Home  >  Asie

Asie

Népal, une Avalanche Himalayenne : de la Lutte Armée Maoïste à la République Démocratique

Pendant que les Droits de l'Hommistes occidentaux soutiennent aveuglement l'appel à la restauration d'un régime théocratique, féodal au Tibet, le Népal s'achemine vers l'instauration d'une République démocratique. Et ce sont des Maoïstes qui vont conduire, sans violence, le pays vers des réformes démocratiques que leurs voisins en Inde - toujours soumis à un régime de castes et au fondamentalisme religieux indou - leurs envieront certainement.



Népal, une Avalanche Himalayenne : de la Lutte Armée Maoïste à la République Démocratique

Népal, une Avalanche Himalayenne

Le paysage sud asiatique ne sera jamais plus le même après la marche victorieuse Maoïste jeudi dernier lors des élections au Népal pour les 601 sièges de l'Assemblée Constituante. Cela pourrait prendre plusieurs jours avant que l'ensemble des résultats soit connu, mais selon des indications disponibles, le Parti Communiste du Népal (Maoïste) est en tête. Dés lundi les Maoïstes avaient déjà obtenu 89 des 162 sièges pour lesquels les résultats ont été déclarés.

Les partis traditionnels établis, tel le Congres du Népal et le Parti Communiste du Népal (Marxiste Léniniste) sont loin derrière. Les Royalistes, qui comptaient sur l'enracinement de la monarchie indoue vieille de 240 ans, ont été battus. Une possibilité claire se dessine pour que les Maoïstes obtiennent une majorité simple – une réalisation extraordinaire pour des anciens rebelles qui ont abandonné une lutte armée vieille d'une décennie, et choisi la voie de la démocratie il y a à peine deux ans.

L'impact de ces résultats électoraux aura des conséquences étendues pour l'économie politique du Népal, sur le paysage politique de l'Asie du Sud, et sur la géopolitique de la région. Les élections de jeudi ont principalement pour but de former une assemblée constituante pour déterminer les contours du système politique népalais. Les résultats signifient que le pays est irrévocablement engagé sur la voie de la République. Même un rôle limité d'une monarchie constitutionnelle semble hors de question.

Les résultats signifient qu'il y a un profond désenchantement populaire à l'égard des partis politiques traditionnels. La plupart des experts commentateurs doivent expliquer leur incapacité à prévoir une telle manifestation de l'opinion populaire. Le soutien de base aux Maoïstes est largement répandu dans toutes les régions. Affirmant leur victoire, le dirigeant Maoïste Pushpa Kamal Dahal (connu sous le nom populaire de Prachanda) a dit que la victoire de son parti était un mandat pour une paix durable, la mise en place d'une république démocratique et un développement économique rapide. Il a répondu frontalement à une question dérangeante : « des personnes se demandent : qu'est ce que c'est que ce parti Maoïste ? Et la Communauté Internationale demande : « qu'est ce qui va se passer après la victoire des Maoïstes ? Toutes ces craintes sont inutiles. »

Prachanda a assuré que l'agenda de son parti serait de travailler avec les autres partis politiques pendant la période de transition. «Nous allons établir une unité nationale plus large avec tous les partis politiques après l'élection » a-t-il ajouté. Les Maoïstes ont reçu les félicitations d'une source inattendue, quand l'ancien président US Jimmy Carter, qui a dirigé une équipe d'observateurs étrangers, a exprimé lors d'une conférence de presse à Katmandou samedi sa conviction que les anciens rebelles s'étaient complètement ralliés à la voie démocratique.

Le pays le plus pauvre de l'Asie du Sud s'est brusquement catapulté à l'avant garde de réformes démocratiques et de transformations politiques dans la région. L'Inde, qui s'est vantée de son mode de vie démocratique, semble brusquement quelque peu archaïque et fatiguée en comparaison. Après 60 ans de pluralisme démocratique ininterrompu, d'importants segments de la société indoue restent en attente pour réaliser leurs potentiels d'appropriation du pouvoir politique. Le peuple népalais a dépassé les Indous, en repoussant les frontières de la politique « bourgeoise ».

La politique en Inde s'exerce via les castes, est imprégnée de l'esprit de clocher, pris dans les tourbillons du fondamentalisme religieux et du nationalisme indou. Les élites de la classe supérieure indoue au Népal avaient l'habitude de partager avec les élites politiques indoues des affinités sociales. Les Maoïstes ont renversé la politique de caste retranchée au Népal. L'électorat indou doit encore explorer, dans toute son ampleur, le pouvoir politique basé sur une idéologie séculière qui est le lit d'une auto gouvernance démocratique. C'est sans surprise que le principal parti indou de droite, Bharatiya Janata, qui surfe sur le fondamentalisme indou, a été réduit au silence. Il se sent abandonné du fait qu'un pays qu'il vénérait comme le seul « royaume indou » dans le monde se soit tourné avec un tel panache vers la démocratie.

