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Les pacifistes ont-ils déjà stoppé une guerre ? Analyse de l’efficacité des mouvements pour la paix aux Etats-Unis.

L’activisme pour la paix et son action pour mettre fin aux guerres américaines a reçu peu d’attention des chercheurs. Bien que des historiens et des chercheurs en études sociales aient étudié de façon approfondie les mouvements pacifiques ces dernières décennies, on en connaît plus sur l’histoire de l’organisation de ces mouvements que sur l’impact qu’ils ont eu sur la politique publique. Voici donc un rapport préliminaire sur le sujet



Manifestation anti guerre Washington 2005 - ANSWER
Manifestation anti guerre Washington 2005 - ANSWER

Les pacifistes ont-ils déjà stoppé une guerre ?

Commençons d’abord par examiner les commentaires provocateurs de certains observateurs qui affirment que plutôt que de mettre fin aux guerres, ce sont les guerres qui mettent fin aux mouvements pour la paix. C’est parfois le cas – étant donné la force du nationalisme- beaucoup de gens ont tendance à se rallier « autour du drapeau » de leur nation une fois que la guerre est déclarée. Par conséquent, cela n’est pas surprenant que les mouvements pour la paix se soient effondrés quand les Etats-Unis sont entrés dans la Guerre Civile, dans la Première et la Deuxième Guerre Mondiale. Plus récemment, des sondages ont montré que le sentiment américain pour la paix avait significativement diminué (bien que temporairement) quand les Etats-Unis sont entrés en guerre au Vietnam, dans la Guerre du Golfe, et la guerre d’Irak. Ajouter à cela la répression directe du gouvernement en temps de guerre – par exemple pendant la Première Guerre Mondiale – qui a parfois sapé de façon dramatique voire détruit les mouvements pour la paix.

De plus, même quand de puissants mouvements de paix se sont maintenus en période de guerre, ils n’ont pas toujours été efficaces. La guerre de 1812, a peut être été la guerre la plus impopulaire dans l’histoire des Etats-Unis (selon Samuel Eliot Morison). Elle s’est attirée un raz de marée de critiques, venant surtout du nord est. Mais les fréquentes dénonciations de la guerre n’ont pas arrêté sa progression. Le même phénomène s’est reproduit fin dix neuvième et début vingtième siècle avec la « pacification » des Philippines. Malgré que la Ligue anti impérialiste ait constamment critiqué cette guerre (qui a eu pour conséquence la mort de centaines de milliers de philippins et de 7000 soldats américains) elle a continué à faire rage jusqu’à ce que l’armée américaine remporte la victoire.

D’un autre côté, il existe des cas où un mouvement pacifique a mis fin à des guerres américaines. La guerre du Mexique dans les années 1840 fournit l’un de ces exemples. Condamnée dés le début comme une guerre d’agression et une guerre d’esclavage, la guerre du Mexique a provoqué une forte et remarquable opposition. Ainsi, bien que la guerre se soit déroulée en faveur des Etats-Unis au niveau militaire, et que le président Polk ait fait pression pour l’annexion de la totalité du Mexique aux Etats-Unis, le négociateur du président, Nicolas Trist, a désobéi à ses instructions et signé un traité d’annexion de seulement un tiers du Mexique, piégeant Polk. Face à une forte opposition publique au conflit, il n’a pas pensé qu’il était possible de prolonger la guerre pour réussir son objectif de conquête de tout le Mexique. Ainsi, Polk a soutenu sans enthousiasme le traité de paix de Trist, et la guerre a pris fin.

Un autre exemple de l’efficacité du mouvement de la paix peut être vu à travers son impact sur la guerre du Vietnam. Fin 1967, comme Lyndon Johnson le rappelle « la pression était si forte » que le secrétaire à la défense Robert Mac Namara, n’en dormait plus de la nuit. "Je craignais qu’il ne fasse une dépression". Johnson lui-même semblait obsédé par l’opposition que sa politique de guerre avait engendrée. Des consultations avec les membres du cabinet ont commencé : «Pourquoi n’allez vous pas sur le terrain vous battre contre mes ennemis ?». Apres la démission de Mac Namara et qu’une révolte au sein de son propre parti ait chassé Johnson de son poste, ce fut à l’administration Nixon d’être prise au piège comme s’en est plaint Kissinger « entre le marteau et la pression des anti guerres et le danger d’Hanoi ». Kissinger a noté : « le fonctionnement de base du gouvernement s’écroulait. ». L’exécutif était sous le choc ». La guerre et les protestations pacifistes, selon Kissinger, « ont secoué la confiance sans laquelle les institutions ne peuvent plus fonctionner ». Dans une étude bien documentée et méticuleuse, « Johnson Nixon et the Doves « (les colombes) l’historien Melvin Small a conclu que « le mouvement anti guerre et la critique anti guerre dans les médias et au Congres a eu un impact significatif sur la politique, à la fois de Johnson et Nixon, concernant le Vietnam, les poussant à s’engager dans une désescalade pour finalement mettre fin à la guerre.

