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Leçons De La guerre En Georgie

La guerre russo georgienne de cinq jours dans le Caucase a mis en lumière de nombreux conflits enracinés dans l'histoire de la région et les politiques agressives des US/OTAN depuis l'effondrement de l'Union Soviétique. Parmi celles ci, l'évidente politique d'encerclement de la Russie et les tentatives de contrôler les ressources énergétiques dans des régions au préalable dominées par l'Union Soviétique.



Leçons De La guerre En Georgie

Leçons De La guerre En Georgie
L'effet net de ce conflit a été d'ouvrir une nouvelle ère dangereuse de rivalité entre les deux états nucléaires les plus puissants, une ère qui sera également modelée par l'actuelle récession économique mondiale et les changements que cela va apporter dans les pratiques économiques de tous les états.

L'utilisation par l'ancien président US, Bill Clinton de la force au Kosovo en 1999 a joué un rôle crucial pour accélerer la dégradation de la situation. A l'époque, les US ont rejeté le droit international et la primauté du Conseil de Sécurité, Clinton justifiant la guerre comme un moyen d'établir un ordre international plus humain. Chaque mort de civil qui en a résulté est devenue un "dommage collatéral non intentionel", moralement justifiable parce que l'objectif était noble.

En substituant un droit quasi légal moral d'intervention humanitaire à des principes établis depuis longtemps de souveraineté nationale et de respect de l'intégrité du territoire, l'agression des US/OTAN contre la Serbie a préparé le terrain pour des interventions unilatérales du Président US, G.W. Bush.

Actuellement, embourbé dans des guerres illégales en Afghanistan et en Irak, le gouvernement US semble soudain avoir redécouvert l'utilité des normes du droit international qu'il avait défié au Kosovo. Mais il a invoqué de manière selective le principe de souveraienté nationale, attaquant la Russie pour son intervention en Georgie tandis qu'il envoyait ses propres forcers armées et son aviation mener des opérations transfrontalières au Pakistan.

En quête d'une domination totale

La recherche de causes dans le conflit en Georgie a projeté sur le devant de la scène la quête américaine d'une dominance mondiale militaire ne pouvant être remise en cause et qui exige du Pentagone qu'il installe des bases militaires à des endroits stratégiques partout dans le monde, et que le Congrès vote des budgets militaires de plus en plus énormes.

En 2002, Bush a adopté la stratégie du Pentagone, qui a d'abord été formulée par Dick Cheney et Paul Wolfowitz une décennie plus tôt. Elle projetait de faire des US la seule et unique superpuissance, dissuadant ses ennemis de même que ses alliés, d'aspirer seulement à une domination régionale. Quand, poursuivant leur but ultime, les US ont poussé l'OTAN encore plus vers l'Est vers les frontières de la Russie tout en deversant argent et armes en Georgie et en formant l'armée Georgienne, ils ont tracé la voie de la guerre du mois d'Août dernier.

Ou, plus précisément, la guerre russo georgienne est apparue comme une guerre de proxy faisant partie d' un affrontement US/OTAN contre le nationalisme russe. Les forces russes ont déjoué les provocations armées de la Georgie et ont défié les politiques de l'Amérique et de l'OTAN sur les territoires frontaliers.

Une autre tendance dérangeante mise en avant par la guerre c'est l'accroissement de la compétition acharnée entre les entreprises US et russes pour contrôler les ressources en pétrole et en gaz en Mer Caspienne et en Asie Centrale. Les peuples gerogiens, ossétes, azerbaidjis, et kasakhs et d'autres peuples à l'Est de la Mer Caspienne sont des proies sans défense dans cette bataille continuelle, qui affecte leurs conflits territoriaux et ethniques d'une manière qu'ils ne peuvent pas contrôler.

La lutte pour le pétrole et le gaz a conduit le Commandement Central US, originellement établi pour s'occuper de l'Iran, à étendre ses opérations du Moyen Orient jusqu'aux Etats riches en pétrole et en gaz d'Asie Centrale et de la Mer Caspienne, tels que le Turkmenistan, le Kazakhstan, le Tajikistan et l'Uzbekistan, soulignant les motifs géopolitiques derrière les guerres d'Afghanistan et d'Irak, et maintenant celle russo georgienne.

