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Iran

Entretiens Discrets US - Iran

Malgré le peu de dialogue en public, les ennemis partagent un intérêt commun: celui de la sécurité du Moyen Orient et de ses ressources



Entretiens Discrets US - Iran

Entretiens Discrets US - Iran

ONU – La Maison Blanche insiste sur le fait que les US ne parleront pas directement avec l’Iran tant que Téhéran n’aura pas suspendu son programme nucléaire. Mais les responsables US ont rencontré discrètement leurs homologues iraniens un à un depuis plus d’une décennie, souvent sous les auspices des Nations Unies.

L’histoire peu connue de ces contacts entre les deux nations, qui n’ont pas de relations diplomatiques officielles depuis la fin de la crise des otages en 1980, est faite de malentendus et d’opportunités manquées. Mis à part la coopération sur l’Afghanistan, l’Irak et al –Qaeda ont conduit à une méfiance croissante et de la frustration au lieu de liens plus cordiaux – un constat qui ne fait qu’accroître les tensions alors que des représentants des deux pays se préparent à participer au sommet régional ce week-end à Bagdad. (Week-end du 10-11 mars 2007 ndlt)

Le haut conseiller sur l’Irak de la secrétaire d’état Condoleezza Rice, David Satterfield, a dit jeudi qu’il interrogerait l’Iran sur sa soi disante fourniture de matériel et d’entraînement pour des attaques contre les soldats US en Irak. Il a ajouté qu’il ne chercherait pas à rencontrer les diplomates iraniens, mais il a dit : « si nous sommes approchés au dessus d’un verre d’orange… nous n’allons pas tourner le dos et partir. »

Malgré des décennies de tension, les discussions continues sont révélatrices de l’existence d’un intérêt commun sur lequel Washington et Téhéran ont construit un pont délicat : celui de la sécurité de la région et de ses ressources.

« Le fait est que nous pensons que les iraniens peuvent faire beaucoup pour la région pour conduire à la paix et que cela sera bon pour eux et bon pour leur peuple » a dit l’attaché de presse de la Maison Blanche Tony Snow la semaine dernière. « Nous allons continuer à faire tout ce que nous pouvons pour les encourager à le faire. Et s’ils veulent avoir des relations bilatérales cela dépend d’eux. »

Mais les affaires discrètes menées entre les deux ennemis ont mal tourné. Dans les années 80, l’administration Reagan a décidé de vendre des armes à l’Iran pour obtenir son aide pour sécuriser la libération des otages US au Liban, et a détourné les recettes des ventes d’armes vers les rebelles du Nicaragua, ce qui a conduit au scandale Iran-Contra.

En 1994,le président Clinton a clandestinement détourné des envois d’armements pour l’Iran vers les musulmans bosniaques, alors qu’à ce moment là les US avait promis de respecter un embargo de l’ONU sur les armes. Cette politique a été révélée en 1996 et largement critiquée, empêchant un rapprochement entre l’Iran, à l’époque dirigée par le président réformiste Mohammad Khatami, et les Etats-Unis.

En 1999, Clinton a proposé un dialogue « autoritaire et inconditionnel » à l’Iran, mais Téhéran a insisté pour que d’abord les US lèvent les sanctions à leur encontre.

A la fin, c’est l’ONU qui a fourni un espace diplomatique sûr et discret dans lequel les deux pays pouvaient parler.

En 1998, le diplomate de l’ONU Lakhdar Brahimi, un algérien, a crée un groupe appelé « 6+2 » qui se rencontrait à New York pour s’occuper du conflit en Afghanistan. Ce groupe comprenait les six voisins : la Chine, le Pakistan, l’Iran, le Turkménistan, l’Uzbekistan, le Tadjikistan, de même que la Russie et les US.

«Je me souviens que les diplomates iraniens et américains disaient que c’était la première fois qu’ils étaient dans la même petite pièce ensemble » a dit Brahimi lors d’une interview.

En 2001, l’ONU a crée un autre forum pour faciliter les contacts entre les US et l’Iran, appelé l’initiative de Genève, qui incluait l’Italie et l’Allemagne.

« C’était juste une couverture pour permettre aux iraniens et aux américains de se rencontrer, « a dit Brahimi. « quelque temps après, je leur ait dit, « nous n’avons pas besoin d’entraîner les italiens et les allemands à chaque fois que vous voulez parler. » Puis, quand il n’y avait que nous d’assis autour de la table, alors je me levais et je leur disais, » je vous laisse seuls ».

Apres les attaques du 11 septembre, les deux nations avaient un ennemi commun, les talibans : les dirigeants sunnites de l’Afghanistan, que l’Iran à majorité shi’ite considérait comme une menace, et que les US considéraient comme les protecteurs d’Osama Ben Laden.

Les jours qui ont précédé l’invasion de l’Afghanistan par une coalition dirigée par les US en octobre 2001, les responsables iraniens et US ont eu des conversations intensives pour coordonner leur coopération entre les chefs de guerre anti-taliban soutenus par l’Iran, et les troupes US.

De même, la coopération s’est poursuivie politiquement. Des diplomates iraniens ont aidé tout particulièrement lors d’une conférence en décembre 2001 à Bonn qui a établit le gouvernement intérimaire de l’Afghanistan.

James Dobbins qui représentait à l’époque le département d’état a dit que les représentants iraniens ont joué un rôle « essentiel » pour former le gouvernement d’Afghanistan. A un moment donné, Younis Qanooni de l’Alliance du Nord, a insisté pour contrôler 18 des 24 ministères, une demande qui aurait empêché d’obtenir un accord.

