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Italie : Plus un sou pour les patrons d’esclaves

Bruxelles s'empare du dossier des Pouilles

Règles enfreintes et crimes contre l’humanité dans les Pouilles. Bruxelles doit maintenant mettre une enquête en route. Et les subventions aux agriculteurs vont être suspendues. La parole à Stephen Hugues, euro-député anglais…



Photo Rocco Benedictis L'Espresso
Photo Rocco Benedictis L'Espresso

Plus un sou pour les patrons d’esclaves

L’indignation devant la honteuse affaire des esclaves des Pouilles a atteint Bruxelles… L’Italie risque de le payer un prix fort devant le Parlement européen. L’Anglais Stephen Hughes, membre et ex-président de la commission Emploi et Affaires sociales, demande que soient suspendues les subventions aux cultivateurs de tomates italiens, jusqu’à ce que l’Italie prouve avoir éradiqué l’exploitation inhumaine des ouvriers agricoles. Le député travailliste, inscrit au Groupe socialiste européen, n’est pas le seul à penser de la sorte. Pourtant, le ministre de l’Intérieur, Giuliano Amato, avait annoncé des mesures immédiates. L’enquête publiée voici quelques jours par « L’Espresso » n°35 « Moi, esclave dans les Pouilles », i[b[un reportage de Fabrizio Gatti] sur l’exploitation des immigrés de la province de Foggia a atterri devant l’intergroupe entre parlementaires et syndicalistes européens. À part deux asssitants parlementaires des Verts, les Italiens n’ont pas participé à la rencontre.]b]i « Le cas est si grave » déclare Hughes, « que la Commission européenne devrait incessamment mettre le gouvernement italien en accusation et renvoyer toute cette affaire devant la Cour européenne de Justice, en procédure d’urgence. »

Les agriculteurs italiens risquent gros. L’Union européenne versera cette année près de 137 millions d’euros aux cultivateurs de tomates sur la base des récoltes prévues. Et ces subventions iront aussi à ces exploitations qui ont réduit en esclavage des milliers d’étrangers au lieu d’embaucher régulièrement des ouvriers saisonniers.

Mister Hughes,le Parlement européen est au balcon ?

Non. Maintenant que ces faits épouvantables sont en passe d’être éclaircis, l’Union européenne doit agir vraiment pour mettre fin le plus rapidement possible à cette affaire inhumaine et honteuse. Il faut que la Commission européenne, ainsi que le Parlement se rendent compte pleinement de la situation et interviennent avec célérité. L’esclavage dans un État-membre fondateur de l’Union européenne est un crime contre l’humanité. Il faut y mettre un terme.

Que ferez-vous ? Réussirez-vous au moins à mettre en route une enquête ?

J’ai demandé que soit organisée une audition sur cette question devant la commission Emploi et Affaires sociales du Parlement européen et que soit nommé un rapporteur pour enquêter en profondeur sur cette question. Mais ce scandale n’implique pas seulement la commission Emploi.

Quelle autre commission devrait intervenir ?

Nous avions alerté les commissions Contrôle des budgets et Agriculture. Elles devront conduire leur enquête et j’espère qu’elles demanderont une suspension des subventions agricoles.

Vous demandez donc la suspension pour 2006 de la contribution européenne aux cultivateurs italiens de tomates ?

Jusqu’à ce qu’il y ait des preuves certaines ces pratiques auront cessé. La Commission européenne doit pouvoir se fier totalement aux autorités nationales et régionales pour s’assurer que les subventions sont utilisées correctement. Et, à propos de cette affaire dénoncée par votre hebdomadaire, il y a eu explicitement un cafouillage total des contrôles et des inspections nationales et régionales. Mais maintenant que les faits ont été portés à la connaissance de la Commission européenne, ils ne pourront plus regarder ailleurs ! La Commission devra agir, et comme je l’ai dit, les subventions agricoles devraient être suspendues jusqu’à ce que soit mis fin à cette épouvantable chaîne d’affaires.

L’exploitation des esclaves dans les Pouilles annule les conquêtes consolidées en Europe sur les droits humains, sur l’emploi, sur les principes de la libre concurrence ?. L’Italie risque-t-elle une procédure d’infraction ?

À la lumière de ce qu’il se passe dans les Pouilles, c’est un bouquet de lois de l’U.E. qui ont été violées, les obligations du Traité et les droits garantis par la Convention européenne. La Commission européenne devrait mettre en accusation le gouvernement italien et renvoyer l’affaire en procédure d’urgence devant la Cour européenne de Justice.