Quand le premier ministre russe, Vladimir Poutine, et le Président Dmitri Medvedev ont donné l'ordre aux forces russes de pénétrer en Ossétie du Sud et de franchir la frontière pour entrer en Georgie, ils ont violé la Charte de l'ONU. Leur justification initiale - la defense du droit à l'auto determination des Ossétes - était tout aussi arbitraire que celle des US et de l'OTAN pour attaquer le Kosovo et la Serbie, où, contrairement au cas de la Russie, leur droit à l'auto défense n'a jamais été impliqué. (La justification initiale des Russes cela a été le massacre des Ossètes par Saakashvili dont un grand nombre sont également russes, de même que celui des gardiens de la paix russes stationnés en Ossétie du Sud ndlt).

Donc, en répondant unilatéralement à une menace réelle qui s'etait effectivement matérialisée, la Russie a-t-elle commis un acte d'agression ? Ni le Conseil de Sécurité de l'ONU ni l'Assemblée Générale n'ont pu le déterminer légalement. Même s'ils l'avaient fait, la Russie n'aurait pas pris au sérieux l'accusation d'agression des US/OTAN qui aurait simplement servi à montrer le deux poids deux mesures flagrant de ses accusateurs.

Pendant la guerre, les troupes terrestres georgiennes, leurs tanks et certaines milices de l'Ossétie du Sud ont délibéremment ciblé des civils , commis des actes de nettoyage ethnique et détruit sans discernement des biens civils à Taskhinvali la capitale d'Ossétie du Sud et dans des villages sur la frontière entre l'Ossétie du Sud et le territoire même de la Georgie.

Le spécialiste en droit, Richard Falk, a affirmé que la Russie a également ciblé "plusieurs villages peuplés de Georgiens dans la région". Si tel est le cas, il y a peu de preuve que la Russie soit responsable d'une opération de nettoyage ethnique. Si les Russes ont commis des crimes de guerre, ils sont bien pales comparativement à ceux commis chaque jour par les US et leurs alliés contre les civils irakiens et afghans. Mais, comme le dit Falk, on devrait enquêter sur toutes ces accusations quelque soit l'ampleur des crimes supposés commis.

La crise dans le Caucase met en évidence l'état d'esprit étroit nationaliste des décideurs politiques occidentaux, et de leurs opinions publiques. Des mouvements séparatistes existent dans de nombreux états satellites multiethniques de l'ancienne Union Soviétique, où les Russes sont en minorité. Les dirigeants politiques US et de l'OTAN et les néo conservateurs se sont empressés de les exploiter.

Mais une fois que les tanks russes et les forces terrestres sont entrées en Georgie, mettant fin rapidement à l'encerclement par l'OTAN et exposant les limites de la puissance militaire américaine, les médias occidentaux de masse ont immédiatement déversé leur venin sur la "brutalité de la Russie" tout en ignorant premièrement le rôle joué par la Georgie dans le déclenchement du conflit, et deuxièmement le soutien militaire des US et d'Israël à la Georgie.

Le Président Saakashvili leur a facilité la tâche pour couvrir la guerre en faisant appel à une société de relations publiques européenne, Aspect Consulting, qui a envoyé un haut responsable disséminer des mensonges quotidiennement, voire d'heure en heure, sur les Russes mettant tout à sac et attaquant les civils georgiens.

Les journalistes américains (cela vaut aussi pour les journalistes français que ce soit ceux du Monde, du Figaro, de Libération, pour ne citer qu'eux ndlt) ont entretenu le sentiment russophobe en répandant des informations biaisées, diabolisant la Russie en la présentant comme agresseur diabolique tout en présentant la Georgie comme "démocratique et amoureuse de la paix". Le Magazine d'affaires américain Fortune a critiqué la "brutalité" de l'ours russe et la menace qu'il représentait pour un monde interdépendant; Forbes a qualifié la Russie "d' état gangster" dirigé par une "kleptocratie".

Les présentateurs de TV ont comparé la Fédération Russe à l'Allemagne nazie au moment de la crise de Munich. La secrétaire d'état Condoleezza Rice a même affirmé que l'Amérique avait un droit moral à sermoner la Russie pour lui espliquer comment un "pays civilisé" doit se conduire au XXIème siècle. Ce qui a poussé l'ancien président russe, Poutine a faire ce commentaire sarcastique : " j'ai été surpris de la puissance de la machine de propagande occidentale... Je félicite tous ceux qui ont été impliqués.C'était un boulot magnifique. Mais le résultat est mauvais, et sera toujours mauvais car c'était un travail malhonnête et immoral."

