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Maroc - Cinquantenaire de son Indépendance - Un constat accablant dû pour partie au néo colonialisme

Le constat de ces 50 ans est accablant. D’abord, pour les anciennes puissances coloniales, elles n’ont fait que reculer pour mieux perpétuer leur domination. Comme l’avait exprimé, autrefois, Ahmed Ben Bella : « le colonialisme est sorti par la porte, pour revenir par la fenêtre ». Pour continuer à garantir des bénéfices juteux à leurs entreprises, les anciennes puissances coloniales nous maintiennent sous tutelle, et soutiennent des régimes anti-démocratiques, pourvu qu’ils soient serviles. Passé sous silence les centaines de milliers de morts et de familles détruites, le pillage en règle des ressources, le renforcement du pouvoir arbitraire de la féodalité au détriment des pouvoirs de la jama’a ; oubliée la longue nuit coloniale, dont nous continuons, à ce jour, à en subir les affres.



Colonisation à la pointe des baïonnettes
Colonisation à la pointe des baïonnettes

Commémoration du cinquantenaire de l'indépendance du Maroc

« On peut facilement comprendre que les enfants aient peur du noir, la vraie tragédie de la vie c’est quand les hommes ont peur de la lumière. » Platon

Le 2 mars 1956, le Maroc accédait à l’indépendance, après 44 ans de protectorat et des décennies de lutte pour la liberté. Une ferveur immense soulevait le pays et promettait enfin de transformer en réalité les aspirations pour lesquelles le peuple s’était battu contre le colonialisme.

Les marocains en liesse, s’emparaient de la rue, reprenaient possession de leurs pays, pourchassaient, sans merci, les dignitaires du protectorat, caïds, pachas et autres mouchards, jusque dans l’enceinte du Méchouar, le Palais royal de Rabat. Pour mon père qui a dévoué sa vie pour cette cause et qui ne pensait pas, dans sa prime jeunesse, qu’il allait en vivre le dénouement, la joie était immense.

Une ère de liberté, de développement et de justice sociale était annoncée …50 ans sont passés et cette ère est toujours attendue…

Mon père est mort, en laissant inachevé son rêve d’un Maroc libre et prospère. La soixantaine passée, il a repris avec courage et dignité le chemin des prisons, quand en 1972, j’ai été enlevé, sauvagement torturé pendant deux semaines au centre de Derb Moulay Chérif et incarcéré pendant 6 ans. Il a connu les brimades à l’entrée des prisons et dans les parloirs à double grille ; et fréquenta assidûment la salle de tribunal pour suivre de bout en bout mon procès. Il en tirait un motif de fierté.

50 ans après, notre pays ne s’est toujours pas engagé dans les réformes constitutionnelles, politiques, économiques et sociales, pourtant inscrites dans le pacte scellé entre Mohamed V et les dirigeants du Parti de l’Istiqlal, dans le Manifeste de l’Indépendance du 11 Janvier 1944. Mohamed V s’était engagé solennellement et dès l’indépendance retrouvée à mener à bien ces réformes qu’il a qualifiées, à son retour d’exil, de « jihad akbar ». Il est mort prématurément et son héritier n’a pas repris l’engagement tenu par son père. Car, en 1961, lorsque Hassan II monta sur le trône, le paysage politique était « normalisé » et la désillusion avait succédé à la ferveur populaire.

La première force politique du pays, celle qui avait conduit le peuple à l’indépendance et reconduit Mohamed V sur le Trône, le Parti de l’Istiqlal, venait de se briser en deux, le 11 janvier 1959, soit 15 ans jour pour jour après l’annonce officielle de sa création. Les années qui ont suivi l’indépendance ont constitué des années charnières de l’Histoire contemporaine du Maroc. Ce sont aussi les années où les acquis les plus importants de souveraineté et de liberté ont été réalisés. Pourtant, très peu de recherches ont concerné cette période et nos historiens se contentent de stéréotypes, de raccourcis, de silence, pour ne pas dire de falsification des faits.

Dans ces années, une lutte sans merci opposa les partisans d’une simple marocanisation du système mis en place par le Protectorat et ceux pour qui l’indépendance devait nécessairement conduire aux réformes du pouvoir politique et à la justice économique et sociale. L’ancienne puissance coloniale a pesé de tout son poids en faveur des premiers. Peu lui importait que les marocains s’émancipent et prennent leur destin en main. Ce qu’elle voulait coûte que coûte c’était préserver ses intérêts économiques immédiats et empêcher le Maroc de se transformer en base arrière de la résistance algérienne.

