Il est nécessaire de toujours garder en toile de fond l'occupation colonisation de la Palestine par les sionistes. La Palestine et les palestiniens ne font pas exception à la règle qui veut qu'occupés, colonisés, les peuples se retrouvent toujours partagés entre ceux qui collaborent et ceux qui résistent. Ici même en France nous avons connu ce problème pendant l'occupation nazie, mais cela vaut aussi pour l'Algérie, et d'autres pays.
Après avoir démis de ses fonctions le premier ministre Ismail Haniyeh dirigeant du Hamas, et dissous son gouvernement d'union nationale formé suite à ce que l'on a appelé l'Accord de la Mecque, gouvernement d'union nationale réclamé par 96 % des palestiniens, le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas a installé Salam Fayyad comme nouveau Premier Ministre, d'abord d'un gouvernement d'urgence puis maintenant d'un nouveau gouvernement, tout cela sans l'approbation du Conseil Législatif palestinien, donc en toute illégalité.
C'est sur cette illégalité que nous interviendrons en détail car soutenir la cause palestinienne ce n'est pas soutenir une faction au détriment d'une autre ou décider à la place des palestiniens qui doit les gouverner. Et beaucoup plus largement, c'est défendre la démocratie contre toute ingérence coloniale occidentale et sioniste.
Le parti de Salam Fayyad le nouveau premier ministre rappelons le avait obtenu 2,4 % lors des législatives de janvier 2006 où le Hamas était sorti majoritaire. Mais Fayyad est le chéri des occidentaux. Ancien fonctionnaire de la Banque Mondiale et du FMI, c'est le parfait technocrate, grand serviteur du capitalisme et de la mondialisation auxquels les palestiniens n'ont pas échappés, mais c'est là un autre sujet.
Abbas a accusé le Hamas d'avoir fait un « coup » à Gaza. Mais est ce réellement le cas ?
Il y avait un plan américano sioniste de s'attaquer au Hamas à Gaza concocté par le chef d'orchestre des coups tordus au Moyen Orient que ce soit en Palestine ou au Liban, l'américano sioniste Elliot Abrams, un ancien de l'affaire Iran Contra, qui occupe actuellement un poste trés influent au sein de l'administration Bush puisqu'il est conseiller à la sécurité nationale spécialisé sur le Moyen Orient. Chargé concrètement de réaliser ce coup le général américain Deyton qui a formé les forces de sécurité du Fatah, et un proche d'Abbas, Mohammed Dahlan connu pour ses liens avec la CIA américaine et le Shin Bet sioniste.
Ce plan a échoué car le Hamas a agi préventivement, mettant en déroute les forces de Dalhan qui s'est sauvé en Cisjordanie et selon les dernières nouvelles serait en Allemagne pour raison médicale avant probablement son transfert aux Etats-Unis. Mahmoud Abbas quant à lui en a profité pour faire son coup en Cisjordanie.
On peut parler de coup en ce qui concerne la nomination par Abbas d'un gouvernement d'urgence car elle est entièrement illégale idem d'ailleurs pour le nouveau gouvernement qu'il vient de former ces jours ci. Deux des législateurs palestiniens qui ont participé à la rédaction de la constitution palestinienne l'ont déclaré dans une interview sur al jazeera. L'ancien président américain Jimmy Carter qui a lui-même assisté aux élections palestiniennes de 2006 a sévèrement condamné ce coup d'Abbas et surtout le soutien de la communauté internationale et des sionistes apporté à Abbas et ses magouilles politiques, et la mise à l'écart du Hamas dont les représentants ont été démocratiquement élus remportant la majorité des sièges au Conseil Législatif.
En quoi ce qu'a fait Abbas est illégal :
Selon la Législation fondamentale de Palestine (amendée en 2003), qui fait office de constitution de l'Autorité Palestinienne, Abbas n'est habilité à prendre aucune de ces deux décisions. Le "gouvernement d'urgence" ne pouvait pas revendiquer un quelconque mandat démocratique. Ce qui signifie qu'Abbas et le cabinet Fayyad gouvernaient par décret, en dehors du cadre de la Législation fondamentale et vont continuer de le faire, avec le nouveau gouvernement, donc tout ce qui sera décidé n'aura aucune légitimité.
Selon la Législation fondamentale, Abbas a violé toute une série d'articles, ainsi que l'esprit d'équilibre des pouvoirs, qui a été conçu pendant l'ère Arafat pour limiter justement le pouvoir de la présidence. Avec le plein soutien des USA et d'Israël et l'UE, Abbas a carrément mis à la poubelle de nombreuses clauses de la Législation fondamentale, à savoir :
Le Président peut renvoyer le Premier Ministre (Article 45) mais il ne peut pas légalement désigner un nouveau Premier Ministre qui ne représente pas le parti majoritaire (c'est-à-dire le Hamas).
