué, il a été exécuté. Ces marqueurs émettent des signaux qui permettent aux hélicoptères de localiser l’objectif et de diriger du ciel l’intervention des chars et des commandos US. C’est de cette manière que j’ai été pris. Ce qui est pire pour nous, Irakiens, c’est le traitement que l’on réserve à nos femmes. Les violences de toutes sortes qu’on leur inflige devant nous blessent profondément notre sens de l’honneur.

Ce que je peux dire, et cela vient à l’appui des révélations sur Abou Ghraieb, les tortures ne sont pas laissées à l’appréciation des soldats. Elles sont méthodiques. Un de mes compagnons de cellule, parlant l’anglais, m’a rapporté la conversation entre deux soldats US, l’un d’eux disant que certaines tortures n’étaient pas permises, par exemple sur les personnes de plus de 50 ans, les femmes ou les enfants. Ils ne pouvaient pas être emmenés vers certaines chambres de tortures.

Je peux vous citer des types de tortures pratiquées

  • On allonge tous les détenus par terre dans une cour, en rangées très étroites, puis on fait passer les tanks entre les corps étendus. Certains qui voient le tank arriver sur eux et qui s’attendent à être écrasés sont devenus fous.
  • On fait entrer dans les cellules un type de bête (NDLR : une race de chien, semble-t-il, inconnue des Irakiens) qui se jette sur les prisonniers.
  • On vous donne un savon, vous êtes nu, et avec de l’eau froide, vous devez utiliser le savon jusqu’au bout. Des détenus sont ainsi morts de froid.
  • On trempe dans l’eau une couverture et vos habits et vous devez porter le tout malgré le froid…

    Dans toutes les villes et les camps militaires, il y a des prisonniers non répertoriés. Il existe ainsi beaucoup de prisonniers sur lesquels il n’y a pas d’informations. Les soldats peuvent faire n’importe quoi et chaque fois que vous avez un soldat US en face de vous, vous devez regarder par terre. J’ai vu un père renvoyé dans sa cellule par un soldat sans avoir vu son fils venu en visite parce que l’enfant jouait avec un billet de 50 dinars ! Les soldats font exploser les portes des maisons. Une porte est tombée sur une femme et les soldats ont marché dessus, obligeant le fils à marcher sur le corps de sa mère.

    On nous fait des piqûres, trois à chaque bras sans raison. On pense que les Américains expérimentent des médicaments. Des détenus qui avaient un cancer sont morts.

    Quand on est libéré, on ne sait pas pourquoi, ni pourquoi on a été arrêté. Aucune loi n’est appliquée. Les soldats viennent avec une liste de numéros sans nom et libèrent 15 à 20 personnes. Pourquoi elles et pas d’autres ? Sans doute pour jouer avec les nerfs de ceux qui restent. Quant à moi, les Américains m’ont volé mes papiers et mon argent (voici le document qui le prouve). En Irak, sans document, j’étais à la merci des contrôles américains. Dans les camps, il n’est pas possible de faire un travail précis pour la résistance. Mais chaque prisonnier devient un soutien de la résistance une fois sorti. L’oppression est telle que les prisonniers irakiens sont prêts à tout, pour sauver leur honneur et leurs biens.

    Abou O. (Adhamyiah)

    J’ai été emprisonné à Abou Ghraieb de novembre 2003 à février 2005. J’ai été arrêté sur mon lieu de travail. Je suis resté 3 jours avec un sac sur la tête, sans manger ni boire, dans un des palais de Saddam. C’était l’hiver, j’ai perdu toute sensibilité au froid.

    J’ai été torturé de la manière suivante. Les mains attachées dans le dos, les genoux repliés sur la poitrine, je devais m’encastrer entre les pieds d’une petite table scellée au sol. Comme je n’y arrivais pas, le soldat me frappait les jambes avec un bâton. Je ne sentais plus mes membres. Sous cette table, j’étais complètement ankylosé. Si je bougeais, il me donnait des coups de pieds. Une autre fois, un soldat US m’a enfoncé son genou dans le dos, en me serrant le cou avec son bras. Il me tirait en arrière comme pour me briser la colonne. Plus tard, les mains attachées dans le dos, avec un sac sur la tête, il me frappait le crâne contre le mur. Il ne me posait jamais de question.

    Les tortures préférées des Américains sont les musiques infernales et les sons insupportables. Ils ont des baffes très puissantes. Le bruit provoque des douleurs dans la poitrine et la tête. La nuit, à partir de minuit, il était impossible de dormir. On cherchait à nous briser. En prison, il est interdit de parler aux détenus, aux gardiens et de regarder vers la fenêtre. Les détenus doivent baisser la tête devant les soldats. Il est interdit de les regarder en face. L’eau est un problème : on n’en a qu’un litre deux fois par jour pour boire, faire les ablutions. Nous avons confiance en Dieu et en la résistance qui va continuer.


    Solidarité avec les enfants irakiens- opération 1 enfant 1 cartable pour la rentrée 2006

Lundi 27 Juin 2005
Mireille Delamarre

Dans la même rubrique :

La Loi de la Jungle - 04/02/2007

1 2 3

Humour Les Folles D'Allah | Terrorisme Islamo-fascisme | International | Immigration clandestine | France XXI | Communautarisme Islamisation racialisation | Europe | Empire USioniste du Chaos | LIBERTE D'EXPRESSION D'INFORMATION | COLONIALISME JUDEO SIONISTE | GUERRE DE L'INFORMATION | Propagande | DICTATURE UE | PALESTINE | FRANCE | MONDE ARABE | ASIE | archives Armement Sécurité Stratégies Militaires | archives Droit International ONU | archives histoire traditions 2004-2008 | archives sciences écologie 2004-2008 | archives société 2004-2008 | archives culture | archives ressources educatives | archives informations 1 | archives informations 2