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Le Liquidateur : Sarkozy et le Spectre de Mai 1968

« … L’attaque de Sarkozy contre « la révolution nihiliste « de Mai 68 est principalement un écran de fumée. Car la vraie cible c’est le radicalisme politique des travailleurs : 10 millions de travailleurs étaient en grève (trois fois plus de personnes que pendant le Front Populaire de 1936)… »



Le Liquidateur : Sarkozy et le Spectre de Mai 1968

Le Liquidateur : Sarkozy et le Spectre de Mai 1968

40 ans plus tard le spectre de Mai 68 continue de hanter la France. Une semaine avant son élection à la présidence de la France, Nicolas Sarkozy a lancé une attaque étonnante contre la « permissivité morale et intellectuelle « de Mai 68. Selon le candidat de droite, les héritiers de Mai 68 seraient responsables de tous les maux de la France : la disparition des traditions, l’érosion de l’autorité et la création d’un « capitalisme non éthique » (celui des parachutes dorés et des patrons voyous). Ségolène Royal, l’opposante socialiste, a mené une campagne basée sur des problèmes liés à la loi et l’ordre, exaltant le drapeau tricolore et la Marseillaise. Pour marteler le fait qu’elle refusait toutes les choses soixante huitardes Royal est allée jusqu’à promettre la création de camps de ré éducation pour les délinquants adolescents sous la supervision de l’armée.

Dans son dernier livre, André Glucksmann (un philosophe qui a parcouru le long chemin menant du Maoisme au Néo conservatisme) affirme que Sarkozy est en vérité l’archétype même de l’héritier de mai 68. S’il avait été un étudiant dans les années 60, Sarkozy aurait sans nul doute combattu du côté du pouvoir Gaulliste contre la chienlit » étudiante (un terme devenu célèbre employé par Charles de Gaulle, et synonyme de désordre ou chaos). Cependant, depuis ces évènements, le président a – comme une grande majorité du public – adhéré à la plupart des attitudes anti-autoritaire et hédonistes du mouvement étudiant. La vie privée tumultueuse du président, et son comportement décontracté en public, sont le reflet de ces changements politiques profonds.

De plus, le fils d’un émigré n’aurait jamais pu rêver se hisser jusqu’au sommet de la politique française dans les années 60. Sarkozy, né avec les médias de masse et la culture Pop, à l’aise avec les nouvelles technologies, est culturellement synchro avec la génération de 1968, à l’inverse de Mitterrand et Chirac, bien qu’ils aient été tous deux acteurs politiques de Mai 68.

Essayer d’importer le débat américain sur « la décadence morale de l’Occident » en France est une supercherie que peu de gens avaleront. Le dénigrement par Sarkozy de Mai 68 n’est qu’un stratagème politique qui a deux objectifs : premièrement, embarrasser la gauche ; deuxièmement effacer de la mémoire collective le radicalisme politique au coeur du soulèvement de Mai 68.

Dans son discours de 2007, Nicolas Sarkozy a fait remarqué « l’hypocrisie » de la gauche, qui, en réalité, « n’aime pas l’égalité », une gauche qui a abandonné les travailleurs à Le Pen, qui pourvoit au besoins des plus riches, et qui ne considère plus la lutte contre les inégalités socio économiques comme sa priorité. D’où la promotion de Sarkozy du « travail » et du « pouvoir d’achat » pendant la campagne présidentielle pour se rallier les électeurs des classes laborieuses défavorisées.

Car mettre l’accent sur la soit disante « permissivité de Mai 68 » c’était une manière rusée de souligner à quel point la gauche avait déserté le combat pour la justice sociale pour embrasser un agenda « pro Bobos » (les Bourgeois Bohémiens) : égalité des sexes, promotion des minorités ethniques et sexuelles, des droits de l’homme, défense de l’environnement ; toutes ces questions mises en avant par la révolte étudiante « individualistes » et « d’esprit bourgeois ». C’était indubitablement une attaque démagogique car toutes ces questions « post matérialistes » devraient faire effectivement partie de l’agenda de la gauche. Et pourtant, Sarkozy a raison sur un point : la gauche française a laissé tomber la classe ouvrière, quand, en 1983, Mitterrand a pris un virage économique à 180 ° pour embrasser, à contrecoeur mais sûrement, le Consensus de Washington.

Régis Debray a dit que Mai 68 avait été une magnifique « ruse du Capital ». Le mouvement étudiant a défié et sapé les trois piliers politiques de la France d’après guerre : de Gaulle, le Parti Communiste, et l’Eglise Catholique. Puis, une génération de gauchistes fatigués, imbibés de libéralisme culturel, sont devenus dans les années 70 les agents involontaires de la modernisation du Capitalisme (certains d’entre eux ont recyclé avec succès leur talents d’agitprop dans les médias, la publicité ou les affaires). D’une certaine façon on pourrait affirmer qu’une partie de Mai 68 a aidé à établir le néo libéralisme et le style de vie à l’Américaine en France. (Quiconque lit l’édition spéciale des Cahiers du Cinéma sur les films américains, publié dans les années 60, aurait pu voir venir tout cela. AC)

Pourtant l’attaque de Sarkozy contre « la révolution nihiliste « de Mai 68 (comme l’a nommée Raymond Aron) est principalement un écran de fumée. Car la vraie cible c’est le radicalisme politique des travailleurs : 10 millions de travailleurs étaient en grève (trois fois plus de personnes que pendant le Front Populaire de 1936). Les premières barricades n’ont pas été érigées par les étudiants dans le quartier Latin, mais par les travailleurs à Caen en janvier 1968. Suite aux Accords de Grenelle, le salaire minimum a été augmenté de 35%. Les conditions de travail des employés ont été améliorées de façon significative de même que les droits du travail.

