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Anti Sionisme

Le Sionisme en question – Analyse critique et psychanalyse approfondie d’une idéologie nationaliste

Interview de Jacqueline Rose auteur de « La Question de Sion » par Rosemary Bechler d’Opendemocracy

Dans son livre « la question de Sion», Jacqueline Rose applique les connaissances de la psychanalyse au monde intérieur de la doctrine et des comportements sionistes.



Jerusalem : Opposition extrèmement  virulente des anti sionistes religieux - Affichage: Sionistes Chiens
Jerusalem : Opposition extrèmement virulente des anti sionistes religieux - Affichage: Sionistes Chiens

La Nation comme traumatisme, le Sionisme comme question

Opendemocracy : votre livre « la question de Sion » est dédié à la mémoire d’Edward Saïd : son titre est un hommage à son livre de 1979, « La question de Palestine ». En quoi cette étude est une suite du projet d’Edward Saïd ?

Jacqueline Rose : il y a dans l’œuvre de Saïd un aspect négligé, qui commence avec le chapitre clé du livre, « le Sionisme vu sous l’angle de ses victimes » et qui continue avec l’essai de 1997, « des bases pour la coexistence ». Dans ce dernier, il dit : « nous ne pouvons pas coexister comme deux communautés détachées l’une de l’autre et séparées sans communication dans la souffrance. »

Il argumente en disant qu’il faut qu’il y ait une compréhension pas seulement de l’histoire de l’autre, mais de l’histoire de la souffrance de l’autre. Il affirme aussi que « la cohésion interne et la solidarité d’Israël, des israéliens, comme peuple et comme société, a pratiquement occulté toute compréhension des arabes en général. » Il le voit comme un échec.

Je crois que cette compréhension même de Saïd, a occulté les critiques à l’encontre d’Israël. Donc mon point de départ c’est cette exhortation Gramsciesque* (historicisme) à quiconque veut naviguer dans l’histoire qui parcourt aussi l’oeuvre écrite d’Edward Saïd : « de se savoir aussi un produit de l’histoire ». Il décrit le Sionisme comme ayant « une efficacité traumatique immense » pour les palestiniens. Avec de tels commentaires, il fait une demande pour quelque chose de presque impossible. De s’accrocher à la fois à deux émotions jumelles : l’empathie et la rage.

L’oeuvre de Saïd a souvent porté sur de telles luttes. Dans sont œuvre, cette histoire d’injustice est centrale mais en même temps il croyait qu’il devait y avoir un certain niveau de compréhension ; avant tout, de pourquoi le Sionisme est si puissant. Comment commande-t-il une telle allégeance apparemment inflexible ?

Le Sionisme – qui je crois a été traumatique pour les juifs comme pour les palestiniens – semble intouchable, ayant pénétré si profondément au cœur de ce que les gens ressentent sur eux-mêmes. Miche Warschawski, (« Mikado »), le pacifiste vétéran et auteur de « On the border » (Sur la frontière - 2005) le mentionne dans son commentaire disant qu’un vrai changement nécessiterait une restructuration totale de l’identité.

Un autre lien très personnel à l’œuvre d’Edward Saïd se réfère de nouveau au fil Gramsciesque de sa pensée. Je pense qu’il aurait voulu remettre au goût du jour l’histoire de l’opposition juive interne au sionisme. Il décrivait le but de la pensée critique comme étant « de faire des différenciations là ou avant il n ‘y en avait pas ». J’aime penser que c’est ce que j’ai essayé de faire à travers mon livre « La Question de Sion. »

OPDEM : le livre commence par clarifier le terrain médian que vous voulez occuper de façon à pouvoir faire ces différenciations. Vous vous autorisez à fouiller « l’un des plus importants mouvements collectifs du XXème siècle » contre à la fois ceux qui sont prompts à voir dans toute critique, de l’antisémitisme, et ceux qui s’opposent catégoriquement à quelque chose qu’ils comprennent à peine. Mais cette position presque impossible à tenir ne risque t’elle pas de déplaire à tous ? Quelles sont alors les chances de votre thèse provocatrice d’être correctement débattue ?

JR : Une ou deux revues folles m’ont accusée de comparer le sionisme au nazisme – une déformation sauvage de mon projet, quelque chose que j’ai toujours explicitement rejeté. Mais, Ilan Pape, le plus controversé peut être des historiens israéliens en Occident, et quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’estime, suggère que j’ai atteint mon but : de me frayer un passage clair entre une identification enthousiaste avec le propre discours de l’état, et un chapelet d’insultes.

En même temps, la division de choc entre les pères fondateurs du sionisme et, plus tard, ses critiques « internes » peuvent donner l’impression qu’Israël offre à ses citoyens (et en fait au reste du monde) seulement une identification létale ou une dissidence radicale.

