société

L’hospitalité un art de créer du lien avec autrui

Le devoir d'hospitalité se perdrait-il ? Pourtant, toutes les traditions s’accordent pour valoriser l’hospitalité. Est-ce la peur de l’autre, les replis ethnocentriques ou individualistes qui sont à l'oeuvre? Comment renouer dans notre vie quotidienne avec cette hospitalité universellement appréciée ?



L’hospitalité un art de créer du lien avec autrui

L’hospitalité, pratique ancestrale universelle

L’hospitalité s’est d’abord développée comme moyen de prévenir des conflits dans les rapports nomades sédentaires, avant de se construire comme pilier des vertus religieuses des religions monothéistes, des valeurs humanistes inspirées par les civilisations greco-romaines qui se faisaient une très haute idée du devoir d’hospitalité, sans oublier son enracinement en Asie, en Afrique, en Amérique comme en témoignent les traditions populaires de ces continents.

L’accueil de l’autre, orienté vers les simples voyageurs, s’est étendue aux personnes les plus faibles, malades, indigents, veuves, orphelins (création des hospices puis hôpitaux). Plus tard, la protection des populations les plus faibles souvent prise en charge par l’Etat, l’hospitalité stricto sensu est devenu une affaire personnelle, appliquée dans la sphère domestique, mais aussi la manifestation concrète d’une capacité de sociabilité, pour soi vers l’autre.

L’hospitalité un art de créer du lien avec autrui

Le sens de l'hospitalité puise à de multiples sources : altruisme, habitude familiale, besoin de contact, de visite, de donner, générosité, partage, mais aussi curiosité, besoin d’échanger des points de vue, développer une compréhension plus large du monde et des autres, de consolider des connaissances mutuelles, en même temps que découverte de soi de ses propres richesses sous l’éclairage d’un nouveau regard.

L’hôte, avec son double sens, celui qui reçoit mais aussi celui qui est reçu, ouvre une porte sur la reconnaissance mutuelle, le chez toi chez moi : « fais comme chez toi », parfois seulement symbolique mais parfois aussi de l’ordre du concret, du pratique. L’hôte accueillant, doit à son hôte accueilli attention, confort et réconfort, parfois même à ses propres dépends (une table richement approvisionnée alors que les revenus sont modestes par exemple ce qui peut impliquer ensuite des privations pour l’hôte accueillant) convivialité, entrain et gaîté.

Tout doit être fait pour que l’hôte accueilli, mis à l’aise, participe d’échanges fructueux tant sur le plan des idées réflexions que sur celui des sentiments d’amitié, de sollicitude, de douceur de vie. Pour l’hôte accueilli, se glisser en quelque sorte dans les pantoufles de son hôte accueillant, c’est être attentif à ne pas bouleverser les rituels de la sphère domestique et privée, savoir se retirer le moment venu du champ exclusif de l’hospitalité, pour, si la durée du séjour se prolonge, pouvoir en goûter les saveurs sans arrière pensée intéressée ni culpabilité.

L’hospitalité vécue dans son authenticité, c’est du don en relation humaine qui trouve sa plénitude dans la réciprocité.



L’hospitalité un mode de relation citoyenne possible dans les lieux collectifs

Pour réduire les incivilités, les désordres dans les lieux collectifs (halls d’immeubles, cours de récré, salles de cours, espaces d’activités socioculturelles) souvent espaces urbanisés froidement pensés, impersonnels, et plutôt que de légiférer- réprimer, pourquoi ne pas essayer d’y développer des règles d’hospitalité.

Ces lieux «habités» même temporairement doivent pouvoir être gérés par ceux là même qui les investissent sur le principe de l’hospitalité, non pas codifiée froidement par un règlement intérieur, mais discutée entre tous, dans des rapports de réciprocité, chacun pouvant tour à tour se positionner comme accueillant accueilli, pour mieux définir ensemble ces règles d’hospitalité. Cela nécessite d’avoir un ou des garants des lieux, hôtes de service en quelque sorte, disponibles pour veiller à la qualité de l’hospitalité.

A partir de là, s’il s’agit par exemple d’un collège ou lycée, les élèves peuvent être associés à l’amélioration des espaces communs et leur gestion (cour, cantine, hall d’entrée) et leur utilisation pour des expositions d’élèves, des fêtes thématiques, concerts, les élèves passant du statut d’accueillis à celles d’accueillants. Ceci peut conduire aussi à terme à un plus grand respect des lieux et du personnel chargés de l’entretien, moins de graffitis, de détériorations.

Par le biais de ces règles d’hospitalité, il s’agit de coupler les règles d’usage avec le souci de l’hospitalité. Avec le retour des gardiens d’immeubles dans certaines cités, on peut aussi concevoir pour eux un rôle de facilitateur, garant des lieux, et non pas représentant des «maîtres des lieux» pour aider à la mise en place de règles d’usage et d’hospitalité discutées et acceptées par les habitants.

Ainsi le problème du stationnement de jeunes dans les halls d’entrée, et la « privatisation » de ces lieux par des petits groupes au détriment du collectif, peut se trouver solutionner par la prise en main par tous les usagers de la gestion de ces lieux, et des compromis trouvés sur leur utilisation dans un souci d’hospitalité et de réciprocité.


Vendredi 03 Décembre 2004

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