Dans les années 80, l'Ex Union Soviétique s'est embarquée en Afghanistan dans une guerre d'une décennie que beaucoup préfèrent oublier, tant le traumatisme, pour ceux qui en sont revenus, a été et reste profond. La chaîne de TV
Al Jazeera, a diffusé une série spéciale
« Vétérans » (voir liens vers les vidéos en bas de l'article), et pour tourner cette série a visité les villes russes de Moscou et de Yekaterinburg à la recherche de survivants de cette guerre. Dans un article publié le 31 mars 2008 sous l'intitulé
«Remembering the Soviet « Vietnam», Al Jazzera retrace brièvement ce que fut cette guerre.
Synthèse de cette article
A la périphérie de Moscou se trouve un petit musée connu d'un petit nombre de russes et visité par un nombre encore plus restreint. Il est dédié à la mémoire de ceux tombés dans ce que beaucoup nomme le « Vietnam » soviétique.
Parmi les quelques rares visiteurs qui le fréquentent, Irina Pavlovna, qui a perdu son fils au cours de cette guerre en 1982. son fils est l'un des 15 000 soldats, souvent jeunes conscrits inexpérimentés, ayant péri pendant cette guerre infernale. La guerre d'Afghanistan a été la plus importante guerre engagée par l'ex Union Soviétique après la Seconde Guerre Mondiale. Le minuscule édifice consacré aux victimes témoigne de l'humiliation encore fortement ressentie dans les sphères politiques et parmi les populations touchées. C'est, à l'évidence, une guerre qu'on veut oublier.
Pourtant, pour les survivants, il est impossible d'oublier une expérience aussi dévastatrice qui s'accompagne d'un profond sentiment de futilité pour ces milliers de morts « pour rien », souvent tués alors qu'ils avaient été mal préparés, physiquement et psychologiquement, à affronter un ennemi »invisible ». De nombreux soldats portent les cicatrices indélébiles de ce conflit inutile.
Bref rappel des faits
En réponse à une demande de l'administration dite socialiste de l'époque à Kaboul, les tanks soviétiques ont commencé à envahir l'Afghanistan le 25 décembre 1979, pour aider le gouvernement en place contre de soit disant rebelles fondamentalistes, c'est-à-dire pour soutenir ce qui était en fait une guerre civile. Cette intervention militaire de l'Union Soviétique en Afghanistan, a été accueillie avec colère par les opposants de l'ex Union Soviétique de l'époque, à la tête desquels se trouvaient les Etats-Unis qui ont immédiatement commencer à financer les groupes de combattants afghans et à leur apporter un soutien en armes pour leurs opérations de guérillas.
Le bourbier afghan, prémisses de l'effondrement de l'ex Union Soviétique
Bien qu'elles aient occupé et contrôlé Kaboul, la capitale Afghane, les troupes soviétiques ont rencontré une forte résistance lorsqu'elles ont essayé de gagner du terrain dans les zones de montagne et ont subi des attaques régulières et particulièrement meurtrières des combattants afghans. Les soldats soviétiques les appelaient les « dukhi » ( fantômes »). Pour Segei, l'un des vétérans de cette guerre,
« ce n'était pas comme pendant la seconde guerre mondiale, où on avait deux côtés qui s'opposaient et où nos pères protégeaient leur patrie… Les afghans étaient pacifiques et amicaux avec nous pendant la journée ; mais la nuit, ils devenaient des ennemis ».
Les jeunes conscrits de l'armée soviétique étaient complètement désorientés face à une population musulmane afghane rurale, et devaient également affronter des conditions géographiques inconnues d'eux, alors qu'ils venaient principalement de grandes villes comme Moscou et St Petersbourg.
Alors que les Soviétiques étaient pris dans les filets des conflits internes en Afghanistan et que le nombre de leurs tués augmentait, des pressions ont été faites pour un retrait. Son prestige militaire mis à mal, l'URSS a démarré des négociations pour ce retrait qui s'est achevé en 1989. Deux ans plus tard, en 1991, l'Union Soviétique se désintégrait.
Parmi les vétérans, nombreux sont les mécontents car aucun programme gouvernemental n'a été établi pour les aider, même pour ceux handicapés par les combats, et ils doivent se débrouiller pour survivre par leurs propres moyens. Certains se sont regroupés, notamment à Moscou autour de l'activité du musée. L'effondrement de l'ex Union Soviétique n'a fait qu'accroître leurs difficultés de réinsertion, car ils ont du s'adapter aux dures lois du système de libre marché. Beaucoup confronté à tous ces problèmes ont été choqués.
Le docteur Valentina Impluskaya qui exerce à Yekaterinburg prodigue ses soins à de nombreux vétérans qui eux bénéficient d'un soutien et d'un traitement financé localement.
« Pendant l'époque soviétique on avait la stabilité et l'ordre. Et maintenant on a le capitalisme. C'est chacun pour soi et chacun doit se prendre en charge, et cela mène au stress émotionnel. Les personnes qui ont expérimenté le stress lors des combats réagissent mal à tous ces changements ».
Certains des problèmes de ces vétérans résultent directement de blessures de guerre.
« Malheureusement de nombreux soldats ont soufferts de choc cérébral – atteinte du cerveau ou choc lié aux explosions des mines sous leurs tanks ou leurs véhicules blindés » a fait remarqué l'ancien directeur de l'hôpital Semen Spector.
« Nous avons découvert qu'un homme qui a subi un choc cérébral est 14 ans plus vieux que son âge, cela provoque une instabilité psychologique, des pertes de mémoire, des problèmes sociaux. »
En plus des séquelles de ces traumatismes liés aux combats, un certain nombre a sombré dans l'alcool ou dans la drogue. L'Afghanistan fournit 90 % de l'héroïne mondiale et les soldats sont devenus dépendants à l'héroïne sur les champs de bataille. De retour au pays ils ont continué et certains ont attrapé le SIDA.
Documentaires Vidéo d'Al Jazeera
Veterans – Soviets in Afghanistan – Mars 32 – 1ère partie
2ème partie