Monde Arabe

Frontière Ghetto de Gaza /Egypte : Rafah Continuellement Fermé – Des Douaniers Européens, au Chômage Forcé, Payés à ne Rien Faire.

Point de passage frontalier de Rafah fermé pratiquement tout le temps : punition collective. Des milliers de palestiniens qui attendent des semaines : malades, étudiants, femmes avec enfants, personnes âgées, parqués comme du bétail. Depuis quand la « sécurité » d'un peuple est-elle assurée en emprisonnant un autre peuple dans des conditions inhumaines ? Est-ce à l'Europe des Droits de l'Homme de fournir et payer des fonctionnaires douaniers pour accomplir une telle besogne dégradante pour ceux qui la subissent et pour ceux qui la pratiquent ?



Pour Yusuf - Majid Salehi Iran irancartoon.com
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Epaule contre épaule, comme du bétail - Gideon Levy

Laila El-Haddad vient de passer les 3 dernières semaines dans un appartement lugubre qu'elle a été obligée de louer à El Arish, Egypte, avec son fils Yusuf, qui a deux ans et 9 mois. De temps en temps, ils essaient tous deux de se rendre au point de passage frontalier de Rafah a quelques 50 Km de là, pour essayer de rentrer chez eux à Gaza. Des efforts débordant de détresse. Avec environ 5000 autres habitants de Gaza, qui ont aussi attendu ces dernières semaines pour rentrer chez eux, elle s'est retrouvée entassée avec son bébé pendant des heures dans une file sans fin au point de passage frontalier. « Epaule contre épaule, comme du bétail » c'est ainsi qu'elle décrit cela sur son blog, jusqu'à ce qu'ils soient repousser en arrière une nouvelle fois dans la honte.

El Haddad, une jeune journaliste qui partage son temps entre Gaza et les US peut se payer un appartement à 9$ la nuit. Mais la plupart des malheureuses personnes autour d'elle, dont des malades du cancer, des nourrissons, des personnes âgées, des étudiants, des blessés, des handicapés, ne peuvent se permettre un tel luxe. Certains d'entre eux louent une tente pour 1,5£ égyptienne la nuit. Le reste dorment simplement dehors, dans le froid de la nuit, ou s'entassent dans les mosquées locales.

Ces personnes veulent rentrer chez eux. Israël ne leur permet même pas cela. Ce sont des êtres humains avec une famille, des projets, des engagements, des attentes et de la dignité, mais qui s'en soucie. Ces dernières semaines, même le ministre de l'environnement palestinien Yusuf Abu Safiya a été coincé là. El Haddad raconte comment on a pu voir un soir le ministre ramasser le soir des brindilles sur la plage pour allumer un feu de camp. Pendant l'été, au moins 7 personnes sont mortes à cause de la chaleur et de désydratation alors qu'elles attendaient à la frontière. Pour beaucoup de ceux qui sont malades, l'attente est un cauchemar qui menace leur vie. Pour les étudiants cela veut dire perdre une année universitaire. Il n'est pratiquement pas fait mention de ces abus cruels dans les journaux. Apres tout, l'occupation de Gaza est terminée.

Sans que personne ne prête attention, la Bande de Gaza est devenue la bande de terre la plus scellée au monde – après la Corée du Nord – mais tandis que la Corée du Nord est globalement connue pour être un pays fermé et isolé, combien de personnes savent que la même description s'applique à un endroit situé à une heure de Tel Aviv, l'hédoniste ?

Le point de passage d'Erez (passage entre Israël et la Bande de Gaza ndlt), une désolation – les palestiniens ne sont pas autorisés à y passer, et les étrangers sont rarement autorisés à le traverser et les journalistes ont aussi interdiction d'y passer depuis ces dernières semaines. Seuls des fauteuils roulants sont occasionnellement poussés à travers ses longues « manches » des contrôles sécuritaires, conduisant un malade en phase terminale ou une personne sérieusement blessée par l'armée israélienne pour être soignée en Israël. L'immense terminal construit par Israël un monstre de béton et de verre, ressemble à un magnifique centre commercial, dressé comme une blague particulièrement grossière, une moquerie. Au point de passage de Karni, la seule voie d'approvisionnement pour 1,5 million de personnes, seulement 12 camions par jour y sont passés depuis janvier. Selon l'accord signé l'année dernière sur les points de passage, Israël s'était engagé à autoriser le passage de 400 camions par jour. L'excuse : sécurité comme d'habitude.

Mais il n'y a pas eu d'incident de sécurité à Karni depuis avril. Les conséquences : non seulement une sévère pauvreté, mais aussi 30 millions de dommages causés à l'agriculture de Gaza, qui y est presque la seule ressource restante. Selon un rapport de l'ONU publié la semaine dernière, Israël a violé tous les articles de son accord. Il n'y a pas de passage vers Israël, pas de passage vers la Cisjordanie, et pas non plus vers l'Egypte, la dernière sortie.