La guerre

Tout ce qui concerne la guerre russo georgienne est pratiquement contesté, spécialement la question de qui l'a déclanchée. Mais de nombreuses preuves publiées contredisent la propagande georgienne et indiquent que Saakashvili a provoqué la guerre avec les encouragements et le soutien matériel de l'Administration Bush.

Un an plus tôt, le régime de Saakashvili avaient établi des plans d'invasion de l'Ossétie du Sud, qui depuis 1920 a cherché en permanence à obtenir son indépendance. Il a été encouragé à concrétiser ces plans - pendant les jeux olympiques d'état de Beijiing - parce qu'il s'attendait à recevoir de l'aide américaine et des allliés de l'OTAN, dont il a soutenu les guerres en Afghanistan et en Irak en envoyant 2000 soldats georgiens.

Les observateurs de l'OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement en Europe) stationnés en Ossétie du Sud ont rapporté que les forces georgiennes ont effectué les premiers tirs "peu avant minuit le 7 août". Avant cela des avions russes avaient occasionnellement pénétré l'espace aérien georgien. il y avait eu des accrochages mineurs entre les Ossétes du Sud et les Georgiens, et des drones espions georgiens avaient survolés l'Abkazie qui a d'importants ports sur la Baltique.

Ces actions n'ont pas déclanché la guerre. Ce qui l'a déclanché ce sont les bombardements tard dans la nuit et l'offensive terrestre ordonnés par Saakshvili, au cours desquels l'armée georgienne entraînée par les US et ( dans une moindre mesure) les israéliens ont utilisé des roquettes, l'artillerie lourde et des bombes à fragmentation fournies par Israël, pour attaquer Tskhinvali (et sa population civile ossète désarmée ndlt) et tuer des soldats russes.

Difficile d'évaluer le chiffre des morts et les destructions physiques engendrées par les bombardements georgiens et les assauts terrestres, qui visaient non seulement les Russes et les Ossètes mais aussi les congénéres Georgiens vivant en Ossétie du Sud. Les responsables russes ont initialement affirmé que l'attaque georgienne avaient tué environ 2000 Ossètes du Sud qui étaient citoyens russes.Plus tard dans le Financial Times de Londres les chiffres ont été revus à la baisse suggérant que l'assaut avait fait au moins 133 morts civils ossètes et 59 morts parmi les forces de maintien de la paix russe. dans le même article on estimait à 146 le nombre de soldats georgiens tués et 69 le nombre de civils georgiens morts lors de l'invasion et du bombardement russe qui a suivi. ( Les medias occidentaux ont repris à leur compte les chiffres avancés par Saakashvili, mais pour l'heure on ne sait toujours pas combien d'Ossètes du Sud sont morts car la plupart ont été enterrés par leurs proches dans les jardins et cours. Cet article ne cite pas non plus le nombre de soldats russes tués au combat en plus des gardiens de la paix et qui se chiffre par dizaines ndlt). On doit aussi comptabiliser comme victimes de la guerre les quelque 30 00 Ossètes qui ont fui vers l'Ossétie du Nord, plus les Georgiens vivant en Abkazie et en Ossétie du Sud qui ont été obligés de quitter leurs maisons.

Le 9 octobre lors de la conference de politique mondiale à Evian, en France, Medvedev a annoncé que la Russie avait evacué les zones tampons en Georgie un jour avant la date limite prévue telle que c'était spécifié dans les accords de cessez le feu. Pour cela il a été félicité par le Président français Nicolas Sarkozy qui, pour la première fois, a publiquement réprimendé la Georgie pour son " agression".

Mais les tensions entre la Russie et l' Europe vont certainement continuer tant que les Etats Unis persistent à soutenir la Georgie et l'Ukraine dans leurs revendications nationales, tandis que les tensions subsistent entre les forces georgiennes, les soldats ossètes et les soldats de maintien de la paix russes.