Les cultivateurs de tomates des Pouilles produisent aussi des olives et du raisin à vin. Selon un rapport sanitaire de Médecins sans frontières, les immigrés-esclaves sont aussi exploités en Campanie, Calabre et Sicile. Les agriculteurs se défendent en accusant l’industrie alimentaire et les prix plancher fixés par le gouvernement…

Quelle que soit la récolte et quel que soit le secteur, les financements européens ne doivent plus servir à consolider l’esclavage et l’exploitation des travailleurs. Les lois et règlements européens doivent être appliqués avec rigueur pour stopper ce qui est en train de se passer, et éviter que cela n’arrive encore.

Craignez-vous que l’exploitation systématique des immigrés puisse s’étendre aux autres États de l’Union ?

Le danger est que ce type de pratiques se diffuse, si elles ne sont pas étouffées dans l’œuf, dès maintenant. Parce que d’autres producteurs dans d’autres régions trouveront leurs prix concurrencés à perte par rapport à ceux pratiqués par les patrons d’esclaves. La façon la plus rapide de mettre fin à ça, est de couper les financements européens. Jusqu’à ce que soient montrées les preuves que ces pratiques n’ont plus cours.

50% des ouvriers agricoles étrangers en Italie vivent sans l’eau courante. 40% dorment dans des baraques de chantier. 43, 2% n’ont pas de toilettes. 30% n’ont pas l’électricité. Et 30% ont été agressés et maltraités. Quel effet vous font ces chiffres ?

Il est incroyable que des milliers d’ouvriers agricoles vivent, travaillent et meurent dans des conditions barbares dans l’Italie moderne du bien-être.

Après la publication de l’enquête de « L’Espresso », le gouvernement Prodi a annoncé des modifications des lois sur l’immigration, et une commission d’enquête. Les autorités locales ont augmenté les contrôles. Vues de Bruxelles, ce sont des mesures suffisantes ?

Je suis soulagé par le fait que le nouveau gouvernement italien ait commencé à prendre de telles précautions : il est difficile d’imaginer le gouvernement Berlusconi une quelconque mesure de précaution de ce genre. Ces pratiques se sont clairement implantées bien avant que Prodi n’arrive au pouvoir. Mais maintenant, il est évident qu’il est nécessaire de prendre des dispositions sans plus tarder, pour renvoyer devant la Justice ceux qui ont organisé un tel trafic. Mais ça ne suffit pas. »

Qu’est-ce qu’il faudrait d’autre ?

Il faut repenser les règles sur l’immigration et l’intégration comme un ensemble indissociable. Pour empêcher que les personnes soient poussées vers l’exploitation par le fait de l’économie fantôme. »

Dans les Pouilles au moins 13 travailleurs polonais sont disparus. D’autres ouvriers agricoles ont été tués. La diplomatie polonaise a critiqué la lenteur avec laquelle les autorités italiennes ont mis en route les enquêtes sur quelques cas. L’union entre les polices européennes est à ce point lointaine ?

La coopération judiciaire et policière au niveau européen est en train de se développer lentement. Jusqu’à maintenant, elle a eu une nature intergouvernementale. Il est nécessaire de la mettre sous supervision démocratique. Des exemples comme celui des Pouilles démontrent que la coopération se développe trop lentement dans ce domaine.

La commission au sein de laquelle vous travaillez connaît-elle d’autres cas dans lesquels l’économie officielle tire parti de l’esclavage ?

Le cas des cueilleurs chinois de mollusques noyés dans mon propre pays montre que cela n’est pas seulement un problème italien. Mais je ne connais pas d’autres États membres où l’esclavage soit utilisé sur une échelle aussi vaste. Mais quoiqu’il en soit, dans la plupart des États membres, sinon dans tous, fonctionne un marché du travail à deux niveaux. Et les travailleurs immigrés sont exploités au niveau le plus bas.

Le staff de Mariann Fisher Boel, commissaire à l’Agriculture et au développement rural, est en train d’examiner le cas des Pouilles. La Commission européenne en fait-elle assez pour stopper le retour de l’esclavage ?

Je ne suis pas informé des dispositions que la Commission européenne aurait prises, si elle en a prises, à ce jour. Mais maintenant, elle aura à faire face à un feu nourri d’interrogations. Et elle devra agir vraiment d’urgence.


Portraits d’exploiteurs menottés

Ils pouvaient aller jusqu’à vendre les dons que Caritas International leur adressait.

