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Il n’y aura jamais de victoire de l’OTAN en Afghanistan

L’option militaire ne mène nulle part. La solution c’est d’imiter le Pakistan, retirer les troupes, et faire des arrangements. Exigeons que les troupes françaises soient immédiatement retirées d'Afghanistan



Projets de Pipelines passant par L'Afghanistan
Projets de Pipelines passant par L'Afghanistan

Il n’y aura jamais de victoire de l’OTAN en Afghanistan

Le brave appel du général Sir Richard Dannatt à un retrait précoce des troupes britanniques d’Irak contenait une faille compréhensible. Ce retrait ne s’appliquait pas à l’Afghanistan, a-t-il dit, parce que les troupes étrangères y ont été invitées par le gouvernement de Kabul. Cela leur conférait un statut différent des troupes de la coalition en Irak, « c’est pourquoi je suis plus optimiste que nous puissions arranger les choses en Afghanistan ». C’était là une étrange remarque étant donné que les troupes US et britanniques ont une invitation permanente du gouvernement de Bagdad. Il existe un parallèle clair avec l’Afghanistan comme il y en existe dans ses arguments principaux : la présence de la Grande Bretagne en Irak exacerbe les problèmes de sécurité, et « nous sommes dans un pays musulman et les positions des musulmans concernant la présence d’étrangers est tout à fait claire. »

Ces deux points s’appliquent à l’Afghanistan, ou le nationalisme croissant, l’impatience à l’égard de la sélection de Kabul de gouverneurs corrompus, la colère vis-à-vis des tactiques de l’armée de coalition, et la déception face à son échec pour améliorer les services de base, cette combinaison crée un réseau de résistance. L’histoire de l’Afghanistan montre que les interventionnistes étrangers, spécialement les non musulmans ont seulement une période de temps très courte pour prouver le bien fondé de leur intervention. Elle passe très vite, particulièrement dans le sud Pashtun, le cœur national de l’opposition.

5 ans après que les Talibans aient été bombardés et évincés du pouvoir, l’Afghanistan tombe dans le même marasme de massacres que l’Irak. Le pays n’est pas secoué par les conflits sectaires entre Shi’ites et Sunnites qui fragmentent l’Irak, mais hormis cela, la sécurité s’est effondrée. Un tiers du pays est « plongé dans une violente insurrection » selon les mots de Kofi Anan (encore secrétaire général de l’ONU à l’époque de la publication de l’article ndlt). On assiste à une augmentation des attaques suicide, 230 personnes ont été tuées le mois dernier (septembre 2006 ndlt), des sous traitants étrangers sont kidnappés, les officiers de police et les responsables du gouvernement sont assassinés.

Les Talibans resurgissent. Les troupes britanniques subissent des pertes dans des affrontements que le brigadier Ed. Butler, l’actuel commandant des forces britanniques qualifie de plus féroces que ce qui se passe en Irak. Un général à la retraite US, Barry Mc Caffey, a déclaré au printemps que, contrairement à la résistance irakienne, les Talibans opèrent en bataillon de 400 hommes, avec « des armes excellentes et des équipements de terrain » et utilisent une nouvelle technologie de bombes de bord de route.

La Grande Bretagne et l’Otan débattent pour savoir comment réagir. Le lieutenant général David Richards, commandant de l’OTAN, croit qu’il faut frapper fort les Talibans en utilisant des attaques aériennes et à l’artillerie, même au risque de tuer des civils. I[« Ils pensent qu’ils peuvent nous faire plier. Nous leur prouveront qu’ils peuvent être battus »]i a-t-il dit la semaine dernière. Le secrétaire à la défense, (de Grande Bretagne ndlt) Des Browne, est plus circonspect. Tuer des Talibans peut provoquer des actes de vengeance massifs, a t-il mis en garde récemment. « Il risque d’y avoir un vrai danger que leurs morts motivent les autres… Avec le potentiel de changer la nature de ce conflit »

L’intensification du conflit renforce l’argumentaire d’une minorité qui, après le 11 septembre, affirmait qu’une attaque militaire ne résoudrait pas le problème des Talibans – ou d’al Qaida. A Washington et à Londres, le désir d’éliminer al-Qaida a été combiné à tort avec celui de chercher un changement de régime à Kabul – un objectif qui n’a jamais été autorisé par le Conseil de Sécurité. Une campagne de propagande a diabolisé les Talibans de manière à justifier comme une victoire leur départ, même si Osama Ben Laden n’était pas trouvé.

I[« Afghanistan : le Mirage de la Paix »,]i une étude excellente de Chris Johnson et Jolyon Leslie, deux travailleurs humanitaires avec une longue expérience sur place, décrit comme sous le régime des Talibans il y avait plus de sécurité qu’il n’y en avait avant et après. Dans beaucoup de régions, ils se montraient flexibles et pragmatiques, l’aide humanitaire circulait, et l’éducation des filles continuait dans « des écoles à la maison ».

Ils font également remarquer que les accords de Bonn qui ont suivi le changement de régime ont échoué à démilitariser les seigneurs de la guerre ou à fournir un rôle pour les supporters des Talibans de condition moyenne. Comme le fait d’écarter tous les Baathistes plutôt que seulement les dirigeants a provoqué l’aliénation d’un important secteur de la population en Irak, écarter tout supporter des Talibans a crée de sérieux problèmes en Afghanistan, bien que les dommages soient différents. Les personnes qui rejoignaient le parti Baath le faisant par nécessité plutôt que par conviction, formaient une partie cruciale d’une classe professionnelle irakienne, y compris dans l’armée. En Afghanistan, les supporters des Talibans sont d’origine tribale ou rurale. Mais ils représentent une grande partie de la population Pashtoun.