Cependant, un nouveau chapitre dans le conflit entre l'OTAN et la Russie s'est définitivement ouvert, dont le discours de Medvedev aux dirigeants européens fait état. il a réaffirmé que la Russie n'était "absolument pas intéréssée par une confrontation" et les a appelé à créer "un nouveau réseau de sécurité mondial pour defier la détermination des US a vouloir asseoir leur domination mondiale".

Pendant ce temps, le peuple russe a perdu ce qui lui restait d'illusion concernant l'Occident, et les dirigeants russes doivent maintenant se préoccuper de zones de conflits ethniques pouvant s'étendre du Nord du Caucase via la Mer Noire jusqu'à l'Asie Centrale et au delà, remettant en lumière d'autres points chauds éventuels tels que celui du Nagomo Karabakh en Afghanistan et celui du Yakutia en Extrème Orient.

Derrière la guerre

Les conflits de la Russie avec les peuples non russes du Caucase remontent à des siècles, mais les développements qui ont conduit directement à la guere russo georgienne démarrent avec l'effondrement de l'Union Soviétique. Celui ci a crée une euphorie parmi les élites américaines et européennes. Beaucoup parmi elles ont pensé que maintenant ils pourraient refaçonner l'Europe sans avoir à prendre en compte les préférences du géant russe sur son pas de porte. Tout en admettant la Russie comme membre à part entière du FMI et de la Banque Mondiale, et lui octroyant des prêts d'argent, ils ont rapidement élaboré une nouvelle mission offensive pour l'OTAN.

La Russie a plongé dans un déclin à multiple volets et adopté une attitude de prostration. Elle a abandonné sa position dominante sur les côtes de la Mer Baltique et de la Mer Noire. L'Azerbaidjian, l'Arménie, et les 5 ex républiques du Kazakhstan, du Kyrgyzstan, du Tajikistan, du Turkmenistan et de l'Uzbekistan ont émergé comme états indépendants, avides d'attirer les investrissements occidentaux, et certains même prêts à accepter sur leur territoire des bases américaines. La Crimée, où est stationnée la flotte russe de la Mer Noire, fait partie de l'Ukraine qui a proclamé son indépendance en 1991, et qui, peu de temps après, a exprimé son désir de faire partie de l'OTAN. La Pologne a rejoint l'OTAN et l'Union Européenne en 1996.

Une fois que l'Europe de l'Est s'est ouverte entièrement à l'interventionisme économique occidental , la Russie ne pouvait pas faire grand chose pour éviter que les élites régionales cherchent à s'intégrer à l'Empire US.

Economiquement, la Russie était en proie à de sérieuses difficultés. Sous la présidence de Boris Yeltsine, elle avait choisi de passer rapidement d'une dépendance complète à une gestion centralisée à une économie de marché capitaliste. Son immense économie s'est alors contractée. Ses forces armées et sa flotte sont devenues vetustes. Des difficultés sociales de toutes natures se sont amplifiées. De nombreux russes ont fait l'expérience de sévères difficultés économiques tandis qu'une poignée ont saisi l'occasion pour acheter des entreprises d'état en s'enrichissant ultra rapidement devenant ainsi la nouvelle élite de la Russie.

L'époque de la redistribution rapide des richesses économiques, de l'humiliation nationale et de la désintégration sociale a duré environ 8 ans. Dés 1999, grâce à une croissance économique rapide, de nouvelles attentes ont vu le jour. La Russie a rapidement payé ses dettes. Mais elle n'a pas pu cependant se remettre de son énorme déclin démographique.N'étant plus une superpuissance militaire, ses dirigeants l'ont perçu comme un état nation ayant des problèmes spéciaux de sécurité car elle s'étendait de l'Euraésie à la Mer Baltique et à la Côte Pacifique, partageant des frontières avec 14 autres états, et avait une capacité nucléaire. Les années qui ont suivi, la Russie a repris confiance en elle- même, et son économie de marché florissant lui a permis de réapparaître sur la scène internationale comme un important pays exportateur d'energie vers l'Europe.

En Georgie, des manifestations populaires ont fait tomber le gouvernement en 2004. Dénommée "Révolution Rose". Ce changement politique a été financé pour partie par la National Endownment Democraty ( une organisation US semi gouvernementale, une relique de la Guerre Froide de l'épqoue Reagan), et l'investisseur milliardaire et activiste politique George Soros. La propagande américaine a rapidement transformé cet état autocrate en une Georgie devenue la "crème de la Liberté", une "Démocratie" avec une "économie de marché" lui permettant d'être soutenue pour intégrer l'OTAN malgré ses conflits ethniques en cours en Abkasie et en Ossétie du Sud.

