En 2004, Le Tsunami dans l’Océan Indien, qui a fait 225 000 morts dans 11 pays, a profondément choqué le monde et donné lieu à une gigantesque vague de solidarité à l’échelle planétaire. Récemment, le puissant cyclone qui a dévasté le Delta Irrawaddy du Myanmar a lui fait 78 000 morts des centaines de milliers de sans abri et provoqué des dégâts considérables. De même, en Chine, dans la province de Sichuan, un tremblement de terre a fait plusieurs milliers de morts, des millions de sans abris.
Ce sont là des catastrophes naturelles, certes douloureuses en terme de pertes en vies humaines, qui sèment la destruction matérielle, et mobilise, à juste titre, les efforts de solidarité de la communauté internationale.
Mais qu’en est-il de cette gigantesque catastrophe provoquée par la main armée de l’homme, ou plutôt de l’Administration Bush, en Irak ?
Pire qu’une catastrophe naturelle, car elle semble actuellement sans fin. Personne ne peut actuellement deviner quand on pourra seulement affirmer que le pays a commencé concrètement sa reconstruction, ou quand seulement celle-ci sera sur le point de démarrer. Pour l’instant, l’Irak est secouée quotidiennement par les bombes américaines, une guerre aérienne à ce jour la plus intense de l’Histoire. De semaine en semaine, les pertes en vies humaines, les destructions massives s’inscrivent sur le vaste registre de l’Histoire des conquêtes impériales, mais pas sur vos écrans TV.
Récemment pourtant, les troupes irakiennes, formées par les US, soutenues par l’avion américaine ont pénétré dans certains quartiers pauvres de Bagdad Est, où s'entassent des Shi’ites Irakiens. Les premières descriptions des violents combats que s’y sont déroulés viennent tout juste de parvenir jusqu’en Occident, alors que l’aviation US a été appelée en renfort pendant deux mois et a pilonné sans arrêt ces quartiers de taudis surpeuplés. Difficiles d’imaginer une telle destruction de main d’hommes : des boutiques et kiosques dévastés, des maisons aux portes enfoncées à coup de crosse de fusil mitrailleur, défaits de leurs gongs, des vitres brisées partout, des murs criblés de balles, certains bâtiments éventrés par des missiles.
Mais ce n’est pas simplement Bagdad Est qui est dans cet état. L’Irak en entier est devenue une vaste zone de destruction. L’Administration Bush y a semé le chaos, la mort.
Actuellement, on estime à 4.5 millions le nombre d’Irakiens réfugiés à l’étranger ou déplacés à l’intérieur de leur pays parfois dans le cadre de nettoyage ethnique, et plus d’un million le nombre de morts. On ne peut bien sûr pas chiffrer le stress mental et la colère que ces années de Catastrophe, estampillé e»fabrication américaine », ont provoqué dans la population civile irakienne. Certains rares articles de presse mentionnent des histoires sordides tel cet hôpital psychiatrique de Bagdad, Ibn Rushid, un hôpital psychiatrique en état de décrépitude avancé, avec un personnel des plus restreints puisque 7 des 11 membres du personnel ont fui soit vers le nord en zone kurde, soit à l’étranger, craignant pour leur vie. Dans certaines universités et hôpitaux de Bagdad on rapporte jusqu’à 80% de réduction de personnel. L’économie est en lambeaux le système médical en ruine, l’eau potable un luxe inaccessible, une grande partie des Irakiens appartenant aux classes moyennes sont partis, des quartiers entiers sont sous le contrôle de milices.
Ce qui est arrivé en Irak c’est un Tsunami militaire dont l’épicentre est la Maison Blanche, dirigée par une Junte pire que celle du Myanmar, dont la politique de guerre préventive est un véritable tremblement de terre qui a et continue de dévaster non seulement un pays comme l’Irak, avec le coût énorme en pertes de vies humaines, de dommages en terme d’environnement pollué par les armes à l’Uranium appauvri, de villes et villages détruits, mais qui touche aussi de plein fouet le système du Droit International, seule garantie contre la loi de la jungle, et seule protection de base de toute vie humaine.
Les Droits de L’Hommistes se massent en nombre sur la place publique lorsqu’il s’agit de défendre une riche privilégiée franco colombienne, des moines tibétains esclavagistes dont le chef « spirituel » n’est qu’un gourou de pacotille manipulé par la CIA, ou encore pour hurler contre la Junte militaire Birmane qui a refusé de laisser entrer dans ses eaux territoriales de gigantesques portes avions US et français venus mouiller aux larges de ses côtes soit disant pour apporter de l’aide humanitaire. Et le Droit de l’Hommiste en Chef, Bernard Kouchner, de s’agiter dans tous les sens et vomir ses élucubrations sur le « droit d’ingérence » dans les medias serviles. Kouchner le rapace qui vient de survoler les cadavres encore chauds des Irakiens massacrés, pour participer au dépeçage économique de l'Irak. Accompagné par des journalistes de FR2 serviles, il a cyniquement affirmé que tout était normal en Irak. La diplomatie VRP des missiles et autres engins de mort est devenue monnaie courante en Sarkozie, une véritable honte pour notre pays.
Mais personne, parmi ces Droits de l’Hommistes, pour protester contre ces crimes de guerre perpétré en Irak, mais aussi en Palestine, en Afghanistan. Pourtant, des millions de personnes, pressentant les conséquences de ce Tsunami Militaire US avaient défilé avant la guerre contre l’Irak, dans de nombreuses villes partout sur la planète, dans ce qu’on peut considérer comme ayant été la protestation collective la plus grande et la plus étendue dont le monde ait été témoin jusqu'à ce jour. Depuis, grâce au concours assidu des médias va t-en guerre (on ne mord pas la main qui nourrit), cette énorme vague de protestation sincère a été oubliée ou plutôt effacée de la mémoire collective, oblitérée par la version officielle d’une guerre «juste» justifiée par le mantra droite-gauche «Il fallait se débarrasser de Saddam Hussein».
Quelque soit les conclusions tirées plus tard par l’Histoire sur ce grand moment de solidarité mondiale avec le peuple irakien, une fois la guerre lancée, la vrai résistance s’est manifestée sur le terrain, sans aucun soutien de l’extérieur, unissant les frères ennemis d’hier : des Baathistes, des anciens militaires, des syndicalistes, des démocrates séculiers, des chefs de tribus locaux, et des immans politiquement actifs. Ils ont réussi ensemble à dynamiter les plans de la Nouvelle Rome, de ces Croisés venus de la Maison Blanche, auto proclamés «Superpuissance» et «Shérif de la Planète Terre».
Et cela, sans même rentrer dans les détails de l’Histoire, est déjà en soi un évènement de portée historique.
Mireille Delamarre
Urbicide en Irak
Balkanisation de l'Irak ?