Certains chercheurs dont Riane Eisler* (1987) ont apporté un point de vue alternatif explicite sur les premiers développements de la civilisation qu'elle fait remonter non pas à des périodes de guerre comme c'est le cas habituellement, mais au paléolithique et au néolithique ou nos ancêtres auraient respecté pendant plus de 200 000 ans des principes de non violence, chérissant et entretenant entre eux et autour d'eux les forces de vie comme en témoignerait les vestiges de leur art.
Contrairement aux chercheurs qui l'ont précédée, elle examine les travaux d'anthropologistes, zoologistes, paléontologistes et archéologistes afin de fournir une vue plus complète des résultats des fouilles de sites historiques anciens. Les premiers archéologistes travaillaient souvent seuls, et leurs points de vue religieux étroits, les ont bien souvent conduits à faire des interprétations non objectives des évidences trouvées.
Pour Eisler, nos ancêtres du paléolithique étaient des adorateurs d'un pouvoir suprême gouvernant l'univers et source d'unité, d'une Déesse, Mère divine subvenant aux besoins matériels et spirituels des humains, protégeant ses enfants jusque dans la mort en les reprenant dans son ventre cosmique. Les premières sculptures et fresques des grottes en apportent la preuve; le féminin était associé aux forces de vie, à la non violence, les femmes souvent représentées comme des déesses ou prêtresses. Dans l'art du paléolithique aucune représentation de violence : pas de représentation de guerre, de héros guerriers, d'armes utilisées par des humains contre d'autres humains. Ne sont représentés que ce qui correspond à la vénération de la vie : la femme, le végétal, l'animal.
En ce qui concerne nos ancêtres du Néolithique, les vestiges de sites sont beaucoup plus nombreux. Ceux qui ont contribué à donner un aperçu des plus précis de la vie au Néolithique se situent en Turquie dans la région anatolienne, dans les villes de Catar Huyuk et Hacilar, mais on trouve de nombreuses traces de ces sociétés en Mésopotamie, en Asie Mineure, Asie du Sud Est, Proche et Moyen orient, Europe, Amérique.
Une caractéristique des plus marquantes de ces deux villes c'est leur stabilité sur une période de plusieurs milliers d'années, suggérant qu'y régnait une atmosphère de non violence .S'y développa une économie agraire avec un commerce florissant, une planification urbaine particulièrement soignée, et de grandes avancées dans les domaines des arts, religion et culture.
Eisler établit que les sociétés fonctionnant sur le culte de la Déesse n'étaient ni matriarcales ni patriarcales, mais basées sur le modèle du partenariat, mode de fonctionnement non violent. Ainsi, les sites funéraires ne montrent aucune différence liée au sexe ou à la condition sociale, aucune hiérarchie. De plus, ces sociétés vivaient sur un mode communautaire comme l'atteste leur architecture, la richesse était répartie équitablement, les pauvres et les faibles étaient assis au centre, place d'honneur, pendant les cérémonies religieuses, et pris en charge par la collectivité.
Alors que ces sociétés étaient technologiquement très avancées, il n'y a aucun signe montrant que cette technologie fut utilisée pour construire des armes. Pas de description d'armes, de guerres, de conquérants, dans l'art de ces sociétés. Pas de trace d'esclavage, de sacrifices humains, manifestations des religions dominatrices qui allaient bientôt envahir ces espaces. Pas de vestiges de fortifications militaires : dans ces sociétés, les sites d'habitation n'étaient pas choisi en fonction de leur position stratégique (sommet d'une colline) mais sur des critères de beauté liés au mythe du jardin d'Eden très présent.