Cette lutte connut son apogée en 1958, au moment où Mohamed V fut acquis à l’idée de confier le gouvernement au Parti de l’Istiqlal, après l’échec des deux premiers gouvernements de coalition entre l’Istiqlal, le PDI et les notables profrançais de la « troisième force » devenu plus tard « le Mouvement populaire ». Il désigna à la présidence Ahmed Balafrej, Secrétaire Général du Parti de l’istiqlal et lui demanda de former le gouvernement. Celui-ci était composé de ministres du Parti de l’Istiqlal. Son programme a été élaboré par la Commission politique, la plus haute instance de direction du parti. Il disposait, pour la première fois, de larges prérogatives de pouvoir, en politique intérieure et des affaires étrangères. Mais dès son investiture, la France et ses alliés locaux s’efforcèrent par tous les moyens d’entraver son action.

Ainsi, le gouvernement français refusa le retrait de ses troupes du Maroc et exigea, au préalable, la conclusion d’une alliance militaire franco-marocaine, ce que Balafrej dénonça comme une atteinte à la souveraineté nationale. Sur le front économique, le gouvernement français exerça des pressions sur ses alliés pour qu’ils s’abstiennent d’aider ou d’investir au Maroc « de peur que le Maroc puisse se passer de l’aide française et qu’elle perde ainsi un moyen de pression sur nous » comme le déclara Balafrej devant l’Assemblée Consultative, lors d’un débat sur le programme de son gouvernement, programme axé sur la mise en œuvre des réformes réclamées par le Parti de l’Istiqlal, depuis 1944.

Les thèmes principaux en étaient l’instauration de la démocratie, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, les libertés publiques, la généralisation de l’enseignement, la réforme agraire, la planification de l’indépendance économique, le retrait de toutes les troupes étrangères, la libération des territoires marocains encore occupés et le règlement du problème des frontières, le soutien à l’indépendance de l’Algérie et la construction du Maghreb arabe.

Une alliance contre-nature composée des notables de la « troisième force », du lobby colonial et d’une fraction dissidente du Parti de l’Istiqlal précipita la chute du gouvernement de l’Istiqlal, après 6 mois. Pendant cette période, se multiplièrent les appels de l’UMT à la grève, les campagnes de presse calomnieuses, les provocations des agents de la France et enfin le soulèvement du Rif, voulu et manipulé par les ennemis de l’Istiqlal. Balafrej démissionna, comme ultime tentative pour éviter la scission du Parti, et pour marquer sa désapprobation de la répression militaire du soulèvement du Rif que préparait le Prince héritier et qu’il déclencha en janvier 1959, sous le gouvernement Ibrahim.

L’Histoire brève de la mobilisation populaire qui a marqué l’indépendance en 1956 s’achève en décembre 1958, avec la fin annoncée du Parti de l’Istiqlal. Le Parti qui comptait un million et demi d’adhérents et dont le Secrétaire général avait voulu en faire un Parti moderne et démocratique, une école politique, doté d’une direction collégiale et d’instances élues. Le Parti pour lequel des dizaines de milliers de marocains s’étaient sacrifiés et avaient donné leur vie ; le Parti qui devait à tout prix rester uni pour asseoir un Etat démocratique moderne au Maroc à la place du Maroc de Lyautey, n’a pas résisté aux intrigues du lobby colonial, qui a su mettre à profit la soif de pouvoir de politiciens et de syndicalistes sans vision et d’opportunistes de tout bord, pour réaliser son dessein.

Le constat de ces 50 ans est accablant.

D’abord, pour les anciennes puissances coloniales, elles n’ont fait que reculer pour mieux perpétuer leur domination. Comme l’avait exprimé, autrefois, Ahmed Ben Bella : « le colonialisme est sorti par la porte, pour revenir par la fenêtre ». Pour continuer à garantir des bénéfices juteux à leurs entreprises, les anciennes puissances coloniales nous maintiennent sous tutelle, et soutiennent des régimes anti-démocratiques, pourvu qu’ils soient serviles. Leur comportement est toujours marqué par la conviction de leur supériorité civilisationnelle, culturelle et religieuse. Le racisme latent de ses dirigeants continuent à entretenir toutes sortes de mythes, comme le fait que la démocratie n’est pas faite pour nous. L’éloge du colonialisme se fait au grand jour et fait même l’objet d’un texte de loi du Parlement français.

Passé sous silence les centaines de milliers de morts et de familles détruites, le pillage en règle des ressources, le renforcement du pouvoir arbitraire de la féodalité au détriment des pouvoirs de la jama’a ; oubliée la longue nuit coloniale, dont nous continuons, à ce jour, à en subir les affres.

Serait-on condamné à vivre dans l’absolutisme et l’arbitraire dans nos pays, alors que chez vous, vous défendez les règles de droit ? Alors, ne vous étonnez pas de la forte demande d’émigration dans vos pays et ouvrez les portes à ces jeunes que vous affamez chez eux.

