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Vendredi 08 Août 2008
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H.D Thoreau. 'Désobéissance Civile' - 3ème partie – Loi, Injustice, Non- CoopérationPour Thoreau, les tribunaux n'offrent aucune protection, et il en refuse l'autorité. Mais il mène son refus encore plus loin. Non seulement il rejette les lois injustes, mais aussi les hommes qui les promulguent. Il refuse son soutien aux politiciens qui "ne font aucune distinction morale (et) sont probablement prêts à servir le diable, sans intention de le faire, comme à servir dieu"...Chaque politicien qui passe une loi choisit de le faire ; chaque agent qui applique une loi choisit de le faire. Si des officiels produisent ou appliquent une loi avec laquelle ils ne sont pas d'accord, alors ils ont soumis leur conscience à l'état et ils doivent être tenus personnellement responsables de cette décision...Critique de la loi c'est la loi - De la responsabilité dans les choix politiques
Thoreau critique la forme d'obéissance dérivant d'un respect naïf pour l'autorité et l'état. Cette obéissance affirme "la loi c'est la loi et doit être respectée quelque soit son contenu". Par ces attitudes, des personnes qui ne sont pas de mauvais bougres deviennent des agents de l'injustice.
Thoreau analyse cette notion de "la loi est la loi et doit être respectée". Une chose est sûre, toutes les lois ne sont égales. Certaines lois existent pour la simple raison qu'elles protègent le gouvernement – par exemple les lois contre la fraude fiscale ou le mépris à l'égard des tribunaux. Enfreindre ces lois entraîne souvent des peines plus lourdes que le fait d'enfreindre celles qui protègent les individus contre la violence. De plus, les peines encourues pour avoir refuser l'autorité du gouvernement sont souvent si vagues et si larges qu'elles facilitent les jugements arbitraires pris par les tribunaux. Les juges et les tribunaux font partie de la machine de défense de l'état. Thoreau conclut : "La vérité du juge n'est pas la vérité mais la cohérence, ou une opportunité cohérente……Il mérite vraiment d'être appelé… Le Défenseur de la Constitution…" Toujours en pensant à la partie dévolue par la Constitution à l'esclavage, il dit "parce qu'elle faisait partie de la convention d'origine – elle doit rester". Le juge est incapable de sortir un fait de son contexte politique… Pour Thoreau, ces tribunaux n'offrent aucune protection, et il en refuse l'autorité. Mais il mène son refus encore plus loin. Non seulement il rejette les lois injustes, mais aussi les hommes qui les promulguent. Il refuse son soutien aux politiciens qui "ne font aucune distinction morale (et) sont probablement prêts à servir le diable, sans intention de le faire, comme à servir dieu". L'utilisation par Thoreau du mot "intention" est significatif. Mêmes les politiciens bien intentionnés sont tellement pris au sein de l'institution gouvernementale qu'ils ne s'en rendent clairement et visiblement jamais compte. Quelque soit leurs intentions, ils servent les objectifs du gouvernement. Le mépris de Thoreau pour les politiciens peut apparaître comme l'extension logique de son manque de respect pour "la loi", mais plusieurs réformateurs manquaient de respect à la loi sans pour autant en rendre les politiciens personnellement responsables. Le point de vue de ces réformateurs négligent le rôle du "choix" argumente Thoreau. Chaque politicien qui passe une loi choisit de le faire ; chaque agent qui applique une loi choisit de le faire. Si des officiels produisent ou appliquent une loi avec laquelle ils ne sont pas d'accord, alors ils ont soumis leur conscience à l'état et ils doivent être tenus personnellement responsables de cette décision. Le refus de Thoreau de soutenir les politiciens en les rendant personnellement responsables ne s'arrête pas là. Il refuse l'autorité même du gouvernement. Encore une fois, rejeter les politiciens semble impliquer de rejeter le gouvernement ; mais, encore une fois, beaucoup de réformateurs rejetaient les politiciens sans rejeter les politiques menées. Thoreau tient aussi ces réformateurs pour responsables personnellement. "Ceux qui, alors qu'ils désapprouvent le type de mesures prises par un gouvernement, lui concèdent leur allégeance et leur soutien sont sans aucun doute ses supporters les plus conscients, et souvent les obstacles les plus sérieux aux réformes." Le problème des réformateurs
Thoreau s'adresse spécialement aux abolitionnistes qui appelaient à la fin immédiate de l'esclavage. Au lieu de pétitionner le gouvernement pour qu'il dissolve l'union des esclavagistes, Thoreau pensent que ces réformateurs devraient dissoudre "l'union existant entre eux et l'état" – et refuser de payer leur cote part alimentant la trésorerie de l'état. Les pétitions ne font qu'affermir l'autorité du gouvernement en reconnaissant son autorité et en honorant la volonté de la majorité. "Un homme qui est plus juste que ces voisins constitue en lui-même une majorité'" observe-t-il.
