Point culminant d'une vague de communiqués récents faits par les dirigeants de Beijing, une déclaration forte du Premier Wen Jiabo exprimant ses inquiétudes sur la valeur des 681,9 milliards de $ US d'investissement dans les bons du Trésor US, renforçant les préoccupations économiques de la direction chinoise pour l'année 2009.
Les analystes ont reçu cette déclaration du Premier Wen Jiabo comme un avertissement fort lancé en direction de Washington. Elle fait suite à une révision du paquet fiscal chinois de 588 billions de $ pour stimuler l'économie, conclue à la fin du Congres National Chinois (NPC - parlement de la Chine) et la publication d'un communiqué conjoint en cloture de la rencontre des ministres des finances de certains pays du G20 : Le Brésil, l'Inde, la Russie et la Chine. Le moment choisi pour ces déclarations met en lumière la stratégie économique raisonnable naissante à l'intérieur et vis à vis de l'étranger. De plus, c'est un aperçu du débat passionné qui a lieu en Chine portant sur la feuille de route de la relance économique et un test pour les relations Sino-US, étant donné les massives réserves chinoises de 2 mille milliards de $ en devises.
Lors d'une conférence de presse après la clôture le 12 mars du NPC, Wen a dit , " Nous ( la Chine) avons prêté d'énormes sommes aux US et bien sûr nous somme préoccupés par la sécurité de nos avoirs, et pour parler franchement, je suis un peu inquiet." Au cours d'un appel tout à fait inhabituel, Wen a ajouté " je demande aux US de maintenir un crédit correct, d'honorer leurs promesses et de garantir la sécurité des avoirs chinois."
Sur la question des réserves en devises de la Chine, Wen a affirmé que le souci principal de Beijing était de préserver l'intérêt national, mais il a également reconnu que , " nous' (la Chine) devons aussi considérer la stabilité de l'ensemble du système financier international, car les deux facteurs sont liés".
La déclaration de Wen liant les intérêts nationaux chinois à la stabilité du système financier international visait à répondre aux inquiétudes d'un possible impact déstabilisateur d'une montée en puissance de la Chine dans le système financier international. La déclaration reflète également la position non déclarée officiellement que la Chine est un partenaire responsable, et écarte toute attente persistante que la Chine jouera un rôle de leader pour refaçonner le système post Bretton.
Lors d'une interview avec le journal chinois l'Economic Observer, Wu Xiaoling, le vice président du Comité des Affaires Financières et Economiques du NPC, a expliqué que " les réserves (de la Chine) étaient une forme d'obligations qui ne pouvaient pas être directement utilisées pour des dépenses publiques". " Bien que les réserves en devises étrangères représentent des actifs de la Banque Centrale, elles sont également des obligations - la Banque Centrale a une dette vis à vis de la société et doit être protégée" a-t-il dit.
Wu a aussi été vice gouverneur de la Banque Centrale et directeur de l'Administration Publique des Devises Etrangères (SAFE), l'agence administrative gérant le système étatique de réserves en devises étrangères. Quand on l'a interrogé sur l'approche du gouvernement central concernant la gestion de ses réserves en devises étrangères dans le cadre de la crise mondiale financière, Wu a mis l'accent sur " la sécurité, le profit et les liquidités". Au cours du même interview, il a été rapporté que le surplus comptable de la Chine avait baissé de 27% pour l'année 2008, illustrant la pression subie par la valeur des avoirs de la Chine. "Le meilleur moyen de minimiser un risque (accru) c'est de diminuer l'ampleur des réserves en devises étrangères". Selon Wu, le gouvernement peut réduire le lourd souci que constitue la nature des réserves en ayant recours à d'autres moyens en "établissant un fond d'investissement en Yuan, ou en développant le commerce et l'investissement à l'étranger".
Un secteur de développement clairement ciblé par la campagne de diversification de Beijing ce sont ses Réserves Stratégiques de Pétrole (SPR). Dés début 2009, le dirigeant du NEA (National Energy Administration - Administration Nationale de l'Energie) , Zhang Guobo, qui est aussi vice ministre de la Commission de Réforme du Développement National, a écrit un article dans le quotidien The People's Daily disant : " le pays 'la Chine) devrait exploiter la chute mondiale des prix des ressources énergétiques pour augmenter ses réserves en pétrole".
Selon un plan récemment publié par la NEA, la Chine prévoit de construire 9 grandes raffineries le long de ses zones côtières dans les trois années à venir. Lors d'une conférence sur l'énergie début février, la NEA a aussi annoncé que la Chine construirait 8 dépôts stratégiques de SPR en plus des 4 actuellement prévus pour 2011, et augmentera sa capacité en réserves de brut, passant de 103 millions à 281 millions de barils. Les 4 dépôts existants actuellement sont dans le Zhenhai, Zhoushan, Huangdao et Dalian, deux projets confirmés de futurs dépôts seront dans le Huanggao et Jinzhou; et les autres lieux envisagés pour construire d'autres dépôts sont : Quanzhou, Shantou, Guangzhou, Bao'an, Zhanjiang, Yangpu, Yantai, Binhai, Caofeidian, Tieling, Linyuan, Lanzhou, Wanzhou et Shanshan.
Cependant, des analystes occidentaux font remarquer que les trajectoires actuelles stratégiques et économiques des US et de la Chine sont entremêlées : " si la Chine refuse de continuer d'acheter nos bons, la valeur du dollar plongera, et de même, la valeur des réserves en devises étrangères en dollars de la Chine" a dit Peter Navarro, professeur associé en politique publique à la Paul Merage School of Business, Université d'Irvine, Californie. Navarro a ajouté : " D'un autre côté, si la Chine continue d'acheter notre dette pour soutenir le dollar, elle est confrontée à une forte probabilité qu'avec une telle stimulation fiscale et le flot d'argent facile déversé dans le système US, l'inflation sera inévitable. Cela aussi contribuera finalement à la dévaluation du dollar, et par conséquent des réserves en devises étrangères chinoises. Donc, pour les Chinois, la question est soit de vendre et partir en courant maintenant, ou d'attendre et de spéculer plus tard".
Russell Hsiao 24/03.09 - Asia Times Online http://www.atimes.com/atimes/China_Business/KC24Cb01.html
R. Hsiao est éditeur de China Brief à la Fondation Jamestown Cet article a d'abord été publié sur www.jamestown.org. Copyright Jamestown Foundation.
Actualisation 24/03/09
Selon une dépêche AFP du 24/03/09, à une semaine de la réunion du G 20, le gouverneur de la banque centrale de Chine , Zhou Xiaochuan, dans un texte publié sur le site Internet de l'institution a appelé à la création d'une nouvelle monnaie de réserve internationale. "L'éclatement de la crise et son débordement dans le monde entier reflètent les vulnérabilités inhérentes et les risques systémiques dans le système monétaire international", a-t-il dit. Le contrôle de cette nouvelle monnaie serait placée sous les auspices du FMI. Comme l'établissement d'une telle monnaie pourrait prendre du temps, Mr Zhou Xiaochuan a précisé que : "à court terme la communauté internationale, et particulièrement le Fonds monétaire international, devraient au moins (...) faire face aux risques résultant du système actuel, conduire des contrôles réguliers et des évaluations".