Le point de passage de Rafah a été pratiquement fermé depuis juin. Pendant 86% de ces journées, on ne pouvait passer le « passage ». Le mois dernier, il a seulement été ouvert pendant 36 heures, et cela étalé sur 4 jours. Les foules désespérées de personnes qui attendent de passer émergent en direction des clôtures. La scène était à vous fendre le cœur. Puis de nouveau il a été fermé. La dernière fois que cela est arrivé c'est quand le ministre des affaires étrangères palestinien est passé avec 20 millions de dollars dans ses bagages. La punition collective. Fermé pendant des semaines. Il faut noté que le passage ne peut être franchi que par des habitants de Gaza munis de cartes d'identité délivrées par Israël. Israël admet qu'aucune arme n'y passe. Et Israël admet aussi que la fermeture a pour seul but de faire pression sur les habitants.

Rafah est encombré d'une foule de personnes qui attendent des deux côtés, dont beaucoup sur le point de faire un pèlerinage à la mecque. Une rumeur a circulé mardi dernier que le passage ouvrirait le jour suivant. Israël annonce seulement l'ouverture du passage à 11 heures le soir précèdent l'ouverture – c'est aussi une forme d'abus. « Il n'y a qu'une chose de sûr, et c'est que personne ne sait quand il sera ouvert » a écrit El Haddad sur son blog. Elle s'est rapidement préparée le matin suivant et cette fois elle a réussi à passer mais des milliers sont restés derrière.

Le jour précédent elle a décrit sur son blog des bribes de conversation qu'elle a eu avec son petit.

« Nous sommes toujours ici, à Arish ? »

« Parce que nous attendons de rentrer dans Gaza, chéri »

« Mais pourquoi alors on ne va pas à Gaza ? »

Parce que le « ma'bar » (le passage) est fermé mon amour. »

« Qui le ferme mama ? »

« Qu'est ce que je dois lui dire, des personnes méchantes »


« Tu veux dire comme dans les histoires, comme Shere Khan dans le livre de la jungle ? »

« Oui, bien sûr, comme Shere Khan. »

« Mais qui sont-ils ? Qui sont ces méchantes personnes ? Est-ce que se sont les « yahoud » (les juifs) ? Demande-t-il, mimant ce qu'il entend à la frontière. »

« Mais pourquoi ? Qu'avons-nous fait ? »
« J'aimerai savoir mon chéri. J'aimerai avoir toutes les réponses, mon amour, pour pouvoir répondre à toutes tes questions. J'aimerai ne pas avoir à répondre à toutes ces questions pour commencer. »

Puis, El Haddad écrit une lettre ouverte au ministre de la défense Amir Peretz :

« Que puis je dire à un enfant de 2 ans – sur les frontières, et l'occupation et l'oppression et les punitions collectives ? Que lui diriez VOUS ? «

Et vraiment, que dirions nous à Yusuf, 2 ans ? Que pourrait lui répondre Peretz ? « La Sécurité d'Israël » ?

Quels souvenirs va conserver le petit de ces 3 semaines passées à la frontière à attendre avec sa mère entassés dans une file, humiliés et tristes, sur le chemin de retour à leur maison, à Gaza incarcérée, qui s'atrophie sous sa pauvreté ?

Et qui, à la fin, aura à rendre des comptes pour cela ?

Gideon Levy 101206

Source et Copyright http://www.haaretz.com/hasen/spages/798786.html

Introduction et traduction bénévole à caractère non commercial Mireille Delamarre pour Planète Non Violence.

Complément d'information

Depuis plus d'un an, l'Union Européenne a mis à disposition – donc paie - 70 fonctionnaires européens des douanes, pour encadrer, côté palestinien, le point de passage frontalier de Rafah, qui a été placé sous surveillance vidéo israélienne. Depuis plus d'un an, ces fonctionnaires européens, hébergés dans un kibboutz frontalier israélien – qui en tire profit – n'ont rempli leur mission que pendant quelques jours puisqu'ils ne peuvent rejoindre le point de passage de Rafah qu'avec la permission de l'occupant israélien en passant par le point de contrôle israélien de Kerem Shalom (en fait une base militaire de l'armée d'occupation israélienne).

Invoquant son mantra habituel « sécurité », le gouvernement sioniste a empêché l'ouverture de ce point de passage de Rafah sauf pour quelques heures comme le dit l'article. L'Union Européenne vient de renouveler le mandat de ces 70 fonctionnaires qui ne servent à rien. Par contre, leurs frais de séjour viennent remplir généreusement les caisses de ce kibboutz. Leurs salaires sont payés par les contribuables européens, bien que ces fonctionnaires européens ne travaillent pas la plupart du temps.

Pendant ce temps là, l'UE, à la botte des sionistes, a suspendu l'aide économique aux palestiniens provoquant une situation humanitaire et économique catastrophique. Gaspillage et générosité envers l'occupant hébergeur d'un côté, et participation à une politique abjecte consistant à affamer, emprisonner, ruiner tout un peuple de l'autre.

Bravo à l'Europe des Droits de l'Homme !

Quand l'abject devient l'étendard de ceux qui n'ont aucune éthique, ni conscience politique !

Reste l'illusion de s'auto proclamer « civilisé ».

Mireille Delamarre 10/12/06

Medias et couverture du Moyen Orient




Dimanche 10 Décembre 2006

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