Dans les années 60-70 les
graffitis fleurissent sur les palissades des quartier pauvres new-yorkais. Du marquage des murs à celui des corps, il n’y a qu’un pas franchi par le mouvement hyppie né sur la côte ouest des Etats-Unis. Janis Joplin, Peter Fonda, Joan Baez bénéficièrent des tatouages artistiques de Lyle Tuttle devenu célèbre. Outre leurs manières de s’habiller et de vivre, les hippies recourent aux ornements corporels et peignent aussi volontiers leur corps dans le but de séduire, de jouer avec leur corps, d’affirmer une esthétique liée à une « éthique » celle scellée sur la peau, de liberté et de revendication du plaisir (peace, love, free, écrits au pinceau agrémentés de décorations « naïves » fleurs, astres...) par opposition aux valeurs puritaines américaines.
De l’autre côté de l’Atlantique, en Grande Bretagne, les punks (qui signifie salaud ordure) pour tourner en dérision les
conventions sociales se transpercent souvent le corps d’épingles, s’accrochent à même la peau des symboles du nazisme, du communisme du sadomasochisme, de l’armée, de la royauté, des symboles religieux et tout autre objet insolite. Ils disparaissent se mêlant aux hippies ou se convertissant en skeanheads nostalgiques des mouvements de contestations ouvrières, pour réapparaître presque aussitôt et essaimés sur le continent. Miroir dans l’abject d’une société qu’ils haïssent, leurs provocations visent à déstabiliser la conscience sociale. Le corps devient là aussi un terrain d’expression de contestation politique, mais c’est le nihilisme du « no future, hate, destroy… » qui prévaut dans la démarche. On les reconnaît à leurs cheveux coiffés à la mohican, arêtes triangulaires retenues par des sprays, vaseline, eau sucrée, leurs vêtements tâchés, empilés les uns sur les autres, les slogans emblèmes dessinés sur le front, les joues, leurs goûts morbides apocalyptiques, l’absence de hiérarchie morale, le sadisme. Le piercing sous forme d’épingles à nourrice fichées dans les joues, les lèvres, les mains ect…, la peau ornée d’inscriptions haineuses, svastikas, des auto tatouages de squelettes, crânes, araignées, démons, les attitudes de rejets méprisants (crachats,
insultes , vomissements, obscénité) se veulent l’expression de cette désespérance contestataire, souvent violente.Le mouvement se dissout dans les années 80 mais reste une référence pour de nombreux jeunes. Sa postérité plus organisée, new wave, gothic, gloom, grunge ect…est happée et récupérée par la mode, à peine ses manifestations de dissidence étalées sur la place publique.
Le body art quant à lui apparu dés la fin des années 60, a fait ouvertement du corps un matériau qui peut être remanier selon le bon plaisir de l’artiste (propriétaire du corps et ou participant à la réalisation de l’œuvre artistique) à travers des formes inédites de création, mais dans le champ restreint d’un « happening » souvent élitiste.