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Vendredi 05 Septembre 2008
7:28
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La Corruption Du Langage Est Une Forme De Contrôle. G.Orwell |
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Impérialisme Américain
Garnisons US et Stations Mondiales de CarburantsMilitarisation de la politique énergétique US et solutions pour en finir avec une telle politique extrêmement coûteuse en vies humaines et en dollars.Garnisons US et Stations Mondiales de Carburants
Les décideurs politiques américains considèrent depuis longtemps que les approvisionnements en pétrole à l'étranger sont un sujet primordial de « sécurité nationale » nécessitant la menace de – et parfois l'utilisation de – la force militaire. Cela fait partie maintenant, sans remise en question possible, de la politique étrangère américaine.
Sur cette base, l'Administration de George H. W. Bush a combattu l'Irak lors de la guerre de 1990-1991, et l'Administration de G. W. Bush a envahi l'Irak en 2003. Avec les hausses du prix du pétrole et la diminution des réserves pétrolières dans les années à venir, la force militaire sera considérée - quelque soit la nouvelle Administration s'installant à Washington en janvier 2009 - comme la garantie certaine du bien être américain au coeur des champs pétroliers de la planète. Mais avec les coûts des opérations pétrolières – à la fois en terme de sang versé et de dollars dépensés – qui augmentent précipitamment, n'est-il pas temps de remettre en cause cette «sagesse» ? N'est-il pas temps de se demander si l'implication de l'armée US est raisonnable en terme de sécurité énergétique, et si le fait de s'appuyer sur les forces armées lorsqu'il s'agir de politique énergétique est fiable, rentable ou justifiable ? Comment la politique énergétique a été militarisée L'association entre la « sécurité énergétique » (comme on l'appelle maintenant) et la « sécurité nationale » a été établie il y a longtemps. Le Président Franklin D. Roosevelt est le premier à avoir fait cette association en 1945 quand il s'est engagé à protéger la famille royale d'Arabie Saoudite en échange d'un accès privilégié américain au pétrole saoudien. La relation a été formalisée en 1980, quand le Président Jimmy Carter a dit au Congrès US que le maintien l'approvisionnement en pétrole du Golfe Persique était un « intérêt vital » pour les Etats-Unis, et que les tentatives par des nations hostiles de couper cet approvisionnement seraient contrées par « tous les moyens nécessaires y compris l'utilisation de la force militaire ». Pour appliquer cette « Doctrine » Carter a ordonné la création d'un groupe d'intervention de forces conjointes et de déploiement rapide, spécialement destiné à des opérations de combat dans le Golfe Persique. Plus tard, le Président Reagan a transformé cette force en une organisation régionale de combat complète, le Commandement Central US, ou CENTCOM. Depuis Reagan tous les présidents ont ajouté des responsabilités au CENTCOM, lui octroyant plus de bases, de flottes, d'escadrilles aériennes, et autres atouts. Comme le pays est devenu, plus récemment, dépendant du pétrole provenant de la Mer Caspienne et d'Afrique, les capacités militaires des US sont également renforcées dans ces régions. Résultat, l'armée US est devenue un service de protection mondial du pétrole, gardant les pipelines, les raffineries et les installations d'exportation au Moyen Orient et ailleurs. Selon une estimation fournie par une organisation conservatrice la National Defense Council Foundation, rien que le coût de la « protection » du pétrole du Golfe Persique s'élève à 138 billions de dollars par an, alors qu'il n'était que de 49 billions de dollars juste avant l'invasion de l'Irak. Pour les Démocrates comme pour les Républicains, l'idée de dépenser de telles sommes pour protéger les approvisionnements étrangers en pétrole est communément acceptée comme raisonnable, et il est inutile d'en discuter sérieusement ou même d'en débattre. On peut trouver un exemple typique de cette attitude dans le "Independent Task Force Report" (Rapport Independant sur la Force d'Intervention) sur les "National Security Consequences of US Oil Dependency" (sur les Conséquences Sécuritaires Nationales de la Dépendance US au Pétrole) publié par le Council on Foreign Relations (CFR) en octobre 2006. Présidé par l'ancien secrétaire d'état à la défense, James R. Schlesinger, et l'ancien directeur de la CIA, John Deutch, le rapport du CFR a conclu que l'armée US doit continuer à servir dans le futur immédiat comme service mondial de protection. « Au moins pour les deux prochaines décennies, le Golfe Persique sera vital pour les intérêts US en approvisionnements sûrs en pétrole, » est-il noté. Par conséquent, « les Etats-Unis devraient adopter une position militaire forte qui rend possible tout déploiement rapide adéquat dans la région, si nécessaire. » De même, ajoute le rapport : « la