Cette politique néocoloniale ne serait-elle pas, du moins en partie, responsable de l’impasse actuelle dans nos pays ?

Le Maroc, pays prometteur il y 50 ans, se retrouve classé vers les 120ème de l’indice de développement humain des Nations Unies. Un autre pays, autrefois très pauvre, devenu indépendant un an après le Maroc, la Malaisie, se hisse, aujourd’hui, dans les 50 pays les plus développés. L’exemple est à méditer…

Au Maroc, un marocain sur six vit en dessous du seuil de pauvreté. Certains salaires de Hauts Cadres dépassent 150 ou 200 fois le SMIG. L’administration marocaine, comme autrefois l’administration du protectorat, est là pour compliquer la vie des gens et les maintenir dans la servitude. La corruption se banalise et atteint des proportions alarmantes. L’impunité des responsables reste la règle. L’enseignement, la santé publique, la justice sont défaillants. Le taux important de l’exode rural est dû aux difficultés des petits fellahs, laissés pour compte de la politique agraire de Hassan II; les paysans ruinés sont venus s’entasser dans les bidonvilles des faubourgs de Casablanca et des grandes villes ou sont partis chercher du travail à l’étranger.

Malgré l’effort de l’Etat et l’apport important en financement extérieur pour accélérer la réalisation de grands projets d’infrastructures - électrification rurale, adduction d’eau potable, routes de désenclavement, création de zones franches, aménagement portuaire et autoroutier – les écarts entre riches et pauvres, entre Maroc « utile » et Maroc « inutile », se creusent.

En conclusion, le système de pouvoir mis en place par Lyautey dans les années 20, a fini par prévaloir après les premières années de l’indépendance. Une des raisons majeures en fut l’éclatement du Parti de l’Istiqlal, seule force qui aurait pu constituer une alternative moderne et démocratique au pouvoir archaïque des caïds et des anciens officiers marocains de l’Armée française. Les dirigeants historiques du Parti, pour quelques-uns de double culture, étaient influencés par la philosophie des Lumières et les valeurs démocratiques. Ils se sont identifiés à un Islam moderne, dépouillé des traditions et du maraboutisme. Car, pour eux, c’est l’Islam qui a forgé la nation et l’identité marocaines, plus que l’arabité ou la berbérité. Ils ont été rejoints dans le combat anti-colonial par des militants, beaucoup plus attentifs aux idéologies panarabes de Nasser et du Baath ou du marxisme. Ces derniers ont pris la lourde responsabilité de briser le front uni de l’Istiqlal, dont la mission, au lendemain de l’indépendance, était de consolider la souveraineté nationale et de construire un Etat moderne et démocratique.

Le résultat en fut la main mise néocoloniale sur le pays et la consolidation d’un Etat archaïque, fondé sur le pouvoir personnel. Le Parti du néo Istiqlal, connut la même dérive sous l’autorité absolu du zaïm, Allal Fassi, qui après avoir éliminé Balafrej lors du Congrès du Parti, en janvier 1960, s’est emparé des pleins pouvoirs. Ce fut le début de la chute.

Il ne sert à rien d’épiloguer aujourd’hui sur l’émiettement du champ politique, qui compte plus d’une quarantaine de partis, ni sur l’essor des mouvements dits « islamistes », ni sur le désenchantement et les taux record d’abstention. Le pouvoir absolu, même derrière une façade « démocratique » ne peut rien enfanter de bon. Proche de nous, l’Espagne s’est d’abord débarrassée de la dictature pour pouvoir relever le pari du développement. Il lui a suffi 30 ans pour se hisser au niveau des nations les plus riches. Pour cela, il a fallu faire une révolution douce pour abolir l’Etat franquiste et instaurer un Etat démocratique.

Jusqu’à quand refusera-t-on de voir la vérité en face et de faire un vrai bilan du cinquantenaire. Non pas le bilan des salons « bien pensants », où on saupoudre quelques critiques sur une pléthore de verbiage creux, qui servira d’instrument de propagande pour continuer sur la même voie. Mais le bilan qui indique les causes de l’échec et les voies de sortie pour un véritable élan de liberté et de développement. Pour cela, il nous faut le courage qui a animé les pionniers du mouvement National.

Intervention de Anis Balafrej (19 Mai 2006) dans le cadre de la Commémoration du cinquantenaire des indépendances du Maroc et de la Tunisie à l' Institut du Monde Arabe 19 – 20 Mai 2006 - Paris

Source: www.andalous.ma

Note

Le Maroc a été sous protectorat français de 1923 à 1956


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Mardi 30 Mai 2006
Mireille Delamarre

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