C’est une tragédie. Je n’aimerais pas – spécialement en vous parlant Rosemarie – sous estimer le nombre croissant d’israéliens qui travaillent lentement, péniblement à la paix, en ayant des contacts avec les palestiniens et d’autres arabes. Mais leur voix n’est pas efficace, et ils n’ont certainement pas de représentation politique.

Daniel Barenboïm a fait ce commentaire à une conférence pour commémorer Edward Saïd à Budapest que « il n’y a pas d’opposition (en Israël) et que 1967 a tout changé. » Des partis religieux qui jusqu’alors étaient marginaux ont interprété la victoire de 1967 comme un miracle, et ont appelé ensuite à la cohésion et l’expansion de l’état d’Israël. L’occupation post 1967 et la main d’œuvre bon marché palestinienne qu’elle a rendue possible ont détruit le socialisme comme principe de motivation interne de construction de l’état.

Même dans les conditions décrites par Barenboïm aujourd’hui, le débat sur le Sionisme prend de l’ampleur. Le livre extraordinaire de Bernard Avishai dans les années 70 (The tragedy of Zionism « (la Tragédie du Sionisme ») a été réédité en 2002 ; « Le Mythe du Sionisme » de John Rose publié en 2004. Donc je suis dans le »mouvement » : beaucoup de gens pensent qu’ils ont besoin de comprendre le phénomène. Mes chapitres principaux sont déjà entrain d’être traduits en français et en hébreu. Est-ce que la discussion élargie que j’aimerai voir se développera ? On ne peut encore rien dire.


Sionisme et messianisme

OPDEM : Votre premier chapitre se penche sur l’analyse de Gershom Sholem : comment le messianisme « une étrange mixture de pouvoir politique et visionnaire » a influencé le Sionisme et ses penseurs principaux comme Vladimir Jabotinsky – qui à son tour, argumentez- vous, peut avoir influencé Benyamin Netanyahu, et « bien d’autres personnes de la droite israélienne d’aujourd’hui ». Emanuele Ottolenghi et Davis Cesarani ont réfuté de telles associations.

JR : Certaines critiques pensent que de faire un lien entre le sionisme et le messianisme c’est le déconsidérer. Ceci a été longuement débattu entre sionistes : beaucoup de sionistes séculiers des débuts, et les premiers dirigeants d’Israël comme Chaïm Weizmann, ont nié instamment devoir quelque chose au messianisme. Au lieu de cela, ils ont insisté sur le fait qu’ils construisaient de façon rationnelle le territoire pour produire un habitat fortifié, sécurisé pour le peuple juif. Mais, je n’ai pu m’empêcher de noter les résonances étonnantes entre le langage religieux de Gershom Sholem, et le ton apocalyptique des discours de l’état d’Israël sur lui-même.

Dans les oeuvres des sionistes séculiers, j’ai en fait découvert un discours messianique d’un genre extraordinaire – incluant un vocabulaire complexe de souffrance et de rédemption, des références fréquentes de David Ben Gourion et d’autres au « rassemblement des exilés » (techniquement une référence apocalyptique) et les mentions de « rédemption » et du « Rocher d’Israël » trouvé dans la déclaration d’indépendance.

Le même vocabulaire est employé aujourd’hui par des personnes comme Ariel Sharon qui envisage de résoudre le « problème démographique » pour assurer que l’état conserve pour longtemps une majorité juive, comprenant une immigration de masse de juifs, des obstacles mis à la naturalisation des arabes. De tels dirigeants refusent d’admettre qu’ils ont un plan démographique comportant un élément messianique.

En fait, ils ne peuvent pas s’expliquer sur d’autres bases. Ils peuvent justifier le droit à un état juif sécurisé, en terme de menace permanente existentielle contre le peuple juif. Mais ils ne peuvent seulement justifier le droit d’être une majorité régnant sur les palestiniens – qui étaient là quand le Sionisme s’est établi – qu’en invoquant la Bible comme leur en donnant « mandat ». Ceci permet à l’élément messianique présent dés le début du discours de devenir une réalité. Comme Ben Gourion (« chaque homme est son propre messie ») disait :

« Sans une impulsion messianique, émotionnelle, idéologique, sans la vision d’une restauration et d’une rédemption, il n’y aucune raison pour laquelle même des juifs oppressés et défavorisés – devraient venir en Israël, parmi tous les endroits… »

OPDEM : Quel objectif aviez vous en recherchant les traces de la pensée messianique dans le sionisme et ses racines ?

JR : David Hartman, fondateur du Shalom Hartman Institute » (Institut Hartman pour la Paix) à Jérusalem, et auteur de « of Israelis and the Jewish Tradition » (des Israéliens et de la Tradition Juive), affirme qu’Israël doit se défaire de son identité messianique sinon Israël ne survivra pas et la prochaine génération s’éloignera du Judaïsme. Ceci, dit il, est le plus grand défi que les deux (Israël et le Judaïsme) ont à affronter aujourd’hui.