Les deux « très modestes ouvriers agricoles », comme les a présentés leur avocat, Vincenzo Di Staso, avaient organisé un système pour l’exploitation capillaire des esclaves, selon les Procureurs de Foggia. Giuseppina Lombardo, 51 ans, et le Tunisien Ayari Ezzedine Ben Azaiez, 40 ans, dit Aziz (« L’ami » N.d.T. ) ont été arrêtés voici quelques jours sur ordre du juge d’ enquête préliminaire Maria Rita Mancini, qui a reçu les requêtes du représentant du Ministère public Vincenzo Bafundi. Tous deux sont accusés de mauvais traitements, extorsions de fonds, encouragements à l’immigration clandestine, entremise illégale de travail. La Lombardo et Aziz, selon les enquêtes de l’escadron mobile de Foggia, fournissaient des ouvriers agricoles-esclaves aux agriculteurs. Le couple, selon les témoins, contrôlait cette année 70 Roumains, 200 en 2005.

Les étrangers, outre les dessous-de-table sur les transports et les matelas, étaient obligés d’acheter l’eau et la nourriture dans l’unique commerce de Villagio Amendola , ouvert par eux deux avec une licence de la commune de Manfredonia. Les produits alimentaires, écrit le juge, « étaient récupérés entre les rebuts du marché de la zone et des autres commerces ».

Les témoignages ont rapporté que ceux qui faisaient leurs courses ailleurs étaient battus et perdaient leur travail. Tous les soirs, Aziz contrôlait les cabas pour vérifier que tous avaient fait leurs courses dans sa boutique. : « Il va même même jusqu’à voir ce qui se cuisine dans les casseroles. » Le Tunisien est aussi accusé d’une raclée administrée à coups de barre de fer sur la personne de Pavel M., 39 ans, telle qu’elle a été racontée dans le reportage de « L’Espresso ». Selon les témoins, quand les autres Roumains ont demandé de l’aide à la Lombardo, elle a répondu : « Laissez-le crever, on va le ramener au canal en voiture ».


Une ferme sur deux n’est pas aux normes

Ouvriers agricoles embauchés au noir, ou traités carrément comme esclaves. Plus de la moitié des fermes agricoles de la province de Foggia est hors-la-loi : sur 227 entrepreneurs contrôlés, 125 ont été dénoncés cette année pour avoir violé les normes sur le travail et l’immigration. Ce sont les conclusions des inspections pratiquées dans le Nord des Pouilles par la Police, les carabiniers et la Direction provinciale du Travail, entre le 10 Juillet et le 21 Septembre 2006. Les données, parmi celles communiquées à la Chambre par le Vice-Président du Conseil (vice-Premier ministre), Francesco Rutelli, sont divisées en deux périodes.

Du 10 Juillet au 10 Septembre a été pratiquée une moyenne de deux inspections par jour : les entrepreneurs dénoncés représentent les 55,6% du total contrôlé. Au cours des dix jours du 11 au 21 Septembre (après l’enquête de « L’Espresso », donc, sur les esclaves dans les Pouilles publiée le 1° Septembre) les inspections sont passées à 7,6 en moyenne par jour et les entrepreneurs dénoncés sont descendus à 23%. « Les derniers résultats », explique un enquêteur, « sont faussés par le fait qu’après la polémique autour du cas des Pouilles, les entrepreneurs étaient plus prudents et qu’ils éloignaient de nombreux travailleurs clandestins avant notre arrivée. Donc, cela confirme qu’une augmentation de l’attention de la part de tous, diminue le taux d’exploitation ».

En Juillet, c’est pourtant un des syndicats des agriculteurs qui avait accusé la police, les carabiniers et la Direction du Travail d’envoyer trop d’inspecteurs dans les champs. S’en était fait le haut-parleur dans les journaux de la presse locale, Leonello Solimando, président de l’U.G.L.-cultivateurs, le syndicat apparenté à Alleanza Nazionale ( le parti « post-fasciste » de Gianfranco Fini, NdT): « Ces jours-ci le blitz (raid-éclair, NdT ) des inspecteurs et des forces de l’ordre a pas mal compliqué la récolte d’été des agrumes et des tomates. Nous ne sommes pas opposés aux vérifications, mais nous ressentons le devoir d’exprimer tout notre dissentiment et notre désapprobation envers les dysfonctionnements de l’administration publique ».

L’UGL s’en prend au préfet de Foggia : « Quatre mois après le dépôt des demandes d’embauches réglementaires, la Préfecture n’a pas encore traité 99% des dossiers déposés par les exploitations ».

Selon les entrepreneurs, c’est précisément la raison pour laquelle les exploitations doivent s’adresser aux « caporaux » (intermédiaires mafieux, NdT) si elles veulent trouver de la main d’œuvre. Mais à la Préfecture on fait remarquer que le retard est du au système des quotas imposés par la loi Bossi-Fini sur l’immigration. Loi écrite, entre autres, par Alleanza Nazionale elle-même.

Traduit de l’Italien par Boudjemaa Sedira et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d ‘en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1365&lg=fr

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Samedi 18 Novembre 2006
Mireille Delamarre

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