Un autre exemple encore de l’efficacité du mouvement pour la paix ce fut lors des tentatives fermes de l’administration Reagan de renverser le gouvernement Sandiniste au Nicaragua. Comme au Vietnam, malgré l’énorme avantage militaire du gouvernement américain contre une petite nation paysanne, il a été incapable de l’utiliser efficacement. La pression populaire contre l’intervention militaire américaine au Nicaragua, n’a pas seulement bloqué l’envoi de troupes américaines de combat, mais a aussi conduit le Congres à agir (l’amendement Boland) en coupant le financement par le gouvernement des supplétifs des USA, les Contras. Bien que l’administration Reagan ait essayé de contourner l’amendement Boland, en vendant des missiles américains à l’Iran, et en envoyant les gains aux Contras, ceci a eu un effet boomerang, et a plus fait pour affaiblir les réaganites qu’il n’a affaibli les sandinistes.

Il y a aussi énormément de preuves que c’est le mouvement de la paix qui a mis fin à la guerre froide. Le combat du mouvement de la paix contre la course à l’armement nucléaire et ses manifestations visibles, les tests nucléaires, a conduit directement en 1963 à la déclaration à l’Université américaine de Kennedy, et à l’interdiction partielle des essais nucléaires la même année, marquant le début de la détente américano soviétique. Le discours a été en partie rédigé par Norman Cousins, fondateur et coprésident du Comité National pour une Politique Nucléaire Sensée, le plus grand groupe pacifique américain. Cousins a aussi négocié le traité.

Quand l’administration Reagan belliciste a réactivé la guerre froide et a escaladé la course aux armements nucléaires, ces actions ont provoqué les plus grandes activités du mouvement de la paix dans l’histoire du monde. Aux Etats-Unis, la campagne pour le « Gel du Nucléaire » a obtenu le soutien des différents courants religieux, des syndicats, des groupes professionnels, et du parti démocrate, et la plus grande manifestation politique de l’histoire des Etats-Unis à cette date a été organisée obtenant le soutien de plus de 70% du public. En Europe, il s’est passé à peu prés la même chose, et fin 1983, environ 5 millions de personnes ont participé à des manifestations contre le déploiement programmé des missiles intermédiaires. Reagan a été complètement surpris. En octobre 1983, il a dit au secrétaire d’état George Shultz : « si la situation continue de s’échauffer, et que le contrôle des armes reste un problème, peut être que je devrais rencontrer Andropov (Yuri Andropov premier secrétaire du Soviet) et lui proposer l’élimination de toutes les armes nucléaires. » Cette idée a horrifié Shultz, mais il était d’accord « qu’on ne pouvait pas laisser la situation telle qu’elle était. »

Par conséquent, en janvier 1984, Reagan a fait un discours public remarquable appelant à la paix avec l’Union Soviétique et pour un monde libéré du nucléaire. Ses conseillers sont d’accord pour dire que ce discours était un signal aux russes de sa volonté de mettre fin à la guerre froide et de réduire l’arsenal nucléaire. Mais cela n’intéressait pas la direction soviétique de l’époque de suivre les propositions de Reagan jusqu’à l’arrivée de Mikhail Gorbatchev, qui contrairement à ces prédécesseurs était prêt à agir parce qu’il était convaincu de ce mouvement pacifiste. Sa « Nouvelle Pensée » - par laquelle il croyait en la nécessité » de la paix et du désarmement à l’âge du nucléaire – était presque une copie du programme du mouvement pour la paix. Comme Gorbatchev l’a lui-même déclaré : « la nouvelle pensée prenait en compte et assimilait les conclusions et les demandes ….. Des mouvements des physiciens, des scientifiques, des écologistes et de différentes organisations anti guerre. « Pas surprenant alors, que Reagan et Gorbatchev encouragés par le mouvement de la paix, se sont rapidement dirigés vers les traités de désarmement nucléaire et la fin de la Guerre Froide.

