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Femmes palestiniennes: entretien avec la nouvelle ministre des affaires féminines

Entretien de Luisa Morgantini, le 25 mars 2006 avec Maryem Mahmoud Saleh, membre du Conseil législatif palestinien, élue sur la liste Changement et Réforme (Hamas) et présentée par Ismail Haniyed comme ministre des Affaires des Femmes dans le nouveau gouvernement.
Elle prendra la succession de Zahira Kamal. L'entretien a été difficile parce Maryem parle arabe et très peu l'anglais. Aussi, avais-je demandé à une jeune égyptienne, Mary Kozhaya, qui vit à Bruxelles, de m'aider avec Francesca pour l'entretien. Malheureusement, je n'ai pas pu insister pour avoir des exemples concrets sur ce qu'elle entendait par la notion de droits (des citoyens) et particulièrement droits des femmes. Ce sera pour la prochaine fois.
L'entretien s'est tenu avant que l'on sache qu'elle serait présentée comme ministre des Affaires féminines - Amitiés



Femme palestienne face à l'occupant israélien - copyright CMAQ
Femme palestienne face à l'occupant israélien - copyright CMAQ

Entretien avec Maryem Mahmoud Saleh, ministre aux affaires féminines

Maryem Mahmoud Saleh : "Le summum pour nous est d'être à l'écoute du peuple, de ses exigences, d'être en accord avec lui"

Maryem Mahmoud Saleh, 53 ans, mariée, 7 enfants. Députée du Conseil législatif palestinien, élue sur la liste "Changement et Réforme". Elle a étudié à l'université "Romm el Kora", Mekka, où elle a obtenu son doctorat. Ancien professeur de la Sharia islamique, de philosophie Sunna et Hadeeth et islamique à l'université d'Abu Dis. Elle a aussi travaillé à l'université Al Quds à Ramallah et à l'université "Sahet el Mogtamaa" avec Moustafa Barghouti, où elle enseignait la "conception arabe-islamique" aux filles.

Luisa Morgantini : Après avoir été élue membre du Parlement, quelque chose a-t-il changé dans votre vie ?

Maryem Mahmoud Saley : Vous savez, toute femme qui travaille a, en général, une vie très occupée. Etant donné que j'étais mariée, je me considère moi-même comme une femme occupée, j'avais une famille à m'occuper et devais réussir mes études universitaires.

J'estime que la première des priorités pour toutes les jeunes femmes mariées est de faire de leurs enfants des membres de la société, sérieux, instruits, parallèlement à la satisfaction personnelle de mener sa propre carrière, car il est impossible d'améliorer la société et la jeunesse si une femme n'est pas capable d'élever ses propres enfants correctement et de réussir leur éducation.

Pour revenir à mon cas, quand je suis revenue d'Arabie saoudite où j'étudiais, en Palestine, j'avais mon propre travail au collège, et aussi ma famille et, pendant le temps qui me restait, je travaillais comme bénévole dans des organisations humanitaires.

Après les élections, devenue députée, mes occupations ont augmenté de plus en plus car je suis maintenant une représentante de tout le peuple palestinien, je dois mériter la confiance que mon peuple m'a accordée. En même temps, ma priorité est aussi ma famille et je suis vraiment heureuse de lui être utile, tous me soutiennent dans mon travail et m'aident dans les tâches de la maison.

Quel est votre programme politique ?

Naturellement, nous allons tous continuer, hommes et femmes, à travailler pour la cause la plus importante, une cause sainte, supérieure : notre indépendance et la création de l'Etat palestinien. Notre but est clair : nous voulons tous servir notre peuple.

Les Palestiniens souffrent et sont profondément frustrés par l'occupation, le chômage et la situation de misère auxquels ils sont confrontés. Ils sont impuissants et opprimés. Nous souffrons tous de l'occupation. Nous sommes tous concernés par le sort des prisonniers, par le mur de séparation.