Les Américains, par le biais de leurs organisations faisant la "promotion de la démocratie", ont joué un rôle similaire en finançant la "Révolution Orange" en Ukraine. D'abord ils ont aidé l'ascension de Viktor Yushchentko , un anti russe, à la présidence d'un pays politiquement divisé, dont moins de la moitié de la population penche pour l'Occident, puis ils ont soutenu le droit de l'Ukraine à postuler pour devenir membre de l'OTAN.

Pendant plus d'une decennie, les dirigeants russes ont fait des objections répétées contre les efforts des US de transformer leurs états voisins en états clients. Mais reconnaissant leur propre faiblesse nationale et l'interdépendance croissante des nations, les dirigeants russes savaient que leurs options étaient limitées. Cependant, comme les dirigeants américains poursuivaient leur quête de domination militaire mondiale, et comme avec les dirigeants européens ils poussaient l'OTAN de plus en plus près des frontières russes, la direction de Moscou a compris qu'elle avait fait trop de concessions sur des intérêts de sécurité vitaux pour garder les faveurs de Washington. Jusqu'à quel point les qualités de la direction nationale et le droit international pouvaient -ils garantir les frontières de la Russie ? Ou fallait-il empêcher la Georgie de devenir "l'Israël du Caucase" ?

Conséquences

Les retombées de la guerre se sont faites sentir d'abord dans les régions de la Mer Caspienne et de la Mer Noire. L'Azerbaijian qui depuis 1994 avait autorisé des entreprises occidentales à développer ses ressources en gaz et pétrole, a décidé de baisser sa dépendance au pipeline trans Caucase allant de son port de Bakou à la Georgie, et a augmenté de manière permanente quoique faible ses livraisons de pétrole via la Russie et l'Iran. " Nous ne voulons insulter personne, mais ce n'est pas bon d'avoir tous ses oeufs dans le même panier, spécialement quand le panier est très fragile" a dit le vice président de la compagnie pétrolière d'état de l' Azerbaijian. La réaction du Kazakhstan a été de démarrer des discussions avec Moscou sur de "nouveaux pipelines d'exportation vers la Russie" maintenant que l'acheminement par la Georgie était devenu moins sûr.

La Georgie, qui a de la valeur pour les Etats Unis principalement à cause du contrôle des pipelines de gaz et pétrole de l'Azerbaijian et de l'Asie Centrale, et qu'Israël a soutenu comme un marché pour ses ventes d'armes et dans l'espoir d'obtenir l'utilisation de bases aériennes à partir desquelles ils pouvaient attaquer l'Iran, a perdu ses petites enclaves autonomes. Bien que son homme fort impétueux, Saakashvili, ait redoublé ses efforts pour obtenir le statut d'état membre de l'OTAN et une assistance économique et militaire de l'Occident, ni l'UE ni l'OTAN ne sont disposés à accepter la Georgie dans le future proche, encore moins autoriser Saakshvili à les manipuler. La défaite retentissante de la Georgie a diminué l'importance de ses pipelines.

La Russie a montré au monde qu'elle répandrait le sang pour empêcher que de futures menaces à sa sécurité ne se développent sur ses propres frontières, bien qu'elle ne ménerait pas des guerres de niveau génocidaire pour contrôler le pétrole étranger, comme l'ont fait les Etats Unis en Irak. La Russie a démontré qu'elle pouvait à tout moment mettre fin au statut de corridor d'energie sécurisé de la Georgie par le biais duquel le pétrole est transporté en Occident via la Turquie. En même temps, Poutine s'est efforcé de réitérer des vérités que lui-même et d 'autres dirigeants soviétiques ont répété à Washington depuis des années : principalement qu'il n'y avait pas besoin d'une confrontation et certainement " aucune base pour une guerre froide" ou " pour une animosité mutuelle". Poutine a insisté sur le fait que la "Russie n'avait aucune ambition impérialiste".

