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Samedi 04 Juillet 2009
22:47
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archives culture
La Rave: fête totale, rituel de transe, rassemblement culturel, cultuel ou «techno spirituel» ?Pour les raveurs, il s’agit de «sortir du quotidien» et de «rentrer» dans un type de fête extrême, où on «se lâche», on atteint un état hors temps et hors espace, grâce à une musique délirante ouvrant la porte à la transe
Les raves c’est quoi ?
Des fêtes de masse souvent fréquentées par plusieurs milliers de raveurs (actuellement c’est 4 à 5000 personnes qui «sortent» chaque week-end en rave en région parisienne) organisées dans des lieux en marge des circuits noctambules institués (discothèques) perçus comme «originals» ( usines, entrepôts désaffectés, camps militaires abandonnés, lieux sur lesquels on raconte des histoires louches…) avec toujours le même fond sonore de musique techno, animés par des DJs (disc-jockey) connus. Ces fêtes où chacun danse pendant toute la nuit souvent jusqu’au lendemain midi ou soir si on assiste à « l’after/ l’après »(certaines raves durent aussi plusieurs jours), sont vécues comme « communion » avec les autres, avec ou sans utilisation de stupéfiants.
Pour les raveurs, les habitués de ces raves, il s’agit de «sortir du quotidien» et de «rentrer» dans un type de fête extrême, où on «se lâche», on atteint un état hors temps et hors espace, grâce à une musique délirante ouvrant la porte à la transe, souvent sous l'emprise de psychotropes pris au début en arrivant sur le lieu de la rave, «rite de participation», pour faire tomber les codes de conduites ordinaires, grâce aussi à la danse, et à l’imaginaire débridé projeté sur l’environnement qu'on s'approprie et qu'on investit. Les raveurs ne «sortent» que lorsqu’une rave annoncée souvent par le système de bouche à oreille, ou petits tracts déposés chez certains disquaires, semble prometteuse, en fonction du ou des DJs annoncés, du lieu tenu secret jusqu'au dernier moment créant une expectative, du type de musique, du nom du ou des organisateurs (selon leur notoriété). Au début elles étaient organisées par des petites associations avec de faibles moyens, et certaines le sont encore, dénommées teufs ( fréquentées par les teufeufs) ou free-party généralement gratuites. Devenues phénomènes de masses suscitant des convoitises commerciales, certaines raves sont actuellement organisées officiellement (demande d’autorisation, assurances, respect de normes de sécurité ect) et cela représente de gros investissements ( DJs , sociétés spécialisées dans le son et les lumières… à payer) mais aussi un bénéfice plus ou moins important. La participation à une rave de ce type est payante et le montant dépend bien évidemment du type d’organisation. L’investissement dans l’organisation d’une rave peut aller de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros qu’il faut « amortir ». Les bénéfices engrangés grâce à la vente des drogues type ecstasy, acide, trip, X, ect ne sont ni connus ni comptabilisés dans les bénéfices. La rave s’accompagne automatiquement de musique techno: Ambient, Hardcore, Techno, Acid, le Garage, la Jungle, la Trance, dont l’originalité est basée sur la façon dont elle est composée d’une part et écoutée d’autre part. La musique techno est totalement dépourvue du dualisme mélodie/accompagnement qu’on trouve dans les autres musiques, elle n’a ni début ni fin, elle est constituée de pistes sonores qui se répètent, se juxtaposent, se superposent, apparaissent et disparaissent librement. C’est au disc-jockey qui dispose de ces pistes sonores préenregistrées (sur ordinateur), de maintenir un flux sonore rythmique, et à personnaliser son « mix ». Le raveur peut ainsi «s’approprier» la musique être en prise directe instantanée sur le son puisqu’il n’y a ni début ni fin. Il se laisse guider par la sensation dégagée par le son, se promène dans la musique en passant d’une piste à l’autre, laisse le son envahir son corps à travers la danse, bouge au rythme des graves, des aigus, de leurs superpositions. Ces sons bruts provoquent «un état d’âme» créant des sensations d’espace, de vertige, ont prise sur le corps du raveur qui coure, saute, ouvre les bras, contracte son corps. Le caractère obsessionnel du rythme techno fascine et effraie à la fois car la répétition provoque une légère hypnose et maintient de force le corps en mouvement au point que certains trouvent que la musique techno possède un aspect totalitaire auquel on ne peut échapper, que c’est toujours la même chose, une sorte de sonore d’apocalypse, inhumain, complètement artificiel. La rave : fête totale, rituel de transe, rassemblement culturel, cultuel ou techno spirituel ?
