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Iran

Elections En Iran : Une Révolution Verte ?

Dans un article intitulé " Justice Poetique et Revolution Verte" Pepe Escobar analyse la campagne présidentielle du principal opposant à Mahmud Ahmadinejad, Mir Hossein Mousavi, et ses chances de l'emporter.



Elections En Iran : Une Révolution Verte ?

Justice poétique et révolution verte

A partir du moment où le candidat à la présidentielle, Mir Hossein Mousavi, un homme d'un grand sang froid, calme, s'est mis à mitrailler par sa rhétorique le Président Ahmadinejad lors d'un débat télévisé sur la TV nationale, non seulement l'Iran semble s'être réveillée mais également l'Occident et tous se sont joints aux réjouissances.

Comme l'a dit Mousavi : " Il (Ahmadinejad) dit, " pourquoi m'appelez vous un dctateur "? Bon, je n'ai pas dit que vous étiez un dictateur, mais vos méthodes conduisent en fait à une dictature."

Mousavi est l'homme du moment. Ancien premier ministre iranien entre 1981 et 1989 - années critiques de la guerre Iran-Irak - et conseiller de l'ancien président, Mohammed Khatami, célébre pour son " dialogue des civilisations", c'est un architecte, peintre abstrait, ancien éditeur d'un journal, et un très bon gestionnaire. Pas étonnant que Khatami lui-même ait renoncé à se représenter à la présidentielle au profit de Musavi, qu'il juge bien mieux équipé que lui. L'objectif de Mousavi est clair : gagner les plus importantes élections de ces 30 années de Révolution Islamique lors du vote de vendredi.

Rock à Téhéran

Pas moins de 23 millions d'iraniens surfent sur internet - c'est 30% de la population dans un pays trés jeune, où 60% ont moins de 30 ans. Ahmadinejad a son blog personnel, où on trouve quelques écrits américains, souvent remplis de colère. Ses vidéos de campagne sont sur Youtube - allant de la défense de son bilan économique (catastrophique) à la dénonciation du Sionisme.

Mais cela est bien loin du pouvoir vert. Les Iraniens sur Facebook ont opté pour le vert. Vert psychadélique. La couleur de I'Islam, la couleur de Mousavi et, pour beaucoup, la couleur de l'espoir.

Toute ce projet coloré dans cette élection exprime une justice poétique.

Cela a en fait été conditionné par l'ordre de présentation des candidats à la TV. Ahmadinejad a tiré le rouge, et Mousavi le vert. En ce qui concerne la "justice poétique" de la révolution verte, elle est venue d'une base très jeune ultra énergisée, à fond dans la tech, épousant toutes les variables, urbaine et rurale, riche et pauvre, toutes les minorités ethniques, le vote des femmes, et mêmes les durs de la jeunesse des milices Basij.

L'élection en Iran - à l'identique du " Grand Satan" comme on appelle souvent les Etats Unis, porte aussi sur les états rouges et les états bleus. Les états rouges, les provinces rurales plutôt pauvres, sont rouges - la couleur d'Ahmadinejad. Les états bleus - où se trouve les grands centres urbains comme Téhéran, Shiraz, Tabriz et Isfahan, sont verts, la couleur de Mousavi. Ceux qui boycottent les élections sont bleus. Et c'est crucial car ce sont les non votants qui vont décider des résultats de l'élection.

Pour rendre l'élection encore plus excitante, l'histoire continue avec l'hystérie non stop des médias de masse occidentaux d'un Iran "voyou" sur le point de devenir puissance nucléaire, et les habituels Islamophobes, Likudniks et autres suspects néo conservateurs tous votant en masse pour Ahmadinejad.Comme actuel président, Ahmadinejad dispose d' encore plus de temps à la TV et a été omniprésent dans les provinces rurales.

Mousavi est certainement aussi synonyme de pouvoir féminin : elles sont jeunes, belles, éduquées, aiment leur maquillage et elles font trembler de peur les mullahs et ayatollahs - qui les appellent des "féministes" décadentes. Leur modèle emblématique n'est autre que Zahra Rahnavard, la femme de Mousavi, 61 ans, experte en science politique et sculpteur qui a du dire aux medias internationaux hyperexicités qu'elle n'était pas la version iranienne de Michelle Obama.