C'est pourquoi la sécurité est un point très important de notre programme social, cela veut dire fournir à chaque famille tous les moyens possibles pour avoir une vie digne et de se sentir en sécurité. La famille est le noyau de notre société ; les droits des enfants doivent être assurés.
En plus, il est urgent d'augmenter le nombre d'hôpitaux. Les médias l'ont montré, beaucoup de malades meurent sur les check-points avant d'avoir atteint l'hôpital et reçu l'aide médicale.

Depuis de nombreuses années, notre mouvement s'est axé sur le travail social. Nous avons contacté beaucoup de familles qui avaient de gros besoins de soins médicaux - ce que les institutions gouvernementales n'ont pas été capables de satisfaire - mais aussi de soutien psychologique et de solidarité. Les soins médicaux et l'aide sociale sont nos priorités.

Par conséquent, il est très important pour moi et pour mes collègues d'augmenter l'aide médicale, et ce, par la création, la construction - au moins - d'un hôpital compétent, de qualité, ou d'une polyclinique, dans chaque village, afin de réduire le nombre de victimes.

En fin de compte, la chose la plus importante pour nous est que la population se retrouve dans nos décisions. Cependant, le summum pour nous est d'être à l'écoute de l'opinion des gens, de leurs exigences et surtout, d'être en accord avec le peuple qui nous a accordé sa confiance et a voté pour nous.

Et pour ce qui concerne plus particulièrement la condition de femmes, qu'avez-vous prévu ?

Notre mouvement, pour un "Changement et une Réforme", s'est présenté aux élections avec un projet très clair concernant les femmes en Palestine, sur leur rôle et sur leurs droits dans notre société.

Nous pensons que la femme palestinienne est l'être le plus courageux et le plus fort de la société, elle a enduré, et endure toujours, la mort, les blessures, la prison, vivant séparée de l'être aimé, subissant la cruauté de l'occupant et devant gérer les conditions de cette vie de misère. Les femmes prennent un part active dans le combat pour l'indépendance contre l'occupation.

Nous avons 9 000 prisonniers en détention administrative, ce qui veut dire 9 000 familles. Dieu sait combien de mères, d'épouses, de soeurs et de filles souffrent dans chacune de ces familles, vivant par leurs propres moyens, élevant les enfants dans les conditions oppressantes et les humiliations.

Aussi, notre devise est "Les femmes ont un rôle actif contre l'occupation, elles ont aussi un rôle fondamental à remplir dans la construction et l'amélioration de la société." Une preuve évidente en fut leur participation active lors des dernières élections, où on a vu une mobilisation constante de femmes qui se sont impliquées dans le processus électoral.

C¹est pourquoi nous insistons pour soutenir et mettre l'accent sur les droits des femmes. Nous devons améliorer, augmenter ces droits mais surtout, nous devons faire prendre conscience des droits et devoirs des femmes, inciter celles-ci à devenir des acteurs énergiques et efficaces dans notre société qui évolue.

Nous travaillons depuis des années maintenant, sur l'aide humanitaire et le travail social, afin de parvenir à une plus grande implication des femmes dans tous les domaines sociaux. Pour cela, l'un des moyens les plus efficaces qu'il nous faut considérer est de donner des conférences dans les villages, les écoles et même les mosquées, de mener une campagne de prise de conscience, ciblant les femmes et portée par les femmes, afin de souligner leurs droits et leurs devoirs, avec le vocabulaire le plus simple et le plus clair.

D'ailleurs, nous aimerions mettre en valeur le travail des femmes bénévoles dans les organismes sociaux, et le poids que ceux-ci ont pris auprès de la population, car c'est grâce à leur travail qu'un grand nombre de personnes se sont rassemblées autour de nous.

Malheureusement, ces organismes manquent de fonds et sans argent, très peu peut être réalisé. Nous prévoyons donc d'affecter régulièrement une part du budget à ces organismes.