Effectivement, les objectifs de la Russie étaient trés limités. Pendant pratiquement deux décennies, elle a essayé sans succès de faire en sorte que les Etats Unis et l'UE reconnaissent ses besoins en matière de sécurité nationale et construisent un véritable partenariat. L'Ossétie du Sud qui a longtemps été pro Moscou, ne voulait pas être intégrée à la Russie, alors que l'Abkazie le voulait. Mais la Russie n'avait pas l'intention d'annexer ces régions et de s'exposer à l'accusation d'expansionisme territorial.

Le réponse de la Russie au précédent crée par le Kosovo, était de reconnaître formellement, de facto, l'indépendance et de signer des traités d'amitié avec le dirigeant d'Ossétie du Sud, Edouard Kokoity, et celui d'Abkazie, Sergei Bagapsh. Les traités inclus un engagement à les défendre en stationnant des troupes dans chaque région et en y construisant des bases militaires. Lors de la signature, Medvedev a réaffirmé que "nous ne pouvons pas voir les démarches visant à intensifier les relations entre l'OTAN et la Georgie autrement que comme un encouragement à de nouvelles aventures".

Mais la campagne militaire georgienne a-t-elle accru la sécurité de la Russie contre la menace d'une attaque nucléaire ? A-t-elle rompu l'encerclement construit par les US et l'OTAN ? L'agresseur georgien a été facilement " mis KO par un coup de poing dans la figure" ( selon les propres termes de Poutine)

Pourtant, quand ils analysent la politique des l'US/OTAN, les dirigeants de la Russie voient qu'ils n'ont pas stoppé l'expansion de l'OTAN vers l'Est et l'installation de systèmes anti missiles balistiques US en Pologne. La menace de développement d'une course aux armements par les US à travers le Caucase et en Europe en général, reste d'actualité.

Les ministes de la défense de l'OTAN, considérant la situation sous l'angle confrontationnel, ont étudié des plans de création d'une force militaire "d'intervention rapide". L'annonce par Medvedev le 26 Septembre que la Russie allait construire un "système sûr de dissuasion nucléaire"- dont la mise en place se ferait en 2020 - devrait être interprétée comme une réponse à la guerre de Georgie et l'encerclement occidental, quoique la planification ait précédé la crise. Alors même que les dirigeants russes ont besoin d'investir pour moderniser les infrastructures et améliorer les conditions de vie du peuple russe, ils sont obligés d'affronter les efforts déterminés des dirigeants US et de l'UE pour les entourer de bases militaires et de missiles nucléaires.

La Russie ne peut ignorer les menaces d'isolation économique et diplomatique à l'encontre des Ossètes du Sud et des Abkazes. Leur incapacité à obtenir une reconnaissance internationale sera un frein à leur prospérité, tandis que la Georgie bénéficie déjà d'un prêt du FMI, et de nouvelles promesses d'aide de la part de l'UE et des US. Voir la Georgie montrée comme un état exemplaire tandis que l'Ossétie et l'Abkazie vont se morfondre, cela ne peut que détériorer l'image de la Russie en Occident.

La Russie, en défendant ses frontières d'une véritable menace sécuritaire a souffert, partiellement à cause de ses propres actions, d'un revers auprés de l'opinion publique internationale. Seul le petit état du Nicaragua l'a soutenue en reconnaissant formellement les deux républiques séparatistes. Les grandes puissances occidentales ont refusé d'accepter la validité des changements frontaliers découlant de la guerre. L'Ossétie du Sud et l'Abkazie possédent de fait les critères pour avoir le statut d'état, mais ils n'ont pas les critères politiques de reconnaisance imposés par les US et l'UE.

Le consensus des dirigeants des US et de l'OTAN s'était qu'ils manquent d'indépendance réelle vis à vis du contrôle de la Russie et qu'ils ne respectaient pas les droits de leurs minorités, comme si les Kosovars Albanais dans la nouvelle colonie de l'Europe respectaient les droits des minorités serbes et roms. On ne peut que constater l'hypocrisie flagrante de l'attitude des US/OTAN en ce qui concerne les états crées suite au démantelement de l'ancienne Yougoslavie.

D'un autre côté, la position de la Russie, qui affirme que la Georgie a perdu ses droits sur ces territoires en commettant des abus contre les Ossètes et les Abkazes, est également hypocrite compte tenu de la repression brutale par Poutine contre le mouvement séparatiste tchéchène. Cela peut aussi apparaître aux yeux des Serbes comme à double tranchant puisque la reconnaissance des deux nouveaux états dans le Caucase semble violer le principe d'intégrité territoriale, sapant ainsi l'opposition morale de la Russie au précédent du Kosovo.