Hartman, comme Martin Buber, semble plaider pour de lents intervalles dans le temps de l’histoire et leurs applications quotidiennes. Son œuvre fait écho à l’identification de Sholem avec le combat pour l’âme de la nation d’Israël, entre la justification mystique et cosmique de l’état, et une religion qui doit elle-même se détacher des notions de pouvoir national.

Yeshayahu Leibovitz, distingué philosophe qui critiquait ouvertement l’état d’Israël, un farouche religieux orthodoxe, lui aussi argumentait sur le fait que la tentative d’Israël de se justifier en termes religieux frôlait le fascisme.

C’est à la fois Hartman et Liebovitz qui m’ont aidé à me confronter au travail inspirant de Gershom Sholem qui a écrit à Jérusalem alors que le sionisme prenait forme autour de lui. J’avais besoin de savoir pourquoi il voulait revisiter le mysticisme juif à un tel moment, et comme je progressais, c’est devenu plus clair que cela venait de sa peur du messianisme et sa conviction que la tradition juive contenait quelque chose à la fois de démoniaque et de créatif qui avait été entravé et réprimé, et qui pouvait expliquer la ferveur de la vie juive contemporaine.

Sholem aimait la vision messianique, et voulait restaurer la tradition. Mais il sentait que le faux messianisme séculier dans lequel l’état était déifié comme l’accomplissement emblématique de la mission divine, était entrain de devenir dominant en Israël.

Le motif messianique est omniprésent dans la culture des colons. Cela était évident chez ceux de Gaza qui affirmaient que leur allégeance allait à la terre et non à l’état – parce que la terre est le commencement de la rédemption d’Israël. Mais, un autre colon, Rabbi Menachem Fruman, de Tekoa en Cisjordanie, a dit à Haaretz (quotidien israélien) qu’il resterait – parce que ceci était le début, non pas de la rédemption, mais de la paix, et qu’il vivrait côte à côte avec les palestiniens. C’était un moment merveilleux : un discours messianique se contemplant et produisant une vision progressiste prête à mettre de côté sa militance pour le bien de vivre d’une autre façon.

Ce vocabulaire de rédemption n’est pas seulement utilisé par les juifs qui se proclament eux-mêmes messianiques. Neturei Karta, et au moins deux autres groupes explicitement messianiques se sont opposés de façon virulente au Sionisme depuis ses débuts. Ils le voient comme une parodie, se basant sur le fait que la rédemption ne peut être accomplie de notre propre initiative, mais seulement à travers la volonté divine.


Le Sionisme et le nationalisme

OPDEM : Vous soutenez que le Sionisme est « un exemple merveilleux » du travail du psyché dans la constitution de l’état nation moderne. Il a été importé au Moyen Orient, et vous continuez en disant « un concept d’Europe centrale de nationalisme intégré – nationalisme fondé sur l’ethnicité et le sang- qui était sur la voie du déclin ». Peut être est-il en crise et non en déclin – alors ou actuellement – autant que nous pouvons en convenir.

JR : L’effondrement de la Yougoslavie nous enseigne que cela ne s’est pas estompé. Le biographe de Théodore Herzl, Amos Elon, décrit (dans A Blood- Dimmed Tide) le coût tragique du succès sioniste : « quand la religion est vue primitivement comme une quête d’identité, cela vient au dépend d’autres valeurs plus élevées, la charité et la compassion » Il ajoute, « (en) dernière analyse, comme Karl Kraus avait prévenu, chaque idéologie gravite autour de la guerre ».

Ahad Ha’am, le génie autodidacte d’Odessa, avait compris cela dans les années 30- 40 : il a posé la question de savoir si cela était possible de combattre pour une identité qui se définissait elle-même en termes ethnique et religieux, quand on la reconnaît aussi comme provisoire et contingente.

Là aussi, Edward Saïd est un exemple. Quand les gens demandent pourquoi mon livre ne contient pas de critique du nationalisme arabe ou palestinien, je cite l’utilisation tardive par Edward Saïd de l’humanisme et de la musique (ce qui est crucial) pour proposer une différente forme d’identité nationale : modulée, subtile, souple, ouverte et consciente de sa dimension provisoire. Ceci est certainement une question pour notre époque : si on peut avoir ou pas une identité qui connaît ses limites. C’est là aussi un sujet à traiter. De toute façon, les vagues appels au cosmopolitisme n’ont pas non plus de réponse.

Note en marge de ce passage

OPDEM : Vous dites, plutôt énigmatiquement, qu’Edward Saïd n’aurait pas été d’accord avec tout ce que vous avez écrit dans ce livre.