Le gouvernement Maoïste procédera au démantèlement des piliers de la structure féodale du Népal et auront recours à des réformes radicales économiques et politiques sur la base d'une justice de redistribution et de principes égalitaires. Cela attirera probablement l'attention plus ou moins rapidement des indous pauvres vivant dans la ceinture sub Himalayenne. Les états provinciaux indous bordant le Népal sont connus pour leur mauvaise gouvernance.

La victoire Maoïste au Népal pose de même un défi aux institutions politiques indoues. Dehli n'est pas vraiment enchanté à la perspective d'une victoire écrasante Maoïste. Les institutions indoues travaillent traditionnellement avec le Congrès népalais. Certains éléments au sein de celles-ci voient avec inquiétude l'éventualité que les Maoïstes galvanisent des mouvements révolutionnaires à l'intérieur de l'Inde. D'ailleurs Dehli n'avait pas anticipé de lame de fond de soutien populaire aux Maoïstes au Népal.

De toute façon, Dehli n'est pas intervenu dans le processus démocratique au Népal. Il s'est néanmoins intéressé de près à la politique népalaise, mais adopter une politique de « pas touche » étant non réaliste, la vraie question c'était de ne pas être intrusif au point d'interférer dans les affaires internes du Népal. En tout état de cause, Dehli a gardé son sang froid et maintenu un équilibre délicat – observant de près les développements, tout en gardant une certaine distance, et se réservant des options pour s'adapter aux circonstances. Cependant, une période de réajustement aux nouvelles réalités politiques de Katmandou devient nécessaire et un réajustement complet dans le choix des directions politiques est inévitable. Le Népal est un voisin bien trop important pour l'Inde. Ses relations avec la Chine se développant rapidement, cela doit entrer dans les calculs de la politique de Dehli.

Jusqu'à maintenant, la politique de la Chine à l'égard du Népal n'était pas conduite par l'idéologie, car Beijing gardait en vue les nécessités de relations entre états, le faisant jusqu'à la fin du règne du roi Gyanendra. Mais Beijing s'est adapté doucement aux exigeances des forces démocratiques émergeantes au Népal, avec beaucoup de pragmatisme, et a forgé des relations de travail avec tous les partis politiques, dont les Maoïstes. L'intérêt de la Chine pour le Népal s'est développé de façon quasi exponentielle. La pénible réalité géopolitique c'est que les US sont devenus super actifs en matières de politique népalaise. Les développements au Tibet ont ajouté une nouvelle dimension. Les activistes tibétains au Népal ont été particulièrement virulents.

Tout dépend des priorités de Prachanda. Le dirigeant Maoïste a montré à maintes reprises qu'il n'est pas un féru de dogme, épousant mot à mot la théorie marxiste, et il donnera la priorité à l'application de son agenda de réformes. Il a prouvé qu'il était un tacticien brillant. Il va s'appuyer sur toute bonne volonté disponible à Dehli et Beijing, afin que son agenda de développements économiques rapides au Népal en bénéfice.

Lors de ses premiers commentaires post élection, Prachanda a dit que le Népal développera de « nouvelles relations » avec la direction indoue. Il a mis l'accent sur les liens étroits culturels et historiques entre les deux pays et fait remarquer que c'était « plutôt important » d'avoir de bonnes relations de voisinage avec l'Inde. « Une bonne entente avec Dehli peut créer une nouvelle base pour l'unité de l'Inde » a-t-il dit.

Mais il a précisé que le Népal maintiendrait des relations équidistantes entre l'Inde et la Chine en terme politique. Beijing lui répondra certainement favorablement étant donné l'importance critique du Népal en ce qui concerne la sécurité et la stabilité du Tibet. Si la politique de la Chine en Asie Centrale s'y applique, la Chine étalera sur la table au Népal beaucoup d'argent dans la période à venir pour maintenir à distance les trois « diables » - le terrorisme, l'extrémisme religieux et le séparatisme.

Mis à part cela, le Népal est riche en ressources. Il y a un certain nombre de domaines tels le développement des infrastructures, de la production d'électricité hydraulique ou des industries de produits manufacturés, où le Népal offre des possibilités d'affaires attirantes pour des entreprises chinoises. Le Népal peut aussi être un portail vers le marché indou.

Ainsi donc, l'arrivée au pouvoir des Maoïstes à Katmandou représente un défi créatif pour Dehli. Fini les temps ou Dehli pouvait adopter une position condescendante basée sur le fait que Katmandou restait dépendant de la bonne volonté indoue. Il y a maintenant un besoin pour Dehli d'être pro actif, efficace et compétitif. Le « soft power « (pouvoir doux) de la Chine au Népal est déjà vraiment considérable, tandis que le Népal n'est pas à l'abri de «l'anti- indouisme » latent qu'on trouve communément dans les pays voisins de l'Inde.

