Martin Luther King combattant pour les droits civiques des noirs, contre le racisme et les injustices sociales
Prophète de la non-violence aux Etats-Unis, il a aussi été un contestataire radical de la société américaine. A la suite de Gandhi, Martin Luther King a montré la signification et la force que peut avoir l'action non-violente pour transformer la société. Pour King, l'injustice avait pour noms : discrimination raciale, racisme, mais aussi guerre du Vietnam, pauvreté, sous-développement. Suivi de enseignement du King: six étapes pour le changement social par la non-violence
Martin Luther King combattant pour les droits civiques des noirs et contre les injustices sociales
"I have a dream". J'ai fait un rêve.
Figure de proue de la non-violence, c'est avec ces quelques mots que Martin Luther King est devenu célèbre dans le monde entier. C'est à Washington, le 28 août 1963, dans le cadre d'une grande marche organisée par Philip Randolph, vieux syndicaliste et haute figure de la communauté noire, qu' ils sont arrivés à pied, en patin à roulettes, en voiture, en autocar, en avion. Près de 200000 Noirs, 60000 Blancs, venus pour interpeller les politiques et l'opinion américaine sur la réalité du racisme au quotidien vécus par les noirs américains alors que cela faisait cent ans, jour pour jour, que le président Lincoln avait aboli l'esclavage.
Le pasteur Martin Luther King, d'Atlanta, prend la parole et raconte un rêve à la foule émue –un jour prochain, les noirs seront libres et les égaux des blancs dans une nation enfin fidèle aux idéaux de sa déclaration d'indépendance. Mais son activité militante non-violente pour mettre fin à la ségrégation, au racisme, combattre les inégalités sociales, avait commencé bien plus tôt.
Le contexte : après l'esclavage la ségrégation
Les noirs américains vont passer de l'esclavage à la ségrégation, empêchés d'exercer leurs droits civiques au sein de la société américaine. Vaincus, les américains blancs du sud s'emploient néanmoins avec la complicité des juges locaux, à mettre en sommeil les amendements de la Constitution américaine qui garantissent à tous le droit de vote et d'éligibilité. Les noirs, plongés dans la misère, humiliés, victimes de lynchages, terrorisés par des bandes racistes dont le Ku Klux Klan sont marginalisés. En jouant sur le principe : "séparés mais égaux", et en application de toutes une série de lois discriminatoires: mariages interraciaux proscrits, cohabitation interdite dans les transports publics, les hôtels, les restaurants, les théâtres, les écoles et les lieux de culte, les blancs américains affirment leur suprématie.
La Cour suprême sanctionne pourtant ces pratiques en 1896, à la condition que chaque communauté se voie offrir "des commodités égales", mais cela revient à légaliser un racisme des plus virulent. Pour y échapper, dès 1900, les noirs émigrent des états du sud vers ceux du nord, en apparence plus libéraux mais qui offrent aussi plus de perspectives d'emplois. Des groupes multiraciaux se créent, (1909, la NAACP, Association nationale pour le progrès des gens de couleur, 1911, la Ligue Urbaine, active dans les grandes villes du nord mais aussi du sud qui vont lutter pour l'abolition de ces législations indignes, et pour promouvoir une instruction égale pour tous et pour rendre effective l'application des amendements favorables aux droits civiques des noirs. A cette première mobilisation, essentiellement juridique, s'ajoute après 1920 le développement d'un syndicalisme noir.
La Cour suprême se prononce à la veille de la Seconde Guerre mondiale en faveur de l'admission des noirs dans les universités du Sud. En 1954, par un arrêt historique, elle déclare anticonstitutionnelle la ségrégation scolaire, en vigueur dans vingt-deux Etats de l'Union, et trois ans plus tard, demande aux cours locales de se conformer à ses décisions, mais sans résultats. Parallèlement, dés 1942, les initiatives pacifiques du CORE (Congrès pour l'égalité raciale) et le mouvement des droits civiques dès 1955 vont accentuer l'effervescence d'une population noire qui pèse de plus en plus dans la société américaine (19 millions de noirs sur 180 millions d'américains au seuil des années soixante)désormais aussi marquée par sa culture, car la culture noire s'affirme (musique avec le jazz, littérature avec la Negro Renaissance).
Les noirs prennent leur destin en mains avec l'accompagnement charismatique du pasteur Martin Luther King
C'est au coeur de l'Alabama, à Montgomery, lieu de naissance de la Confédération sudiste en 1861, que les noirs prennent en mains leur destin accompagné par le très charismatique Martin Luther King. Né le 15 janvier 1929, à Atlanta Georgie, d'un père pasteur, Martin Luther King le devient lui-même en 1948 tout en terminant ses études de sociologie. Il entreprend aussi d'étudier l'enseignement du Mahatma Gandhi dont il va s'inspirer pour mener sa lutte pour la reconnaissance et l'application des droits civiques des noirs américains. Il se marie en 1953 avec Coretta Scott et en 1954 est nommé pasteur de l'église baptiste de Montgomery Alabama.
