Les Etats-Unis font du lobbying pour mettre un américain, si possible un général, à la direction de toutes les opérations de maintien de la paix, une démarche qui pourrait leur offrir, croient-ils, une stratégie de sortie d’Irak. Cette tentative américaine sans précédent, placerait un américain à la tête des 95 000 casques bleus, déployés dans des zones de conflits du Liban au Soudan.
Cet effort de lobbying américain semble particulièrement controversé. Si les américains parvenaient à leurs fins, le changement radical qui aurait alors lieu au sein de l’organisation, la rapprocherait de ce qu’elle était pendant la seconde guerre mondiale : l’organisation d’une alliance dirigée par les US.
Cela renvoie également à des souvenirs éprouvants du désastre des opérations de maintien de la paix de l’ONU conduites par les US en Somalie en 1993, qui se sont terminées dans le chaos et des tueries dans les rues de Mogadishu.
Certains fonctionnaires de l’ONU craignent également que de mettre un américain à la tête des forces de maintien de la paix pourrait aider les US à se servir de l’ONU pour des opérations clandestines - - comme ils l’ont déjà fait avec les équipes onusiennes d’inspections d’armement en Irak sous Saddam Hussein.
Les Etats-Unis sont dans une position de force pour obtenir ce commandement actuellement tenu par un français, grâce au soutien décisif du nouveau secrétaire des Nations Unies Ban Ki Moon, le ministre des affaires étrangères sud coréen, qui prendra ses fonctions le 1er janvier. Mr Ban est entrain de constituer une équipe de transition pour sélectionner ses hauts fonctionnaires, et est sous intense pression des grandes puissances pour qu’il nomme à ces postes leurs favoris.
L’Administration Bush voudrait que ce soit un général qui soit nommé à ce poste. « Ce qu’ils veulent, c’est quelqu’un qui a des connaissances en matière de maintien de la paix, qui est un bon gestionnaire, et ils pensent qu’un général est un bon gestionnaire » selon une source de l’ONU. Les Etats-Unis n’ont que 335 casques bleus, et 330 civils qui servent dans des missions de l’ONU dans le monde, les déploiements les plus importants étant ceux d’officiers de police au Kosovo (239) et à Haïti (48). Mais Washington paie 26% du budget des forces de maintien de la paix de l’ONU, budget qui pourrait passer de 5 billions de dollars par an à 6 billions, et certains à Washington estiment que, contribuant le plus, ils devraient avoir leur mot à dire en matière de gestion de ces forces. Ce poste a une telle importance aux yeux de Washington, qu’ils sont prêts à laisser le poste qu’ils occupent traditionnellement à la direction du département de la gestion de l’ONU.
Des plans semblent déjà avoir été prévus pour un rôle accru de l’ONU en Irak, notamment sous la pression des pays arabes voisins, mais compte tenu de l’intensité des violences qui ravage ce pays actuellement il semble peu probable que des forces de maintien de la paix de l’ONU puissent y être envoyées.
Ce département gérant les forces du maintien de la paix s’est développé considérablement ces dernières années. Il gère 18 crises autour du monde, mais nomme aussi des envoyés spéciaux. Il est prévu d’autres opérations au Timor oriental et au Darfour, et ces forces pourraient atteindre 140 000.
Le lobbying américain va rencontrer une sérieuse résistance de la France dont un haut fonctionnaire occupe traditionnellement cette position. Un américain à la tête des casques bleus ferait perdre toute crédibilité quant à la neutralité de ces forces de maintien de la paix.
Les 10 principaux pays contributeurs aux forces de maintien de la paix qui fournissent 67% de celles –ci sont : le Bangladesh, le Pakistan, l’Inde, la Jordanie, le Népal, l’Ethiopie, le Ghana, le Nigeria, l’Uruguay, l’Afrique du sud. Moins de 5,8% viennent de l’Europe et 0,5% des US.
Il y a actuellement des casques bleus au Soudan, au Burundi, en Côte d’Ivoire, au Libéria, dans la République démocratique du Congo, en Ethiopie et en Eritrée, au Sahara occidental, à Haïti, au Timor oriental, en Inde, au Pakistan, à Chypre, en Georgie, au Kosovo, Sur le Golan syrien occupé, au Liban, et d’autres parties du Moyen Orient
Source de certaines informations : http://www.timesonline.co.uk/newspaper/0,,174-2435289,00.html 3/11/06