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Les insultes, refuge identitaire, expression contestaire, maladresse?

L'insulte, souvent perçue par les jeunes comme un passe temps ludique, mais aussi un mode de communication asocial, en rupture avec le « bien parler « les civilités, la politesse, choque les adultes, et au premier chef les éducateurs, que ce déluge de grossièreté déboussole. Entrant en compétition avec les jurons (forme d'exclamation solitaire), les vannes et les jeux de mots, l'insulte envahit tous les espaces de socialisation (écoles, centres sociaux, espaces publics, foyers ect …).



Les insultes, refuge identitaire, expression contestaire, maladresse?

Les insultes définition classement fonction

Les insultes sont classées comme "incivilités", elles en sont l'une des expressions verbales. Le mot incivilités (du latin incivilitas) intégré au vocabulaire français depuis le XVIIème siècle, n'est devenu une notion sociologique précise que depuis peu, produite d'abord par la recherche nord-américaine puis importée/adaptée en Europe. Les insultes sont fonction de l'époque et de la culture, elles ont aussi leurs particularités nationales, ce qui est insultant pour les français ne l'est pas forcement pour des personnes d'autres nationalités.

Les insultes francophones sont généralement classées en 5 catégories :

  • celles qui consistent à traiter son interlocuteur de noms d'animaux (vache, porc, cochon, éléphant, girafe )
  • celles liées à l'apparence physique (moche, laide, boudin, nabot…)
  • celles s'inspirant de traits moraux (pingre, grincheux…)
  • celles utilisant certains métiers (putain)
  • celles détournant des noms propres (les plus courues actuellement : fais pas ton Bush, espèce de Ben Laden, Saddam toi-même…).

    Elles ont souvent comme visée d'humilier, de porter atteinte à la dignité, à l'honneur, de provoquer la colère, et manifestent une forme de violence communément répandue, celle du mépris de l'autre.

    Chez les enfants, ( notamment les 10-16ans ) il existe un code de l'insulte, et celle-ci n'est pas obligatoirement perçue comme insultante. Elle fait office de langage codé, dont les finesses sont bien connues de ceux qui la profèrent. S'insulter entre eux, pour certains, c'est marrant, ainsi se traiter de triso ou de débile, c'est « pour rire «, mais tout dépend du ton et du degrés d'amitié existant entre eux. Certains la prennent mal de se faire insulter par des amis très proches, et c'est en fait les insultes liées à l'apparence physique qui sont les plus mal perçues. Tous reconnaissent cependant qu'en insultant un adulte on dépasse la ligne rouge.

Les insultes, refuge identitaire, signe de reconnaissance « entre nous «, expression contestataire ?

L'insulte, lorsque pratiquée en groupe, et dirigée contre les « autres «, les adultes, les éducateurs, les policiers, les professeurs etc, peut exprimer un besoin de ne pas "perdre la face", ou "sauver la face", le langage devient comme un refuge, un lieu de repli sur « l'entre nous « . Il permet l'affirmation d'une communauté, les "stigmatisés", qui s'oppose à celle des "initiés" ou des "normaux" ceux qui « parlent bien «, ceux qui détiennent les pouvoirs. Ces jeunes personnes usent de cette stratégie linguistique pour affirmer leur appartenance à « leur » groupe, celui auquel on appartient « naturellement « de par l'origine, le lien social, mais aussi le territoire géographique du lieu de résidence (par exemple, le parler des « banlieues » qui différent d'un quartier à l'autre, d'une ville à l'autre). Ces insultes visant « l'autre «, sont nécessaires pour cimenter le groupe mais sont renforçèes au sein de celui-ci par l'utilisation de mots outranciers, excessifs.

L'insulte, violence verbale expressive (exprimer et expulser sa "rage » ou sa « haine » ) , est pour certaines jeunes personnes, un effet en retour d'une certaine "violence institutionnelle" qu'ils subissent et à laquelle ils réagissent par cette forme de révolte sociale , d'expression contestataire, violence défensive, contre violence dirigée contre le pouvoir.

Cette transgression exercée envers les adultes, et particulièrement les représentants des institutions présents sur le terrain où ont lieu les interactions peut aussi être la marque d'une perte des repères qui permettent à un individu d'adapter son discours à telle situation ou à tel interlocuteur.

Ainsi, ce que ces jeunes considèrent comme un jeu provocateur un signe de rébellion est en fait perçu par certains acteurs sociaux comme une agression verbale, une violente déviance, et par d'autres comme l'incapacité à exprimer des demandes sociales intelligibles pour la communauté ou à comprendre celles qui sont formulées par autrui, un blocage qui empêche le dialogue, mais aussi l'ignorance d'un sens minimal des droits et devoirs que suppose la vie en société.

Insultes, pauvreté de langage, ou recherche maladroite d'une joute oratoire valorisante à la recherche de sens ?

Certains voient dans les insultes une pauvreté de langage, une difficulté à conceptualiser, à donner du sens, un ghetto verbal source d'exclusion socio professionnelle parce qu'elle devient un mode d'expression dont il est difficile de se défaire. Ce sont aussi finalement toujours les mêmes insultes que l'on entend, même si certains groupes ont leurs spécificités, leurs insultes de prédilection, imposent certains détournements de noms, adoptés ensuite par tous, par effet de mode.

D'autres pensent que ces jeunes, en s'échangeant des insultes entre eux, se lancent en fait un véritable défi. Ils cherchent à mettre en valeur leur capacité à manier la joute oratoire, habileté que l'on retrouve d'ailleurs dans de nombreuses traditions populaires d'ici et d'ailleurs, et aussi dans les chansons Hip-hop, mais sans la grossièreté.

Alors plutôt que de la bannir, faut il en rappeler le sens exact, et la remplacer par des mots fantaisie, des mots poème, des mots revendication ?

Plutôt que de réprimer, faut- il accompagner cette quête du sens des mots mais aussi, plus généralement, cette quête du sens de la vie au sein d'une communauté humaine en mal de sens ?

Fais gaffe à tes mots, ou plutôt faisons gaffe à nos maux…de société.


Jeudi 21 Octobre 2004

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