Vous entendrez répéter partout dans le monde dans les medias de masse qu’un autre dirigeant libanais « anti syrien » a été tué dans un attentat à la voiture piégée massif à Beyrouth mercredi. Le Guardian (quotidien anglais ndlt) en tête, avec son article :
« Un parlementaire libanais anti- syrien a été assassiné aujourd’hui et neuf autres personnes ont été tuées quand une voiture a explosé à Beyrouth. Lors de l’une des attaques les plus sanglantes depuis l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafik Hariri, il y a plus de deux ans, le parlementaire Walid Eido a été tué par l’explosion d’une voiture piégée alors que son véhicule passait à côté, le long du bord de mer dans la capitale libanaise.
Son fils aîné, deux de ses gardes du corps et 6 passants ont aussi été tués dans l’explosion, qui a détruit des devantures de magasins et envoyé une pluie de débris tout autour. Au moins 11 autres personnes ont été blessées selon des sources sécuritaires. »
Un acte sauvage nul doute. Mais tout comme avec les séries d’assassinats de politiciens « anti syriens » au Liban, la victime, Walid Eido ( ou « Idu ») a été en fait un politicien passionnément « pro syrien » presque tout au long de sa carrière – de même que l’ancien premier ministre Rafik Hariri, que son assassinat a transformé d’un personnage louche empêtré dans des accusations de corruption, de collusion avec la Syrie et de liens troubles avec l’Arabie Saoudite, en martyr béni d’une démocratie pure et d’une souveraineté libanaise sans entraves.
Mais As’ad AbuKhalil, l’« Arabe en Colère », d’origine libanaise, qui est en fait de la famille de Walid Eido par mariage, raconte une autre version de la carrière d’Eido – et de celle d’Hariri - - que ce que vous verrez dans les journaux occidentaux. Voici quelques données biographiques fournies par AbulKhalil :
« Idu n’est pas novice en matière de politique libanaise. Il a été impliqué dans des politiques de milice pendant les années de guerre… et il vivait sa vie comme un ardent nationaliste arabe nassériste jusqu’à sa conversion il y a 3 ans. Tandis qu’il servait comme juge, il a rejoint la milice Murabitun nassériste, bien que ce soit illégal pour des juges au Liban de rejoindre des partis politiques. Mais il en avait conscience. Donc il a utilisé un nom de code : Rudwan Sa’adah. Rudwan Sa’adah a été porté sur la liste des dirigeants de la milice Murabitun pendant les années de guerre. Des gens de cette époque et de cette organisation croient qu’il était responsable de certaines décisions dans le domaine de la « justice » de cette milice pendant les années de guerre.
En tant que juge, il avait eu mauvaise réputation - - une bonne réputation si vous être un prévenu qui voulait obtenir un jugement favorable. Il avait la réputation de délivrer des verdicts qui convenaient « aux clients » mais en contrepartie d’une somme d’argent. C’est cette réputation qui a fait que Rafik Hariri s’est intéressé à lui lorsqu’il cherchait des juges qui pouvaient l’aider dans l’expropriation illégale de propriétés dans le centre de Beyrouth. Hariri l’a mis sur sa liste parlementaire lors des élections de 2002. Pendant toutes ces années, il a été l’un des alliés les plus proches des services de renseignements syriens au Liban. L’un des collègues d’Idu (un membre du bloc parlementaire d’Hariri) m’a dit que : « Idu était connu pour faire le salut militaire (et il claquait également des talons) à chaque fois qu’il rencontrait un fonctionnaire syrien de la mukhabarat. » Mais Idu a mené à bien la transformation rapide que beaucoup de politiciens de son genre ont fait après l’assassinat de Rafik Hariri : celle de passer de l’un des plus passionnés défenseurs du régime syrien, à l’un des plus passionnés accusateurs du régime syrien.
Cela se pourrait que la Syrie soit derrière cet explosion - - bien que tout accident, à commencer par l’assassinat d’Hariri, n’a fait que conduire à encore plus d’érosion de l’influence évanescente de la Syrie au Liban, et une isolation plus grande du régime qui dirige la Syrie. Peut être que le fils empoté d’un ancien dirigeant, est assez stupide pour poursuivre une politique d’agression violente qui est évidemment contre ses meilleurs intérêts et ne lui cause que du tort ; après tout, le régime américain, dirigé par le fils empoté d’un ancien dirigeant, est assez stupide pour faire précisément cela, sur une vaste échelle, année après année.
Mais il y a de nombreux autres joueurs dans ce sale jeu de guerre Proxy que des puissances étrangères ont menées depuis longtemps sur le sol libanais ; et la propre politique domestique du Liban, marquée par des conflits non résolus qui se sont multipliés à cause des années de guerre civile, est un terreau fertile pour la violence entre factions. Pourtant, l’hypothèse automatique que tout meurtre politique au Liban est l’oeuvre de la Syrie reste la base unilatérale de toute information sur le sujet fournie par les medias de masse. De nouveau, AbuKhalil nous rend un grand service en nous montrant la réalité vraie, complexe et à multiples facettes qui se cache derrière la chaudière.
Chris Floyd Empire Burlesque – 14 juin 2007 – http://www.chris-floyd.com
Source : www.uruknet.info?p=33674
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