On peut aussi réfléchir aux guerres qui, grâce à l’activité du mouvement pour la paix, n’ont pas eu lieu. Les historiens ont affirmé que la croisade anti-impérialiste contre la guerre des Philippines a bloqué des guerres américaines ultérieures de ce type et de cette ampleur. Ils ont également suggéré que les pressions du mouvement de la paix ont aidé à bloquer la guerre contre le Mexique en 1916, et ont aussi aidé à diminuer la confrontation USA Mexique de la fin des années 20. Et combien de guerres, pouvons nous nous demander, ont été évitées grâce à l’application d’idées et de propositions émanant du mouvement de la paix : arbitrage international ; droit international ; décolonisation ; ligue des nations ; traités de désarmement ; l’ONU ; et la résistance non-violente. Nous ne le saurons probablement jamais.

Par contre, ce que nous savons, c’est que le mouvement de la paix a joué un rôle essentiel dans la prévention d’un type de guerre depuis 1945 : la guerre nucléaire. A cause des limites dans le temps, seul un petit aperçu peut en être donné actuellement il est présenté dans le livre «The Struggle Against the Bomb» *.

En 1956, Henry Cabot Lodge Jr, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, s’est plaint que la bombe atomique avait acquis « une mauvaise réputation » et qu’ainsi cela « nous empêchait d’une certaine façon de l’utiliser. » Plus tard la même année, quand les chefs d’état major et d’autres responsables de l’administration ont demandé plus de flexibilité dans l’utilisation des armes atomiques, le président Eisenhower a répondu : « l’utilisation des armes nucléaires créerait de sérieux problèmes politiques compte tenu de l’état de l’opinion mondiale. » Mi 1957, repoussant des propositions ambitieuses pour des combats nucléaires, le secrétaire d’état John Foster Dulles a dit devant le Conseil de Sécurité National, que « l’opinion publique mondiale n’était pas encore prête à accepter l’utilisation générale des armes nucléaires ».

Cette croyance a continué de hanter les responsables américains pendant la guerre du Vietnam quand, selon les mots de Dean Rusk, les administrations Kennedy, Johnson, Nixon ont délibérément « perdu la guerre plutôt que de la gagner en utilisant les armes nucléaires ». Mc George Bundy, qui a servi comme conseiller à la Sécurité Nationale pour deux présidents, et comme consultant pour un troisième, maintient que la décision du gouvernement américain de ne pas utiliser d’armes nucléaires dans la guerre ne venait pas de la crainte d’une attaque nucléaire de représailles de la part des russes et des chinois, mais de la réaction terrible du public qu’une attaque nucléaire provoquerait au sein des autres nations et spécifiquement aux Etats-Unis. »

La qualité de cet argumentaire s’est manifestée sous l’administration Reagan, dont les responsables de la sécurité nationale – du président jusqu’en bas de l’échelle- discutaient dans les bureaux de mener et gagner une guerre nucléaire. Mais, grâce à des protestations populaires de masse dés début avril 1982 contre une guerre nucléaire, cette position a rapidement changé et Reagan a commencé à déclarer publiquement qu’ « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Il a ajouté : « à ceux qui protestent contre la guerre nucléaire, je peux seulement dire : je suis avec vous ! ».

Ainsi, bien qu’il y ait de quoi faire de nombreuses recherches sur l’efficacité du mouvement de la paix, je pense qu’il est juste de dire que, à de multiples occasions, l’activisme pour la paix a exercé une influence en restreignant la politique étrangère et militaire des Etats-Unis.

Lawrence S. Wittner 17 janvier 2006 Copyright History News Network. Traduction bénévole pour information à caractère non commercial MD pour Planète Non Violence.

Lawrence S. Wittner est Professeur d’Histoire à l’Université d’état de New York/Albany. Il est l’auteur de la trilogie *“The Struggle Against the Bomb” et vient de publier Toward Nuclear Abolition: A History of the World Nuclear Disarmament Movement, 1971 to the Present (Stanford University Press).


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Dimanche 11 Juin 2006
Mireille Delamarre

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