JR : il m’a demandé une fois si j’écrivais une apologie du Sionisme. Je pense qu’il n’aurait jamais été d’accord avec ceux qui avancent que de demander aux palestiniens de comprendre le Sionisme c’est comme de demander à une victime d’un viol de comprendre le violeur. Mais je peux voir que mon pari dans le livre « d’analyser la façon de penser du Sionisme sans préjuger de ce qui pourrait en sortir» aurait pu lui paraître comme risquer une identification de trop. Il aurait été très inquiet que les tentatives de comprendre et d’être en empathie avec la situation difficile des juifs ne doivent pas devenir une apologie pour l’état d’Israël. Bien qu’il n’ait jamais désigné Israël comme un état illégitime, il était bien sûr très critique sur sa fondation. Mais bien qu’il soutenait le droit au retour des réfugies palestiniens, plus tard, il a parlé de l’injustice qui serait commise si les israéliens étaient maintenant chassés de chez eux comme l’avaient été les palestiniens en 1948. Sa position était absolument claire politiquement en ce qui concerne l’injustice dont ont souffert les palestiniens, mais aussi complexe dans ses expressions si souvent ignorées.

Le Sionisme et les identités politiques

OPDEM : Est-ce que votre analyse du Sionisme est un cas d’étude d’identités politiques ?

JR : j’ai toujours été sceptique sur le concept d’identité politique. Dans « State of the Fantasy », je critique cela pour deux raisons : parce que cela postule que « l’identité » est quelque chose de donné, de stable ; et qu’on détache le « politique » du pouvoir d’état.

Mon travail sur la psychanalyse et le féminisme est concerné par ce problème. La psychanalyse déclare que votre identité est toujours instable, en mouvement, capable de transformation : ce n’est pas quelque chose que vous possédez tout simplement. Cette idée a motivé mon étude « The Haunting of Sylvia Plath ». Pour quelqu’un comme Sylvia Plath , c’était essentiel qu’elle puisse s’insurger contre les injustices d’une culture patriarcale tout en analysant à la fois sa complicité considérable avec le pouvoir sexuel male et en parlant des profondeurs les plus boueuses de l’implication viscérale psychique avec sa mère. En d’autres termes, sa critique de l’injustice était inséparable de sa compréhension de la complexité de sa propre vie psychique. J’accueillerai volontiers une identité politique qui ressemblerait à cela.

J’ai seulement réalisé récemment que mon travail sur le féminisme et celui sur le sionisme font vraiment partie d’un même projet. Henena Kennedy, la juriste brillante radicale que j’admire beaucoup, a écrit dans The Guardian comment le nombre beaucoup plus important de femmes victimes que d’hommes – de violence, de viol, de violence domestique – révèle l’agenda incomplet du féminisme. Ceci est absolument vrai, mais cela me rend mal à l’aise. Quelque temps après, elle a fait une conférence sur Bronowski au collège Queen ‘s Mary de Londres, ou elle disait que le problème avec la définition du « Nouveau parti travailliste » du public comme consommateurs c’est que cela fait de tous des victimes : vous êtes passif, toujours abusé, c’est pour cela que vous devez avoir le choix.

J’ai remarqué que sa conférence avait identifié ce qui, momentanément, m’avait mise mal à l’aise en lisant son article. Pour moi, la victimisation est un évènement – quelque chose qui vous arrive. Si vous le transformez en une identité, vous avez crée pour vous-même un problème interne profond. Bien sûr, les hommes font des sales coups aux femmes, mais le
féminisme ne doit pas être une politique basée sur la notion de femme comme victime, parce que ceci a pour effet à la fois d’enlever tout pouvoir aux femmes, et de rendre la relation entre la violation et ce qu’il est possible d’être, trop monolithique. Cela ferme quelque chose.

Ce que je dis dans mon chapitre « Sionisme comme politique «. Mon inquiétude concernant l’identité politique c’est que cela fossilise quelque chose, alors que nous devrions travailler à plus de mobilité sur qui nous pouvons être. Les choses les plus effroyables sont arrivées au peuple juif ; mais si cela fossilise le cœur et devient quelque chose à quoi s’agripper pour faire un compte interminable de qui vous êtes, la victimisation devient une prédiction qui durera une éternité.


Sionisme et les autres

OPDEM : Ariel Sharon a utilisé la même formule lors des commémorations du 60 ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale en Europe : « Nous savons que nous ne pouvons faire confiance à personne qu’à nous même ». Comme vous dites, cela conduit directement à une militarisation de la souffrance – et il n’y a qu’une seule souffrance. Toutes les autres catégories de personnes visées par les nazis, ne semblent pas avoir de place dans ce compte rendu.

