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Economie

La guerre c’est mauvais pour l’économie

Interview du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, 63 ans, dans le quotidien allemand en ligne Der Spiegel. Il y discute le coût réel de la guerre en Irak, son impact sur le marché pétrolier, et si l’Occident peut se permettre d’imposer des sanctions sur l’Iran.



La guerre c’est mauvais pour l’économie

La guerre c’est mauvais pour l’économie

Spiegel : Professeur Stiglitz, au début de la guerre d’Irak, l’administration des Etats-Unis espérait presque rentrer dans ses frais en terme de coûts…

Stiglitz : Ils croyaient vraiment que le peuple irakien pourrait utiliser ses revenues en pétrole pour payer la reconstruction.

Spiegel : Et maintenant vous estimer le coût de la guerre entre 1 et 2 trillions de dollars. Comment expliquez vous cette différence ?

Stiglitz : D’abord, la guerre a été beaucoup plus difficile que ce à quoi s’attendait le président Bush et son gouvernement. Ils pensaient qu’ils allaient y aller, tout le monde dirait merci, et ils mettraient en place un gouvernement démocratique et partiraient. Maintenant que cette guerre dure beaucoup plus longtemps, ils doivent constamment adapter le budget. Il est passé de 50 billions à 250 billions de dollars et encore plus pour cette aventure.

Spiegel : C’est encore plus bas que vos calculs.

Stiglitz : Les chiffres rapportés n’incluent même pas les coûts budgétaires entiers pour le gouvernement. Et ces coûts ne sont qu’une fraction des coûts pour l’économie dans sa totalité. Et comparez cela avec la première guerre du Golfe, ou les Etats-Unis ont presque fait des profits !

Spiegel : Parce que l’Allemagne a payé pour cette guerre ?

Stiglitz : Parce que les allemands ont payé pour, parce que tout le monde a payé. Nous avons fait en sorte que nos alliés paient le prix fort pour des équipements ayant déjà servi, et nous avons pu renouveler nos équipements militaires. Cette fois, la plupart des autres pays ne voulaient pas le refaire.

Spiegel : Est ce que Bush a fait un mauvais calcul, ou a-t-il trompé le public concernant les vrais coûts de la guerre ?

Stiglitz : Je pense les deux. Il voulait croire que cela ne reviendrait pas cher, il voulait croire que cela serait facile. Mais il y a aussi énormément de preuves maintenant que les sources d’information de la Maison Blanche ont déformé celles-ci. Bush voulait seulement certaines informations, et c’est surtout ce qu’ils lui ont fourni. Larry Lindsey…

Spiegel : L’ancien conseiller économique de la Maison blanche…

Stiglitz : Il a parlé –alors en 2002 – d’un chiffre de 200 billions. Je pense que c’était l’information interne la plus juste à l’époque. Il a été congédié. Ils ne voulaient pas en entendre parler.

Spiegel : Au Etats-Unis les coûts financiers de la guerre sont peu discutés. Cela était considéré comme un sacrifice pour atteindre des objectifs communs. Pourquoi est-ce différent aujourd’hui ?

Stiglitz : En fait, on a les moyens, ce n’est pas le problème. Le problème c’est : 1 trillion, 2 trillions, c’est beaucoup d’argent. Si notre objectif c’est la stabilité au Moyen Orient, sécuriser le pétrole, ou étendre la démocratie, vous pouvez acheter beaucoup de démocratie avec une telle somme. Pour placer les choses dans leur contexte : le monde entier dépense 50 billions par an en aide étrangère. Ce dont nous parlons là c’est de multiplier cette aide par 20. Ne peut-on pas dire que cela ferait plus pour la paix et la stabilité et la sécurité ?

Spiegel : Bush argumenterait en disant que cela vaut la peine de dépenser tant pour diminuer la probabilité d’une attaque terroriste majeure contre les Etats-Unis.

Stiglitz : Personne ne prend cela au sérieux. Au lieu de cela, la plupart des gens pensent que la guerre d’Irak a augmenté la probabilité d’une attaque. Néanmoins c’est difficile d’exprimer cela en termes financiers.

