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Impérialisme humanitaire - présentation du livre de Jean Bricmont

Analyse de la manière dont l'idée de défense des droits de l'homme dans l'interventionnisme occidental s'est peu à peu transformé en légitimation de l'ingérence militaire.Les défenseurs auto institués des droits de l'homme ont appuyé une guerre d'agression contre un état souverain, la Yougoslavie, ont applaudi à la destruction du droit international (ONU mise sur la touche, conventions internationales non respectées)...Jean Bricmont en vient donc à rappeler que, aussi fragile qu'il soit et aussi perfectible qu'il demeure, l'édifice du droit international qui, après tout, est de construction très récente dans l'Histoire de l'Humanité, doit être préservé et défendu.



Impérialisme humanitaire - présentation du livre de Jean Bricmont

Impérialisme humanitaire de Jean Bricmont présentation par Comaguer

Dan son dernier livre "Impérialisme humanitaire", Jean Bricmont entame un débat avec les tenants de l'impérialisme des droits de l'homme. Cette attitude, on pourrait même dire cette posture politique, apparue au moment de la Perestrotka soviétique dans de larges secteurs de la gauche des pays développés y a fleuri et prospéré après la disparition de l'URSS et a trouvé son heure de "gloire" au moment de l'éclatement de la Yougoslavie et son apogée au moment de l'agression de l'OTAN en 1999

Au mépris de la réalité, pour défendre ce qui n'était par une minorité : les albanophones étaient largement majoritaires au Kosovo, qui n'était pas non plus une minorité opprimée : la constitution yougoslave accordait au Kosovo et donc à la majorité de sa population une autonomie sans équivalent dans la plupart des démocraties occidentales, en diabolisant, en le comparant à Hitler, un dirigeant politique - Milosevic- arrivé au pouvoir par les urnes et reconduit par les urnes , n'ayant pas supprimé les libertés publiques ni créé de camps de concentration dans son pays, les droits de l'hommiste ont applaudi une attaque aérienne brutale, menée par une coalition militaire surpuissante, en violation de toutes les règles du droit international et visant des cibles économiques : ponts, routes, usines et des populations civiles qu'une armée trop peu équipée ne pouvait pas défendre.

Pour la gauche occidentale, le bilan de cette période idéologique est, à la lumière de ce dernier évènement qui, d'une certaine façon, la clôt comme une catastrophe de la pensée, particulièrement cruel. Les défenseurs auto institués des droits de l'homme ont appuyé une guerre d'agression contre un état souverain, ont applaudi à la destruction du droit international (ONU mise sur la touche, conventions internationales non respectées). Pour défendre les albanophones du Kosovo - qui se posaient en victimes mais trouvaient, bien qu'ils fussent classés comme terroristes jusqu'en 1998, des fournisseurs d'armes complaisants dans les pays qui s'employaient à découper la Yougoslavie en confettis sanglants : Allemagne, Etats-Unis, Italie, Grande-Bretagne, France et à leur suite tout l'OTAN, les défenseurs auto institués des droits de l'homme ont été les meilleurs alliés des lanceurs de bombes et de missiles.

Jean Bricmont en vient donc à rappeler que, aussi fragile qu'il soit et aussi perfectible qu'il demeure, l'édifice du droit international qui, après tout, est de construction très récente dans l'Histoire de l'Humanité, doit être préservé et défendu car, comme l'a justement souligné le jugement du tribunal de Nuremberg, la guerre d'agression, crime suprême contre l'humanité, porte en elle tous les autres crimes (une armée d'occupation se permet tout), toutes les atteintes aux droits de l'homme.

"La prise de conscience de l'idée que le droit international doit être respecté et que les conflits entre Etats doivent pouvoir être contrôlés par une instance internationale est en soi un progrés majeur dans l'histoire humaine, comparable à l'abolition du pouvoir de la monarchie et de l'aristocratie, l'abolition de l'exclavage, le développement de la liberté d'expression, la reconnaissance des droits syndicaux et de celui des femmes, ou encore l'idée de sécurité sociale". Jean Bricmont page 112

Ce qui le conduit à se référer expressément à la déclaration universelle des droits de l'homme, souvent citée et mal connue. Adoptée le 10 Décembre 1948 par l'assemblée générale des Nations Unies elle est le produit d'une volonté à l'époque puissante dans les populations et portée par les gouvernements de refuser une nouvelle guerre mondiale et ses horreurs.

Elle reprend, bien sur, les éléments de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen élaborée par la Révolution française mais elle y ajoute des droits sociaux qui sont souvent la condition préalable à l'exercice de la liberté de pensée, d'opinion, de circulation... Ainsi:


Article 22

Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.

Article 23

  • 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

  • 2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

  • 3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.

  • 4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

Article 24

Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.

Article 25

  • 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

  • 2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

Article 26

  • 1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.

  • 2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.

  • 3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants

Consulter le texte entier dans notre bibliotexte;

Dommage qu'il ait fallu la deuxième guerre mondiale pour convaincre les gouvernements de signer un tel document, dommage que beaucoup n'aient pas respecté leurs engagements et espérons - et agissons pour - qu'il ne faille pas une troisième guerre mondiale pour imposer partout ces droits.

Dommage aussi que les organisations qui militent pour les droits de l'homme aient, d'une façon générale, tendance à accorder moins d'attentions à ces droits sociaux et collectifs qu'aux libertés individuelles.

Certes, l'homme ne vit pas que de pain, mais il ne vit pas non plus sans pain.


"Impérialisme humanitaire" `
Droits de l'homme, droit d'ingérence, droit du plus fort ?»
Jean Bricmont Editions Aden


Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l'Université de Louvain. Intellectuel engagé il fait aussi partie du " Brussels Tribunal ". Un tribunal d'opinion qui examine les crimes de guerre en Irak et se veut la continuation de la grande mobilisation internationale contre la guerre en Irak. Composé d'intellectuels et de juristes, le "Brussels Tribunal" s'inscrit également dans un mouvement plus large qui veut mettre un terme au nouvel ordre impérialiste mondial.


Article paru dans le bulletin n° 136 - semaine 1/2006, de COMAGUER ( Comprendre et Agir contre la Guerre). Copyright Comaguer

Site de Comaguer

ONU : L'administration Bush en guerre contre l'Organisation des Nations Unies

Tribunal mondial pour l'Irak

Samedi 07 Janvier 2006

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