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L’évolution post - 11 septembre des USA à la lumière de la fin de la République romaine

A l’automne de l’an 68 avant Jésus-Christ, la seule superpuissance militaire du monde connut un profond ébranlement psychologique suite à une audacieuse attaque terroriste perpétrée en son cœur-même. Le port de Rome à Ostie fut incendié, la flotte de guerre fut détruite, et deux sénateurs parmi les plus éminents furent kidnappés avec leurs gardes du corps et leurs collaborateurs... Suite à ces évènements, le peuple romain prit des décisions qui l’engagèrent sur la voie de la destruction de sa Constitution, de sa démocratie et de sa liberté. On ne peut s’empêcher de se demander si l’histoire n’est pas en train de se répéter.



Copyright Rocha La Jordana Mexico
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Pirates en Méditerranée, un parallèle historique

A l’automne de l’an 68 avant Jésus-Christ, la seule superpuissance militaire du monde connut un profond ébranlement psychologique suite à une audacieuse attaque terroriste perpétrée en son cœur-même. Le port de Rome à Ostie fut incendié, la flotte de guerre fut détruite, et deux sénateurs parmi les plus éminents furent kidnappés avec leurs gardes du corps et leurs collaborateurs.

L’incident, pour dramatique qu’il ait été, n’a pas beaucoup attiré l’attention des historiens modernes. Mais l’histoire est variable. Un tel événement, qui donnait tout juste matière à une note de bas de page il y a cinq ans, revêt à présent, dans notre monde d’après le 11 septembre 2001, une importance nouvelle et inquiétante. Car dans la panique qui suivit l’attaque, le peuple romain prit des décisions qui l’engagèrent sur la voie de la destruction de sa Constitution, de sa démocratie et de sa liberté. On ne peut s’empêcher de se demander si l’histoire n’est pas en train de se répéter.

Voyez plutôt la similitude. Ceux qui commirent cette attaque spectaculaire n’étaient en service commandé pour aucune puissance étrangère : aucune nation n’aurait osé attaquer Rome de façon aussi provocatrice. Ils étaient bien plutôt les rebelles laissés pour compte du monde : « les hommes ruinés de toutes les nations » pour reprendre les mots du grand historien allemand du XIXe siècle, Theodor Mommsen, « un Etat pirate doté d’un remarquable esprit de corps [en français dans le texte, NDT]. »

Comme Al Qaïda, ces pirates étaient assez peu organisés, mais capables de répandre la peur de façon disproportionnée parmi les citoyens qui s’étaient crus à l’abri de toute agression. Pour citer à nouveau Mommsen : « Le père de famille latin, le voyageur sur la voie Appia, le visiteur distingué aux bains du paradis terrestre de Baiae n’étaient plus un seul instant assurés de leurs biens ni de leur vie. »

Que fallait-il faire ? Au cours des siècles précédents, la Constitution de la Rome antique avait développé un complexe système d’équilibre des pouvoirs dans le but d’empêcher que trop de pouvoir soit concentré entre les mains d’un seul individu. Le consulat, élu annuellement, était détenu conjointement par deux hommes. Les commandements militaires étaient limités dans leur durée et sujets à des renouvellements réguliers. Les citoyens ordinaires étaient accoutumés à un degré de liberté tout à fait remarquable : s’écrier « Civis Romanum sum » - « Je suis un citoyen romain » - garantissait votre sécurité à travers le monde.

Mais la panique fut telle après les événements d’Ostie, que les gens furent disposés à voir ces droits mis en danger. Le plus éminent soldat de Rome, Gnaeus Pompeius Magnus (plus connu comme Pompée le Grand), alors âgé de 38 ans, fit en sorte qu’un de ses lieutenants, le tribun Aulus Gabinius, puisse proposer une nouvelle loi, proprement ahurissante, sur le Forum de Rome.

L’historien grec Plutarque écrivit à ce propos : « Pompée devait se voir remettre non pas seulement le commandement naval suprême, mais ce qui revenait en fait à une autorité absolue et un pouvoir incontrôlé sur tous. Peu d’endroits du monde romain restaient au-delà de ces [nouvelles] limites. »

Finalement, Pompée se vit attribuer la quasi-totalité du Trésor romain – 144 millions de sesterces – afin de financer sa « guerre contre le terrorisme », qui impliquait de construire une flotte de 500 navires et de lever une armée de 120000 fantassins et 5000 cavaliers. Une telle accumulation de pouvoir n’avait pas de précédent, et il y eut littéralement une émeute au Sénat lorsque le projet de loi y fut débattu.

