Monde Arabe

Liban - Aoun : l'Opposition bénéficie d'un soutien Fort du Public, les US sont contre Moi

Interview de Michel Aoun par Hussein Ahmed Press TV Beyrouth 26/01/08. Une interview qui révèle certains dessous de cartes de la vie politique libanaise et notamment des informations « top secrètes » sur ce que trame la coalition au pouvoir concernant les Palestiniens



Liban - Aoun : l'Opposition bénéficie d'un soutien Fort du Public, les US sont contre Moi

L'Opposition bénéficie d'un soutien Fort du Public

Q: la coalition au pouvoir vous a finalement accepté comme négociateur pour l'opposition. Vous avez rencontré le secrétaire général de la Ligue Arabe et vous avez participé à un face à face avec Saad Hariri.

R : je ne demande pas habituellement qu'ils acceptent, ou refusent. La chose importante c'est qu'ils ont accepté. Et nous avons commencé un dialogue sur le dilemme libanais. J'espère que ce dialogue va aider à aboutir à une solution.

Q : pensez vous qu'une solution est entrain de se trouver ?

R : quelque soit ce qu'il en sortira, si nous ne trouvons pas une solution, ce ne sera pas à cause de moi. La responsabilité (l'échec) reposera sur les autres.

Q : croyez vous que la rencontre d'hier (25/01/08 ndlt) était purement symbolique ?

R : bien, d'une certaine façon ce n'était pas simplement symbolique. Il y a aussi eu une clarification révélatrice de la façon dont le groupe qui dirige pense et ce qu'ils veulent.

Q : que vous dit votre cœur ? Est-ce que vous allez réussir à former une coalition avec l'opposition ?

R : cela commence toujours avec un vœu. Maintenant, que ce vœu se réalise ou non, c'est autre chose. J'espère que nous trouverons une solution.

Q : (en d'autres termes), le rêve ne se réalisera pas, vrai ?

R : non, une solution ou réaliser ce rêve, c'est possible ; trouver une solution, c'est très, très important. S'il n'y a pas de solution, il y aura des conséquences négatives pour le Liban à cause de cette incapacité.

Q : vous me parlez positivement parce que vous craignez qu'ils vous accusent d'être responsable, vrai ? Vous ne voulez rien dire contre votre propre coalition. Est-ce juste ?

R : nous devons suspendre les jugements et nous ne pouvons pas encore tirer de conclusion sur les choses. Les chances d'un succès, et d'un échec, sont toujours présentes. Nous ne voulons pas parler de succès ou d'échec ou donner de faux espoirs aux gens, ou leur donner une image négative. Nous essayons de trouver une solution.

Q : Général Aoun, vous êtes un homme intelligent. L'un des personnages les plus en vue au Liban. Vous avez rencontré de nombreuses personnes de la coalition au pouvoir dans le passé et toutes ces tentatives ont échoué. Général, est-ce que cette nouvelle initiative va échoué ou pas ?

R : nous avons toujours essayé, nous avons été élevé avec l'idée de toujours continuer à essayer et si les choses échouent, nous aurons l'honneur d'avoir essayé.

Q : si cette tentative échoue, qu'allez vous faire ? Seyyed Hassan Nasrallah a dit que l'opposition mènera des actions décisives. De quels types d'actions parle –t-on ?

R : il y a différentes méthodes pour faire entendre notre opposition. Il y a la discussion, les manifestations, la désobéissance civile, et des actions négatives. Jusqu'à maintenant nous n'avons pas décidé qu'elle est la meilleure voie à suivre. Nous l'annoncerons en temps voulu.

Q : peut être de nouveau vous ne réussirez pas. Et pourtant vous demandez ?

R : le sit in aura pris fin. Ce qui vient ensuite ne sera pas un sit in cela impliquera un mouvement et cela veut dire de l'énergie et diriger cette énergie, et les autorités, et la société pourront ressentir cela immédiatement et d'une façon plus directe…

Q : pensez vous cette fois ci que les gens vous écouteront et descendront dans les rues et protesteront ?

R : notre crédibilité auprès des gens et notre souci de la sécurité publique nous a fait nous comporter pacifiquement pendant plus d'un an maintenant. Nos intentions sont pacifiques, non pas par faiblesse. Nous avons le pouvoir. Les gens croient en nous. Parfois nous leur disons, « soyez calmes » et ils le sont, et parfois nous disons nous avons besoin d'un peu plus de force, et ils sont prêts à donner car nous gérons les choses de façon responsable. La nation est de notre côté. Si un verre se brise dans la rue, c'est une perte pour nous. Donc, nos actions pacifiques sont la clé.