protection navale US des voies maritimes utilisées pour le transport du pétrole est d'une importance capitale ». Le Pentagone comme Entreprise d'Insécurité Ces points de vue,qui sont largement partagé, actuellement et précédemment, par des personnalités clés des deux principaux partis, dominent – ou plus précisément couvrent – la pensée stratégique américaine. Pourtant, l'utilité réelle de la force militaire comme moyen d'assurer la sécurité énergétique reste à démontrer. Garder à l'esprit que malgré le déploiement de plus de 160 000 soldats US en Irak et des dépenses de centaines de billions de dollars, l'Irak est un pays dominé par le chaos, et le département de la défense, c'est connu, a été incapable d'empêcher le sabotage récurent des pipelines de pétrole et des raffineries par différents groupes d'insurgés et milices, sans mentionner le pillage systématique des approvisionnements gouvernementaux par des fonctionnaires de haut rang supposés être loyaux au gouvernement central soutenu par les US et souvent gardés (opération à haut risque personnel) par des soldats américains. Cinq ans après l'invasion US, l'Irak ne produit que 2.5 millions de barils par jour – à peu près la même quantité que pendants les pires jours sous Saddam Hussein en 2001. De plus, selon le New York Times, « au moins 1/3, et peut être plus, du carburant de la plus grande raffinerie irakienne – est détourné vers le marché noir, selon des responsables militaires américains. » Est-ce que cela assure réellement la sécurité énergétique américaine ? On a constaté les mêmes résultats décevants dans d'autres pays où des régimes dictatoriaux soutenus par les US ont essayé de protéger des installations pétrolières vulnérables. Au Niger par exemple des efforts accrus par les forces armées gouvernementales équipées par les US pour écraser les rebelles dans le Delta du Niger riche en pétrole n'a fait qu'attiser l'insurrection tandis qu'en fait la production nationale baissait. Pendant ce temps, l'armée nigérienne, comme le gouvernement irakien (et les milices associées) ont été accusées de détourner du pétrole brut valant des billions de dollars et de le vendre au marché noir. En réalité, l'utilisation de la force militaire pour protéger les approvisionnements étrangers en pétrole ne crée finalement aucune « sécurité ». Cela peut, en fait, déclencher des effets « boomerang »violents contre les Etats-Unis. Par exemple la décision par le président Bush père de maintenir une vaste présence militaire permanente en Arabie Saoudite après l'Opération Tempête du Désert au Koweït est maintenant considérée comme une source principale de virulent anti - américanisme dans le royaume et est devenu l'outil principal de recrutement pour Osama Ben Laden dans les mois précédent les attaques terroristes du 11 septembre 2001. « Pendant plus de sept ans » Bin Laden a proclamé en 1998, « les USA ont occupé les terres d'Islam dans les lieux les plus saints, la Péninsule Arabe, pillant leurs richesses, donnant des ordres à leurs dirigeants, humiliant leurs peuples, terrorisant leurs voisins, et transformant leurs bases militaires en fer de lance pour attaquer les peuples musulmans voisins. Pour repousser cet assaut contre le Monde Musulman, » a-t-il tonné, c'est un devoir individuel pour chaque Musulman « de « tuer des Américains » et de « chasser de toutes les terres d'Islam leurs armées. » Pour confirmer la véracité de l'analyse de Bin Laden sur les intentions des US, le secrétaire à la défense de l'époque Donald Rumsfeld s'est envolé pour l'Arabie Saoudite le 30 avril 2003 pour annoncer que les bases américaines n'y seraient plus utiles à cause du succès de l'invasion de l'Irak, datant à peine d'un mois. «C'est maintenant une région plus sûre grâce au changement de régime en Irak » a déclaré Rumsfeld. « L'aviation et ceux impliqués pourront désormais partir. » Alors même qu'il parlait à Riyadh, un nouveau cas dangereux d'effet boomerang avait surgi en Irak : lors de leur entrée dans Bagdad, les forces armées US s'étaient emparées des quartiers généraux du ministère du pétrole livrant au pillage en toute impunité les écoles, les hôpitaux, et les musées. La plupart des irakiens ont depuis considéré cette décision faisant en sorte que le reste de la ville soit pillée, comme la véritable expression du principal motif de l'Administration Bush pour envahir l'Irak. Ils ont perçu les affirmations répétées de la Maison Blanche pour son engagement pour les droits de l'homme et la démocratie comme de simples feuilles de vigne dissimulant à peine le désir de pillage du pétrole irakien. Tout ce que les responsables américains ont fait depuis n'a pas réussi à effacer cette impression puissante qui pousse à demander le retrait américain. Ce ne sont là que quelques exemples des pertes en matière de sécurité nationale américaine produites par une approche complètement militaire de la sécurité énergétique. Malgré cela, les effets d'une telle