Dans le cas où le Président démet le Premier Ministre, le gouvernement est considéré comme démissionnaire (Article 83), mais le cabinet en fonction (ici, le cabinet dirige par le Hamas) est supposé gouverner jusqu'a ce que le nouveau cabinet soit entériné par le Conseil Législatif (Article 78).
Seul le Conseil Législatif peut entériner le nouveau Premier Ministre et le gouvernement et les nouveaux officiels ne peuvent pas prêter serment (Article 67) ou exercer leurs fonctions (Article 79) tant que cela n'est pas fait.
On devrait donc voir maintenant le gouvernement Fayyad se présenter devant le Conseil Législatif pour une approbation rétroactive, mais le Conseil Législatif ne peut pas voter par manque de quorum - parce que trop de ses membres sont en prison, car Israël a arrêté une grande partie des membres appartenant au Hamas, ou refusent de participer, ce qui a été le cas lorsque ces derniers jours le Hamas a convoqué le Conseil Législatif qui n'a même pas pu se réunir dans son lieu habituel car la clique d' Abbas les en a empêché, et les parlementaires du Fatah n'ont pas participé.
Donc le nouveau gouvernement ne peut pas être légalement entériné.
La Législation Fondamentale ne prévoit aucune alternative dans le cas où le Conseil Législatif ne peut pas voter pour entériner le Gouvernement ou les actions du Président.
Le Président peut gouverner par décret en cas d'urgence (Article 43) mais le Conseil Législatif doit approuver tous ces décrets dès sa première réunion.
Le Président ne peut pas suspendre le Conseil Législatif pendant l'Etat d'urgence (Article 113).
Le Président n'a pas non plus le pouvoir d'appeler a des élections anticipées, ce que veulent les américano sionistes et ce qui est prévu dans le plan concocté par Elliot Abrams. Dans ce plan il est fait état d'élections législatives anticipées à l'automne 2007.
La Législation Fondamentale ne prévoit pas de disposition, d'aucune sorte, pour un "gouvernement d'exception".
Qu'est-ce que cela signifie pour l'Autorité Palestinienne ?
Le gouvernement Fayyad est donc le bâtard d'un processus hors la loi sans mandat démocratique. D'où la revendication de Haniyeh d'être à la tête du gouvernement démocratiquement élu et qui pour l'instant reste le seul légitime tant qu'effectivement le nouveau gouvernement n'aura pas été entériné par le Conseil Législatif.
Qu'est ce que cela signifie pour le monde c'est-à-dire les gouvernements qui se sont empressés d'affirmer leur soutien à Abbas et son gouvernement illégal, et pour ceux qui soutiennent la lutte des palestiniens contre l'occupation colonisation ?
Comme dans tout coup d'Etat, la reconnaissance diplomatique de ce gouvernement illégal doit maintenant être examinée. Par exemple, par quelle autorité ce gouvernement d'urgence agit-il au nom des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza ? Quelles compétences et responsabilités a-t-il maintenant ? Sur quelles bases légales et politiques doivent être maintenues les relations diplomatiques ?
Ce sont là des questions juridiques mais aussi politiques.
L'Autorité Palestinienne est une invention des Accords d'Oslo de 1993 et 1995 (elle était supposée fonctionner pour une période "n'excédant pas cinq ans"). Mais la Législation Fondamentale a été développée plus tard, pour confirmer et consolider son caractère démocratique. Cet ensemble de lois représentait une mesure allant dans le sens de la construction de l'Etat palestinien, fournissant un cadre de départ pour le bon fonctionnement de la démocratie palestinienne. D'où la référence, dans l'introduction de la Législation fondamentale, à l'Accord Oslo 2 de 1995, et également l'invocation du peuple palestinien comme autorité politique ultime (Article 2 : "(…) le peuple est la source du pouvoir (…)" ).
Les gouvernements étrangers peuvent donc tenter de justifier les relations avec le nouveau gouvernement Fayyad en dehors de la solidarité avec l'effort national palestinien – bien que ce gouvernement soit en crise dés le départ et en déficit démocratique certain.
Ils semblent donc qu'effectivement ils aient décidé d'apporter leur soutien diplomatique et financier au gouvernement Abbas Fayyad, acceptant sa déclaration que le gouvernement Hamas a lancé un coup d'Etat, ce qui est faux comme l'a très bien expliqué Michael Warshawski ci-dessus.
Ces gouvernements soutiennent donc un gouvernement palestinien qui a violé ses propres lois et qui a lui-même, en réalité, fait un coup d'Etat. Ce nouveau gouvernement n'a aucune position légale pour gouverner. C'est également difficile de voir comment de nouvelles élections pourraient être tenues quand le gouvernement Haniyeh refuse de reconnaître le nouveau cabinet et que la Loi Fondamentale Palestinienne n'autorise pas le Cabinet à appeler à de nouvelles élections.