JR : J’aimerai voir la fin de cette expression « la souffrance juive ». Je n’ai rien contre « l’histoire juive de la souffrance » ou l’histoire des atrocités qui ont été commises à l’encontre du peuple juif », mais l’expression « souffrance juive » contient quelque chose d’autre. Il me semble que la souffrance d’une femme avec son enfant sur le bord d’une fosse pendant la période nazie, et celle d’une femme palestinienne à qui ont refuse l’accès à un hôpital à un check point et dont le bébé meurt à cause de cela, est la même.

Hannah Arendt a dit que le fait que la prédiction de Théodore Herzl que les juifs se verraient comme entourés d’éternels ennemis a été actualisée de façon hideuse par l’Holocauste ne rend pas sa vision « plus vraie, cela la rend seulement plus dangereuse. »

OPDEM : Votre deuxième chapitre « Sionisme comme psychanalyse » essaie de retrouver les moments ouverts à une voie alternative pour progresser, pour prendre conscience des choix que nous avons encore actuellement. Cette possibilité d’auto critique semble vous intéresser.

JR : C’est une des raisons pour laquelle je suis convaincue que le Sionisme ne devrait pas simplement être écarté. Hans Kohn s’est détourné du Sionisme, mais Martin Buber et Ahad Ha’am ne l’ont définitivement pas fait. Si le Sionisme peut produire des voies telles que celles-ci, c’est la preuve d’un ferment de valeur rare.

Découvrir des penseurs comme Martin Buber, Hannah Arendt et Ahad Ha’am s’était comme rencontrer des morceaux de corail au fond d’une piscine. J’avais lu Arendt et quelques œuvres de Buber avant, mais je n’avais pas anticipé leur véritable pré science de leur critique du Sionisme. Par exemple, Arendt a prédit que l’état juif deviendrait complètement dépendant de la force américaine et vivrait « entouré de populations arabes totalement hostiles » et que tout « développement serait déterminé exclusivement par les besoins de la guerre » ; ceci est tellement juste, que cela vous donne un frisson dans le dos.

Et puis, il a y eu le discours romantique, mi mystique de Buber et d’Arad Ha’am, posant la question de qui nous sommes au plus profond. Leur vocabulaire tourne autour de la spiritualité, l’individualité, la connaissance de soi, la vérité, la compréhension, le déni. Pour mettre des mots sur les dangers du Sionisme, ces penseurs ont du explorer pourquoi les gens peuvent désirer des identités qui deviennent finalement destructrices. J’ai trouvé que leur travail était une ressource extraordinaire.

Ce type de critique interne d’une identification nationaliste n’est pas spécifique au Sionisme. Le plus grand compliment fait à mon livre jusqu’ici vient de Paul Muldoon qui a écouté plusieurs de mes conférences à Princeton, et qui m’a dit : « Nous avons besoin de faire cette démarche pour le nationalisme irlandais. »

Sionisme et psychanalyse

OPDEM : quelle est la relation entre votre approche du Sionisme et la psychanalyse ?

JR : Le Sionisme était un mouvement auto crée de rien, conscient de soi – pas de langue, pas d’état, pas de patrie. Comme Jacques Lacan dit à propos de l’hystérique : la membrane entre le conscient et l’inconscient est si fine que vous pouvez regarder à l’intérieur et tout voir fermenter en dessous. C’était une fantasmagorie qui est alors devenue réalité par pure volonté et détermination.

En conséquence, le Sionisme révèle précisément les déterminants inconscients de ce que c’est d’essayer de se forger une identité nationale, y compris la souffrance et le prix à payer pour cela. Par conséquent, je rejette l’accusation d’humiliation des pères fondateurs, Théodore Herzl, ou Chaïm Weizmann ; au lieu de cela, je soutiens qu’ils étaient liés à la nature troublante de ce qu’ils essayaient de réaliser, et que c’est une forme de créativité.

Je viens juste de terminer de travailler sur la nouvelle édition de « Moses And Monotheism » (Moise et le Monothéisme) de Freud (actuellement retraduit comme Moise l’homme) dans laquelle je discute la relation de Freud à sa judaïté. Dans son œuvre iconoclaste, Freud soutient que Moise était un égyptien.

Le petit essai d’Edward Saïd « Freud and the non-european” (Freud et le non européen) dit que Freud cherchait un prototype d’entité nationale qui lui permettrait d’être fondée par un étranger. Quelle vue intérieure fantastique ! Pour moi, ce n’est pas une coïncidence qu’en même temps que le Sionisme a été importé au Moyen Orient, et, pour des raisons d’urgence historique, dans une version très rigide de la définition d’une identité monolithique ethnique s’auto définissant, et se suffisant à elle-même, la psychanalyse démontait la fantaisie d’une quelconque notion d’appartenance nationale de ce type.