Revenant au rôle de la femme, nous aimerions rendre leur rôle efficace et exceptionnel dans les écoles, les usines, et dans tous les lieux de travail, car si une femme se sent rassurée au sujet de ses enfants, et du lendemain en général, elle peut donner et aider à l'amélioration de la société. Enfin, il faut arrêt les mauvais traitements à l'égard des femmes, par tous les moyens possibles.

Est-ce lié au voile ?

Bien. Je porte le voile depuis que je suis mariée et que je suis allée à l'université. Le voile est un devoir dans le Coran demandé par Dieu aux femmes dans la religion musulmane. Aussi, nous y invitons toutes les femmes musulmanes, mais c'est à elles de décider si elles veulent le mettre ou pas.

La religion islamique n'oblige personne à quoi que ce soit. Nous n'obligeons pas les autres femmes. Seule, la décence qu'une femme montre dans ses actes, dans sa manière de s'habiller ou de se comporter, peut donner une indication sur la façon dont elle veut que les autres la considèrent. La décence, en matière de vêtements, est prise en considération par toutes les religions

Le voile complète seulement ce concept, ce n'est pas juste un accessoire de mode. Nous refusons de voir en la femme un objet, comme par exemple dans les chaînes de télévision occidentales qui montrent les femmes comme des objets pour les annonces, etc. Une femme se doit à elle-même respect, dignité et intégrité, avec ou sans voile.

Comment avez-vous l'intention de travailler avec les autres femmes, car au Parlement les femmes viennent de milieux sociaux différents, elles ont des conceptions culturelles différentes et un rapport à la religion différent.

La devise de toutes les femmes du Parlement, c'est l'amélioration du rôle de la femme, politiquement et socialement, dans la société.

Nous avons beaucoup de collègues, des soeurs musulmanes, mais qui sont guidées par d'autres concepts et emploient d'autres moyens pour réaliser les mêmes objectifs. Il y a ainsi Hanan Ashraswy qui est chrétienne et bien que de religion différente, nous travaillons en équipe, ensemble. Même s'il y a des façons différentes de penser, il y a toujours, et il y aura toujours, dialogue et entente.

Les divergences entre nous peuvent provenir des moyens employés, ou des opinions, ou d'autres questions extérieures, mais difficilement de nos racines. Notre but est commun, nous sommes toutes des palestiniennes qui parlons la même langue, partageons le même passé, les mêmes problèmes et avons les mêmes soucis pour l'avenir : arrêter l'occupation et construire l'Etat palestinien.

Mais vous êtes un mouvement religieux. Qu'est-ce que cela signifie en politique ?

Nous sommes un mouvement religieux dont la légitimité repose sur les idées islamiques. Notre population est à majorité musulmane. Cependant, même la communauté chrétienne a voté pour nous et nous a accordé sa confiance. Ils ont voté pour le Hamas parce qu'ils craignent Dieu, ils ont une conscience claire, et nous ne craignons pas le peuple qui craint Dieu. Notre objectif est "Changement et Réforme", les électeurs nous ont fait confiance pour cela ; aussi je ne vois pas où est le problème.

Vous avez eu connaissance bien sûr, des dernières nouvelles à propos du Hamas qui aurait l'intention d'islamiser toute la société.

Nous sommes toujours un territoire occupé, nous combattons pour notre liberté et notre indépendance, et quand l'oppression et la frustration auront cessé, notre nouvel objectif sera de construire une société basée sur la dignité et le respect, avec des citoyens qui auront des droits et toute leur place dans un Etat libre et indépendant.

Puis, nous dialoguerons avec la population, sur ce qu'elle veut, sur la façon d'élaborer la législation, les droits, les réglementations, s'ils préfèrent fonctionner avec plus de religion ou plus de laïcisme.

Il n'est pas vrai que nous prenons la Sharya et le Coran comme base légale. Il n'est pas vrai non plus que nous ne prenons pas en considération ce qui vient de l'Orient arabe laïc, ou même de l'Occident.

Mais, quelque soit la législation que nous mettrons en place, elle devra s'adapter et s'intégrer aisément dans notre tradition et culture arabes orientales.