Les réformateurs qui petitionnent le gouvernement pour demander la permission "preférent parler" de la justice plutôt que d'agir pour elle. Aussi, Thoreau conclut "la Reforme entretient les journaux à son service, mais pas un seul homme". Pour les hommes qui préfèrent la stratégie sécuritaire, voter se substitue à l'action et la politique devient une espèce de jeu, comme les échecs ou le jaquet, légèrement teinté de morale. Pour Thoreau, quiconque est disposé à laisser les décisions morales à la volonté de la majorité n'est pas vraiment concerné par le fait que le juste doit prévaloir. Quand il a résisté au paiement des impôts, il n'a pas consulté la majorité, il a agi. S'il avait laissé la majorité décider s'il devait ou non payer, selon ses propres critères, il n'aurait montré aucun égard pour ce qui est juste. En plus, Thoreau considère le vote comme un outil peu efficace en matière de réforme car le vote suit les vrais changements, il ne les précède pas, ni n'en est la cause. "Quand la majorité votera pour l'abolition de l'esclavage" écrit-il, "c'est parce qu'ils sont soit indifférents à l'esclavage, ou parce que l'esclavage a pratiquement disparu et que leur vote confirme cette disparition". Quant aux autres moyens fournis par l'état pour se réformer, ils sont extraordinairement lents. Thoreau note : "ils prennent trop de temps et déjà la vie d'un homme n'est plus". Un devoir : celui de résister ?
Cela veut –il dire que les hommes ont le devoir de sacrifier leur vie contre un état injuste ?
"La Désobéissance Civile" parle du droit de l'individu à résister à l'état mais Thoreau ne considère pas la désobéissance comme un devoir primordial. Il comprend que les hommes soient impliqués dans leurs affaires quotidiennes et il pense que c'est normal même pour un réformateur obstiné comme lui. Il écrit : "je suis venu dans ce monde non pas principalement pour en faire un lieu agréable à vivre mais pour y vivre, que cela soit bon ou mauvais". Avant tout, il préconisait clairement que les gens vivent leur vie. Ceci est une distinction cruciale. Si un homme est suffisamment chanceux pour vivre dans des circonstances qui ressemblent à celle du champ de myrtilles de Thoreau ( voir 1ère partie) "où l'état n'est nulle part en vue" alors il n'a pas d'obligation de s'y opposer, mais devrait au lieu de cela vaquer à ses occupations. Thoreau a défié l'état seulement quand celui-ci est venu frapper à sa porte et lui a demandé son argent pour soutenir une institution qu'il considérait comme injuste – l'esclavage. Par la suite, quand l'état l'a ignoré, Thoreau a fait de même. Thoreau l'a ignoré alors que même autour de lui ses voisins payaient des taxes. Bien que parfois "La Désobéissance Civile" soit aussi intitulée "sur le Devoir de Désobéissance Civile", ce dernier titre induit quelque peu en erreur. En fait, le mot "devoir" est peut être tiré de l'essai critiquant et rejetant un chapitre du livre de William Paley "Principles of Moral and Political Philosophy" (Principes de Philosophie Morale et Politique). Ce chapitre porte le titre de "Devoir d'Obéissance au Gouvernement Civil". Selon l'interprétation que fait Thoreau du philosophe du XVIIIème siècle, Paley argumente sur le fait que toutes les obligations civiques dérivent de l'opportunisme. Comme Thoreau essaie de montrer l'opposé – que La Désobéissance Civile a des bases morales- le titre "sur le Devoir de Désobéissance Civile" est peut être un jeu de mots sur le titre du livre de Paley. Mis à part cela, "La Désobéissance Civile" ne prône pas comme devoir celui de chercher la confrontation avec l'état pour protester un dommage subi par votre voisin, ou même de résister à l'état sur des sujets qui ne violent pas la conscience, comme par exemple acheter un timbre poste. Le seul devoir politique d'un homme c'est de corriger toute injustice qu'il produit lui-même et de refuser toute coopération à toute autre injustice. C'est la conclusion à laquelle aboutit "La Désobéissance civile". "Si j'ai injustement arraché une planche des mains d'un homme qui se noie, je dois la lui rendre même si je me noies…. … si je me consacre à d'autres recherches et contemplations, je dois d'avoir vérifier que je ne le fais pas au détriment d'autrui. Je dois faire en sorte de ne pas interférer dans ses propres contemplations." En bref, Thoreau croyait que l'état ne doit pas passer avant les préoccupations individuelles de vaquer à ses occupations. Mais si l'état exige d'une personne que celle-ci lui obéisse d'abord en lui demandant de violer sa conscience et de participer à une injustice, la personne doit désobéir – non pas en utilisant la violence mais en lui refusant sa coopération. L'héritage de Thoreau.