Réponse confrontationnelle

Ce qui pourrait être l'un des plus grands dangers de la guerre russo georgienne c'est la façon dictatoriale confrontationnelle avec laquelle l'Administration Bush et les politiciens américains ont répondu. alors que les US sont enfermés dans une "guerre contre le terrorisme" d'auto défaite, qu'il sont militairement limite et affaiblis par une crise économique mondiale qui s'amplifie., ils persistent à vouloir étendre leur sphère dinfluence jusque dans la région de la Mer Noire.

L'Administration Bush veut s'accrocher à la Georgie comme "route de transport de l'energie" et une base à partir de laquelle ils peuvent assurer leurs interêts dans la région eurasienne. Ils refusent de voir que la Georgie a une dispute territoriale enracinée historiquement et ils continuent à encourager la Georgie et l'Ukraine dans leur tentative pour devenir membre de l'OTAN.

Les candidats à la présidentielle, le Sénateur Républician John McCain, et le Sénateur Démocrate, Barak Obama, ont publiquement endossé la confrontation de Bush avec la Russie, et aucun des deux n'offre une critique de principe de la politique étrangère US. En fait, ils semblent vouloir comme Bush agir pour maintenir la "Russie enlisée dans le Caucase pour saper la capacité de la Russie à jouer un rôle prépondérant sur la scène internationale".

Les principaux gouvernements européens, d'un autre côté, ont une approche un peut plus saine seulement parce qu'ils dépendent de l'approvisionnement en ressources énergétiques de la Russie et sont moins unis dans leurs politiques étrangères et domestiques. Mais ils sont profondemment divisés sur la façon de traiter Moscou, seule l'Allemagne semble disposée à continuer d'approfondir les relations amicales avec la Russie.

Ironiquement, la Russie reste pour le moment un "partenaire stratégique" pour les US. Les US ont besoin de sa coopération permanente pour ce qui concerne l'Afghanistan, et pour l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord. Poutine et Medvedev ne refusent pas que les approvisionnements non militaires de l'armée US pour leurs troupes en Afghanistan et celles de l'OTAN transitent par le territoire russe, bien que cette option soit à leur disposition. Mais ils ont affaibli les sanctions US à l'ONU contre l'Iran, contre lequel l'Administration Bush méne une guerre économique et clandestine.

La Russie veut également vendre des armes à l'Iran et y achève la construction du réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr. En juillet, la Russie a renforcé ses liens pétroliers avec l'Iran par un accord de coopération, le géant pétrolier d'état russe Gazprom signant un contrat pour développer des champs pétroliers et gaziers en Iran. Il a également récemment conclu la même chose avec le Kazakhstan et l'Uzbekistan.

En bref, quand il s'agit de faire face à des actions hostiles des US/OTAN en Iran, Irak, Afghanistan et spécialement dans sa " zone étrangère de proximité", la Russie a de son côté la géographie de même que de nombreuses options diplomatiques.

Les futurs dirigeants américains ont besoin d'une nouvelle approche vis à vis de la Russie et du reste du monde. Alors qu'ils étudient la manière de reconstruire sur la scène intérieure et cherchent à regagner la confiance à l'étranger, ils devraient agir avec Moscou sur tous les aspects de leur relation. Le prochain président devrait s'efforcer de construire un nouveau système de sécurité mondial et d'agir dans le sens d'un désarmement nucléaire.Cela va demander néanmoins de répudier toutes les stratégies US de sécurité nationale passées, basées sur l'idée que l'Amérique a un devoir divin de jouer le gendarme du monde et de s'ingérer dans les affaires des autres nations.

Herbert Bix 22/10/08 www.atimes.com

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

Herbert Bix contribue régulièrment à Foreign Policy in Focus. Il est l'auteur de Hirohito and the Making of Modern Japan (HarperCollins), qui lui a valu de recevoir le prixPulitzer . Il enseigne à l'Université de Binghamton, New York, et écrit sur les sujets de guerre et empire.









Dimanche 26 Octobre 2008
Mireille Delamarre

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