D'un côté, il est impossible de copier aveuglément les lois de l'Orient, et d'un autre côté, il est tout aussi impossible de vivre selon les lois et priorités orientales dans le monde occidental. Chaque société a ses priorités et c'est ce que nous appliquons actuellement, travaillant aux nôtres.

Poursuivons avec la Journée de la Femme, le 8 mars ; beaucoup d'initiatives ont été organisées en Palestine, des ateliers, des conférences et différentes réunions par l'Union générale des Femmes palestiniennes. Qu'en pensez-vous ? Y avez-vous participé ?

Je connais ces organisations et leur mobilisation pour le 8 mars et je ne fais aucune objection vraiment à ce qu'elles pensent ni à ce qu'elles font. Mais pour le Coran et l'Islam, la Journée de la Femme, c'est tous les jours de l'année. Le Coran, vraiment, place la femme à une position particulière et apprécie tout son rôle.

Pour nous, une mère est sainte, le Coran dit : " le paradis se trouve sous les pieds de chaque mère ". D'ailleurs, dans notre monde oriental, une fille est considérée réellement comme la princesse de la famille, elle reçoit vraiment toute l'affection et les attentions de ses frères et de son père.

Notre objectif est de mettre l'accent et de libérer les droits des femmes à 100 % ; de cette façon, la Journée de la Femme, pour nous c'est chaque jour de l'année. Il est facile de se rappeler de la Femme une fois l'an, de lui apporter une fleur et de l'oublier tout le reste de l'année. J'aimerais dire à ces organisations de mettre en pratique réellement ce qu'elles prêchent, en investissant pour qu'il y ait plus d'institutions de santé et de médecine pour les femmes en Palestine, ce dont nous avons cruellement besoin.

Pour finir, j'ai déjà dit à ces femmes à propos du 8 mars, qu'il était hors de question de supprimer des droits gagnés depuis des années. Au contraire, ces droits doivent être améliorés et augmentés de toutes les manières possibles. La société évolue vers une société plus stable, ce qui devrait aider la femme à aller de l'avant et ne pas retourner vers le passé.

Que pensez-vous à propos de l'escalade de la violence familiale à l'égard des femmes ?

J'ai participé à l'atelier - avec Zahira Kamal qui a été ministre de la Condition des Femmes et dirigeante du bureau national des statistiques - sur la situation statistiques de la violence familiale en Palestine.

Si nous comparons nos chiffres à ceux des autres pays, dits démocratiques - les Etats occidentaux ou des régions arabes -, notre situation en Palestine est positive. Nous devons nous souvenir que la Palestine est un territoire occupé et que cette occupation génère la violence familiale et pousse les gens à une violence qui exprime leurs ressentiments.

La pauvreté est une des raisons principales, mais aussi le chômage et l'ignorance qui toutes conduisent à la frustration. Et la frustration est le ferment de la violence en général, ce qui souvent commence par la violence dans les familles.

Un père est frustré quand il voit qu'il ne peut nourrir sa famille et qu'il n'est pas capable de subvenir à ses besoins. Aussi, j'espère et j'attends du Parlement européen et de l'Union Européenne qu'ils nous aident à créer de petites usines, des petites initiatives qui donneront du travail, réduiront le taux de chômage et nourriront l'espoir, des actions concrètes au bénéfice des familles palestiniennes modestes qui les aideront à sortir du cercle vicieux de la violence.

Les lois et règlements ne suffisent pas à assurer le respect des droits des femmes. Regardez les USA et l'Allemagne, ils ont des lois, mais ils ne peuvent assurer une pleine émancipation du rôle des femmes dans la société. Les statistiques montrent que les femmes meurent toujours comme victimes de la violence familiale, même en Occident.

Seules, les lois ne peuvent donc empêcher l'emploi de la violence, ni que la violence s'installe dans tous les autres pays. C'est pourquoi j'insiste sur l'éducation à la maison, dans les écoles, pour tous, pour savoir où sont les limites.