Toutes les forces de travail de la France ont été impliquées : les travailleurs en col bleu, mais aussi les dentistes, les infirmières, les chirurgiens, les professeurs, les directeurs de film, les acteurs, les gardiens de prison, et même les footballeurs ! Mai 68 a été la grève la plus grande de toute l’histoire de France de même que la seule insurrection générale jamais expérimentée dans un pays occidental depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Mai 68 a eu un effet concret bien que décalé : la victoire de François Mitterrand en 1981. L’élection d’un président socialiste était la conséquence d’une radicalisation des luttes qui ont eu lieu à travers la France dans les années 70. Ces luttes sociales et politiques ont obligé les socialistes, les Communistes et les « Radicaux de Gauche » à faire alliance (le Programme Commun de la Gauche de 1972). Le Manifeste de Mitterrand de 1981 a été totalement influencé par certaines des valeurs radicales de Mai 68.

Contrairement aux discours traditionnels, cet esprit combatif n’est pas mort aujourd’hui. Le plan Juppé a été rejeté avec succès lors de longues grèves pendant l’hiver 1995. La mobilisation des travailleurs a conduit plus tard à la victoire de la gauche lors des élections générales de 1997. Puis les étudiants et les travailleurs se sont opposés avec succès au Contrat Première Embauche – CPE en 2006. Ce contrat d’embauche, destinés au seuls employés de moins de 26 ans, aurait rendu plus facile le licenciement des employés par les employeurs en enlevant la nécessité de fournir les raisons d’une « période d’essai » initiale de deux ans.

C’est là la raison du coup d’éclat de Sarkozy et cela explique son ambition de « liquider » le Mai 68 des travailleurs. Car il sait qu’un nouveau Mai 68 pourrait éclater s’il insistait pour appliquer l’ensemble de son agenda néo libéral.

Philippe Marlière 24/04/08 www.counterpunch.org

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

Philippe Marlière enseigne le français et les politiques de l’UE au Collège de l’Université de Londres en Grande Bretagne depuis 1994. il est aussi militant à la gauche du parti socialiste français. Pourle joindre : p.marliere@ucl.ac.uk

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Commentaire de PNV

Nous sommes tout à fait d’accord avec cette analyse des évènements de Mai 68. Nous insistons sur un point : la récupération par la clique des Cohn Bendit de ces évènements, et ce jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est pas par hasard si Cohn Bendit a été reçu récemment par Sarkozy à l’Elysée, (soit disant dans le cadre de la prochaine présidence française de l’UE) car ils sont tous deux du même bord, celui du néo libéralisme, et savent utiliser les médias pour leur entreprise de récupération/liquidation.

Le rôle de Cohn Bendit et de sa clique n’a pas été suffisamment étudié et dénoncé dans la casse du mouvement ouvrier et la liquidation des acquis sociaux. Il bénéficie toujours d’une « popularité » liée à son image de marque médiatique emblématique, hors il était, et reste, un agent du capitalisme, de sa modernisation et de son adaptation. Ce rôle qu’il a joué à l’époque est actuellement dévolu, qu’ils en soit ou non conscients, aux « écolos » (et ce n’est pas par hasard si Cohn Bendit fait partie de cette mouvance), on a pu le constater avec le fameux « Grenelle de l’Environnement », une grosse opération médiatique de liquidation politico sémantique des « Accords de Grenelle », et un flop énorme en ce qui concerne le soutien aux causes environnementales et notamment la lutte contre les OGM.

La stratégie n’est cependant plus la même qu’en Mai 68 ou il s’agissait « d’infiltrer « (ce qu’a fait Cohn Bendit) le mouvement, y compris en ayant recours à la violence et ou l’incitation à la violence. Actuellement, il s’agit d’utiliser ce que les américains appellent le « soft power «, basé sur le « dialogue » la discussion. Et ça marche, on peut le constater tous les jours. Mais cela ne fait qu’éloigner les « militants » - ceux qui se revendiquent comme appartenant à cette « tribu », souvent actifs dans les milieux associatifs qui leur sert de tremplin vers une carrière personnelle politique - de la base des citoyens, des travailleurs, des chômeurs et de tous ceux qui pâtissent directement de cette politique néolibérale. Ils sont de plus en plus considérés comme, au mieux des « réformateurs », au pire des « collabos », sans parler des partis politiques de gauche qui sont actuellement en déroute. On est en droit de se demander si ces partis n’ont pas fait le « choix de la défaite » en 2007, et s’ils ne continuent pas actuellement dans ce sens - pipolisation à gauche avec Ségolène Royal, à l’extrême gauche avec Olivier Besancenot, qu’on « prépare » médiatiquement pour un nouveau fiasco en 2012. Les médias de masse sont du côté du pouvoir, des nantis, du néolibéralisme, Besancenot l’aurait-il oublié ?

Mais, les grands mouvements sociaux n’ont jamais été le fait des partis politiques de gauche, syndicats etc…, mais l’expression d’un ras le bol citoyen, une déferlante sociale politique, qui revient inlassablement faire son travail de sape de l’exploitation de l’être humain sous toutes ses formes, surtout néolibérale.

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Dimanche 27 Avril 2008
Mireille Delamarre

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