Je viens juste de finir un article sur la correspondance entre Freud et le romancier Arnold Zweig, qui est allé vivre en Palestine en 1933, et haïssait cela. La correspondance entre Zweig et Freud portait entièrement sur l’identification nationale. Zweig dit qu’il ne pouvait plus continuer à s’identifier avec l’Allemagne comme patrie, mais qu’il ne sentait pas non plus appartenir à la Palestine. Il décide de partir quand il va à une manifestation pacifique avec un groupe de gauche et ceux du groupe refusent de lui parler en allemand. Il faisait remarquer que la plupart d’entre eux parlaient yiddish à la maison, alors qu’ils insistaient pour qu’ils parlent hébreu. Il ne voulait rien à voir à faire avec un nationalisme de ce type.

Ainsi la psychanalyse offrait une critique des formes militantes de l’auto identification nationale en même temps que le Sionisme s’établissait lui-même : c’est l’autre face d’une même pièce.

OPDEM : L’évolution de Théodore Herzl comme fondateur de l’état sioniste est également tourmentée et complexe, suivant votre compte rendu. En 1895, il déclare aux Rothschild qu’il « ne peut être autre chose qu’allemand » ; en 1898, il sollicite le soutien du Kaiser allemand en lui promettant d’« éloigner les juifs des partis révolutionnaires. »

JR : Dans mon dernier chapitre, j’aborde les aspects antisémites de la position d’ Herzl, ceux qui refont surface encore plus clairement dans la réponse de Ben Gourion à l’Holocauste. Même en 1939, David Ben Gourion écrivait : « Appelez moi un antisémite, mais… nous sommes sous le choc de la honte, devant ce qui se passe…Nous n’appartenons pas à ce peuple juif…nous ne voulons pas être de tels juifs. »

Mais, j’ai aussi le souci dans mon livre d’accorder à Herzl le respect qu’on lui doit comme analyste de l’antisémitisme. Bien que ses déclarations ont pu être souvent perçues comme antisémites, sa compréhension de ce phénomène dans « Der Judenstaat » était extrêmement subtile, et anticipait celle d’Hannah Arendt.

Théodore Herzl était un dépressif, un persécuté, et incroyablement perturbé. La mission de sa vie, hautement créative mais presque impossible, semble avoir eu des effets terribles sur lui-même et sa famille proche. Arendt l’a décrit une fois comme « en contact avec les courants souterrains de l’histoire » et moins généreusement comme un « cinglé ».

Mais, Herzl est aussi l’auteur d’une surprenante narration cosmopolite alternative dans son roman de 1902 « Altneuland ». Cela décrit une communauté juive en Palestine comme une entité sans état « autonome et se défendant par elle-même » travaillant pour le bénéfice des juifs comme des arabes – une croyance très encrée chez beaucoup de premiers sionistes. A l’époque, le futur multiconfessionnel envisagé par Herzl était beaucoup trop progressif pour beaucoup. Le roman a été critiqué pour ne pas être suffisamment juif. Ahad Ha’am, s’est opposé à la suggestion de Herzl dans le roman, que la libération des juifs serait suivie de celle des africains noirs, dont il n’avait rien à faire.

OPDEM : Le rabbin Jonathan Sacks dans son livre « To Heal a Fractured World: the Ethics of Responsibility « (Guérir un monde fracturé : l’Ethique de la Responsabilité 2005) discute aussi le concept central messianique de Tikkun (réparation). Il insiste sur le fait que la cabale lurianique est à la fois une vision d’une « catastrophe cosmique » mais aussi une « vision de guérison ». En Israël, guérir semble précisément ce qui se traduit par une quête d’invincibilité militaire qui a provoqué l’inverse. Cela peut être une impulsion normale parmi les états nations du monde, mais dans ce cas c’est certainement porté vers une extrême anormale. Est -ce que ce dilemme doit être le point de départ d’une tentative pour sauver l’état ou la tradition ?

JR : je crois – et David Grossman l’a analysé plus complètement que tous – que la conséquence de la honte devant la passivité ressentie par les juifs face à leur oppresseur nazi s’est traduite par un durcissement et une militarisation de leur identité qui est en fait explicable en terme d’histoire juive. Sur ce point, certains de mes critiques devraient revisiter le concept freudien de sur détermination, parce que c’est parfaitement possible d’avoir à la fois une raison concrète pour quelque chose et en même temps d’autres raisons moins tangibles.

Mais cette rigidification d’identité que l’état justifie en relation avec une telle histoire, fait en sorte que chaque catastrophe qui arrive à Israël devient une confirmation de la façon dont il se perçoit. Cela conduit à une fortification de l’âme. Cet empiètement pénible entre le besoin de se sentir en sécurité comme nation et le besoin de croire en soi, prend la forme d’une répétition du traumatisme.