Un problème demeure dans certains pays du monde oriental au sujet des crimes d'honneur. Quelle est votre opinion sur cette question ?

Bien. En ce qui concerne la vengeance, je crois que c'est une question qui est étroitement liée avec l'absence de sécurité stable et d'une police intérieure digne de ce nom. Des armes peuvent se retrouver facilement dans n'importe quelle main et quelquefois ces mains sont mauvaises.

Je suis complètement d'accord avec le fait qu'un meurtrier doit être puni par la loi. C'est pourquoi nous ressentons avec ce problème une profonde inquiétude. Nous voulons mettre fin à ces crimes et prendre les lois adéquates.

Sur les crimes d'honneur suite à l'adultère, je considère comme absolument mauvais, immoral et injustifié qu'une femme soit tuée pour un péché qu'elle a commis. Des cours de justice et des tribunaux ont été institués pour décider des peines justes et appropriées pour tous les crimes en général, et pour l'adultère en particulier. Même selon la Sharya islamique et le Coran, la peine est la même, égale, pour celui ou celle qui commet l'adultère, que ce soit l'homme ou la femme. Nous croyons que les êtres humains sont égaux devant la loi, que personne n'est au-dessus des lois. Malheureusement, notre société souffre de beaucoup de manques, il y des règles barbares qui ont été supprimées. Nous pensons que la loi et la justice doivent être les mêmes, et justes, pour chacune et chacun, pauvre ou riche, femme ou homme, vieux ou jeune et nous espérons, inshallah, atteindre ces objectifs.

Que dites-vous à propos de la menace de couper jusqu'à 50 % des fonds monétaires par l'Union Européenne si le gouvernement Hamas ne mettait pas fin à ses actions violentes ?

Le monde occidental a voulu des élections vraiment démocratiques. Dans une terre occupée, comme l'est la Palestine, nous avons tenu des élections les plus légales et démocratiques, sans effusion de sang. Et la majorité des votants ont choisi le Hamas. Et le monde démocratique est maintenant en train de nous punir pour avoir appliquer une démocratie qu'ils ont encouragée. Pourquoi l'Occident démocratique veut-il nous punir pour avoir utilisé notre droit à la démocratie ? D'ailleurs, le porte-parole du Hamas a clairement déclaré que les aides monétaires iront directement au ministère du Budget et des Finances dans les coffres de la nation.

L'aide européenne au peuple palestinien parait très médiocre à côté des millions et des milliards que l'Europe verse pour soutenir Israël.

En outre, l'Union Européenne a un devoir moral à l'égard du peuple palestinien. C'est à cause de la Grande-Bretagne que nous ne voyons toujours pas venir la fin de nos problèmes. L'occupation actuelle est une conséquence de la déclaration Balfour. Depuis 1948, nous souffrons de l'occupation et de toutes ses conséquences effroyables parce que les britanniques ont voulu créer un Etat pour les juifs et les ont aidés à venir de Russie, de Grande-Bretagne, d'Allemagne et d'Amérique, etc.

Nous, les propriétaires de la terre, nous avons été déplacés, nos propriétés nous ont été prises par la violence et des villages entiers ont été détruits pour leur faire la place.

Est-ce la résistance et la légitime défense que vous appelez nos actions violentes ? Ce qui nous garde et nous protége, est-ce cela que vous appelez la violence ? Une personne a-t-elle tort de défendre son droit de vivre et son droit à la liberté ? Cela s'appelle-t-il la violence ?

Et lancer des missiles pour tuer une personne à vue, c¹est un dommage collatéral, ce n'est pas de la violence ?

Ravager des maisons entières, fermer des écoles et torturer des civils sans raisons valables, menacer et hurler sur les adolescents aux check-points, que pensez-vous de cela ?

Je pense que la violence, c'est l'occupation et il est très, très urgent que le monde entier dise à Israël d'arrêter sa violence et de respecter les accords internationaux, au lieu de menacer le Hamas.