J'espère que les autorités comprendront cela avant qu'il ne soit trop tard, car notre mouvement peut aussi fait du mal.

Q : Général Aoun, croyez vous que l'Alliance du 14 mars décide par elle-même ou est ce que les US dictent sa politique ?

R : ils ne font pas leurs décisions. Ils peuvent adopter une position et puis en changer le lendemain. Il y a des luttes et des débats entre eux et ils disent que c'est la démocratie. Certains d'entre eux étaient contre la nomination d'un militaire, alors que Walid Jumbatt, Ghassan Tueni, Hariri, les principaux responsables, ne voulaient pas de militaire ou un quelconque amendement à la Constitution.

Puis 24 heures plus tard ils ont changé leur position.

Q : qui a changé leur position ?

R : ce n'était certainement pas moi. Ils traitent ouvertement avec des pays arabes et les américains. Les américains sont les acteurs les plus importants dans la présidentielle (débat).

Q Donc ils ne décident pas par eux-mêmes. L'Amérique décide pour eux ?

R : c'est soi eux (Les US) ou un autre pays.

MD/CS/HAR

Les US sont contre Moi

R : c'est soi eux (Les US) soit un autre pays. Ils sont certainement sous l'influence des pays occidentaux, et pas seulement des US. Mais il y a une coordination entre l'Occident, les US et des pays Arabes. Il y a une pression régionale et internationale sur nous en ce qui concerne la présidentielle.

Nous représentons la ligne indépendante, et ils ne reconnaissent pas notre vraie force, ou que nous représentons la vraie indépendance. Au lieu de cela ils disent simplement que nous somme la Syrie ou l'Iran, ce qui est faux, faux, faux.

Q : Général Aoun, est que les américains veulent vous punir à cause de votre position excellente avec le Hezbollah ?

R : certainement, et certains pays régionaux manquent de courage pour nous soutenir parce qu'ils abdiquent. Nous nous défendons nous-mêmes, et notre peuple est déterminé, c'est la meilleure arme.

Q : donc l'Amérique veut vous coincer ?

R : pas seulement l'Amérique. Des pays Arabes, des états européens aussi. (Ils ne sont pas) simplement contre nous, mais contre la ligne pro indépendance. Comme je suis la personnalité dirigeante dans ce groupe, ils sont certainement contre moi. Cela ne les embarrasse pas. Même des envoyés occidentaux m'ont dit « les Américains sont contre vous. Nous n'avons pas de solution au problème ».

L'ambassadeur US ici a dit que si Aoun rompt ses liens avec le Hezbollah, il sera le candidat présidentiel de consensus. Ma réponse a été claire et concise : « je préfère l'unité nationale à la présidence ». Je préfère être au diapason du front domestique pro indépendance que d'être président séparé de sa base populaire et des objectifs nationaux.

Q : Général Aoun, vous avez dit que ces gens au pouvoir sont responsables. Il y a trop de corruption au gouvernement. Ces gens au pouvoir sont-ils corrompus ?

R : certainement. Sans citer de noms, le gouvernement a escamoté le lancement d'une enquête financière sur le gaspillage de la Trésorerie. Il y a beaucoup de gens d'impliqués.

Q : Hariri est-il un homme corrompu ?

R : je ne peux accuser personne… Mais Hariri n'a pas occupé de fonction. Mais l'actuel gouvernement se comporte comme un conseil d'administration, et non pas comme le gouvernement libanais.

La responsabilité directe repose sur le fonctionnaire, et Hariri n'a pas occupé de fonction, il a été un MP. Les ministres qui sont corrompus ne peuvent pas dire qu'Hariri était responsable. Si cette personne ne signe pas en fait les documents, la personne responsable c'est le ministre ou premier ministre, et l'enquête révèlera ce qui s'est passé. Il y a des zones sensibles, et nous avons besoin d'une enquête pour déterminer la responsabilité.

Q : est-ce que Mr Jumblatt est un homme corrompu ?

R : Jumblatt a eu de nombreux problèmes… peut être que sa responsabilité a été connue du public et lui –même en a parlé une fois ; il était acculé, et a mentionné une histoire de chantage, et qu'il a fraudé le fisc, et tenu deux livres de comptes, l'un montrant des pertes, pour l'état, et le vrai, gardé dans son coffre fort. C'est ce qu'il a dit, pas nous.

Peut-on jugé quelqu'un pour ce qu'il a dit ?