Spiegel : Comment avez-vous calculé les coûts de la guerre ?

Stiglitz : Les chiffres officiels ne sont que le sommet d’un gigantesque iceberg. Par exemple, l’un des coûts de la guerre c’est qu’aujourd’hui les soldats sont blessés très sérieusement mais qu’ils survivent, et nous pouvons les maintenir en vie mais à un prix énorme.

Spiegel : Est que c’est le plus grand paramètre dans vos calculs ?

Stiglitz : C’est très important. L’Administration Bush a fait tout ce qu’elle a pu pour cacher le très grand nombre de vétérans qui sont sérieusement blessés – 17 000 jusque là inclus 20% avec de sérieuses blessures à la tête et au cerveau. Même l’estimation de 500 billions ignore le coût de l’invalidité à vie et les coûts des soins que les contribuables devront dépenser pour les années à venir. Et l’administration n’est même pas généreuse avec les vétérans, les veuves, les orphelins.

Spiegel : Qu’est ce que cela veut dire ?

Stiglitz : Si vous êtes blessé dans un accident de la route et vous faite un procès au chauffeur, vous obtenez beaucoup plus d’argent pour votre blessure que si vous combattez pour votre pays. Il y a deux poids deux mesure là. Si vous mettez votre vie en danger en combattant pour votre pays, vous obtenez peu. Si vous marchez dans la rue et êtes blessé, vous obtenez beaucoup plus. De même le paiement pour un soldat mort est de 500 000 dollars. Ce qui est beaucoup moins que l’estimation standard du coût économique d’une mort (par rapport à ce que la personne aurait rapporté à la collectivité sur une période de vie moyenne). Cette valeur en terme économique d’une vie aux Etats Unis se chiffre à 6.5 millions de dollars.

Spiegel : Qu’est ce que cela veut dire ?

Stiglitz : Mon estimation, modérée, est d’environ 4 millions. Pour ce group seul, cela va coûter au total 35 billions que personne ne mentionne. Mais considérer les choses de manière plus large : l’Administration des Vétérans à l’origine avait prévu pour l’année dernière que 23 000 vétérans rentrant à la maison, venant d’Irak chercheraient à se faire soigner. Mais en juin 2005 il ont révisé leur chiffre à environ 103 000. Pas surprenant que l’Administration des Vétérans a du s’adresser au Congres pour une aide d’urgence de 1,5 billion l’année dernière.

Spiegel : Si c’est une guerre de 1 trillion, pourquoi l’armée américaine ne peut fournir à ses soldats des vestes de protection et des véhicules mieux protégés ?

Stiglitz : Bien sûr les Etats Unis peuvent se permettre de payer pour les vestes de protection. Rumsfeld, notre secrétaire à la défense a dit qu’il faut combattre avec la protection qu’on a, mais c’est de l’inconscience. L’armée se concentre seulement sur les coûts à court terme. S’ils ne fournissent pas les vestes de protection appropriées, ils font des économies aujourd’hui, mais le coût des frais de santé fera partie du futur d’un autre président à venir. Je considère cela comme à la fois fiscalement et moralement irresponsable.

Spiegel : Cette guerre aurait pu être à la fois plus sûre et moins coûteuse pour le pays ?

Stiglitz : Exactement.

Spiegel : La guerre n’est-elle à portée de bourse de pays même aussi riches que les Etats-Unis ?

Stiglitz : Vous devez vous souvenir que nous sommes une économie se chiffrant à 13 trillions par an. Le problème n’est pas si vous pouvez faire une telle dépense mais si c’est la bonne façon dont vous voulez dépenser votre argent. En utilisant les ressources limitées que nous avons pour faire cette guerre, nous avons moins de ressources pour faire d’autres choses. Vous avez vu sur votre écran de TV ce qui est arrivé en Nouvelle Orléans après l’ouragan Katrina. Les réservistes de la Garde Nationale sont habituellement les gens que nous utilisons pour ses urgences nationales. Ils n’étaient pas là, ils étaient en Irak, et ainsi nous étions moins protégés.