Au sujet des attentats suicide attribués au Hamas, j'insiste pour souligner le fait que nous n'avons jamais ciblé des civils et ceci vaut pour les autres mouvements. Et il est évident, pour tout le monde, que le Hamas respecte le cessez-le-feu depuis presque deux ans maintenant, mais rien n'a vraiment changé de l'autre côté, tous les jours nous avons des victimes civiles qui meurent à cause de la cruauté et de la violence effroyables qui nous viennent depuis l'autre côté de la frontière.

Et encore, comment se fait-il qu'on nous reproche à nous d'être violents avec toutes ces provocations incessantes auxquelles le peuple palestinien doit faire face ? Le monde occidental nous regarde avec un oeil plein du soupçon, de méfiance et nous condamne sans prendre en compte notre tragédie.

Et que dites-vous au sujet de la non reconnaissance de l'Etat israélien ? Les Européens la mettent comme condition à l'aide financière.

Il n'y a aucune puissance constitutionnelle, ni amendement international qui oblige un gouvernement, quelle que soit sa forme, à reconnaître un Etat, quel qu'il soit. Nous ne sommes pas un Etat encore, nous sommes juste un gouvernement démocratiquement élu dans une Autorité-Etat qui, elle, reconnaît l'Etat israélien ; mais nous n'avons pas plus d'obligation que tout autre gouvernement.

Le gouvernement israélien occupe notre terre et continue d'oppresser notre peuple et ne reconnaît pas nos droits à la liberté. Il ne reconnaît pas simplement notre droit à l'existence. Il n'a aucune considération pour les réfugiés qui souffrent dans les camps au Liban, en Syrie et en Jordanie. Comment pouvons-nous reconnaître un Etat qui n'a même pas de frontières clairement définies ni territoire déterminé ? C'est comme si on nous demandait de croire à un mirage sans véritable existence. Si nous reconnaissions Israël, nous accepterions en même temps l'occupation des territoires de la Cisjordanie et tous les projets d'implantations coloniales, le mur de séparation qu'il est en train de construire.

Yasser Arafat, Abu Mazem et d'autres ont reconnu l¹existence de l'Etat israélien, et qu'ont-ils obtenu d'Israël ? Quel fut le résultat de ces quinze longues années, de discussions et de discussions ? Rien.... Ils ont obtenu la rupture des accords internationaux et des résolutions de l'ONU, et la reprise de la violence dans toute la Palestine, etc.

Je pense que les pressions devraient s'effectuer d'abord sur Israël pour qu'il quitte les territoires occupés et respecte ses promesses à la communauté internationale, sans parler de l'arrêt du mur de séparation.

Seulement quand ils prendront une initiative réellement positive, alors nous considérerons la question de leur reconnaissance.

Tout cela veut dire que si l'aide nous est imposée avec des conditions qui nous obligent à brader nos droits, nous ne céderons pas. Nous avons d'autres soutiens, dans d'autres régions arabes et d'autres Etats et organismes européens qui nous ont assuré de poursuivre leur aide sans problème. Si on croit acheter nos droits avec l'aide financière et nous faire accepter ses conditions immorales, bien, mais personne n'y réussira en aucune manière.

Les Palestiniens ont voté pour le Hamas et son programme politique qui déclarait nettement la non reconnaissance de l'Etat israélien. Aussi, ils ont fait leur choix, convaincu que le Hamas fera voler en éclats le statu quo.

Entretien réalisé par Luisa Morgantini, députée européenne GUE/NGL, Présidente de la commission Développement du Parlement européen

On peut la joindre à l'adresse : lmorgantini@europarl.eu.int
site : http://www.luisamorgantini.net/

Texte reçu de Luisa Morgantini ; traduction: JPP
Source : http://www.protection-palestine.org/article.php3?id_article=2397


Une paix juste ou pas de paix, Ismail Haniyeh

Dimanche 02 Avril 2006

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