La rave rentre dans la définition des fêtes dites véritables par les sociologues ethnologues …dans le sens ou elle est rupture avec le quotidien, transgression, transcendance. C’est une fête totale, sans limite, où le raveur s’étourdit par la transe, rentre dans le cercle du vertige ludique, souvent stimulé par l’ingestion de psychotropes, tombe brusquement dans l’étourdissement qui déconnecte de la réalité, se laisse envahir par le bouleversement instantané des sens, le changement de perception de soi, du monde environnant. Il se laisse attraper par le tourbillon des sensations inhabituelles, le hors règles, ou la fête est une fin en soi. La pratique de la transe est une transgression en soi puisque inscrite en dehors des normes culturelles, elle comble un besoin de sortir de la «normalité» imposée. Le corps, la tête, se vident de tout ce qui est perçu comme «étranger» à son véritable être, ce qui selon certains correspond effectivement à un désir de faire la fête au sens le plus profond.
La rave portée par l’ensemble des raveurs, à travers une aspiration collective à se livrer à une fête totale peut-elle se définir comme une culture ou sous culture ? Les raveurs en France n’appartiennent pas à une catégorie sociale définie, et mis à part leur « politique festive », ils ne sont identifiables ni par leur comportement, ni par leur apparence (tous les looks sont admis, et si la tranche d’âge des 18-25 ans y est majoritaire on y rencontre aussi des 15- 50ans), ni par un discours idéologique commun. Ce n’est pas un mouvement de révolte comme le rock, le pop, le rap ont pu l’être. Pour certains, culture hédoniste de fin de semaine, la dérive que le mouvement connaît dans l’abus des drogues, la fait souvent sortir du champ culturel pour rentrer dans celui du ritualisme addictif. La personne s’y destructure, s’y «éclate» à la fois physiquement et psychologiquement et même si cela n’est que momenté, de courte durée, cette éclatement peut laisser des traces. Les raveurs pris dans leur trip ne se parlent pas, reflet d’un monde de communication non communicante, d’une culture «off» déconnectée. La rave se pose dans un lieu qu’elle investit, qu’il soit urbain ou à la campagne. Ce lieu « réhabilité» puisqu’il a été reconnu comme digne d’être le lieu de la fête, perd son caractère naturel ou artificiel et acquiert un caractère «sacré». Il est sacralisé, lieu de «fondation du monde», avec son cœur et sa périphérie, à la fois mental et physique, le délire collectif faisant se rassembler et se rapprocher les raveurs dans ces deux dimensions. Au-delà de la périphérie, il y a le «non-monde», le «profane». Cette rupture dans l’espace fait effectivement partie de cette «constitution du monde» qui fait rentrer la rave dans le champ du cultuel (ce qui est relatif à un culte). Mais, à la différence du croyant qui s’investit quotidiennement dans des pratiques cultuelles sur la base d’un culte défini (chistianisme, judaïsme islam, bouddhisme…) , le raveur n’a aucune doctrine spirituelle ou mode de vie particulier. Son «expérience religieuse» ne dure que le temps d’une rave, où il cherche à accéder à «l’ailleurs», un virtuel perçu comme enchanté, enchanteur. Ce point fixe retrouvé régulièrement ne structure pas sa vie tel un axe fondateur, mais apparaît plus comme un ancrage tout à fait provisoire dans ce qu’on peut appeler une expérience de «sacré sauvage» (le mot sauvage ici ne renvoie absolument pas aux rituels religieux de personnes appartenant à des peuples indigènes ou autochtones, rituels religieux qui ont leurs propres codes souvent très structurés). En rentrant dans l’espace jeu de cette fête transe «totale», cette tentative répétée de création d’un «nouveau monde» liant technologie et extase («melting pot mystique»), où la volonté et la parole se dissolvent, les raveurs ne risquent –t-ils pas de glisser vers une religiosité (dévotion extrême) sans objet, religiosité manipulable et manipulée, et une mécanisation (robotisation) de l’être, complétant la marchandisation développée dans «l’ancien monde» qu'ils fuient par eclipses ?
Vendredi 06 Mai 2005
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