Néanmoins, lors d’un tumultueux rassemblement de masse au centre de Rome, les opposants à Pompée furent intimidés et poussés à la soumission, la Lex Gabinia (Loi de Gabinius) fut adoptée (illégalement), et le pouvoir fut remis à Pompée. Lorsqu’au final il prit la mer, il lui fallut moins de trois mois pour balayer les pirates hors de toute la Méditerranée. Même en tenant compte du génie de Pompée pour ce qui concernait la stratégie militaire, un soupçon se fait jour : si les pirates purent être vaincus si promptement, il est fort peu probable qu’ils aient pu représenter une si grave menace au départ.

Mais il n’était plus temps de soulever de telles questions. Grâce à la ruse la plus éculée de tout le bréviaire politique – attiser une panique, telle que toute voix dissidente puisse être rejetée sous l’accusation de « laxisme » voire de « traîtrise » - le peuple avait abandonné des pouvoirs qui ne lui seraient jamais rendus. Pompée demeura six ans au Moyen-Orient, mettant sur pied des régimes marionnettes à travers la région, et devenant l’homme le plus riche de tout l’empire.
Ceux parmi nous qui ne sont pas Usaméricains ne peuvent qu’observer, pris de doute, la facilité similaire avec laquelle les anciens droits et libertés de l’individu sont en train d’être abdiqués aux USA suite au 11 septembre 2001. Le vote au Sénat jeudi dernier [28 septembre 2006, NdT], qui vise à dénier le droit à l’habeas corpus aux personnes détenues pour terrorisme, leur refusant le droit de faire appel de leur détention devant un tribunal ; la formulation précautionneuse au sujet de la torture, qui n’interdit d’infliger que de « graves » souffrances physiques ou psychologiques en vue d’obtenir des informations ; la recevabilité juridique de preuves recueillies aux USA sans mandat de perquisition ; la possibilité donnée au Président de déclarer « combattant ennemi » n’importe quelle personne résidant légalement aux USA – tout cela constitue un glissement historique de la répartition des pouvoirs entre les citoyens et l’exécutif.

Un Usaméricain intelligent et sceptique se moquerait sans doute de l’idée que ce qui s’est produit depuis le 11 septembre 2001 pourrait présager de la destruction d’une constitution séculaire; mais alors, je présume qu’un Romain intelligent et sceptique aurait bien pu faire de même en 68 av. JC.

En réalité, cependant, la Lex Gabinia fut le commencement de la fin de la République romaine. Elle créa un précédent. Moins d’une décennie plus tard, Jules César – qui selon Plutarque fut le seul homme, lors du débat au Sénat, à défendre l’attribution d’un commandement spécial à Pompée – se vit accorder une semblable souveraineté militaire étendue en Gaule. Auparavant, l’État, à travers le Sénat, gouvernait largement ses forces armées; dès lors, les forces armées commencèrent à assumer la direction de l’État.

Cela introduisit également un flot d’argent dans un système électoral qui avait été conçu pour une période non impériale, plus simple. César, de même que Pompée, ayant à sa disposition toutes les ressources de la Gaule, devint immensément riche, et utilisa sa fortune pour financer sa propre faction politique. Dès lors, le résultat des élections fut largement déterminé par la quantité d’argent dont disposaient les candidats pour acheter les électeurs. En 49 av. JC, le système s’écroula complètement, César traversa le Rubicon – et le reste, comme on dit, c’est de l’histoire ancienne.

Il se peut que la République romaine ait été condamnée de toute façon. Mais la réaction disproportionnée face à l’attaque d’Ostie a incontestablement précipité le cours des choses, affaiblissant les limites imposées à l’aventurisme militaire et corrompant le processus politique. Il faudra plus de 1800 ans avant que n’apparaisse, aussi imparfait fut-il, un régime politique comparable de loin à la démocratie romaine.

La Lex Gabinia est une illustration classique de la « loi des conséquences noneffets pervers » : elle a porté un coup fatal à l’institution qu’elle était censée protéger. Espérons que le vote au Sénat US n’aura pas le même résultat.

Robert Harris, 30 septembre 2006

Publié sur : www.nytimes.com (New York Times)

Repris sur http://www.commondreams.org/views06/0930-28.htm

Robert Harris,49 ans, historien et journaliste britannique, est l’auteur du tout récent « Imperium: A Novel of Ancient Rome. » [Imperium :un roman de la Rome antique]. Il a précédemment publié quatre romans historiques : Fatherland, Enigma, Aurora et Pompéi. Seul ce dernier est paru en français.


Traduit de l’anglais en français par Xavier Rabilloud et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1296&lg=fr

Les Etats Unis de Barbarie: Légalisation de la Torture, Pouvoir Présidentiel Dictatorial

Mercredi 11 Octobre 2006
Mireille Delamarre

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