politique mondiale continuent de ne pas être remis en question, les responsables politiques américains persistent à s'appuyer sur la force militaire comme réponse principale aux menaces contre la production sécurisée et le transport du pétrole. Dans une espèce de « Catch 22 » pour l'énergie, la militarisation continuelle de la politique de l'énergie ne fait que multiplier les menaces, cercle vicieux d'une militarisation qui appelle à une militarisation à cause des menaces. Cette année, le Pentagone va lancer le Commandement US pour l'Afrique (AFRICACOM) son premier commandement de combat à l'étranger depuis que Reagan avait crée CENTCOM il y a un quart de siècle. Bien que les responsables du département de la défense évitent de publiquement reconnaître toute relation directe entre la création d'AFRICACOM et une dépendance croissante des US au pétrole de ce continent, ils sont moins discrets lors de discussions privées. Par exemple, lors d'une rencontre le 19 février dernier à l'Université de la Défense Nationale, le vice commandant d'AFRICACOM, le vice amiral Robert Moeller, a indiqué que « les perturbations du pétrole » au Niger et en Afrique de l'Ouest constitueraient l'un des principaux défis que l'organisation devra affronter. L'AFRICACOM et des extensions identiques de la Doctrine Carter dans des nouvelles régions productrices de pétrole ne feront que provoquer de nouveaux effets boomerang, tout en injectant des dizaines de billions d'extra dollars dans le budget du Pentagone déjà surgonflé. Tôt ou tard, si la politique US ne change pas, ce prix inclura certainement en plus des pertes de vies humaines américaines, car de plus en plus de soldats seront exposés à un feu hostile et aux explosifs alors qu'ils protègent des installations pétrolières vulnérables dans des régions dévastées par des conflits ethniques religieux et sectaires. Pourquoi payer un tel prix ? Etant donné la preuve manifeste de l'inefficacité de la force militaire à protéger les approvisionnements en pétrole, n'est-il pas temps de repenser les affirmations régnant à Washington concernant la relation entre la sécurité énergétique et la sécurité nationale ? Après tout, en dehors de George W. Bush et du Vice Président Dick Cheney, qui affirmerait que plus de cinq ans après l'invasion de l'Irak, les US et son approvisionnement en pétrole sont effectivement sûrs ? Créer une véritable sécurité énergétique. La réalité concernant la hausse de la dépendance de l'Amérique au pétrole importé ne fait que renforcer la conviction à Washington que la force militaire et la sécurité énergétique sont des jumeaux inséparables. Avec pratiquement 2/3 des besoins journaliers en pétrole importés – et ce pourcentage continue d'augmenter – difficile de ne pas remarquer que d'importantes quantités de notre pétrole proviennent de zones de conflits au Moyen Orient, en Asie Centrale, et en Afrique. Tant que cela sera le cas, les décideurs politiques US regarderont instinctivement vers l'armée pour assurer la sécurité de la livraison en pétrole brut. Cela a peu d'importance que l'utilisation de la force militaire, spécialement au Moyen Orient, n'a fait que déstabiliser la situation en matière d'énergie et la rendue moins fiable, tout en alimentant l'anti-américanisme. Ceci, bien sûr, n'est pas la définition de la « sécurité énergétique », mais c'est l'opposé. Une approche viable à long terme de l'actuelle sécurité énergétique ne favoriserait pas l'une des sources d'énergie – dans ce case précis, le pétrole – plus que toutes les autres, exposant régulièrement les soldats américains à un risque plus élevé et les contribuables américains à des risques de banqueroute plus élevés. Plutôt, une politique énergétique américaine raisonnable adopterait une approche holistique pour l'approvisionnement en pétrole, pesant tous les mérites de toutes les sources potentielles d'énergie. Cela favoriserait naturellement le développement de sources d'énergie domestiques renouvelables qui ne polluent pas l'environnement, ou mettent les intérêts des autres nations en danger. En même temps, il favoriserait un programme d'économie d'énergie particulièrement absent ces deux dernières décennies, qui aiderait à diminuer la dépendance aux sources d'énergie étrangères dans le futur immédiat et ralentirait les effets de serre dans l'atmosphère à l'origine du changement climatique. Le pétrole continuera de jouer un rôle significatif dans une telle approche. Le pétrole conserve un attrait considérable comme source d'énergie pour les transports (plus particulièrement pour les transports aériens) et pour les produits chimiques dérivés. Mais en tenant compte des bons investissements et des bonnes politiques de recherche – et de la volonté d'avoir recours à autre chose que la force pour les problèmes d'approvisionnement en pétrole – le rôle historique du pétrole comme carburant essentiel mondial pourrait bientôt tirer à sa fin. Il serait plus particulièrement important