Spiegel : Avant l’invasion de l’Irak, l’administration américaine disait que le meilleur moyen de contrôler les prix du pétrole c’était de mener avec succès une guerre courte. Un baril de pétrole valait alors 25 dollars, et maintenant il vaut plus de 60 dollars (plus de 70 actuellement ndlt).Est ce que cette augmentation est due à l’Irak ?

Stiglitz : Dans notre analyse sur le coût de la guerre, nous avons seulement prévu une augmentation modeste de 5 à 10 dollars à cause de la guerre. Nous voulions que notre étude reste prudente, de façon à ce que personne ne conteste nos chiffres, et personne ne l’a fait. Mais je crois que c’est une grande sous estimation du coût réel.

Spiegel : Mais pourquoi ? La Chine et l’Inde accroissent leur demande, la demande globale est en réelle progression. Cela fait grimper les prix.

Stiglitz : Quand la demande augmente la production aussi – c’est comme cela que le marché fonctionne habituellement. Actuellement on voit que la demande de pétrole augmente mais nous n’obtenons pas d’augmentation équivalente en approvisionnement. Et la réponse est simple c’est l’Irak. Mais ce n’est pas simplement parce que sa production a baissé.

Spiegel : Quoi d’autre ?

Stiglitz : Le Moyen Orient est la région qui produit au plus bas coût dans le monde. Ils peuvent produire à 10, 15, 20 dollars le baril. Maintenant nous avons la technologie pour produire du pétrole à 35 et 45 dollars. Mais qui veut développer des champs pétroliers ou investir dans de nouvelles technologies ailleurs s’ils savent que d’ici 5 ans le Moyen Orient pourrait fournir du pétrole aux prix d’avant ?

Spiegel : En d’autres termes, quand la paix et la stabilité sera rétablie au Moyen Orient, le prix du pétrole reviendra à peut être 25 dollars, malgré l’énorme demande mondiale en énergie ?

Stiglitz : Oui. A propos, c’est sur la base de ce prix que les marchands de pétrole spéculaient en matière de transactions futures avant le début de la guerre.

Spiegel : Il devrait y avoir une pression économique énorme sur Bush pour qu’il mette fin à cette guerre ?

Stiglitz : Les seuls à bénéficier dans cette guerre sont les amis de Bush dans l’industrie du pétrole. Il a endommagé l’économie américaine et mondiale, mais ses amis texans ne peuvent pas être plus heureux. Le prix du pétrole monte, et ils font de l’argent grâce à cette hausse. Leurs profits ont battus des records.

Spiegel : Vous n’aimez pas beaucoup ce président.

Stiglitz : Oh ! Cela n’a rien de personnel. C’est une histoire totalement politique.

Spiegel : Il y a un vieux dicton : la guerre c’est bon pour l’économie.

Stiglitz : Ecoutez, la seconde guerre mondiale c’était quelque chose de spécifique parce que les Etats-Unis étaient dans une grande dépression avant. Donc la guerre a aidé l’économie des Etats-Unis à se sortir de ce déclin en toute sécurité. Cette fois, la guerre est mauvaise pour l’économie à la fois à court et à long terme. Nous aurions pu dépensé des trillions en recherche et éducation au lieu de cela. Cela aurait abouti à des augmentations futures de productivité.

Spiegel : Ainsi, le désordre économique du à la guerre en Irak est –il plus grand que le désordre politique ?

Stiglitz : Bien, nous sommes tellement riches, nous pouvons même affronter un désordre de ce type. Ecarter d’autres investissements, affaiblir l’économie future, ce n’est pas encore une crise. Mais c’est une érosion. Cela devient un problème pour nos représentants législatifs. Et n’oubliez pas le sérieux problème du nucléaire en Iran et en Corée du Nord. Nous avons usé nos capacités pour nous occuper d’un problème moins sérieux, au détriment d’autres plus sérieux.