En décembre 1955, une militante noire pour l'égalité des droits civiques, Mrs Rosa Parks refuse de céder son siège de bus à un homme blanc et est arrêtée. Cet acte raciste –un de trop– va être l'évènement catalyseur qui va propulser Martin Luther King, très engagé dans le mouvement social, sur le front de la lutte non violente sociale anti ségrégationniste et anti raciste aux Etats Unis. Il est nommé président de l'association "Montgomery association for improvement". Plusieurs associations noires locales dont celle de King décident le boycott des transports publics urbains, dont les noirs sont les clients presque exclusifs. Soutenu par 50 000 personnes, le mouvement se durcit s'élargit et dure plus d'une année. Le tribunal de district, puis la Cour Suprême américaine déclarent illégale la discrimination sur les lignes de bus de Montgomery et des villes voisines. Menacés, incarcérés, agressés, les responsables du boycott vont conserver, malgré toute la brutalité de la répression, une attitude pacifique. Visé lui-même par une bombe jetée sous le porche de sa maison, King prône sans relâche la non-violence pour mener le combat politique pour intégrer la communauté noire, marginalisée par les préjugés racistes, dans la société américaine.
Les noirs américains, selon King, s'ils ne sont pas en position de force pour affronter les blancs, sont forts de leurs droits, reconnus par la Constitution depuis l'abolition de l'esclavage, et de ce fait, forts d'un appui potentiel de l'Etat fédéral et de la Cour suprême. Ainsi, la mobilisation des noirs oblige les institutions de l'Union à agir contre les pouvoirs locaux brutaux récalcitrants. Martin Luther King déménage en 1960 à Atlanta Georgie et devient co pasteur avec son père. Il continue de se mobiliser et de mobiliser autour de lui pour mener des actions non-violentes pour la réalisation effective de l'égalité des droits noirs blancs aux Etats-Unis.
Au mois de mai 1963, la répression féroce par les autorités de Birmingham, en Alabama, d'une manifestation résolument pacifique, au cours de laquelle des hommes, femmes et enfants noirs sont blessés par des jets de lances à incendie et attaqués par des chiens policiers, va susciter une réprobation générale, y compris parmi les blancs les plus indifférents. A la suite de ces évènements, Martin Luther King organise une marche sur Washington où il prononce son fameux discours "I have a dream" qui le rendra célèbre dans le monde entier. C'est fort de ce succès que, deux ans plus tard, les organisations noires organisent une nouvelle marche en Alabama, de Selma à Montgomery. En novembre 1963, le président américain JF Kennedy que Martin Luther King avait rencontré en 1962 pour lui exposer les revendications noires sur l'égalités des droits civiques et la fin de la ségrégation, est assassiné à Dallas. En 1965 sous la présidence de Johnson qui reprend à son compte le slogan du mouvement pour les droits civiques "we shall overcome" – "nous vaincrons", une loi est votée "the voting rights act" permettant aux noirs de participer pleinement à la vie politique américaine et d'y avoir des représentants dans les instances locales et nationales. En 1966 King entreprend une tournée dans le sud en Alabama pour apporter son soutien aux candidats noirs. Cette même année il se prononce contre la guerre du Vietnam dans un communiqué lu lors d'une manifestation de protestation à Washington, et plus tard dans un sermon à New York.
C'est, alors qu'il prépare une nouvelle marche sur Washington, dans le cadre des luttes sociales qu'il a sans cesse menées, (droit au logement, au travail, à l'éducation…), une marche de tous les pauvres, qu'il est assassiné, le 4 avril 1968.
Impact de ces luttes sur la politique américaine
De 1963 à 1970, la Maison Blanche, le Congrès et la Cour suprême, à dominante démocrate, ont agi en matière d'intégration. Les entraves mesquines ou violentes au suffrage universel dans le sud ont été proscrites, et, dans les instances législatives ou les municipalités, de nombreux noirs ont été élus depuis. La discrimination dans le recrutement et l'embauche de travailleurs sur la base de la race, mais aussi du sexe, de la religion ou des origines nationales a été interdite, et a conduit, dans les entreprises recevant des fonds fédéraux, à l'instauration de quotas –c'est la fameuse "affirmative action" (discrimination positive) très contestée. Le décloisonnement racial des écoles est imposé en 1971, mais se heurte à de plus farouches résistances encore.
Dès les années quatre-vingt, les administrations républicaines ultra libérales de Reagan, de Bush I et II ont rompu explicitement avec cette politique interventionniste contraire à leur credo ultra-libéral. La classe moyenne noire, elle, qui fréquente les universités, a profité de l'essor du secteur tertiaire et tend à s'enrichir.Ce sont surtout les plus pauvres des noirs qui demeurent exposés au racisme et la discrimination comme l'a montré la catastrophe de l'ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans, pour lesquels les secours ont été en dessous de tout. Mais il est de fait que "l'Amérique est un cauchemar pour les pauvres de toute race" (James Cone.)