Moment de détente

Mais on doit faire attention. Mousavi n'est par un réformiste par dessus tout. C'est un pragmatique, un conservateur modéré. Intéressant de signaler que c'est un Azeri et non un Perse. Bien sûr, s'il est arrivé là c'est que le dirigeant suprême, l'Ayatollah Al Khameinei - qui lui aussi est Azeri- lui a permis. N'est ce pas ?

Comme le blog du bureau politique de Téhéran le signale, c'est important de se rappeler que le père de la Révolution, l'Ayatollah Ruhollah Khomeini, a utilisé dans les années 80 Mousavi comme premier ministre pour contrôler Khamenei alors président. Maintenant il n'y a plus de premier ministre car Khameinei a supprimé le poste. A propos, le dirigeant suprême, en Iran c'est lui qui décide, et il a déjà voté quand il a dit : " ceux qui lors du débat pour la présidentielle ont affirmé que l'Iran ( sous Ahmadinejad) avait perdu son rang parmi les autres nations du monde ont tort."

Une ressemblance quelconque dans ce parti vert avec les révolutions colorées organisées par les US en Eurasie ? Impossible. Le directeur de campagne de Mousavi a dit explicitement : " notre symbole représente l'Islam et pas le velours "- une référence subtile à la révolution de velours de 1989 dans l'ex Tchécoslovaquie.

Et cela s'améliore. Dans l'un de ses clips officiels, la campagne Mousavi utilise même une fameuse chanson de la gauche révolutionnaire, ceux qui combattaient dans les années 70 la marionnette des US, le Shah d'Iran.

Mousavi au pouvoir changerait-il le jeu ? Très certainement. Il veut un mandat national. Il favorise une diplomatie habile, la détente avec l'Occident. Le programme nucléaire - une question de fierté nationale - continue, la centrale nucléaire de Bushehr construite par les Russes sera opérationnelle en Septembre.

Mousavi au pouvoir, ce sera difficile de qualifier l'Iran de radical ou de voyou. La "coalition des volontaires" anti -Iran, que Washington, de Georges W. Bush à Obama, veulent au Moyen Orient - Arabie Saoudite, Jordanie, Egypte, les pétromonarchies du Golfe - sera neutralisée. Que craignent-elles ses dictatures sunnites ? Elles craignent le type de démocratie shi'ite à l'iranienne - aussi imparfaite soit-elle. elles craignent quelque chose du type révolution verte dans les rues du Caire, de Riyadh, d' Amman et de Dubai.

Le combat sera très dur. Les empoyés du ministère de l'intérieur iranien - qui supervisent l'élection - ont mis en garde que l'ultra réactionnaire, l'Ayatollah Mesbah Yazd, dit "le crocodile" le conseiller spirituel apocalyptique d'Ahmadinejad, a émis une fatwa pour - renverser le vote. Et le régime peut toujours utiliser les jeunes - trés bien armés - des milices Basij, la nouvelle génération de la révolution, pour intimider les électeurs avant le deuxième tour de scrutin.

L'histoire se corse. Ahmadinejad pourrait avoir perdu le soutien du Corps des Gardes Républicains iranien - selon des rumeurs persistantes à Téhéran. Si cela était le cas, même s'il gagne il sera complètement sans mordant. Et un sondage national secret suggérant que Mousavi gagnerait le premier tour par une victoire écrasante peut - ou ne peut pas - être vrai. un grand nombre à Téhéran n'oublie pas les accords dans les coulisses du régime qui a conduit à la victoire d'Ahmadinejad en 2005.

On a beaucoup reproché à Ahmadinejad sa totale incompétence en matière économique, sa politique étrangère désastreuse et le manque de libertés civiles en Iran. Mais il n'a jamais été plus dangereux que lorsqu'il mentait sans sourciller sur l'inflation et le chômage en Iran lors de débats télévisés - son visage exprimant ce que les pauvres et les exclus en Iran identifient comme étant "l'un de nous".

Mais des millions de jeunes iraniens urbains éduqués - et au chômage- préféreraient plutôt rêver de "justice poétique". La promesse serait tenue si Ahmadinejad était finalement vaincu par une intifada électronique. Combattre le pouvoir - avec le pouvoir vert.

Pepe Escobar - The Roving Eye- 12/06/09 www.atimes.com. pepasia@yahoo.com

Il est l'auteur de " Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et de "Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge. Son nouveau livre qui vient de sortir c'est " Obama does Globalistan" (Nimble Books, 2009).

Jeudi 11 Juin 2009
Titre introduction traduction Mireille Delamarre

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