Spiegel : Quel est votre point de vue économique sur l’Iran ?

Stiglitz : Nous aidons les gens que Bush nomme “mauvais”. Téhéran ne peut pas être plus satisfait des prix élevés du pétrole qui résultent de la guerre en Irak.

Spiegel : Si le Conseil de Sécurité vote des sanctions contre l’Iran et ses exportations de pétrole, qu’est ce que cela voudrait dire pour l’économie mondiale ?

Stiglitz : Cela voudrait dire un énorme bouleversement, car les prix du pétrole pourront franchir la barre des 100 dollars le baril. Vous pouvez augmenter le prix de 25 à 40 dollars et les gens peuvent supporter une telle augmentation. Si le prix dépasse 60 dollars, ils deviennent mécontents. Ils commencent à ajuster leurs dépenses, passent à des voitures plus petites, conduisent moins. A 100 ou 120 dollars, il y a des changements majeurs dans le style de vie. Les ventes de voitures vont chuter. Les gens pauvres font devoir affronter de sérieux problèmes, avoir à choisir entre se nourrir et se chauffer.

Spiegel : Le monde ne peut supporter de telles sanctions actuellement ?

Stiglitz : Nous parlons de refuser des visas à leurs représentants officiels pour venir chez nous.

Spiegel : Ce n’est pas une mesure dure.

Stiglitz : Ce n’est pas une sanction.
Effectivement la réponse est oui nous n’avons pas de sanction efficace.

Spiegel : Professeur Stiglitz merci pour cette interview.

Interview menée par Frank Hornig et Georg Mascolo et publiée le .5 avril 2006 dans le quotidien allemand en ligne Der Spiegel www.spiegel.de

Commentaires

La guerre en Irak est peut être mauvaise pour l’économie mais elle est aussi une manne d’or pour certains, notamment les sociétés américaines qui ont pu bénéficier de contrats juteux du Pentagon. C’est le cas notamment de la Société Halliburton (dirigée de 1995 à 2000 par l’actuel vice président des Etats-Unis Dick Cheney) qui vient d’enregistrer de nouveaux profits records pour le premier quart 2006 : + 33 % en bénéfice net, son action passant de 72 cents à 91 cents entre 2005 et 2006 pour la même période.

Le "Grand libérateur" américain de l’Irak est en fait une véritable hyène qui pille le pays. Les cas de corruptions, de fraudes se chiffrent en centaines de millions de dollars, voire billions.
Des 20,7 billions détenus dans les banques irakiennes et issus des revenus du pétrole et saisis par l’autorité Provisoire de la Coalition suite à l‘invasion américaine, 14 billions ont été affectés à la "reconstruction", mais des dizaines de millions n’ont pas été comptabilisés.

Un audit réalisé l’année dernière par l’inspection générale n’a pas trouvé de preuves de travaux réalisés ou de biens délivrés pour 154 contrats sur 198. Pour 60 cas de malversations, des enquêtes ont été ouvertes. Halliburton, a surfacturé pour des centaines de millions de dollars. D’autres entreprises ont empoché l’argent pour la restauration de bibliothèques, de commissariats de police, pour la fourniture de camions de transport ou de matériel d’équipement, mais rien n’a été réalisé ou livré.

1,5 billion a été donné par les Etats-Unis au gouvernement fantoche irakien qu’ils ont aidé à mettre en place, sans qu’aucun justificatif ne soit fourni concernant cet argent et ce qu’il est devenu.

8 billions donnés aux ministères irakiens sont allés remplir les poches "d’employés fantômes". Certaines sociétés ont été poursuivies pour malversations et pénalisées. Les sommes ainsi récupérées ne sont pas allées dans les poches des irakiens mais dans les coffres du Trésor américain.

D’abord il y a eu les bombes, puis ensuite les casses des banques, et la récupération sur les malversations.

Bonjour el Capone Bush, Cheney et Cie !

(Source : The Globe)


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Samedi 22 Avril 2006
Mireille Delamarre

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