Q : j'ai rencontré Mr Jumblatt récemment. Je lui ai demandé pourquoi il ne parlait pas au Général Aoun. Il m'a dit « le Général Aoun est un homme qui n'a pas d'honneur ». Je lui est demandé pourquoi ? Il a dit « quand des soldats en formation ont envahi le palais en 1990, il s'est enfui dans un véhicule militaire et a laissé derrière lui sa femme et 3 enfants. »

R : je pense que Walid Jumblatt ment. En 2004, je pense, René Alain, l'ambassadeur français ici, a révélé les détails au journal al-Hayat sur la journée du 13 octobre 1990. J'ai un document en français, traduit, de 1990, qui dit que les français m'ont invité à l'ambassade pour discuter d'un cessez le feu. Vous pouvez appelé Alain et lui demander, en France, où il est maire. J'ai encore le document d'autorisation.

Q : pourquoi Jumblatt vous hait-il ?

Il y a un dicton « l'affection se manifeste de différentes façons », alors que la haine est plus générale. Cela a à voir avec son égocentrisme ,et comment personne d'autre n'est bien à ses yeux.

Q : il est le seul type bien dans le pays ?

R : oui, bien qu'il dise ses choses, qu'il a tué et volé, il demande à être mieux considéré que les autres.

Q : donc Walid Jumblatt est un tueur et un criminel ?

R : il l'a dit. On lui a demandé une fois ce qui était arrivé aux gens qu'il avait détenus. Il a dit qu'ils les avaient tous tués. On lui a posé des questions sur le Liban dirigés par des titans de l'argent, et il a dit qu'il était l'un d'entre eux et qu'il ne payait pas d'impôts. Et il vous a dit qu'il avait menti aux Syriens pendant 25 ans. Je ne dis pas cela, il le dit.

Q : après tout ce qu'il a dit sur vous, vous être prêt à rencontré cet homme et construire la confiance ?

R : il devra faire plein de choses avant que nous ne lui fassions confiance.

Q : que doit-il faire ?

R : s'il est d'accord, il devra respecter à un accord. C'est important. C'est un problème entre lui et le peuple libanais. Il y a 70 000 – 80 000 personnes déplacées de sa région, et seulement 17 % sont retournées, après 25 ans.

De l'argent a été versé mais il n'a pas été dépensé pour le retour ou pour les déplacés. Cela demande une rectification de la volonté de l'état et de Walid Jumblatt.

Q : vous semblez tellement pacifique mais quand je l'ai interviewé il a dit « je ne vais pas tendre la main à des gens accusés de meurtre. »

R : je pense que c'est mon cas, non pas le sien. Il parlait de moi, pas l'inverse.

Quand il veut dire « meurtre » il devrait préciser. Il a confessé avoir tué mais je n'ai tué personne. S'il y a un crime il devrait m'accuser clairement. Je pense qu'il n'est pas assez courageux pour dire qui j'ai tué. En tant que combattant, et officier, dans l'armée, j'ai expérimenté toutes les phases du combat. Je suis un militaire…Il devrait se rappeler qu'alors que je l'assiégeais dans Beyrouth, j'ai envoyé des soldats pour le prendre en jeep, pour qu'il ne lui soit pas fait violence.

Ils lui ont demandé où il voulait aller, c'était mes ordres, et il y ait allé. J'aurai pu le jeter en prison.

Q : et vous ne l'avez pas fait ?

R : si, et cela s'est passé en septembre 1983, à sa maison dans Mosaytebeh.

Q : Général Aoun, quel est votre problème avec le chef des Forces Libanaises, Samir Geagea ?

R : une différente voie politique et méthode de comportement… Il est l'opposé de moi.

Q : ecoutez ce qu'il a dit le soir de Noël : il a dit Michel Aoun pollue la joie des libanais, êtes vous un pollueur, comme il l'a dit ? Vous polluez et vous empêchez les gens de se réjouir la veille du nouvel an. Ils ne se sont pas réjouis à Noël à cause de vous Michel Aoun. C'est ce qu'il a dit.

R : qu'est-ce que j'ai fait ? Pour porter des accusations de ce type, si nous avions un état et un appareil judiciaire. Ces accusations devraient donner lieu à des poursuites judiciaires. Ce ne sont pas des gens responsables. Ils disent des bêtises. Cela va à l'encontre de ma nature. Comment pourrais je empêcher les gens de se réjouir pendant les fêtes ?

Q : il a dit à cause de vos théories absurdes.

R : cela empêcherait les gens d'être heureux ? Cela les distrairait certainement, ils en riraient. Un type pourrait distraire les gens toute a nuit en parlant de moi.

