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Samedi 11 Octobre 2008
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Londres 7/7 - Opinion de Tariq RAMADAN publiée dans le journal britannique The Guardian 9/7/05...Il faut que nous condamnions ces attentats avec la plus vive des énergies, il faut que les musulmans soient déterminés et audibles à l’unisson de la société britannique. Mais condamner ne suffit pas : nos valeurs, nos sociétés et notre avenir communs exigent que nous prenions conscience de nos responsabilités partagées et de l’urgente nécessité de nous engager ensembleNotre force notre avenir
Le message des criminels qui ont attaqué Londres est clair : « Nous avons les moyens de frapper les sociétés occidentales de l’intérieur, nul n’est à l’abri, nous avons les moyens de choisir le bon moment, les bons endroits, les bons symboles » Le lendemain de l’annonce de la victoire de Londres quant à l’organisation des Jeux Olympiques de 2012, on doit reconnaître que le message est fort, effrayant, dangereux.
L’objectif de ces attaques est de nous faire réaliser combien nos sociétés sont fragiles et si instantanément fragilisées. Avec ce sentiment de fragilité naît la peur, peur pour soi, peur de l’autre, et très vite on en vient à nourrir la suspicion. Alors que la joie unissait hier les Londoniens, voilà que la peur risque de les diviser et d’établir entre eux des murs de doute et d’incompréhension. Ce qui peut devenir commun aux Londoniens désormais, ce n’est plus d’être, ensemble, des vainqueurs mais, séparés, de se sentir devenir de potentielles victimes : victimes des extrémistes musulmans pour les uns, victimes de rejet, de racisme ou de suspicion pour les autres. Le pire qui puisse arriver à une société démocratique est de voir ses citoyens se transformer en victimes passives tétanisées par la peur. Les tenants de la théorie du clash global des civilisations auront gagné si nous nous laissons individuellement coloniser par la suspicion vis-à -vis de l’autre. Où est et sera notre force ? Il faut que nous condamnions ces attentats avec la plus vive des énergies, il faut que les musulmans soient déterminés et audibles à l’unisson de la société britannique. Mais condamner ne suffit pas : nos valeurs, nos sociétés et notre avenir communs exigent que nous prenions conscience de nos responsabilités partagées et de l’urgente nécessité de nous engager ensemble. Oui, Londres est une ville multiculturelle et pleine de diversité mais Londres, comme l’ensemble de l’Europe, est fragile et ne pourra préserver son équilibre pluriel que par l’engagement de chacun dans son quotidien, au niveau local dans son propre voisinage. Il faut que les musulmans parlent, disent ce qu’ils sont, ce en quoi ils croient et ce pourquoi ils vivent. Il faut aussi qu’ils aient le courage de dénoncer ce que certains musulmans disent et font au nom de leur religion. Ils ne rassureront pas leurs concitoyens en faisant semblant de leur ressembler, en disant ce que ces derniers ont envie d’entendre ou en essayant de devenir invisibles. Il faut qu’ils assument leurs identités, refusent les discours simplistes, promeuvent l’autocritique et surtout qu’ils sortent de leur ghettos sociaux et intellectuels. Les sociétés européennes ont besoin de voir des Européens musulmans impliqués dans les questions de leur société, la citoyenneté, l’école, le chômage, etc. Leur force doit être de refuser d’être des victimes et de devenir de véritables citoyens actifs, créatifs, ouverts et politiquement engagés dans tous les domaines. La tentation est grande, après les attentats de Londres, de se recroqueviller, de chercher à se protéger de ceux qui nous menacent. Les Londoniens ont une longue expérience de la diversité et du mélange des cultures : il est urgent qu’ils prennent conscience qu’ils ne pourront protéger les acquis en restant passifs face à ceux qui veulent répandre la terreur et créer des fractures entre les religions et les civilisations. Chaque citoyen britannique doit prendre conscience de sa responsabilité personnelle dans la résistance à la terreur et à la nouvelle idéologie de la peur qui s’installe dans le monde et dans nos esprits. Oui, il faut exiger des mesures de sécurité mais il faut que celles-ci respectent la juste mesure, nos valeurs et notre éthique. Au nom de l’Etat de droit, de la démocratie et des droits humains, on ne peut accepter que les droits de certains individus (les Arabes, les musulmans) soient bafoués et que des populations soient globalement ciblées ou discriminées au nom de la lutte contre le terrorisme. La force des sociétés démocratiques résidera dans cette capacité de savoir être ferme contre l’extrémisme mais juste dans les moyens mis en œuvre pour le combattre. On ne parviendra à cet équilibre que si chaque citoyen, au-delà du choc produit par les attentats, s’engage à mieux connaître son voisin, ses différences, sa complexité, ses valeurs et ses espoirs. Il ne suffit pas de dire et de penser, en se croyant ouvert et progressiste, « l’islam, ce n’est pas cela ! » : il est urgent de rencontrer et d’agir avec des musulmans, pratiquement, concrètement, quotidiennement. De plus en plus, les citoyens européens sont passifs et se nourrissent de vœux pieux et de discours idéalistes : on veut des mesures concrètes contre la terreur et l’on pense que le "vivre ensemble" se réalisera naturellement, sans effort, presque magiquement. C’est la terreur qui s’abattra sur nous sans magie si nous ne comprenons pas que l’idéal de la société plurielle nécessite un engagement personnel et quotidien de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Des criminels tueront encore sans doute mais nous serons alors à même de leur répondre concrètement que notre expérience de fraternité humaine et de respect mutuel est plus forte que leur message de haine. Nos vies sont fragiles mais point nos idéaux. site du Guardian traduction publiée sur le site de Tariq Ramadan copyright à l'auteur et au journal Mercredi 13 Juillet 2005
Tariq Ramadan
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