Toute estimation indoue que le Népal est son arrière cour sécuritaire ou qu'il devrait être dans la « sphère d'influence » de l'Inde serait intenable. Si Dehli a recourt à des tactiques de pression, sentant que les Maoïstes ont un long chemin à parcourir pour consolider leur emprise sur le pouvoir politique, cela pourrait se montrer contre productif.

D'un autre côté, l'ombre grandissante de l'influence chinoise au Népal devrait agir comme stimulant pour pousser l'Inde à adopter une diplomatie créative. Une fois cela dit, l'Inde conserve un vaste poids sur le Népal du fait de plusieurs liens d'interdépendance – la géographie, la culture et l'ethos commun, le partage de l'histoire, des liens économiques et sociaux etc… Et il n'est nul besoin de paniquer.

C'est presque certain que les Maoïstes voudront se débarrasser du traité de paix et d'amitié de 1950 avec l'Inde, qu'ils ont constamment considéré comme inégalitaire. De même Dehli est conscient que le traité est de plus en plus obsolète, bien qu'il fournisse des avantages commerciaux et de transit pour un Népal sans ouverture sur la mer, et les Maoïstes une fois au pouvoir pourront peut être mieux l'apprécier. La renégociation du traité donnera sans aucun doute un nouvel élan à l'équation tri partie incluant l'Inde, le Népal et la Chine.

Le Népal s'est montré être une expérience malheureuse pour les Etats-Unis et l'Inde dans leur nouvel intérêt à coordonner et harmoniser leur politique régionale. Tandis que l'Inde a réussi à conserver des options ouvertes dans une situation changeante, la politique US s'est d'elle même placée dans un cul de sac.(en français dans le texte ndlt). Elle était basée sur la croyance naïve que le Népal pourrait devenir un point géopolitique de pression dans une zone considéré comme talon d'Achille de la Chine. Le Népal est devenu le dernier lien dans la chaîne des mésaventures de la politique étrangère de l'administration de G.W . Bush. Les Maoïstes du Népal sont toujours inscrit sur la liste des organisations « terroristes » ( les « sont de notre fait ndlt) du Département d'Etat US.

Mais Prachanda pourrait offrir une stratégie de sortie à Washington sans perdre la face. Répondant dimanche aux médias, il a dit : « Hier, j'ai eu une discussion très sérieuse avec l'ancien président des US Jimmy Carter, et j'ai soulevé la question (comme quoi Washington considère les Maoïstes comme des terroristes)… Cela me semble ridicule. »

M K Bhadrakumar 15/04/08 Copyright www.atimes.com

Introduction, Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

iM K Bhadrakumar a été diplomate de carrière pour le ministère des affaires étrangères de l'Inde pendant plus de 29 ans, il a été notamment ambassadeur de l'Inde en Ouzbekistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001)

Actualisation 17/04/08

Selon les dernières informations, les Maoistes vont probablement bénéficier d'un majorité absolue. Actuellement ils ont remportés 116 sièges sur 215. Ils ont d'ores et déjà annoncé la fin de la monarchie et demandé au roi Gyanandra de démissionner " gracieusement". Dés la première réunion de l'Assemblée Constituante, ils déclareront le Népal une République. Les dirigeants de l'armée et du monde des affaires se sont déclarés confiants quant à leur coopération avec le nouveau gouvernement. Les Maoïstes ont assuré le secteur des affaires qu'ils prendraient en compte leurs remarques pour la gestion économique du pays, ce qui confirme leur pragmatisme. L'Inde de son côté a crée une force d'intervention rapide constituée d'unités paramilitaires pour mener des opérations de contre insurrection contre des révoltes Maoïstes dans certaines régions de son territoire. Ce qui vient corroborer ce qui a été écrit dans cet article que l'Inde s'inquiète de la victoire Maoiste au Népal. Source de certaines informations BBC News internet


Approche géoéconomique de la campagne de propagande contre la Chine



Mercredi 16 Avril 2008

Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte



Dans la même rubrique :

Sarkozie | Le Gaulois La Gauloise Qui Fument | Impérialisme Américain | Colonialisme Sioniste | AméricanoSionisme Collaborations | Monde Arabe | Iran | Asie | Europe - OTAN | Armements Stratégies Militaires | Droit International ONU | société | économie | Medias Propagande | sciences écologie | histoire traditions | archives culture | archives ressources educatives | archives humour | archives informations 1 | archives informations 2


Derniers Articles

inscription à la newletter