Là, on a besoin de faire une distinction psychanalytique. Israël est actuellement la quatrième puissance militaire dans le monde. C’est une puissance nucléaire. Elle n’est pas en danger. La peur qu’Israël soit détruit est sans fondement. Mais cela ne veut pas dire que cela ne soit pas réel. La peur est réelle et c’est compréhensible. On se trouve sur un terrain difficile : on doit dire les deux choses en même temps. Mais, comme je l’ai dit auparavant, quand la peur devient une identité qui se justifie par la violence, mais qui ne peut se percevoir comme violence, quelque chose s’est terriblement fourvoyé.

Le meilleur exemple dans mon livre c’est celui du commandant dans Gaza qui s’arme de courage dans le combat contre les enfants palestiniens en se rappelant, comme il le dit «les flammes de l’Holocauste». Cette mentalité forteresse dont Israël ne peut pas se défaire, cela veut dire qu’il ne peut pas se percevoir comme agent de la violence. C’est un des effets du traumatisme : vous ne pouvez voir ce que vous êtes capable de faire. Vous répétez constamment une situation dans laquelle vous êtes menacé et potentiellement détruit.

OPDEM : Beaucoup d’évangélistes chrétiens et de « chrétiens sionistes » aux Etats-Unis, semblent avoir adhérer entièrement à ce discours apocalyptique. Comment voyez vous cette folie ?

JR : Les chrétiens fondamentalistes qui ont aidé Georges Bush à gagner les élections de novembre 2004 sont en fait les plus passionnés des supporters d’Israël. Ils n’ont pas soutenu les accords d’Oslo. Ils soutiennent maintenant le retrait de Gaza de Sharon, bien qu’à contrecoeur, et sous certaines conditions complexes.

J’ai demandé une fois à Benyamin Netanyahu pourquoi il acceptait le soutien de ces chrétiens fondamentalistes puisqu’ils croient qu’à Armageddon tous les juifs seront détruits ou convertis ? Il a dit qu’il leur a dit qu’il appréciait leur soutien, et que, quand on arrivera à Armageddon ils pourront en discuter alors.

Mais tout ceci est plus effrayant que fou. L’une des choses que fait la psychanalyse c’est de comprendre comment des identifications peuvent aller jusqu’aux extrêmes d’elles mêmes. Freud a décrit le super ego comme violent. L’exigence de la loi est perverse, et active l’inconscient pour qu’il impose sa volonté à la psyché. Vous avez alors une perversion interne à l’intérieur de l’esprit à tel point qu’il se soumet à la loi. Selon la perspective de Freud, le fait que des gens puissent s’identifier avec une autorité vicieuse qui persécute et à laquelle ils doivent se soumettre, est écrit dans la constitution de la psyché de manière vraiment troublante.

Sionisme et politique

OPDEM : Comment votre compréhension plus profonde de ce qui motive ce concept particulier de nationalisme a un impact sur votre approche de la politique ?

JR : Avec Freud – dont l’œuvre tardive portait sur la civilisation, la religion, la judaïté, l’application des termes psychanalytiques à la vie collective – je crois que la psychanalyse peut nous aider à mieux comprendre comment les identités sont formées et se brisent. Ce qu'on apprend, au risque de paraître vague, c’est simplement qu’on doit ouvrir des points de dialogue à chaque fois qu’on le peut.

La psychanalyse nous demande aussi de croire que la carapace se brise : que le symptôme ne peur se maintenir. Vous vous heurtez au mur de vos propres défenses et le symptôme devient coûteux en terme d’énergie pour l’esprit. Il devient trop cher en terme d’économie psychique.

La même question qui me préoccupe actuellement en relation avec le Sionisme, nous préoccupe en tant que féministes. Vous n’avez pas besoin d’être un sujet politique harmonieux. Vous pouvez travailler de différentes façons et à différents niveaux, selon les besoins du moment.

Dans la conjoncture actuelle, j’ai peu de doute que le retrait de Gaza de Sharon est une supercherie, masquant la consolidation des colonies de Cisjordanie. Ceci devient de plus en plus clair chaque jour. L’occupation doit finir. Au-delà de cela, la question de ce que peut être un nationalisme palestinien et un nationalisme juif reste ouverte, et en fait doit le rester.

OPDEM : si on a besoin du dialogue, est ce que les gens qui pensent à une réponse politique doivent considérer l’impact qu’a une tactique comme un boycott académique, en termes de durcissement des paramètres d’identité, ou d’enfouissement du complexe?

JR : je pense qu’il devrait y avoir des sanctions économiques et militaires contre Israël, de même qu’un boycott culturel et académique. Face à la destruction totale de la liberté d’expression dans les infrastructures éducatives palestiniennes, de discuter des formes d’un dialogue créatif qui devrait se mettre en place dans le milieu académique c’est fuir le problème. C’est le moment de décider de quel côté on est, et ce qu’on peut faire pour empêcher la situation de se détériorer.