En résumé, le gouvernement Fayyad n'a pas de mandat démocratique, n'est pas opérationnel par ces mêmes règles qui établissent sa légitimité démocratique, et n'est donc qu'un gouvernement fantoche que les pays occidentaux et les américano sionistes soutiennent.
Mais comme l'a dit Robert Malley, ancien conseiller du président Clinton, qui a participé aux négociations de Camp David, impossible de faire avancer le processus de paix sans le Hamas, un mouvement large avec une légitimité populaire, dont les représentants ont été démocratiquement élus. Abbas ne peut pas faire disparaître simplement par décret ou par quelque tour de passe-passe le Hamas.
Sa démarche de refus de toute négociation avec ce dernier tout en acceptant des rencontres avec le gouvernement israélien qui vient de réitérer son exigence qu'Abbas ne négocie pas avec le Hamas n'aboutira à rien et le discrédite aux yeux de tous. L'histoire montre que les collaborateurs n'ont jamais rien obtenu des occupants colonisateurs qui s'en servent et les jettent comme des kleenex une fois leur objectif atteint. C'est le sort réservé à Abbas et sa clique même s'ils essaient provisoirement de contourner illégalement le Conseil Législatif et de faire endosser par l'OLP la tenue de nouvelles élections. La Loi Fondamentale prévaut sur toute décision de l'OLP.
Et l'objectif des américano sionistes c'est
1) de discréditer la résistance palestinienne à l'occupation, celle du Fatah, en lui portant un coup fatal parce qu'il sera globalement et définitivement perçu comme collaborant avec l'occupant.
2) d'attaquer militairement le Hamas pour tenter de le liquider, d'abord en visant la tête : le ministre de la défense sioniste Ehud Barak vient d'obtenir le feu vert du cabinet ministériel pour assassiner le dirigeant du Hamas Haniyeh, et ensuite de lancer une offensive contre les forces du Hamas à Gaza qui vit complètement bouclé et dont la population est majoritairement tributaire de l'aide humanitaire internationale, 80% des activités économiques y ayant été interrompues faute d'approvisionnement et de pouvoir exporter les productions.
Donc de faire d'une pierre deux coups tout en continuant d'enfermer les palestiniens dans des camps de concentration et en s'appropriant les terres palestiniennes pour y installer leurs colons.
Et maintenant pour ceux qui soutiennent la cause palestinienne contre l'occupation colonisation ?
Reste le peuple palestinien, mis de facto à l'écart par le coup d'Abbas Fayyad, qu'il faut continuer à soutenir dans ses actes de résistance contre l'occupation colonisation mais aussi contre le piratage de son gouvernement par ces hommes de paille anti-démocratiques au bénéfice d'Israël et des Etats-Unis.
Il faut donc dénoncer ce gouvernement fantoche d'Abbas Fayyad pour ce qu'il est, exiger que le processus démocratique en Palestine soit respecté, ainsi que la demande du peuple palestinien (96 % l'ont demandé) d'être dirigé par un gouvernement d'union nationale tel qu'il avait été conçu lors de l'accord de la Mecque.
Les palestiniens n'ont pas besoin d'un Tony Blair, nouveau représentant du « Quartet » et éternel caniche de Bush, pour reconstruire leurs institutions mises à mal par l'occupant colonisateur sioniste ces dernières années. Ils peuvent le faire eux-mêmes s'ils mettent sur pied un programme d'unité nationale incluant les palestiniens de la diaspora et un programme d'auto suffisance tout en continuant leur résistance à l'occupation colonisation.
Cela veut dire rompre avec les ong et boîtes à penser financées par les US et l'UE abandonner l'Autorité Palestinienne et refonder l'OLP en y incluant le Hamas. C'est une entreprise palestino palestinienne qui doit être soutenue par les individus ou groupes mais sans se substituer de façon paternaliste et post coloniale aux palestiniens. L'aide internationale (ONG, experts en tout genre, conseillers en résolution des conflits…) aux palestiniens est devenue une industrie qui a institutionnalisé la dépendance du peuple palestinien et a sapé le rôle de la résistance, les bases de la structure sociétale palestinienne en détournant les rôles de la direction palestinienne et les fonds dont se sont vus priver les professionnels palestiniens compétents.
La seule solution à la fragmentation du champ politique palestinien c'est la revitalisation des institutions palestiniennes par les palestiniens pour les palestiniens en parallèle à la lutte contre l'occupation colonisation avec l'objectif de revitaliser le mouvement national pour la création d'un état palestinien indépendant. Une révolution en soi dont les palestiniens seront les seuls à décider comment la faire. Notre rôle à nous c'est de les accompagner de les aider,les soutenir sans interférer.
Mais, dans l'urgence, nous soutenons l'appel de Michael Warschawski : solidarité avec Gaza et sa population.
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