Apres Bonn ils ont regardé et attendu. Si les troupes étrangères et les promesses d’aide au gouvernement d’ Hamid Karzai avaient produits des bénéfices rapides, le nouvel accord en Afghanistan aurait pu marcher. Mais peu de choses ont été accomplies, et les Talibans ont pu se regrouper en argumentant que l’Afghanistan n’obtenait rien de cette nouvelle occupation. Les barons de la drogue ont utilisé l’argent pour susciter une opposition. La campagne de l’OTAN pour conquérir « les cœurs et les esprits » dans le Helmand et d’autres provinces du sud cette année est arrivée trop tard.

Il y a deux ans, Karzai à intégrer quelques anciens dirigeants Talibans. Un petit nombre a été élu au parlement l’année dernière. Mais la seule façon de restaurer la sécurité dans le sud Pashtoun c’est par un arrangement raisonnable avec les chefs des tribus, les mullahs, et d’anciens mujahideen, et les forces des Talibans liées à eux.

C’est la technique utilisée par le président du Pakistan Pervez Musharraf dans les provinces agitées du Pashtoun et du Waziristan qui bordent l’Afghanistan. Apres avoir été poussés par Washington à utiliser des troupes contre les Talibans et leurs supporters tribaux – une stratégie qui a échoué- il a changé de méthode et fait des arrangements, retirer les troupes en échange de quoi les Talibans n’attaqueraient pas les bâtiments gouvernementaux pakistanais et ne créeraient pas d’administration parallèle. Des chefs religieux, des anciens de tribus et des dirigeants pakistanais contrôlent l’accord.

Musharraf l’a expliqué le mois dernier par des mots qui font écho à ceux du général Dannatt « de notre côté de la frontière, il y aurait un soulèvement total si des étrangers rentraient dans cette zone. Nous n’autoriserons jamais d’étranger à pénétrer dans cette zone. C’est contre la culture des gens là bas. »

Il y a des signes encourageants que le message passe en Afghanistan. La meilleure nouvelle depuis longtemps, c’est la décision des troupes britanniques de se retirer du district de Musa Qala dans le Helmand. Un cessez le feu a été conclu par les chefs de tribus qui a amené la paix sur le modèle de Musharraf. Les responsables britanniques affirment que les Talibans n’ont pas été consultés. Peut être pas directement, mais les chefs de tribus ont certainement parlé avec eux, sachant qu’autrement l’accord ne marcherait jamais.

Si cet accord peut être répété à travers tout le sud, il y a de l’espoir. La Grande Bretagne et l’OTAN n’obtiendront jamais une victoire militaire ou ne « pacifieront » jamais l’Afghanistan. La réconciliation locale et le partage du pouvoir sont les seules bases pour que se développent la création d’emplois et le développement rural. Dans cette tâche, les troupes étrangères n’ont aucune place.

Article de Jonathan Steele paru le 20/10/06 dans le quotidien anglais The Guardian.

Traduction bénévole Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

Complément d’information

La France a actuellement environ 1100 soldats déployés en Afghanistan principalement dans et autour de Kaboul, dont certains s’occupent d’un hôpital sous commandement séparé de l’OTAN. Mais sous la pression des US de la Grande Bretagne et du Canada (principaux pourvoyeurs de troupes), la France, par la voie de sa ministre de la défense Michèle Alliot Marie, a promis en fin d’année dernière de déployer temporairement ses soldats dans des zones où leur présence serait nécessaire, c'est-à-dire des zones de combat. 200 soldats des forces spéciales qui opéraient de Jalalabad en bordure de la frontière avec le Pakistan sous commandement américain, ont été retirées de cette zone en janvier. Depuis le début de l’occupation en 2001, 10 soldats français ont été tués en Afghanistan. Pour l’année 2006, 4000 afghans, dont des civils, ont été tués principalement dans le sud sous contrôle des Talibans.


Remarques

Bien que datant un peu, cette analyse reste tout à fait pertinente et ce d’autant plus que les forces de l’OTAN sont entrain de subir des revers cuisants en Afghanistan, et ce n’est que le commencement, les Talibans n’ont pas encore lancé leur grande offensive de printemps.

Que la France ait des troupes en Afghanistan et surtout que personne ici ne trouve à y redire, notamment en pleine période électorale, est particulièrement choquant.

Que font les soldats français dans ce bourbier afghan, sachant ce qui est déjà arrivé aux troupes de l’ex Union Soviétique dans ce pays ?!

Faut-il que la politique étrangère française soit à ce point inféodé au dictat de Washington pour en être arrivé là ?!

Qui, parmi les présidentiables, aura le courage de proposer un retrait des troupes françaises d’Afghanistan, et même, en allant plus loin, un désengagement de la France de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être depuis l’effondrement de l’ex Union Soviétique?! L’OTAN qui sert de supplétif aux ambitions bellicistes de l’Empire US sur le déclin.

Concernant les deux otages français aux mains des Talibans, on peut s’interroger sur le pourquoi de leur démarche. Que faisaient-ils dans cette région ? Avaient-ils donc une telle méconnaissance de la culture des afghans, qui, comme le révèle cet article, considèrent, et à juste titre d’ailleurs puisque vivant sous occupation, la présence étrangère avec hostilité ?

En espérant que ces deux « aventuriers » rentrent sains et saufs, ne serait –il pas temps que certaines organisations humanitaires se posent des questions sur le bien fondé de leurs interventions qui parfois font plus de mal que de bien, et peuvent être perçues, à tort ou à raison parfois, comme une collaboration avec l’occupation militaire ?


Afghanistan : Pipelines vers le 11 septembre

Combat Non Violent des Pashtouns contre l'Empire Britannique

Mardi 10 Avril 2007
Mireille Delamarre

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