Quelle est la logique qui va émerger de cette guerre ? Si Israël ne peut exister qu'en détruisant le voisinage, alors il est temps de le déclarer comme un état en échec. Le rêve sioniste a viré au cauchemar et n'est pas viable. Si le futur réserve la même chose, alors le temps est venu de reconsider la totalité du projet. Chaque état a le devoir de défendre ses citoyens, mais il a aussi le devoir de leur fournir la sécurité et les deux choses sont différentes. Les perspectives sont, encore plus de destruction, de fanatisme, de violence, de haine. Aucune séparation unilatérale ne peut isoler Israël de tout cela, la région et la totalité du monde ne peuvent vivre en en supportant les conséquences. Cela semble le seul choix, et Israël doit se faire une faveur et en faire une aux autres, et s'en aller.
L'occupation de la Cisjordanie et de Gaza montre un pays privé de toute humanité ? La Cisjordanie est invivable, la population étranglée dans trois groupes de prisons. Des barrières de béton, des barbelés, des routes de contournement, des êtres humains émergeant comme des rats de tunnels souterrains, l'humiliation quotidienne aux centaines de check points. Depuis que la population a osé élire le Hamas, Gaza est assiégée, son infrastructure a été anéantie et sa population conduite au désespoir dans ce qui semble une répétition de ce qui devait se passer au Liban.
Le Liban s'est réveillé le 12 juillet (2006 ndlt) à une réalité qui peut détruire les bases mêmes de la société. Il est partagé entre ceux qui croient en une « riviera » construite sur des consensus politiques, le partage du pouvoir et un état faible, et ceux qui, comme le Hezbollah, voit la nécessité d'avoir une forteresse pour résister à un ennemi dangereux, diabolique. C'est cette dernière logique qui va prévaloir du fait du comportement d'Israël.
Pourtant, le système libanais est tenace. Le premier ministre Fouad Siniora, sous les bombes, a été capable de soutirer un consensus en 7 points ou la forteresse victorieuse a accepté de revenir à un processus politique. Le Liban a même réussi à défier les USA et Israël par pure ténacité, et par un tour de force diplomatique, il a réussi à orienter le Conseil de Sécurité vers une solution politique plutôt qu'une solution militaire. Pour la première fois, les ministres arabes des affaires étrangères se sont mobilisés et ont mené une campagne active de lobbying en lien avec la légalité internationale.
Il y a une volonté délibérée de cibler les civils. Israël peut le nier, mais les israéliens qui le font savent, en fait, que c'est vrai. Plus de 17 000 personnes ont été tuées au cours de l'invasion de 1982, et le résultat net de cela ce fut la création du Hezbollah, du Hamas et du Jihad Islamique. Il existe une doctrine qui dit que les arabes ont besoin d'être écrasés, qu'on peut les bombarder pour les soumettre, qu'ils tomberont à genoux éventuellement. C'est la doctrine non sont application qui est viciée. Elle dit qu'en terrorisant les populations, elles nous respecterons et ferons la paix ; elle dit que ceux qui osent résister doivent être éradiquer à travers des assassinats ciblés et ceux qui les soutiennent annihilés quel qu'en soit le prix. Les seules leçons qu'Israël a apprises c'est qu'il devrait faire mieux la prochaine fois.
3 pays arabes ont des traités de paix ou des relations diplomatiques avec Israël, la plupart des états du golfe ont ou ont eu des bureaux commerciaux, l'Arabie Saoudite et le roi Abdallah ont proposé un plan offrant une normalisation avec Israël – ce qui n'avait pas été obtenu en 30 ans de paix avec l'Egypte. La Tunisie et le Maroc ont d'excellentes relations avec Israël. Même des états voyous comme la Syrie et la Libye ont montré des signes positifs- le premier désespérant de renouer des pourparlers de paix un conditionnellement. La région a une histoire de tolérance et de coexistence ; les minorités inclus les juifs, ont survécu et prospéré pendant des siècles. Israél est aveugle à tous les développements positifs, ce qui aura pour effet de faire disparaître et ces positions et ceux qui les tiennent, leur attitude n'étant pas tenable.
Le Liban peut reconstruire ses aéroports, ses routes, ses ponts, ses usines, enterrer et pleurer ses morts, reconstruire des vies ébranlées. Israël est depuis à peine 60 ans dans la région, un millième de seconde à l'échelle de l'histoire, mais c'est suffisant pour juger des résultats. Si la morale fondamentale est viciée, alors il est temps de faire ses valises et de partir.
Nadim Shehadi 15/08/06 article publié sur le Haaretz version anglaise. Copyright Haaretz traduction MD pour Planète Non Violence
Nadim Shehadi est écrivain, un économiste libanais et un membre associé du programme sur le moyen orient à Chatham House
Solidarité Gaza, aide à projet : des paysans pauvres aux familles pauvres