que les décideurs politiques américains ne prolongent pas ce rôle artificiellement, comme cela a été le cas pendant des décennies, en subventionnant les principales sociétés pétrolières US, ou, plus récemment, en dépensant 138 billions de dollars par an pour protéger les approvisionnements pétroliers importés. Ai lieu de cela, ces fonds seraient redirigés pour la promotion de l'efficacité énergétique et spécialement pour le développement de sources d'énergie domestiques. Certains décideurs politiques qui sont d'accord sur le besoin de développer des sources alternatives à l'énergie importée insistent qu'une telle approche devrait commencer par l'extraction du pétrole dans le parc national protégeant la vie sauvage dans l'Artique, et d'autres zones naturelles protégées. Bien que tout en reconnaissant que de tels forages ne réduiront pas substantiellement la dépendance US en pétrole importé, ils insistent pourtant sur le fait que cela est essentiel afin de faire les efforts nécessaires pour substituer le pétrole domestique aux importations dans l'approvisionnement total en énergie de la nation. Mais cet argument ignore le fait que les jours du pétrole sont comptés, et que tout effort pour les prolonger ne fait que compliquer l'inévitable transition à une économie post pétrole. Une approche beaucoup plus bénéfique, mieux conçue pour promouvoir l'auto suffisance américaine et la vigueur technologique dans le monde intensément compétitif du milieu du XXIème siècle, mettra l'accent sur l'utilisation de l'ingéniosité domestique et les capacités entrepreneuriales pour maximaliser le potentiel des sources renouvelables d'énergie, dont l'énergie solaire, éolienne, géothermique et celle liée à la puissance des marées. Les mêmes aptitudes devront également être appliquées pour développer des méthodes pour produire de l'éthanol de plantes non alimentaires (éthanol cellulosique), pour utiliser le charbon sans dégager du carbone dans l'atmosphère, (en capturant et en stockant le carbone, ou CCS) en miniaturisant des cellules d'hydrogène de carburant, et en augmentant massivement l'efficacité d'utilisation de l'énergie par les véhicules, et les procédés industriels. Tous ces systèmes de production d'énergie sont très prometteurs et donc ils devraient bénéficier d'un soutien croissant et d'investissements dont ils auront besoin pour sortir du rôle marginal qu'ils jouent actuellement et occuper un rôle dominant dans la nouvelle génération américaine de production d'énergie. Actuellement, il n'est pas possible de déterminer précisément quel est celui (ou quelle est la combinaison de ceux d'entre eux) qui se positionnera le mieux pour assurer la transition d'une petite à une grande capacité commerciale de développement. Par conséquent, tous devraient bénéficier d'un soutien suffisant pour tester leurs capacités à faire la transition. Cependant, en appliquant ces règles générales, on devrait clairement donner la priorité à de nouvelles formes de transports utilisant du carburant. C'est là que le pétrole a longtemps été roi, et c'est là que le déclin du pétrole sera le plus durement ressenti. C'est à cause de cela que les appels à l'intervention militaire pour sécuriser les approvisionnements additionnels en pétrole brut ont une chance d'augmenter. Donc on devrait mettre l'accent sur le développement rapides de bio carburants, de carburants à l'hydrogène, ou au charbon à carbone extrait au CCS, ou l'utilisation de batteries, et d'autres moyens innovants de trouver du carburant pour les véhicules. En même temps, c'est évident que d'allouer une partie du budget de l'armée US pour le financement du développement des transports publics serait le summum du raisonnable en matière nationale. Une telle approche améliorerait la sécurité nationale à plusieurs niveaux. Cela accroîtrait la fiabilité de l'approvisionnement en carburants, ferait la promotion d'une croissance économique domestique (plutôt que d'envoyer une véritable vague de dollars dans les coffres de pétro régimes étrangers auxquels on ne peut pas faire confiance), et cela diminuerait le risque d'implication récurrente des US dans des guerres du pétrole à l'étranger. Aucune autre approche –certainement pas celle de l'actuelle dépendance, non remise en question, et non défiée, sur la force militaire – ne peut soutenir une telle affirmation. Il est grand temps d'arrêter de mettre des garnisons dans les stations mondiales de carburants. Michael T. Klare – 14/06/08 www.tomdispatch.com – Copyright Michael T. Klare Traduction, introduction Mireille Delamarre www.planetenonviolence.org Michael T. Klare est professeur d'études en paix et sécurité mondiale au Hampshire College et l'auteur de plusierus livres sur les politiques de l'énergie dont Ressource Wars (2001), Blood and Oil (2004), et plus récemment , Rising Powers, Shrinking Planet: The New Geopolitics of Energy. Dimanche 27 Juillet 2008
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