C’est vrai qu’il y a un risque que le boycott entraîne un durcissement de l’identité que vous essayez d’ouvrir. Mais à certains moments, vous devez reconnaître que vous êtes impliqué dans différents types de calculs politiques, et demander : Qu’est ce qui est fait pour mettre un terme à cette situation ? Quelles sont les forces faisant pression ? La réponse est : il n’y en a pas. C’est pourquoi je ressens que c’est aux universitaires qu’incombent, pour raison de conscience, de faire quelque chose pour cela, même si cela provoque quelques désordres.

Ilan Pape de l’Université de Haïfa a eu une vision qui rappelle celle d’Herzl dans Altneuland, d’une solution d’1 état, de coopération et d’engagement créatif entre les peuples. Mais il soutient aussi un boycott académique. Je ne pense pas que ce soit inconsistant de dire : ceci doit être fait maintenant, en même temps que de faire des efforts pour que le plus grand nombre de personnes se parlent.

Le boycott décidé, puis annulé par l’association des professeurs d’universités britanniques, cherchait à mettre fin à une situation normale et formelle dans laquelle les universitaires représentants l’état d’Israël se promènent à travers le monde distribuant des documents qui n’ont rien à voir avec la situation politique et qui simplement accroissent le prestige de l’état. Mais il autorisait la continuation de tous les contacts en lien avec le combat contre l’occupation, pour la justice, la paix. Au moins tous les contacts qui reconnaissent ce qui arrivent actuellement aux palestiniens.

OPDEM : Donc un boycott académique devrait faire partie d’une tentative pour faire surgir ce qui a été nié, de façon à ce que la guérison puisse commencer ?


JR : Nous parlons de reconnaissance. C’est important de comprendre que le boycott académique dit : « boycotter l’institution – et cependant laisser la porte ouverte, pas seulement pour les gens que vous considérez comme OK, il ne s’agit pas de faire une liste noire- mais à tous, si le point de contact c’est de s’occuper de l’injustice de la situation en Israël/Palestine. »

Cela peut aussi jouer un rôle pour aider les palestiniens, qu' Edward Saïd caractérisait comme étant « les victimes des victimes » et que Primo Lévy décrivait comme « les nouveaux juifs ». Ce boycott particulier a pu être renversé, mais les amis d’Israël m’ont dit qu’il avait eu le plus profond effet en Israël, en focalisant et en attirant l’attention sur les problèmes.


Interview menée par Rosemary Bechler parue le 18/08/05 sur le site d’Open Democraty wwwopendemocraty.net

Jacqueline Rose est écrivain et enseigne à l’Université Queen Mary d’anglais et d’art dramatique de Londres. Parmi ses livres : “State of Fantaisy” ( Oxford University Press 1998) “On not being able to sleep, psychoanalysis and the modern world” (Princeton 2003) et “The Question of Zion”(Princeton 2005)

*Antonio Gramsci, était essayiste et homme politique italien (XIXème/XXème siècle). Il a écrit plus de 30 cahiers. Ces écrits, connus sous le nom de "Carnets de prison", contiennent ses réflexions sur l'histoire italienne, ainsi que des idées en théorie marxiste, théorie critique et théorie éducative, notamment l’historicisme absolu.

Historicisme

Comme le jeune Marx, Gramsci était un fervent partisan de l'historicisme. Dans cette perspective, toute la signification découle de la relation entre l'activité humaine pratique (ou "praxis") et les processus socio-historiques objectifs dont elle fait partie. Les idées, leur fonction et leur origine, ne peuvent être comprises en dehors du contexte socio-historique.

Remarques

Le boycott vient d’être relancé en Grande Bretagne au niveau académique, de même que des architectes britanniques ont aussi lancé un appel à boycott considérant que certains architectes israéliens sont directement impliqués dans le développement de la colonisation.

Les universitaires palestiniens appellent quant à eux depuis des mois au boycott culturel et universitaire des israéliens aussi pour attirer l’attention sur leur situation. Faut-il rappeler que ces dernières semaines, avec la suspension de l’aide aux palestiniens par l’UE, les Etats-Unis et la suspension par Israël du versement des taxes dues à l’autorité palestinienne, les universitaires et professeurs des écoles, et tous les autres fonctionnaires palestiniens n’ont pas été payés et continuent malgré tout de remplir leur mission.

Punir collectivement toute une population est un crime de guerre selon la IVème convention de Genève. C’est aux citoyens de le rappeler à leurs dirigeant politiques. Il est parfaitement immoral, injuste, de punir l’occupé tout en réservant un traitement de faveur à l’occupant, qui, depuis des décennies, viole le droit international et les droits humains de base des palestiniens.

Présentation du livre : "Au nom de la Torah - Une Histoire de L'Opposition Juive au Sionisme" de Yakov M. Rabkin


Fondamentalisme chrétien américain et Israel

Campagne palestinienne pour un boycott culturel et académique d'Israel


Samedi 13 Mai 2006
Mireille Delamarre

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