Depuis 1986, King est entré au panthéon des héros de l'Amérique, rejoignant Christophe Colomb, George Washington et Abraham Lincoln. Ronald Reagan a finalement ratifié l'inscription de Martin Luther King au calendrier des fêtes. Aux Etats-Unis, la mémoire de Martin Luther King est honorée par des monuments, des parcs, des rues et même par un jour férié, le troisième lundi du mois de janvier, pour commémorer le jour anniversaire de sa naissance. Si Martin Luther King a reçu beaucoup d'honneurs, dont le prix Nobel de la Paix en 1964, il a aussi été jeté vingt-neuf fois en prison. Il a été traqué par les services secrets des Etats-Unis. Sa réputation et son intégrité ont été constamment attaquées par Edgar Hoover, puissant président du FBI, qui a été jusqu'à le dénoncer comme "traître à la nation et à sa race". Accusé tour à tour de fraude fiscale, d'incartades sexuelles, de détournement de fonds, Martin Luther King avait fait l'objet d'une grande campagne d'affichage le montrant, soi-disant, dans une école de formation communiste, alors qu'il s'agissait de l'école populaire Higlander, institution pionnière dans la déségrégation, dont on fêtait le vingt-cinquième anniversaire. En permanence, des menaces ont pesé sur lui et sur sa famille.
Prophète de la non-violence aux Etats-Unis, il a aussi été un contestataire radical de la société américaine. A la suite de Gandhi, Martin Luther King a montré la signification et la force que peut avoir l'action non-violente pour transformer la société. Pour King, l'injustice avait pour noms : discrimination raciale, racisme, mais aussi guerre du Vietnam, pauvreté, sous-développement.
Enseignement : 6 étapes pour le changement social par la non violence
Tiré de "letter from Birmingham Jail" (lettre de la prison de Birmingham) Penguin books 1963 de Martin Luther King. Ces 6 étapes sont basées sur ses campagnes non violentes, ses enseignements qui mettent l'accent sur la nécessité d'agir de façon non-violente pour des changements à la fois personnels et sociaux.
Les 6 étapes
Etape 1 : recherche de l'information
- Pour comprendre et décortiquer un problème une injustice faite à une personne, une communauté, une institution, il faut se documenter. Vous devez enquêter et rassembler toutes les informations vitales en provenance de tous les partis impliqués afin de pouvoir accroître votre compréhension du problème. Vous devez devenir expert sur la position tenue par votre (vos) opposant(s).
Exemple
Collecter les informations passées et présentes dans les articles de journaux , magasines, la radio la TV
Trouver des informations sur des groupes et ou organisations qui peuvent éventuellement
Apporter une expertise sur le problème
Faire des recherches documentaires en bibliothèque
Discuter avec d'autres personnes et faire des interviews
Rechercher sur internet
Etape 2 : éducation
- C'est important d'informer les autres, inclus vos opposants sur le problème. Cela pour minimiser les incompréhensions et vous attirer le soutien et la sympathie de certains.
Etape 3 : engagement personnel
- Contrôler quotidiennement votre foi dans la philosophie et les méthodes d'action non-violentes. Supprimer les motivations cachées et préparez vous à accepter de souffrir, si besoin est dans votre travail pour la justice.
Etape 4 : négociations
- Utiliser la dignité, l'humour, l'intelligence pour vous confronter à votre adversaire en présentant une liste d'injustices, et un plan pour y remédier. Regarder ce qui est positif dans chaque action et déclaration que celui-ci fait. Ne chercher pas à l'humilier mais susciter le positif chez lui. Chercher des solutions qui lui permettront aussi d'être gagnant.
Etape 5 : action directe
- Ces actions sont menées pour forcer moralement l'adversaire à travailler avec vous à la résolution des injustices. L'action directe impose une « tension créative » dans le conflit. L'action directe est le plus efficace quand elle illustre l'injustice qu'elle vise à corriger.
Il y a des centaines de tactiques d'action directe, notamment :
Les boycotts et le refus d'acheter des produits
Les marches et rallies
Les grèves et les débrayages
Les campagnes d'envois de lettres et pétitions
Occupations de locaux, désinvestissements ou investissements selon
Refus politique par le vote
Etape 6 : réconciliation
Par la non-violence on cherche l'amitié et la compréhension de l'adversaire. La non-violence ne vise pas à la défaite de l'adversaire. La non-violence est dirigée contre les actes injustes commis par les institutions, les forces, les politiques oppressives, et non contre les personnes
Source le site officiel américain de Martin Luther King
"Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m'aimer mais il est important qu'elle lui interdise de me lyncher." Martin Luther King - Extrait du Wall Street Journal - 13 Novembre 1962
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