Dobbins a dit qu’après que les diplomates de plusieurs pays l’eurent « travaillé » pendant toute la nuit, l’ambassadeur d’Iran à l’ONU, Javad Zarif, a pris Qanooni à part et lui a murmuré à l’oreille : « c’est la meilleure offre que vous obtiendrez. Vous feriez mieux de l’accepter. » Qanooni a concédé deux ministères et l’accord a été conclu. « Cela a été décisif » selon Dobbins.

L’Iran a fait savoir qu’il était intéressé par une stratégie de dialogue plus large avec les US. Mais les US, pensant qu’ils avaient le dessus ont balayé les ouvertures, selon Dobbins, et le secrétaire d’état de l’époque Colin L. Powell a écrit à chaque ministre des affaires étrangères ayant participé à la conférence pour les remercier, sauf à celui de l’Iran.

Six semaines plus tard, lors du discours de l’Union du président Bush en 2002 ; il a nommé l’Iran comme faisant partie de « l’Axe du Mal ». Les iraniens s’attendaient à une sorte de récompense diplomatique en échange de leur aide en Afghanistan, et l’ont pris comme une claque dans la figure.

Néanmoins, pendant à peu prés un an, les diplomates iraniens ont continué à rencontrer à Kaboul l’ambassadeur US en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, habituellement à la villa de Brahimi diplomate de l’Onu, connu sous le nom de Palais N° 7. Khalilzad, né en Afghanistan et qui parle le perse, était à la conférence de Bonn et deviendra un acteur clé dans la connection diplomatique prudente. Actuellement ambassadeur US à Bagdad, il sera présent autour de la table à Bagdad.

Les discussions sur l’Afghanistan se sont élargies pour inclure d’autres problèmes stratégiques.

« Ils ont certainement parlé d’al Qaeda et d’Irak, « selon Brahimi. « Mais je ne sais pas s’ils ont discuté de problèmes plus larges, telle la reprise des relations diplomatiques. Ils ne l’ont pas fait en tout cas en notre présence. »

Mais l’Iran s’enhardissait. En mai 2003, un fax de deux pages est arrivé au département d’état : « une feuille de route » pour normaliser les relations, envoyée par le biais de l’ambassadeur de Suisse à Téhéran. Vraisemblablement avec l’accord des plus hautes instances politiques et religieuses de l’Iran, il répondait à toutes les différents entre les US et l’Iran, y compris sur le programme nucléaire de Téhéran.

La secrétaire d’état Condoleezza Rice, alors directrice du Conseil de la Sécurité Nationale, dit qu’elle n’a jamais vu le mémo, et le président n’en a pas fait mention. Au lieu de cela, l’administration a fait des remontrances à l’ambassadeur suisse l’accusant d’outrepasser sa mission, selon Trita Parsi, président du Conseil National irano américain qui a aidé à faire suivre une autre copie du mémo à la Maison Blanche.

Les US étaient alors au sommet de leur pouvoir dans la région : leur armée était en Irak, l’Iran n’avait pas encore commencé à enrichir de l’uranium, et le réformiste Khatami était encore président. Cela n’apparaissait pas à l’époque comme la dernière et meilleure chance pour Washington d’arrêter le programme nucléaire de l’Iran, et de changer la direction des relations avec Téhéran.

Mais les chances de rapprochement entre les deux pays ont commencé à s’estomper. Les iraniens ont élu un populiste enflammé Mahmoud Ahmadinejad comme président, et Téhéran a démarré son programme d’enrichissement d’uranium défiant les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. L’influence de l’Iran en Irak, en Afghanistan et au Liban ont accru la puissance régionale de Téhéran et fait monter le prix de sa coopération.

En janvier 2006, les US ont demandé à l’Iran de discuter sur l’Irak, selon Zarif, l’ambassadeur d’Iran. Kalilzad avait l’autorisation d’arranger des rencontres avec ses homologues iraniens – mais alors il y a eu un changement à la Maison Blanche.

« Les US envoient ces ballons d’essais, et des que l’Iran répond positivement, les discussions entre agences commencent à Washington et les résultats sont toujours négatifs,« a dit Zarif lors d’une interview l’année dernière.

Certains analystes disent que la Maison Blanche continue d’envoyer des messages mixtes à l’Iran.

« Nous les pressons au niveau du Conseil de Sécurité essayant d’obtenir des sanctions contre eux, et, en même temps, nous essayons d’obtenir leur aide en Irak », a dit Flynt Lerett, un ancien analyste de la CIA et ancien expert sur le Moyen Orient au département d’état, actuellement à la New American Fondation. « Pourquoi devraient-ils aider » ?

John R. Bolton l’ancien ambassadeur US auprès de l’ONU et un défenseur acharné du «changement de régime » pour l’Iran, a dit que la convergence d’intérêts n’était pas aussi nette que ce que cela avait été en Afghanistan.

« Il reste à voir s’il rempliront un rôle aussi « utile ». Je ne compte pas dessus » a dit Bolton lors d’une interview. « Ce n’est pas comme si nous allions leur donner un passe sur leur programme nucléaire s’ils arrêtent d’interférer en Irak. »

Dobbins dit que parmi les leçons tirées de l’Afghanistan, c’est que l’Iran peut faire ou défaire une situation.

«Si nous ne pouvons obtenir l’aide de l’Iran pour stabiliser la situation, elle ne se stabilisera pas « a – t –il dit. « A la fin, le seul pays ayant une influence suffisante et la capacité de faire le bien ou le mal c’est l’Iran. »

Maggie Farley journaliste du LA Times 9 mars 2007

maggie.farley@latimes.com

Source : http://www.latimes.com/news/nationworld/world/
la-fg-irantalks9mar09,0,6526382.story?coll=la-home-world

Copyright LA Times

Traduction bénévole Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org


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Mardi 13 Mars 2007
Mireille Delamarre

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