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Liban

Liban : Fin D’Une Politique Basée Sur Le Sectarisme ?

L’appel du Clairon de Suleiman et de Nasrallah



Liban : Fin D’Une Politique Basée Sur Le Sectarisme  ?

« Afin d’encourager une participation massive dans la vie politique, un Comité National devrait être établi et chargé d’abolir le sectarisme politique ». Président libanais, Michel Suleiman, lors d’une allocution télévisée la veille du 66ème anniversaire de l’indépendance, le 21 Novembre 2009.

« Le sectarisme politique bloque le développement de l’activité politique libanaise et est un obstacle face à la démocratie…. Nous voulons un Liban uni par sa terre, son peuple, son état ses institutions. » Secrétaire Général du Hezbollah lors d’une conférence de presse annonçant le nouveau manifeste de son parti, le 30 Novembre 2009.

La structure et l’atmosphère politique du Liban tourne entièrement autour du sectarisme. Le parlement du pays ou « Chambre des Députés » comptant 128 membres se base sur la distribution de sièges suivant les religions, divisée à égalité entre les Musulmans et les Chrétiens quelque soit leur affiliation politique (comme l’est le cabinet du premier ministre). Au parlement, le côté chrétien est en plus sous divisé en attribution fixe parmi les sept courants dominants, et côté musulman la moitié parmi les 4.

Les postes politiques principaux du pays – président, premier ministre, et porte parole du parlement – doivent être attribués respectivement à un Chrétien Maronite, un Musulman Sunnite, et un Musulman Shi’ite. Des quotas sur une base sectaire sont également appliqués dans le secteur public, l’armée et les services de sécurité.

Tout ce qui est cité ci-dessus n’est bien sûr pas fondé sur des données démographiques. En fait, aucun recensement officiel n’a été effectué au Liban depuis 1932. L’attribution égale de sièges entre les Musulmans et les Chrétiens comme stipulé dans l’Accord de Taif de 1989 a constitué néanmoins une amélioration du statu quo d’antan, qui donnait au Chrétiens plus de sièges malgré une majorité musulmane. L’Accord de Taif a mis fin à la guerre civile de 15 ans qui a ravagé le pays pour partie en accordant une représentation juste au parlement entre les deux groupes religieux.

La nouvelle configuration du sectarisme politique établie à Taif était cependant conçue comme temporaire, le but ultime étant son abolition. Comme le déclare la Section G :

« Abolition du Sectarisme Politique : abolir le sectarisme politique est un objectif fondamental national. Pour se faire, il est nécessaire que des efforts soient réalisés selon un plan progressif. La Chambre des Députés élue sur la base d’un partage égal entre Chrétiens et Musulmans devrait adopter les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif et former un Conseil National … La tâche du Conseil sera d’examiner et de proposer les moyens permettant d’abolir le sectarisme, de les présenter à la Chambre des Députés et au cabinet, et de surveiller l’application du plan progressif. »

Dans un même élan de vitalité, le président Suleiman et Hassan Nasrallah sont tous les deux arrivés à la même conclusion : il est temps de dépasser l’actuel système (désuet) qui a paralysé la politique libanaise depuis si longtemps, d’abolir le sectarisme, et d’établir un gouvernement basé sur une représentation proportionnelle. Le Liban deviendrait en substance une seule circonscription électorale.

Le porte parole du parlement, Nabih Berri, s’est engagé à établir le Comité National demandé par Suleiman et «…lancer une initiative législative centrée sur la réalisation des clauses tant attendues de l’Accord de Taif de décentralisation administrative et d’abolition du sectarisme politique ».

La réaction à cette audacieuse proposition ?

Tollée.

Accusations allant de : qu’elle « fausserait le caractère pluraliste du Liban » à l’affirmation bizarre du Patriarche Maronite Nasrallah Sfeir que le sectarisme institutionnalisé ne devrait pas être éliminé par la loi avant qu’il ne soit « aboli dans les âmes », proposition accueillie à la fois par l’opposition et la colère. Plusieurs députés s’en sont pris implicitement aux supporters de Nasrallah les accusant de suivre un « dirigeant sectaire » tout en faisant allusion aux armes du Hezbollah.

La majorité des voix aboyant contre la proposition sont venues de la coalition au pouvoir du 14 Mars, comprenant principalement des Musulmans Sunnites et des partis séculiers Chrétiens Maronites.

Taif a mis sans nul doute un arrangement en place qui a permis de maintenir la paix au Liban pendant 20 ans. Mais certaines des circonstances qui ont conduit à la flambée de violence et la guerre civile dans les années 70 et 80, à savoir la représentation parlementaire faussée traduisant une mauvaise image de la population dans son ensemble, sont-elles de nouveau présentes ? De quoi ont peur ceux qui s’opposent à l’appel progressif de Suleiman ?

Nous devons de nouveau nous souvenir que la contradiction existante dans la répartition des sièges parlementaires et du pouvoir – les Chrétiens étant sur représentés par rapport aux Musulmans et constituant la classe politique privilégiée - a été un facteur significatif menant à cette longue et pénible guerre civile.

Ne devrait-on pas tenir compte de telles leçons récentes si de nouveau se manifeste ce déséquilibre ?

Suleiman , lui-même Chrétien Maronite et largement considéré comme étant impartial, reconnait que la situation présente ne peut pas continuer, résultat de la distribution sur une base confessionnelle des sièges, la coalition du 14 Mars ayant obtenu la majorité alors qu’elle a clairement perdu la majorité du vote populaire. Puis il a fallu 5 mois au premier ministre Saad Hariri pour former le cabinet.

Un appel du clairon a donc été lancé pour que le Liban avance au-delà de sa nature sectaire et adopte une structure politique qui évite le sectarisme et à la place applique une représentation équitable et proportionnelle.

Rannie Amiri edition du weekend 4-6/12/09 www.counterpunch.org

Rannie Amiri est un commentateur indépendant du Moyen Orient. Email rbamiri AT yahoo DOT com

Samedi 5 Décembre 2009
Mireille Delamarre traduction

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