Les théories politiques de Thoreau ne furent pas très connues des gens de son époque. Elles étaient souvent présentées sous forme de conférences tenues devant des petits groupes ou d'articles enterrés dans des journaux à faible tirage.
"La Désobéissance Civile" par exemple, fut d'abord présentée à une conférence au Concord Meeting Hall. En 1849 elle fut publiée sous le titre "Résistance à un Gouvernement Civil" dans la seule et unique parution du Boston Aesthetic Papers. Apres la mort de Thoreau, sa sœur Sophie a préparé des œuvres non compilées pour publication à titre posthume dans différents livres publiés par Ticknor et Fields. Les essais politiques ne furent publiés qu'à la fin et apparaissent comme un ajout au livre intitulé "Un Yankee au Canada avec des écrits sur l'anti esclavagisme et la Reforme" (1866). Cela comprenait "La Désobéissance Civile" qui avait été renommée "sur le Devoir de Désobéissance Civile". Pourquoi ces essais furent-ils publiés en dernier ? Probablement parce qu'ils n'étaient pas considérés comme représentatif des écrits de Thoreau. Peut être parce que la plupart avaient été écrits en réponse à des évènements spécifiques et par conséquent pouvaient apparaître comme n'étant pas d'actualité. Ou peut être parce que leurs positions politiques étaient si impopulaires que certains critiques du livres auraient aimé qu'ils disparaissent avec la mort de leur auteur. En 1890, Henry Salt a publié une collection des essais politiques de Thoreau comprenant "La Désobéissance Civile". Le livre a profondément marqué un jeune juriste en Afrique du sud qui protestait contre le traitement infligé par le gouvernement aux travailleurs hindous. Ce juriste c'était Mohandas K Gandhi. Gandhi a trouvé dans Thoreau les techniques qu'il utilisera par la suite pour mener le combat pour l'indépendance de l'Inde. Des années plus tard, il a remercié le peuple américain pour avoir produit un homme comme Thoreau, disant : "Avec Thoreau vous m'avez donné un maître, qui m'a fourni à travers son essai sur Le Devoir de Désobéissance Civile la confirmation scientifique de ce que je faisait en Afrique du Sud." En adoptant le message de Thoreau et en élargissant la stratégie de la Désobéissance Civile, Gandhi a attiré l'attention du monde sur le timide philosophe Yankee, qui vécut à son époque sans notoriété au sein de sa propre nation. La mort de Thoreau passa pratiquement inaperçue. En novembre 1860, il attrapa un sérieux rhume qui le mina lentement et dont il ne se remit pas. Le 6 mai 1862, Thoreau mourut à l'âge de 44 ans. Des mois plus tard, Emerson publia un éloge funèbre qui se terminait ainsi : "Le pays ne sait pas encore, ou peu, quel grand homme il a perdu. Son âme était faite pour la société la plus noble ; il a, à travers une vie courte, épuisé les capacités de ce monde ; là où il y a connaissance, là où il y a vertu, là où il y a beauté, il y sera chez lui." Comme d'habitude, Thoreau le dit plus simplement : "Pour de la joie je pourrai embrasser la terre ; je serai heureux d'être enterré dedans". Traduction bénévole non commerciale par MD pour Planete Non violence de l'article/troisième partie de Wendy McElroy paru dans Freedom Daily 25/7/05 Texte original copyright Freedom Daily Lire la première partie Pour télécharger l'essai " La Désobéissance Civile" en français en pdf/pièce jointe/1ère partie Lire la deuxième partie Lire notre article sur l'engagement politique de Gandhi Jeudi 13 Octobre 2005
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