Q : vous accusez toujours la coalition au pouvoir d'être impliquée dans un complot pour installer les palestiniens au Liban. Avez-vous une preuve ?

R : le problème palestinien est un problème permanent au Liban. Les Palestiniens sont là depuis 60 ans et dans l'Accord de Taïf il y a un paragraphe qui dit : « pas d'installation, partition ou division. »

Cependant depuis, le gouvernement, et particulièrement Siniora et l'actuel groupe dirigeant qui est au pouvoir depuis 1992, n'on rien fait sur ce problème.

S'il n'y a pas de progrès de fait sur ce problème, les Palestiniens seront considérés des résidents de facto au Liban, et le problème sera clos. Il devrait y avoir un mouvement sur ce problème qui mène des activités politiques pour obtenir le droit de retour des Palestiniens.

Deuxièmement, il y avait une politique commencée avec le défunt premier ministre Rafiq al-Hariri.

Pendant la rencontre à Qoraytem, le 17 décembre 2000, il a dit à ses conseillers que « l'installation nous a été imposée et il n'y a pas de voie pour en sortir ».

Par conséquent, l'intérêt du pays c'est de s'enfoncer dans la dette, car il y aura un coût pour cette installation – une compensation à recevoir pour cela. Depuis, la dette du Liban a augmenté, et ces dettes augmentent – on coule sous la dette.

Donc premièrement : le Liban emprunte de l'argent.

Et deuxièmement : le droit de retour.

Récemment Bush a parlé en Palestine qu'il compenserait les réfugiés palestiniens et il n'a pas du tout mentionné le droit au retour.

Q : pouvez vous me montrer ce que vous tenez dans la main ?

R : c'est un document – il y en a une copie au Département de la Sécurité Générale contenant des informations sur la rencontre que je viens juste de mentionner. Emprunter est dans l'intérêt du Liban, car l'installation sera payée par une compensation.

Q : est -ce un document secret ?

R : en principe, ce sont des accords publics.

Q : est-ce que c'est top secret ?

R : non ce n'est pas top secret.

Q : puis je jeter un regard s'il vous plaît ? Sur le document on peut lire : « top secret ».

R : à ce moment là.

Q : donc Michel Aoun a un document top secret qui prouve que la coalition au pouvoir est impliquée dans un complot pour installer les Palestiniens au Liban.

R : la Sécurité Générale a l'information et j'en ai reçu une copie par courrier. Un citoyen m'a envoyé l'info par courrier, et ce document porte un chiffre.

Q : donc le patriarche a été impliqué dans un plan pour installer les Palestiniens au Liban, êtes vous d'accord avec lui ?

R : je n'ai pas vu Suleiman Franjieh pour lui poser la question là-dessus, s'il a les documents où si c'est une lecture de la politique du Patriarche, car depuis 1990, c'est le silence là-dessus.

Donc je ne dirai rien tant que je n'aurai pas vu mon ami et lui aurai posé la question là-dessus. Mais le silence du Patriarche là-dessus était étrange. Et pas seulement lui – personne n'a répondu à Bush. Le premier ministre Siniora a répondu, mais très timidement.

Quand j'ai parlé durement sur l'installation, Siniora m'a critiqué pour avoir essayé de lui faire honte. Il semble aujourd'hui que j'avais raison.

Q : votre allié Suleiman Franjieh a dit que le Patriarche est un employé de l'ambassade américaine, êtes vous d'accord avec lui ?

R : c'est un problème de langage ; un politicien qui est complètement dévoué pour quelque chose pourrait le décrire de cette façon. Comme quand ils m'ont accusé de certaines choses. C'est comme une conclusion que les gens tirent.

Q : est-ce que le Patriarche vous en veut Général ? Peut être à cause de votre alliance avec le Hezbollah, ou à cause des problèmes que vous avez eus avec lui par le passé.

R : je ne pose pas la question de savoir si les gens m'aiment ou pas. Je me demande si je devrais faire quelque chose pour eux ou pas, ou je me demande si je fais quelque chose de mal contre eux. S'ils m'aiment ou pas c'est leur problème. Je fais mon devoir selon ma conscience et mes convictions et je prends mes responsabilités. Les gens peuvent me haïr ou m'aimer mais c'est le résultat de la vie publique. Vous avez toujours des gens qui vous aiment ou ne vous aiment pas.

MD/CS/RE

Press TV

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org


La Syrie et les deux Michels


























Mercredi 30 Janvier 2008

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